Le terme mathématique vient du grec μάθημα mathêma, science, connaissance, apprentissage et de μαθηματικός mathematikos : qui aime apprendre. Les « mathématiques » sont communément considérées comme la science des nombres, des figures et des structures.
Un résultat mathématique, appelé théorème, est considéré comme tel lorsque le discours qui est censé convaincre de sa vérité suit une certaine structure appelée démonstration, ou raisonnement déductif. Cette démonstration suit les lois de la logique.
Les mathématiques sont traditionnellement vues comme un modèle de connaissance humaine, dont les résultats sont considérés comme objectifs, universels et éternels. Son statut de « reine des sciences » provient des faits suivants :
La distinction entre algèbre, analyse et géométrie est réelle, tant dans les résultats, les méthodes, que dans la façon dont se perçoivent les mathématiciens. Il reste que les connexions entre ces trois branches et les usages que chacune fait de l'autre sont souvent plus que profondes et fondamentales. La théorie des nombres, en particulier la réflexion sur les nombres premiers est exemplaire à cet égard : à l'origine problème de nombres entiers, il s'est transformé au XIXème siècle en un problème où l'analyse est devenue indispensable. Avec le XXème siècle, la géométrie algébrique est devenue le terreau naturel regroupant à la fois méthodes algébriques, géométriques et analytiques pour affronter les problèmes de la théorie des nombres, par exemple la conjecture de Fermat, devenue grâce à cette nouvelle approche théorème de Wiles en 1994. Le théorème, a priori formulé dans des termes totalement algébriques, nécessite un usage colossal des mathématiques liées à l'analyse comme à la géométrie.
Théorème de Wiles : pour tout , et tous x, y et z entiers naturels, l'équation n'a pas de solution entière non évidente.
Outre son développement intrinsèque, elle est nécessaire à la géométrie et parfois à l'analyse pour progresser. Son intérêt pour ces dernières vient de ce que des structures abstraites se retrouvent dans de nombreux domaines.
Par exemple, les théorèmes de l'algèbre linéaire, démontrés de façon indépendantes de ses applications, permet de comprendre en profondeur des champs a priori très éloignés et dont on peut montrer qu'ils possèdent une structure linéaire. On sait grâce à elle que les équations différentielles linéaires en une variable d'ordre , c'est à dire nécessitant de dériver fois la fonctions, ont exactement solutions indépendantes, donc de comportement différent. Par ailleurs, en analyse, différencier une fonction consiste à rendre linéaire la situation localement. Les outils de l'algèbre linéaire deviennent alors indispensables, par exemple pour savoir si un point critique, qu'on peut détecter analytiquement, est un minimum, un maximum, ou un point col. La topologie est grande consommatrice d'algèbre. Les invariants topologiques des objets algébriques déduits des figures, de sorte que deux figures semblables sous un certain point de vue géométrique sont ont des invariants isomorphes au sens algébrique. Par exemple, le groupe fondamental d'une variété topologique code les chemins fermés tracés sur la variété à déformation près, et possède la structure algébrique d'un groupe. Sur la sphère de dimension 2, ce groupe est nul, car tout lacet peut se déformer en un point, ce qui est faux sur une chambre à air, ou tore. Un gros tore ou un petit tore tarabiscoté auront par ailleurs le même groupe fondamental, parce qu'on peut passer de l'un à l'autre par une déformation continue.
On peut distinguer (liste non exhausitive) plusieurs domaines inclus dans l'analyse :
L'analyse ne se limite cependant pas aux fonctions de nombres réels. Les problèmes précédents (notamment équations différentielles, théorie des singularités, systèmes dynamiques, et en particulier les fractales) sont depuis longtemps étudiés pour des fonctions de nombres complexes : les fonctions holomorphes ; et plus récemment pour des fonctions de nombres p-adiques.
Il faut toutefois noter que dans les faits en France, cette distinction structure souvent les équipes de recherche ; sans forcément hypothéquer la possibilité d'interactions entre elles.
Le principe de la mathématisation est le suivant : une science donnée, ou une sous-thématique de la science (par exemple la biologie ou la thermodynamique) sélectionne certains paramètres qu'on suppose être quantifiable (le temps, le nombre de bactéries, la température, le portefeuille d'un actionnaire) qu'on a constaté être liés entre eux (la population bactérielle s'accroît avec le temps, la température est reliée à la pression). Une équation, très souvent différentielle, relie certains de ces paramètres entre eux, et établit ainsi de façon quantitative leur interdépendance. L'étude mathématique de ces équations va permettre, après retour aux êtres réels associés aux paramètres, de prédire, c'est-à-dire de constater de nouvelles relations entre les termes. En écologie par exemple, une équation peut modéliser le rapport entre une certaine espèce et une autre espèce prédatrice. L'étude mathématique de l'équation quand la variable temps tend vers l'infini va annoncer si le système écologique évoluera vers un système stable et équilibré, ou bien si l'une des espèce va disparaître par exemple.
On ne peut donc pas dire qu'il existe une préséance épistémologique d'une discipline sur l'autre. Explicitons quelques exemples montrant qu'une telle réduction est irréalisable :
Son rapport avec les sciences humaines se fait essentiellement par les statistiques et les probabilités, mais aussi par des équations différentielles, stochastiques ou non, en économie et en finance :
Ce rapport est controversé, de par la nature humaine de ces sciences, et du refus par certains dans ce domaine du déterminisme auquel les mathématiques sont naturellement attachées.
