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La doctrine de la réincarnation diffère de celle de la métempsycose (du grec « migration des âmes »). C'est la croyance en une évolution de l'âme pouvant s'accomplir au travers des naissances successives, et à travers des expériences. Les tenants de la métempsychose pensent qu'une âme humaine peut s'incarner dans un animal ou une plante, c'est à dire dans une règne "inférieur " à celui de l'espèce humaine...

Une idée répandue dans la civilisation occidentale


En Occident , La doctrine de la réincarnation figure chez Platon et Pythagore .On trouve des allusions à la réincarnation dans le "Phédon", "le Banquet" et dans "la légende d'Er" . Le "Livre des Morts Egyptiens", les textes Esseniens et Kabbalistes ( tradition judaique) y font référence .... C'était également le point de vue des adeptes de la Gnose qui connurent interdictions et persécutions... De nombreux cercles orthodoxes chrétiens tiennent, malgré tout, la réincarnation pour un enseignement spécifiquement oriental, ce qui est bien sûr une erreur.

Les lois de la destinée et du karma gouvernent le processus de la réincarnation . "Karma" est un terme sanskrit qui signifie "action-réaction" et a son équivalent dans le terme grec de Némésis,"la déesse aux yeux bandés" représente le côté tant impersonnel qu'universel d'un principe qui régit tous les domaines d'existence, et pas seulement celui de la réincarnation. Cette loi de nécessité dirige tout le créé et c'est pourquoi est elle à proprement parler, impitoyable. Pour certaines personnes, la réincarnation vise à expliquer la raison des inégalités entre les êtres humains, le pourquoi de certaines épreuves rencontrées, et justifie également l'existence de la mort. La mort n'est plus la cessation de vie, mais le prélude à un temps-bilan (dans un "lieu" que certains appellent en Orient le kamaloka) qui conduit à choisir le contexte d'une nouvelle naissance d'une durée plus ou moins longue.

Pour ce qui est d'une "justification" de la misère, il faut bien préciser que si, par exemple, quelqu'un vient à décéder lors d'une catastrophe naturelle, c'est bien "en raison" de ses actions passées que cette personne se trouvait là à cet instant, sans que l'on doivent nécessairement qualifier ceci de bien ou de mal. On objecte alors parfois que certaines personnes souffrent "de par leur naissance". Et c'est entre autre un argument qui vient étayer la croyance en la réincarnation : telle naissance est, elle aussi, l'effet d'actes passés, accomplis dans une existence antérieure.

Par conséquent, s'intéresser à la réincarnation, c'est aussi tenter de pénétrer les mystères de l'après-vie et des éventuelles vies successives, y compris des vies passées sur cette Terre, voire sur d'autres planètes habitées.

Dans la culture chrétienne


Il est cependant certain qu'au cours des six cents premières années de notre ère, la réincarnation était une notion admise par le Christianisme. De nombreux Pères de l'Eglise l'ont enseignée et ce n'est que lors du Concile de Constantinople, en 535 qu'elle fût pour des raisons de politique théologique contestée, niée et certains écrits religieux détruits . . L'un des plus grands penseurs de l’Église primitive, Origène (185-254), pensait que les âmes parcouraient des mondes très différents et que si l’étape terrestre impliquait une incarnation, il n’en était pas de même des autres univers. Il fut accusé de croire en la réincarnation, car certaines de ses phrases pouvaient prêter à confusion : « Quant à savoir pourquoi l'âme humaine obéit tantôt au mal, tantôt au bien, il faut en chercher la cause dans une naissance antérieure à la naissance corporelle actuelle. »

Certains pensent aussi que ce que condamna le concile de Constantinople, ce ne fut pas le principe de la réincarnation, mais l'idée la préférence pour la réincarnation par rapport au paradis.

De même l'enseignement des Cathares au XIIIe siècle reprenait cette notion de réincarnation inspirée d'Origène.

