La réfraction, c'est la déviation de la direction de propagation d'une onde lorsque celle-ci change de milieu. Plus généralement, la réfraction a lieu lors d'un changement d'impédance du milieu, lorsque la vitesse de l'onde change entre deux milieux.
En physique, on représente une onde de deux manières :
La lumière change de direction lorsqu'elle passe d'un milieu transparent à un autre (par exemple : de l'air à l'eau, ou le contraire...). C'est ce phénomène qui permet d'expliquer pourquoi lorsque l'on observe une paille dans un verre, celle-ci paraît brisée. Cette fracture (vers le haut) apparente est à l'origine du mot réfraction.
La lumière est dite réfractée et la propriété qui caractérise les différents milieux transparents est la réfringence, qui se traduit par une valeur numérique : l'indice de réfraction.
Chaque milieu transparent i est caractérisé par son indice de réfraction noté ni. On appelle dioptre la surface séparant les deux milieux.
Les lois de la réfraction, découvertes par Snell et par Descartes permettent de rendre compte quantitativement du phénomène. Pour la réfraction, les lois de Snell-Descartes précisent que :
L'explication de l'expérience du crayon brisé repose sur deux points importants : les lois de Snell-Descartes et la propriété de stigmatisme approché du dioptre plan permise par l'œil qui n'intercepte qu'un fin pinceau de lumière réfractée.
On constate alors que, les rayons étant réfractés en s'écartant de la normale puisque l'indice de l'air est inférieur à l'indice de l'eau, la lumière qui arrive dans l'œil de l'observateur semble provenir d'un point plus haut. Le schéma ci-contre illustre pour un point de l'extrémité du crayon. Il faudrait faire ainsi pour chacun des points pour avoir l'image (au sens du stigmatisme approché) du crayon. (L'effet d'un dioptre est aussi de donner une image déformée).
Remarques :
On voit que si n1 > n2 (par exemple passage de l'eau vers l'air), alors pour des valeurs de sin(θ1) proches de 1, c'est-à-dire pour des incidences rasantes (rayon incident proche de la surface), on obtient par cette formule une valeur de sin(θ2) supérieure à 1 ! Ceci est évidemment impossible, cela correspond à des situations ou il n'y a pas de réfraction mais uniquement de la réflexion ; on parle de réflexion totale.
L'angle limite de réfraction est donc tel que :
sin(θlim) = n2/n1
Cette propriété est mise à profit dans certains systèmes réflecteurs (prisme à réflexion totale) et les fibres optiques.
La relation de Snell-Descartes peut être traduite géométriquement. Ceci permet un construction géométrique simple (dite de Descartes) du rayon réfracté.
Cette construction repose sur le tracé des "cercles des indices". On trace les deux cercles de rayon et centrés sur le point d'incidence (I). Le rayon incident (provenant du milieu 1) est prolongé dans le milieu 2 et coupe le cercle 1 en un point A dont la projection H est telle que, par construction, IH = .
Pour satisfaire la relation de Descartes, le rayon réfracté doit couper le cercle 2 en un point B ayant même projection. Il suffit donc de prolonger la droite AH jusqu'à son intersection avec le cercle 2.
La célérité de la lumière n'est pas la même dans les deux milieux. Ce changement de valeur suffit à interpréter le changement de direction de l'onde. C'est Huygens qui, le premier, a donné un modèle, en associant la propation de la lumière à la propagation d'un front d'onde.
Pour comprendre en quoi un changement de vitesse entraîne un changement de direction, on peut faire une analogie avec la situation mécanique suivante : des athlètes doivent effectuer une course sur la plage, puis nager. Ils partent en ligne (non parallèle au rivage) et vont tous à la même vitesse, mais ils nagent plus lentement qu'ils ne courent. La ligne formée par les athlètes est le "front d'onde", le rivage étant donc le dioptre. On voit alors que ceux qui ont rencontré la rive en premier et ont commencé à nager progressent plus lentement que ceux qui sont encore sur la plage. La conséquence immédiate est que le front d'onde va être modifié et lorsque tous les athlètes seront en train de nager, le front d'onde sera toujours une droite, mais la direction aura changé.
Le principe de Huygens repose sur la même propriété. Huygens - s'opposant ainsi à Newton - considérait que la lumière était une onde, se propageant de proche en proche dans les milieux transparents. Il imaginait le front d'onde comme la superposition d'ondelettes de sorte que, au passage d'un dioptre, la célérité étant différente de part et d'autre, la taille des ondelettes était changée d'autant et le front dévié en conséquence. Le rapport des indices des milieux apparaît alors simplement comme le rapport des célérités : n1/n2 = v2/v1
Remarque : ce principe permet également de rendre compte de la réflexion. Il suffit en effet de considérer la partie des ondelettes se déployant dans le premier milieu pour voir que, évidemment, le front d'onde est tel que l'angle de réflexion est égal à l'angle d'incidence
Simulation des ondelettes d'Huygens
Cette interprétation permet également une construction géométrique. Celle-ci est semblable à celle de Descartes, mais elle s'appuie sur la comparaison des célérités.
Les rayons à tracer sont alors en 1/n1 et 1/n2 et le raisonnement géométrique repose sur l'intersection commune des plans d'onde (point B), qui, par nature doivent être tangents aux ondelettes.
L'ondelette la plus grande correspond sur la figure à la position du front d'onde s'il n'y avait pas de dioptre (ici n2 > n1), tandis que le cercle le plus petit correspond donc au front de l'onde diffractée.
Le rayon réfracté est donc bien selon IC (I étant le point d'incidence).
Un aspect particulièrement étonnant est la possibilité d'interpréter également ces lois de Snell-Descartes en terme de moindre parcours, et plus précisément en terme de moindre temps.
