La Nature a deux sens fondamentaux : la matière d'une chose (ce qu'elle est, son essence) et le devenir d'une chose dans sa spontanéité (libre d'une fin).
Au sens commun la Nature est l'ensemble du milieu naturel de la Terre et des forces qui l'habitent, les forêts, les airs, les mers ,le monde minéral,végétal et animal. Devant la perte continue de la Biodiversité au cours des dernières années , la protection des milieux naturels et la demande d'un développement durable sont devenues des priorités pour une grande partie des citoyens des pays industrialisés.
La Nature est souvent décrite comme étant l'ensemble du réel, des êtres et des choses, qui constitue l'univers, le monde physique. La Nature peut comprendre l'univers, les phénomènes climatiques, les êtres vivants, les roches, ...
Pour certains, elle serait plus précisément l'ensemble du réel après abstraction des modifications apportées par l'homme, elles-mêmes qualifiées d'artificielles. La nature est en ce sens ce qui ne subit pas la mise en forme d'une finalité humaine technique. C'est dans cette optique qu'existent certains produits qualifiés de « naturels », leur production n'ayant pas nécessité de produits « inventés » par l'homme (par exemple un jus de fruit sera dit « naturel » lorsqu'il ne contient pas de conservateur). Cette distinction sous-entend une séparation entre l'homme et la nature quant à l'intention.
La nature définit également l'ensemble des caractères fondamentaux qui définissent la personnalité physique ou morale d'un être. En ce sens nature est synonyme d'essence. On confond parfois cette définition avec celle de la nature d'une personne: ses aptitudes innées, son caractère, son tempérament... Tout ce que l'éducation ne permet pas d'acquérir mais qui est en nous de façon non-artificielle.
Jusqu’au Moyen Age, l’idée de nature est associée à celle d’une transcendance divine, extérieure à l’homme. La nature est alors présentée comme un livre, elle est un accès à l’écriture. « Même le plus ignorant lit dans le monde » dit Saint Augustin. L’idée sous-jacente est que la nature ne fait rien au hasard, mais est sous un commandement divin.
Avec l’âge classique au XVIIe siècle, on assiste à l’invention de la nature telle que nous la connaissons. Cette invention est le résultat d’une évolution de la sensibilité esthétique, et de l’extension des limites du monde connu, de la connaissance de l’histoire naturelle. Ce qui a fait dire à Merleau-Ponty que « le changement de l’idée de nature a permis sa découverte ». L’intervention divine devient plus abstraite, confinée au mystère de la foi. Descartes et Spinoza rejettent le finalisme divin (et aristotélicien) de la nature.
Le concept de l’homme naît au XVIIIe siècle. Il est donc tardif en occident, mais également inédit dans l’histoire du monde. Les sciences humaines n’héritent pas d’un domaine vacant car l’ « homme n’existait pas ». La notion de nature renvoie à l’idée d’un domaine ayant ses propres principes de développement, hors de l’action de l’homme. L’idée de nature n’est pas suffisante. Pour qu’il y ait dichotomie il faut qu’il y ait société. L’esquisse de ce dualisme se transforme avec l’avènement de la notion de culture.
La notion de culture recouvre deux sens. Le premier est issu de la Philosophie des Lumières et correspond à l’idée de civilisation. Dans ce sens, la culture est le trait distinctif de l’espèce humaine, associé à ses savoirs et savoir-faire. Le second est le sens allemand, émergeant sous l’influence du romantisme. La culture est la configuration particulière de croyances coutumières, traits matériels, organisations sociales… elle est une totalité singulière, une sphère autonome incommensurables avec d’autres totalités.
Dans les Mots et les Choses, Michel Foucault définit l’anthropologie comme l’étude des rapports entre la nature et la culture. Globalement on peut appréhender cette question en distinguant les anthropologies matérialistes et les anthropologies symbolistes. Les anthropologies matérialistes s’intéressent aux fonctions structurantes de la vie matérielle. L’idée sous-jacente est que la nature est un déterminant de base : elle y est définie en terme ethnocentrique, comme étant le moteur de la vie sociale. On y trouve l’anthropologie marxiste des années 1970 en France, pour laquelle la nature est une donnée brute qui peut être appropriée ou transformée, et l’environnement naturel est une précondition de l’environnement économique. On trouve aussi la sociobiologie et l’écologie culturelle entre lesquelles on souligne un certain parallèle puisque pour les deux, la cause ultime des comportements revient au champ de la nature.
Dans tous les cas, pour les anthropologies matérialistes, la culture est une forme particulière d’adaptation à une nature qui serait partout un élément déterminant et conditionnant. Les anthropologies symbolistes s’intéressent aux caractères symboliques de la vie sociale. Elles mettent l’accent sur les aptitudes des hommes à créer un monde de signification et d’intentionnalités dépendant des déterminations brutes de la nature.
Dans Anthropologie Structurale 2, Lévi-Strauss dit que l’anthropologie est la discipline qui pense la relation entre la nature et la culture. La dichotomie nature / culture soulevée, l’opposition nature / culture suggère deux possibilités. Soit la culture est ce qui donne un sens à nature (la culture impose sa signification à la nature). Soit la nature détermine les rapports sociaux (la nature donne forme à la culture).
L’écologie culturelle donne un crédit illimité à la nature. L’anthropologie structurale, à ce propos, n’oppose pas une forme d’idéalisme mais aussi un naturalisme, mais un naturalisme de principe. Lévi-Strauss n’a jamais varié dans l’idée que la nature conditionne les opérations intellectuelles, la nature devenant donc une construction empirique. L’étude naturaliste doit permettre de comprendre la structure des groupes culturels. Ce qui intéresse Lévi-Strauss est de rendre compte de la manière dont l’esprit opère dans des contextes culturels et géographiques distincts (ex : les Mythologiques). La mythologie révèle dans une forme épurée les opérations d’un esprit qui n’est plus condamné à mettre en ordre, mais qui peut « jouer » avec les règles de fonctionnement de la pensée.
Son usage comme outil analytique en ethnologie a parfois été fécond. Toutefois, et Philippe Descola l’a montré dans Par-delà nature et culture (2005), l’idée de nature est étrangère a de nombreuses sociétés.
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