Depuis lors, la réincarnation ne fait plus partie du champ d’investigation des théologiens catholiques. Jean-Paul II a d’ailleurs clairement exprimé son opposition à cette doctrine durant son pontificat.Cette croyance s'oppose,en effet , au dogme de la "résurrection des morts" à la fin des temps et probablement à la "Grâce" chrétienne.

Sans croire à la réincarnation, les chrétiens d’orient sont attachés à la notion d’engendrement spirituel. Selon cette croyance, quelqu’un peut, à un moment de sa vie, intégrer en lui les qualités spirituelles d’une autre personne (généralement un saint), que cette dernière soit vivante ou morte.

Elle s'oppose aussi au discours des cérémonies de funérailles catholiques, voire chrétiennes, avec le jugement immédiat, le purgatoire et éventuellement l'enfer et les retrouvailles au Paradis.

Dans la Bible

Certains groupes font référence aux Évangiles pour fonder leur croyance en la réincarnation.Ils citent, par exemple,ce passage où les prêtres et les Lévites demandent à Jean-Baptiste « Es-tu Élie ? »(c'est à dire, la réincarnation du prophète Elie) . Ce dernier répond : « Je ne le suis pas » (Jn 1,21).

De même , il y a cette question ambigüe que posèrent les disciples ,dans l' Evangile de Jean ( verset IX, Paragraphe2) à Jésus-Christ , à propos d'un aveugle de naissance : -"Rabbi, qui a péché ? Cet homme ou ses parents, pour qu'il soit ainsi, né aveugle ?"-Ce qui pourrait se résumer ainsi à "-S'il n'a qu'une seule vie, comment cela se pourrait-il?"

Ils ont envoyé les prêtres juifs pour demander à Jean-Baptiste, "vous êtes Élie?" (Jean, 1:21), qui est vu comme support du concept que les prêtres juifs ont cru dans la théorie du reincarnation. Le Christ a parlé les mots relatifs à Jean-Baptiste qui sont évidentes: il a dit, "Il est Élie." (Matthieu 11:14). Par la suite dans, sur l'assemblage de Transfiguration, ils viennent au Christ propos, " Élie est déjà venu, et ils ne le connaissaient pas, mais ils ont fait à lui quelqu'un qu'ils souhaitaient.. Alors les disciples comprenaient qu'il parle à eux de Jean-Baptiste." (Matthieu 17:12,13).

Dans l'Islam


Dans la religion islamique la notion de réincarnation de l'âme n'est pas explicitement enseignée cependant elle est connue dans les enseignements ésotèriques. Par exemple le grand maître soufi iranien Bahram Elahi a fait paraitre "La Voie de la Perfection" qui est un livre expliquant la réincarnation de l'âme dans l'Islam. Celui-ci y explique que l'homme a 50 000 ans pour atteindre l'illumination et durant ce délais l'homme doit suivre le cycle de vies, de morts et de naissances. Certains versets du Coran vont dans le sens de la réincarnation. Par exemple au verset 28 du chapitre "La Vache" il est dit "comment pouvez-vous renier Allah alors qu'il vous a donné la vie, alors que vous en étiez privé, puis Il vous a fait mourir, puis Il vous a fait revivre et enfin vous retournerez à Lui".

Dans la culture hindoue


Selon la Bhagavad-Gîtâ, «L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf»Bhagavad-Gîtâ 11, 22.
L'âme transmigre donc de vie en vie : «Car certaine la mort pour celui qui est né, et certaine la naissance pour qui est mort»Bhagavad-Gîtâ 11, 27.

Les universités indiennes étudient comme un fait la réincarnation. Il semble que les cas étudiés proviennent souvent de jeunes enfants qui peuvent donner des détails extrêmement précis et dont l'existence passée est très courte par rapport au moment de leur incarnation.

Le mahatma Gandhi peu avant sa mort présida une commission qui étudia le cas précis de réincarnation d'une jeune fille et conclut à la réalité de sa réincarnation.En tant que membre de la Société Théosophique ,il y croyait également.