C'est Fermat qui a introduit cette interprétation, source tout à la fois de questionnements fondamentaux sur la "raison" de ce moindre parcours, et d'une approche théorique très puissante dite de moindre action.
Énoncé du principe de Fermat : La lumière se propage d'un point à un autre sur des trajectoires telles que la durée du parcours soit stationnaire.
Là encore, une analogie "mécanique" peut aider à comprendre pourquoi durée de parcours et trajectoire brisée sont intimement liées.
Considérons maintenant un athlète devant partir d'un point de la plage et rejoindre le plus vite possible une bouée située dans l'eau. Là encore, l'athlète court plus vite sur la plage qu'il ne progresse dans l'eau. En conséquence, il convient donc de ne pas aller en ligne droite vers la bouée, mais de rallonger la distance parcourue sur le sable (et diminuer celle à parcourir dans l'eau). Mais évidemment, il ne faut pas non plus trop rallonger sur le sable...
On peut alors chercher quel est le chemin qui correspond au minimum de temps. C'est un chemin tel que le point d'arrivée au bord de l'eau n'est ni l'intersection avec la ligne droite, ni le cas où la distance dans l'eau est la plus faible (en nageant perpendiculairement à la rive) mais un point entre les deux, et qui est tel que : ''(1/v1)sin = (1/v2)sin .
Lorsqu'un rayon parcourt une distance d dans un milieu d'indice n, on appelle chemin optique, et on note L, le produit de la distance et de l'indice :
Notez qu'il s'agit là d'une constatation, d'une conséquence, et non d'une cause. Le rayon lumineux n'a pas de stratégie, il ne décide pas d'emprunter tel ou tel chemin, et le point d'arrivée n'est pas donné à l'avance !
Mais ce principe est très puissant et peut être généralisé à toute la physique. En optique, il permet de calculer le trajet dans un milieu d'indice variable.
On a jusqu'ici considéré des milieux homogènes et isotropes, dans lesquels la vitesse de la lumière était la même partout et dans toutes les directions. Mais il existe des milieux dans lesquels la vitesse de la lumière, donc l'indice de réfraction, varie de manière continue, par exemple :
Dans ces milieux, l'indice n dépend donc du point considéré, n est une fonction de la position (x,y,z).
Le trajet du rayon lumineux est une courbe C dans le milieu. Considérons un petit trajet du point s au point s+ds sur lequel l'indice peut être considéré comme constant (s est l'abscisse curviligne sur C, c'est-à-dire la distance parcourue en suivant la courbe depuis le point de départ). Le chemin optique total est :
De façon générale, et donc en mécanique, la propagation suit les mêmes lois fondamentales, en particulier le fait que la célérité ne dépend que du milieu : son élasticité et son inertie. Les phénomènes de réflexion, réfraction, diffraction et interférences existent donc également pour ces ondes. Suivant le nombre de dimensions spatiales offertes par le milieu à la propagation, tout ou partie de ces phénomènes sont visibles.
Ainsi pour un propagation unidimensionnelle (une onde le long d'une corde par exemple) il est facile d'observer la réflexion, et possible d'expérimenter la transmission (avec réflexion partielle) entre deux cordes de masses linéïques différentes. Pour les ondes à la surface de l'eau, les phénomènes de réflexion, réfraction et diffraction sont faciles à observer. Quant aux ondes acoustiques qui nous entourent, leur propagation en trois dimensions jusqu'à notre oreille est bien souvent le fruit de tous ces phénomènes à la fois.
La célérité des ondes de surface dépend de la profondeur du liquide, de la vitesse du courant et de leur amplitude. En particulier la célérité est plus faible si la profondeur est plus faible. Ceci permet d'avoir une première interprétation du fait que les crêtes des vagues deviennent preque parallèles à la plage lorsqu'elles se rapprochent du rivage : la partie de la crête en eau plus profonde se propage plus vite que la partie en eau peu profonde et la crête tourne vers la plage.
Ce changement de célérité est donc précisément la cause du changement de direction de propagation d'une onde plane comme l'explique le principe d'Huygens évoqué ci-dessus.
L'observation de ce phénomène peut-être réalisée sur une "cuve à ondes" : un bac plat contient une faible hauteur d'eau (de l'ordre du centimètre). Sur une partie du fond du bac, on place une plaque qui provoque donc une brusque variation de la profondeur. Une onde plane (provoquée par la vibration d'une barre qui affleure l'eau) est alors déviée au passage de ce dioptre.
Les ondes sonores subissent aussi une telle déviation. Dans l'atmosphère la vitesse du son varie avec la pression (donc l'altitude), l'humidité et la vitesse du vent. La vitesse du vent augmente avec l'altitude si bien que les "rayons sonores" sont réfractés vers le bas dans la direction du vent, et vers le haut dans la direction opposée au vent. C'est pour cela que le vent "porte le son". C'est donc la variation du vent avec l'altitude qui est importante et pas la vitesse du vent elle même (bien plus faible que la vitesse du son).
La vitesse de propagation des ondes sismiques dépend de la densité, donc de la profondeur et de sa composition. Il se produit donc
Comme un rayon lumineux est dévié lorsqu'il passe d'un milieu d'indice de réfraction n1 à un autre d'indice n2, une onde radio peut subir un changement de direction dépendant à la fois de sa fréquence et de la variation de l'indice de réfraction. Ce phénomène est particulièrement important dans le cas de la propagation ionosphèrique, la réflexion que subit une onde décamétrique dans l'ionosphère est en fait une suite continue de réfractions. Il est possible de reproduire avec une onde radio dont la longueur d'onde est de quelques centimètres à quelques décimètres le phénomène observé avec une lentille ou un prisme en optique classique.
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