Inaugurés à Rome sous l’empereur romain Caracalla (211-217) en 216 ap. J-C, les thermes de Caracalla, ou Thermae Antoninianae, sont le plus grand et le plus luxueux complexe thermal réalisé jusqu'alors, même s'il sera dépassé par la suite. En plus des équipements concernant directement les bains, ce complexe proposait des activités variées, ce qui explique sa taille gigantesque. Une superficie de plus de 10 ha, de la place pour 1600 baigneurs, 64 citernes de 80 000 litres chacune, ce sont quelques unes des caractéristiques remarquables des Thermes de Caracalla. C'est aujourd’hui l'édifice thermal le mieux conservé de l'époque impériale. Les ruines qui demeurent encore à Rome frappent par leur aspect colossal.
Compris entre les deux péristyles de l’enceinte, les thermes s'intègrent dans un vaste ensemble comprenant également une grande esplanade, ou péribole. Ces deux ensembles de bâtiments sont entourés de jardins pour la promenade, de fontaines et de bancs.
L’orientation des thermes est calculée pour obtenir la meilleure position par rapport au soleil, comme c’était le cas d’ailleurs pour tous les thermes romains.
Les ouvertures sont nombreuses sur l’enceinte et rares pour entrer dans le bâtiment principal (mur austère avec quelques ouvertures).
L’enceinte se présente donc comme un lieu où sont répartis tous les services accessoires n’ayant pas de rapport avec les bains. Les bains n’étaient pas seulement un endroit où on se lavait, c’était un centre communautaire à vocations multiples.
Dimensions : Le bâtiment thermal mesure 214m de long, pour 110m de profondeur, caldarium non compris. Le frigidarium, véritable nef à trois voûtes soutenues par huit piliers mesurait 58 m sur 24 m. Le caldarium formait un cercle de 34 m de diamètre, à moitié enchâssé dans le bâtiment. Ses huit piliers soutenaient une coupole d'une hauteur évaluée à 45 m. La natatio par ses 53m de long peut rivaliser avec les modernes piscines de compétition.
Chaque fonction essentielle du bâtiment est matérialisée dans une architecture qui lui est propre. La maîtrise de la construction, qui se voit dans l'équilibre du plan, la puissance des voûtes et la grandeur des proportions ont participés à la conservation et à la réussite de l'édifice.
Les ruines sont dans un bon état de conservation, à l'exception du caldarium complètement rasé ; on y reconnaît les vastes salles nommées exedrae amplissimae où la voûte plane était supportée par des barres de bronze. On y voit les restes du stade, de la grande cour environnée de portiques ; des exèdres en forme d’hémicycle, pour les discussions philosophiques ; des salles circulaires pour les bains chauds (caldaria). Il semblerait que tout le voûtement du caldarium soit fait d’une charpente métallique noyée dans la maçonnerie d’une coupole surbaissée.
Les murs sont hauts (plus de 20 m) et forment des massifs de béton particulièrement imposants. Ils sont épais pour éviter l'influence des températures extérieures, et pour soutenir la poussée des voûtes. Ils sont en opus caementicium (moellons noyés dans un mortier fait d’un mélange de chaux et de différents produits, appelés agrégats) et recouverts de parements en briques rouges. Les murs porteurs entre le frigidarium et la piscine, zone non couverte et donc dépourvue d'un toit capable de contrebuter la voûte du frigidarium sont renforcés et constituent de véritables contreforts.
Plusieurs styles de toits sont possibles : plats, à double pente, chiens assis, coupole ou demi-coupole. Les toits sont en tuiles (tegulae) sauf dans la salle du caldarium, couverte d'une coupole.
C'est l'utilisation de la brique, matériau léger, du béton et de la voûte d'arête qui a permis de construire et de couvrir des bâtiments aussi vastes. En août 2005, les archéologues ont retrouvé le lieu de fabrication des briques employées pour la construction des monuments romains les plus prestigieux (Colisé, Panthéon, thermes de Caracalla...). Il est localisé à Mugnano, à 80 km au nord de Rome. La fabrique était celle de Tullus Domitius et de son frère Lucanus, dont la marque caractéristique se retrouve sur les briques sorties de leurs ateliers.