Dans le bouddhisme, des notions contradictoires


La réincarnation est une des caractéristiques les plus connues des thèmes du bouddhisme. Le terme est pourtant douteux puisque le bouddhisme ne reconnait pas l'existence d'une "âme" qui pourrait se réincarner dans différents corps ; plus précisément c'est au concept hindouiste d'atman, le Soi, que le bouddhisme oppose l'idée d'anatta, le non-soi, l'impersonnalité dont il fait une caractéristique de toute chose : il n'y a pas de soi qui se réincarne mais «chaque chose est sans soi».

La pensée du plus grand nombre qu'il s'agisse d'Occidentaux ou d'Orientaux consiste à croire que la personnalité , le moi et ses agrégats se réincarne. Ainsi ,il est possible de dire ou de croire qu'on était dans une vie passée ,un pharaon ou une prostituée etc.Ainsi on explique certaines impressions de "déjà vu", certaines épreuves de la vie ou..le coup de foudre!

Mais le bouddhisme propose à la place d'une âme et d'un corps la distinction de cinq agrégats d'attachement, skandha. Agrégat décrit l'individu comme un ensemble de phénomènes différents ; attachement insiste sur le fait que ces constituants sont pris pour un être, pour un moi, et conduisent à s'attacher à cette idéee de personnalité, là où il n'y a que phénomènes éphémères, impersonnels et insatisfaisants : ce sont les trois caractéristiques de tout phénomène conditionné.

Bien que l'expression «réincarnation» puisse figurer dans quelques traductions, le terme le plus employé est celui de «renaissance». Il y a bien, en effet, une continuité - la mort ne signifie pas que le conditionnement cesse. Le samsâra forme ainsi un cycle de vies qui s'enchaînent les unes après les autres. La souffrance ainsi se perpétue de vie en vie ; mais selon Buddhaghosa, chaque vie ne dure, en réalité, qu'un seul instant.

S'il y a donc continuité, cette dernière est interprétée différemment par les différentes écoles bouddhiques. S'il n'y a pas d'âme, où est la continuité ? Cette question de l'interprétation se manifeste clairement dans l'étude qui est faite de la coproduction conditionnée. Cet enseignement propose de détailler les différents phénomènes qui sont dépendants les uns des autres et qui font que la souffrance se perpétue de vie en vie. Le karma est responsable de cette perpétuation.

Selon certaines écoles, la renaissance est immédiate : au moment du décès correspond la conscience de mourir et succède alors une conscience de renaître. Pour le bouddhisme tibétain, la mort implique des stades intermédiaires, les bardo.

Pour le bouddhisme chinois, tel que décrit dans le roman ésotérique et picaresque des "Pérégrinations vers l'Ouest" de Wu Cheng'en, l'ici bas comme l'au-delà constituent deux formes d'illusion, d'iréalité,et même si cette vision de la iréalité reste iréelle, elle aussi, c'est la seule base d'expérience que nous avons.
Cette question de deux réalités est exemplaire des différentes approches philosophiques dans le bouddhisme ; si toutes ses branches distinguent une réalité purement conventionnelle et une réalité ultime, paramartha, l'analyse qui en est faite varie singulièrement.

Serge-Christophe Kolm dans son livre Le Bonheur-liberté (PUF, 1982) distingue le niveau de croyance populaire dans lequel la réincarnation est tenue pour une réalité du monde physique alors que les niveaux plus élevés du bouddhisme, le ''bouddhisme profond', pour autant qu'il n'y ait qu'un seul et unique bouddhisme profond commun à tous les bouddhistes "cultivés", donne à ce concept seulement un sens de parabole, une façon imagée et simplifiée de définir un concept trop complexe pour être délivré aux fidèles inaptes à le comprendre. La réincarnation ne doit donc plus être considérée comme une réalité objective mais comme une transcendance spirituelle.

Quant à celui qui ne croie pas en la réincarnation, le kālāma sutta lui enseigne quatre consolations, dont voici la seconde : «Supposons qu'il n'y ait aucun au-delà et qu'il n'y ait aucun fruit, résultat, des actions faites, bonnes ou mauvaises. Pourtant, en ce monde, ici et maintenant, libre de haine, libre de méchanceté, sain et sauf, et heureux, je me maintiens».

