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La rhétorique (du grec ancien / rhêtorikề *, « technique/art oratoire ») désigne au sens propre « l'art de bien parler » et, par extension, les techniques à mettre en œuvre pour ce faire.

On s'est aperçu très tôt, en Grèce le plus clairement, que la manière de dire importe souvent autant sinon plus que ce qui est dit. Néanmoins, un scientifique doit connaître les limites de la persuasion. Mieux, la manière crée d'elle-même son objet et son objectif.

Définition


La rhétorique est à la fois la science (au sens d'étude structurée) et l'art (au sens de pratique reposant sur un savoir éprouvé) qui se rapporte à l'action du discours sur les esprits. Par principe, la rhétorique s'occupe de l'oral, mais il est évident qu'elle s'est très tôt intéressée aussi au discours écrit, dans la mesure où celui-ci est, de manière plus ou moins étroite, une transcription ou une mimésis de l'oral.

Histoire de la rhétorique


La rhétorique, qualifiée par Roland Barthes de métalangage (discours sur le discours), a comporté plusieurs pratiques présentes successivement ou simultanément selon les époques.

Naissance de la rhétorique

La rhétorique en tant que science naquit vers 485 avant J.-C en Grèce antique lorsque deux tyrans siciliens, Gelon et Hiéron, exproprièrent et déportèrent les populations de l'île de Syracuse pour le peuple de mercenaires à leur solde. Les natifs de Syracuse se soulevèrent démocratiquement et voulurent revenir à l'état antérieur des choses, ce qui aboutit à d'innombrables procès de propriété. Ces procès mobilisèrent de grands jurys devant lesquels il fallait être éloquent. Cette éloquence devînt rapidement l'objet d'un enseignement dispensés par Empédocle d'Agrigente, Corax et Tisias (à qui est attribué le premier manuel), enseignement qui se transmit en Attique par les commerçants qui plaidaient conjointement à Syracuse et à Athènes.

La rhétorique fut ensuite rendue populaire au cinquième siècle avant Jésus-Christ par des professeurs itinérants connus sous le nom de sophistes, dont les plus connus se nomment Protagoras, Gorgias et Isocrate, et auxquels s'opposait farouchement Platon en distinguant deux types de rhétoriques.

Rhétorique sophistique et rhétorique platonicienne


Platon oppose deux rhétoriques :

  • la rhétorique sophistique, mauvaise, est constituée par la logographie, qui consiste à écrire n'importe quel discours et a pour objet la vraisemblance, l'illusion ;
  • la rhétorique de droit ou rhétorique philosophique, qui constitue pour lui la vraie rhétorique qu'il appelle psychagogie (formation des âmes par la parole).

Pour Platon, l'essence de la philosophie reposait dans la dialectique : la raison et la discussion mènent peu à peu à la découverte d'importantes vérités. Platon pensait que les sophistes ne s'intéressaient pas à la vérité, mais seulement à la manière d'y faire adhérer autrui. Ainsi il rejetait l'écrit et recherchait l'interlocution personnelle, l'ad hominatio. Le mode fondamental du discours est le dialogue entre le maître et l'élève.

Deux dialogues platoniques concernent précisément la rhétorique : le Gorgias et le Phèdre.

La rhétorique ancienne


Au cours de l'Antiquité, les théoriciens de la rhétorique (Anaximène, Aristote, Démétrios, Cicéron, Quintilien, Hermagoras, Hermogène, d'autres encore) ont formalisé peu à peu le travail d'élaboration du discours en plusieurs phases :
  • Invention : tout ce qui concerne la recherche des idées et leur développement en fonction du sujet à traiter et des destinataires à toucher.
  • Disposition : tout ce qui concerne la construction du discours, ses différentes parties, ses transitions, etc.
  • Élocution : tout ce qui concerne les procédés touchant au style, aux sons, aux rythmes, etc.
  • Mémoire : les moyens de retenir un texte préalablement composé, ou d'improviser à partir d'un « stock » de formes pré-définies.
  • Action : les moyens à mettre en œuvre pour dire et jouer le texte qu'on prononce, comme le ferait un acteur. C'est la partie la plus externe de l'art oratoire.
Exemples: la gestuelle et la prononciation.

Aristote, en distinguant trois types d'auditeurs, distinguait trois genres rhétoriques, chacun trouvant à s'adapter à l'auditeur visé : le délibératif, le judiciaire, le démonstratif. Le délibératif s'adresse au politique, le judiciaire au juge, le démonstratif fait l'éloge ou le blâme d'une personne. A chaque type de discours s'accorde un temps. Le passé pour le discours judiciaire (puisque c'est sur des faits accomplis que porte l'accusation ou la défense), le futur pour le délibératif (on envisage les enjeux et conséquences futures de la décision objet du débat), enfin passé, présent et futur pour le démonstratif (il est question des actes passés, présents et des souhaits futurs d'une personne).

Chaque discours retrouve la même structure classique :

  • exorde (ou introduction),
  • narration et proposition (exposé des faits et exposé des motifs),
  • péroraison (ou conclusion).

La rhétorique contemporaine


  • La mémoire et l'action étaient spécifiques du discours oral. On considère actuellement qu'elles relèvent de l'art des acteurs, des « trucs » d'avocats, ou de certaines branches de la psychologie, mais non de la rhétorique.
  • L'invention, seule ou réunie à la disposition, est souvent appelée argumentation.
  • L'élocution se subdivise, comme chez les théoriciens de l'Antiquité, en un grand nombre de points de vue portés sur le discours à faire (rhétorique-art) ou déjà fait (rhétorique-science) :
    • sur le vocabulaire (registres de langue),
    • sur les rythmes et les sonorités,
    • sur la forme et la structure des phrases (syntaxe/parataxe, type de progression, période/style commatique, etc.),
    • sur les procédés de micro-composition,
    • sur les figures dites « de rhétorique » ou « de style » (voir ci-dessous).

Il faut par ailleurs noter que, dès l'Antiquité, la division en invention/ disposition/ élocution est un artifice : très souvent, le rhétoricien est amené à étudier des procédés qui relèvent simultanément de plusieurs de ces catégories. Il en est ainsi de l'ethos, qui concerne l'image qu'on veut donner du locuteur, qu'il s'agisse de l'auteur lui-même ou d'un personnage qu'il met en scène : l'ethos met en jeu à la fois l'invention, la disposition, l'élocution - et l'action.

Figures de rhétorique (ou figures de style)


Typologie

Typologie des figures
Figures de grammaire Figures de pensée Figures de mots (tropes)
chiasme antithèse métaphore
ellipse comparaison métonymie
inversion euphémisme synecdoque
périphrase hyperbole catachrèse
pléonasme ironie
litote
source de la typologie : Picoche J., Marie-Luce Honeste, « Les figures éteintes dans le lexique de haute fréquence » in Revue trimestrielle de langue française, 101 : Les figures de rhétorique et leur actualité en linguistique, février 1994, p.118-119

Glossaire

Voir aussi


Articles connexes

Liens externes

Rhétorique

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