D’après Pierre Gros, spécialiste de l'architecture antique, le chantier a vraisemblablement été organisé en grandes terrasses : les remblais, qui sont nécessaires pour égaliser le terrain en pente, ont été utilisés systématiquement. Pendant la construction des murs, le niveau de la terre rapportée s’élevait lui aussi jusqu’aux voûtes : ceci permet de comprendre l’absence de trous de boulins dans les parois jusqu’à environ 20m au-dessus du sol ; on a ainsi obtenu pour la mise en place des couvrements un plan de chantier solide qui a évité de périlleux et coûteux échafaudages ; on évacuait ensuite les équipements, matériaux et outils nécessaires à l’opération par les vastes ouvertures sous arcade ou coupole, avant même de procéder à l’élimination des remblais. Enfin, l’essentiel du travail de finition s’organisait du haut vers le bas en suivant l’abaissement du terre-plein.
Ces méthodes, simples mais efficaces, expliquent que quelques années aient suffi pour élever de telles masses.
On peut regarder les thermes comme les constructions dans lesquelles les Romains, vainqueurs du monde et enrichis des dépouilles de presque tous les peuples de l'univers, ont déployé le plus de luxe et de magnificence. Les chefs-d'oeuvre de tous les arts ont concouru à l'embellissement de ces lieux ; on sait que le groupe du Laocoon a été découvert dans les thermes de Titus, et que des ruines des thermes de Caracalla sont sorties des oeuvres célèbres. Les salons principaux étaient revêtus de marbre ornés de bronze doré. Les murs étaient couverts de marbre de couleur et les plafonds étaient probablement décorés de peintures; le pavé de presque toutes les salles était orné de mosaïques, les bassins et les palestres étaient décorés de statues et de fresques ; enfin certaines baignoires étaient creusées dans les marbres les plus précieux, les autres étant exécutées en basalte, en granite, en porphyre et en albâtre. Aux thermes de Caracalla on ne comptait pas moins de mille six cents sièges de marbre.
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Les thermes de Caracalla étaient décorés de riches mosaïques : parmi elles, on a retrouvé la célèbre mosaique sur laquelle ont été reproduits différents athlètes vêtus de leurs costumes caractéristiques, nantis de leurs agrès de compétition et tenant près d'eux les prix de leurs victoires. Elle fut découverte durant les fouilles de 1824 dans les exèdres des palestres et transféré au Musée du Vatican.
D’autres mosaïques, bicolores, figurent des dauphins, des divinités aquatiques, des animaux, des figures humaines ou des dessins géométriques.
Les souterrains fouillés au début du XXe siècle présentent également un grand intérêt : là se trouvaient les pièces de service nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement et c’est dans un de ces souterrains, sous la grande exèdre nord-ouest, que se révéla un Mithraeum, temple à Mithra, le plus imposant de Rome.
Ce flux est réglé par un grand réseau de galeries et de tuyauteries souterrain; on avait la place pour passer avec un char. Le chauffage se fait par un foyer souterrain, l’hypocauste, qui propulse de l’air chaud sous les sols et à l’intérieur des murs constitués de piliers en brique.
L’eau, chauffée dans une chaudière au sous-sol (præfurnium), située au-dessus du foyer alimenté avec du charbon de bois, entretenu par des esclaves, arrive dans les bains par un système de tuyauteries. Des passages souterrains voûtés permettent aux esclaves d’entretenir le système de chauffage. L’air chaud circule sous les bains surélevés par des piliers de briques, de l’air chaud circule aussi dans les murs par des conduits en briques creuses. Les bains les plus chauds comme le caldarium sont les plus près du præfurnium, ils peuvent ainsi chauffer jusqu’à 30° C, les bains plus froids étant plus éloignés. Pour les parties comme le sudatorium (extrêmement chaud) les bassins étaient métalliques et contiennent du charbon de bois ardent, la température de l’eau est alors portée à 60° C. Les baigneurs portent alors des sandales de bois pour ne pas se brûler les pieds.