Quelque soit l'interprétation de la «renaissance», le bouddhisme ne l'enseigne que dans un but, et l'enseignement n'a de sens que dans l'objectif de mettre un terme à la souffrance. Gautama Bouddha n'enseigna pas que l'insatisfaction, mais quatre nobles vérités, présentant l'origine de l'insatisfaction, sa cessation et la voie y menant.

La renaissance en tant qu'être humain se présente alors comme une belle opportunité de sortir du cycle des existences, là où les basses existences ne le permettent pas et où les dieux ne sont pas conscients de la souffrance.

Ces dernières remarques ne doivent pas masquer la divergence de points de vue entre écoles bouddhistes : si mettre un terme à la souffrance est opinion consensuelle, quelle voie faut-il privilégier ? Le courant du Bouddhisme hīnayāna privilégie l'éveil personnel, l'être devenant ainsi un Arhat et quitte le samsara pour atteindre le Nirvana , alors que les écoles Mahayana favorisent l'éveil altruiste de Bodhisattva, se dernier restant dans le Samsara pour aider les autres à s'éveiller. Le disciple renonce donc de lui même à l'état de Bouddha, car il sait qu'en pénètrant dans le Nirvana il quitte le monde des hommes pour jouir de la juste rétribution que lui vaut son ascèse et ses actes. (cf La Voix du Silence - Traité mystique tibétain Ed Adhyar).

A l'époque contemporaine


La conception occidentale de la réincarnation est une évolution de l’idée antique et orientale. La réincarnation est limitée aux seuls corps humains et non pas aux autres formes de vie, animaux, insectes. Aussi, alors que l’hindouisme et le bouddhisme considèrent la réincarnation comme une catastrophe – le but de la vie étant de se libérer du cycle des existences dans les deux cas – beaucoup d’Occidentaux croient que la réincarnation est désirable.

A la fin du XIXe siècle, la croyance en la réincarnation est venue en Occident par la découverte des anciennes religions orientales au travers de groupes essentiellement ésotériques , par exemple les adeptes de la Théosophie de Madame Helena Petrovna Blavatsky ou les cercles spirites d''Allan Kardec..

Une réflexion « scientifique » sur la réincarnation fut animée aux USA jusqu'en 2002 (année de ses 82 ans) par le Canadien Ian Stevenson dont on a dit qu'il était soit un grand mystificateur, soit le Galilée du XX siècle. Les conclusions officielles de Ivan Stevenson sont extrêmement prudentes. Stevenson a recensé 2.600 cas, mais en a publié 64 de façon extrêmement complète, en six gros volumes qui ont été publiés par les Presses de l'Université de Charlottesville, en anglais . Dans tous les cas ,les allégations des enfants prétendant se souvenir de leurs incarnations antérieures ont été vérifiées. . Et dans le dernier livre qu'il a publié, il y a ajouté 6 observations recueillies en milieu occidental, car les 64 observations primitives ont été uniquement recueillies dans des civilisations qui acceptent l'idée de la réincarnation.

Références


Articles connexes

Bibliographie

  • Rudolf Steiner "La Science de l'Occulte" (1911), éditions Triades, 1993.
  • Helena Blavatsky, The voice of silence, 1889, La Voix du Silence, Editions Adyar.
  • Paul Carus, L'Evangile du Bouddha raconté d'après les anciens document, 1894, traduction Milloué, 1902, Editions Aquarius.
  • Narada Thera, La doctrine bouddhique de la Re-naissance, 1979, Maisonneuve
  • Sogyal Rinpoché Le Livre tibétain de la vie et de la mort - Editions Table Ronde (Livre tiré du Bardo Thödol )
  • Jan van Rijckenborgh, Le Mystère de la Vie et de la Mort - Editions du Septénaire.
  • Jean-Marie Détré, La Réincarnation et l'Occident, tome 1 et 2, éditions Triades.
  • G. Wachsmuth, Réincarnation, processus de métamorphose, éditions Triades.

Liens externes

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