Ceux qui n’aiment pas l’effort physique, vont directement dans le caldarium, immense rotonde coiffée d'une coupole appuyée sur huit piliers. Les fenêtres entre les piliers laissent entrer à flot la lumière de l'après-midi. La température atteignait probablement 50°c ou 55°C. Le caldarium est composé de deux parties : le bain chaud et le laconium ou le sudatorium qui étaient des pièces annexes à chaleur sèche destinées à activer la transpiration. Pour éliminer la sueur, la saleté et les peaux mortes, on se racle la peau avec un strigile (grattoir courbe). On puise de l’eau fraîche dans le labrum (grande vasque centrale) puis on va s’immerger dans un des bassins latéraux.
On passe ensuite dans une salle plus petite, le tepidarium pour y prendre un bain tiède, très reposant. Cette salle constitue un sas qui prépare l’entrée dans le frigidarium, grande salle fraîche et voûtée, flanquée de bains froids. De là, on peut terminer en nageant dans la piscine découverte. A côté de ces espaces principaux on trouvait les chambres pour les bains privés, les cours de service, des petites pièces pour l'entreposage des huiles et des sables, et les chambres ouvertes pour des bains de soleil. A la sortie de l’eau, on se fait masser, éventuellement épiler et parfumer. Les thermes de Caracalla étaient aussi équipés d’une douche appelée lavatio.
Par la suite ils tombent en ruines après les incursions des Sarrasins au IX° siècle. Au Moyen Age, ils deviennent un cimetière pour les pèlerins décédés lors de leur voyage à Rome, puis une carrière de marbre et de briques pour les églises et les palais romains.
Au , on en extrait des oeuvres d'art, dont le fameux Taureau Farnèse. Les premières fouilles systématiques commencent en 1824, dégageant le sol au niveau des mosaïques. En 1901 et en 1912, les souterrains sont peu à peu dégagés, exploration qui culmine avec la découverte du Mithraeum en 1938.
Les Thermes de Caracalla sont, parmi les nombreux grands établissements thermaux de l'époque impériale, ceux qui nous sont parvenus dans les meilleures conditions. Les ruines montrent encore bien la répartition des pièces, bien que dépouillées de leurs marbres et de leurs décorations, l'établissement offre un exemple important des caractéristiques de l'architecture romaine: plan axial, symétrie et fonctionnalisme. C’est sans doute l’édifice thermal le mieux conservé et le plus luxueux de l’époque impériale. Sous l’Empire, les thermes se multiplient. Il en fleurit partout dans les villes. On en recense 70 à la fin du I° siècle av. J.-C., et plus d’un millier deux siècles plus tard. Les thermes de Caracalla ne sont donc pas un projet autonome mais s’inscrivent dans un large mouvement de construction. Ce qui structure la ville romaine ce n’est pas son plan mais bien la présence dans tout l’empire de monuments comme les thermes grâce à sa portée sociale.
Cet ensemble, inspiré des thermes de Trajan, est donc à la fois représentatif d’un certain type de thermes et original : par sa taille d’abord, qui préfigure l’immensité des thermes de Dioclétien, par la richesse de son décor et les techniques de construction employées.
Les thermes romains sont les précurseurs de ceux que nous employons aujourd’hui, mais la définition a changé puisqu’on parlera plutôt maintenant d’établissement thermal où l’on fait une cure, où l’on vient prendre des eaux ayant des vertus médicinales. Il est devenu un lieu relativement coûteux et épisodique, en opposition avec la véritable pratique sociale quotidienne de ces lieux complets et particulièrement représentatifs de la vie romaine.
Vues panoramiques des ruines (Cliquer pour agrandir l'image)
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