Mathématisation n'est pas synonyme d'authenticité scientifique. En effet, les postulats d'une "pensée" peuvent être extrêmement problématiques, voire farfelus, mais s'ils sont de nature à être quantifiés, ils peuvent donner lieu à des calculs complexes.
Le cas de l'astrologie est un cas modèle : ses postulats, qui considèrent que les planètes ont une influence sur le comportement humain, sont rejetés presque unanimement par la communauté scientifique. Pourtant, la pratique de l'astrologie peut donner lieu à de longs calculs mathématiques.
Beaucoup plus subtil est le cas de l'économie mathématique. Le postulat fondamental de cette discipline est que l'activité économique peut se comprendre à partir d'un axiome de nature anthropologique, celui de l'acteur individuel rationnel. Dans cette vision, chaque individu cherche par ses actions à accroître un certain profit, et ce de façon rationnelle. Cette sorte de vision atomiste de l'économie permet à celle-ci de mathématiser relativement aisément sa réflexion, puisque le calcul individuel se transpose en calcul mathématique. Toutefois, certains sociologues, comme P. Bourdieu, et même certains économistes, refusent ce postulat de l'homo œconomicus, en remarquant que les motivations des individus comprennent non seulement le don, mais aussi dépendent d'autres enjeux dont l'intérêt financier n'est qu'une partie, ou tout simplement ne sont pas rationnelles. La mathématisation est donc selon eux un habillage permettant une valorisation scientifique de la matière.
Dans un essai polémique, Alan Sokal et Jean Bricmont ont dénoncé l'utilisation non fondée ou abusive d'une terminologie scientifique, en particulier mathématique et physique, dans le domaine des sciences humaines.
L’origine historique des mathématiques est liée à leurs applications concrètes, le commerce, la mesure des surfaces, la prédiction des événements astronomiques.
Initialement tournées vers la mesure (géométrie) et le comptage (arithmétique), les mathématiques se tournent rapidement vers l'abstraction. Les mathématiciens grecs avec Euclide et ses éléments leur apportent leurs premières structures axiomatiques, puis leur passage chez les mathématiciens de langue arabe permet la fusion avec les connaissances orientales et la création du système d'écriture numérique arabe.
Dans le courant du XVI et XVII siècle, c'est en Europe que se développe un nouvel aspect des mathématiques. La création d'un langage symbolique (François Viète et Descartes) permet le développement du calcul algébrique. Tandis que Newton et Leibniz, mettant en place le calcul infinitésimal, donnent les outils nécessaires aux développement de l'analyse.
Cependant, les mathématiques, pour se développer ont besoin de définir des structures : groupe (Évariste Galois), anneau (Richard Dedekind), corps , espace vectoriel, espace projectif ..... C'est le développement d'une nouvelle branche des mathématiques : celle des structures algébriques ou algèbre générale qui débouchera quelques siècles plus tard sur la théorie des catégories.
Le XIX siècle voit avec Hilbert et Cantor le développement d'une théorie axiomatique sur tous les objets étudiés, soit la recherche des fondements mathématiques. Ce développement de l'axiomatique conduira le XX siècle à chercher à définir toutes les mathématiques à l'aide d'un langage : la logique.
Au cours du XX siècle, le développement de l'outil informatique fait prendre un nouveau tournant aux mathématiques : celui de la modélisation et de la numérisation.
Au cours des deux mille ans écoulés, les mathématiques ont cherché, d'une part à fournir des outils exploitables pour les autres sciences (physique, géographie; astronomie...) d'autre part à résoudre des problèmes nés dans leur sein comme la quadrature du cercle, les nombres constructibles, la conjecture de Fermat, les propositions indécidables, les problèmes NP-complets...
La logique énonce les règles, ou principes, qu’il faut respecter pour faire des déductions correctes.
Comme toute science exacte, la mathématique est donc fondée sur le principe du tiers exclu (ou axiome de véracité) : toute proposition (hors non-sens) est soit vraie soit fausse.
Une déduction consiste à partir de prémisses pour arriver à une conclusion en procédant par des étapes logiques. En mathématiques, l’étude de la forme du raisonnement, indépendamment de ses objets, a une importance cruciale. Montrons-le sur un exemple.
Les mêmes axiomes, ceux des espaces vectoriels, peuvent être utilisés à la fois pour étudier des espaces géométriques, l’espace euclidien par exemple et pour étudier l’ensemble des solutions d’une équation différentielle linéaire. Les théorèmes sur les espaces vectoriels sont donc valables à la fois pour la géométrie euclidienne et pour les équations différentielles linéaires. On peut considérer que la théorie abstraite des espaces vectoriels consiste à étudier toutes les déductions qui partent des mêmes axiomes, indépendamment des objets auxquels ils sont appliqués. On étudie alors les formes de déduction et non les objets auxquels ces formes sont appliquées.
Cette définition convient bien aux mathématiques appliquées. De nombreuses théories abstraites (les nombres entiers et réels, les fonctions réelles de variable(s) réelle(s) et les équations différentielles, les espaces vectoriels, les groupes, la théorie des probabilités, ...) ont une utilité générale pour toutes les sciences, parce qu’elles peuvent être appliquées à de nombreux objets. Le travail des mathématiques appliquées consiste à développer des théories, dont la valeur est universelle, en vue d’aider les autres sciences dans leurs recherches des conséquences.
En tant qu'activité humaine, pratiquée par des humains, les mathématiques s'éloignent toutefois du modèle d'une construction, suivant les lois de la logique, et indépendante du réel. Citons un fait et un phénomène pour illustrer ceci. Tout d'abord, aucune démonstration mathématique ne suit réellement, formellement, les lois de la logique, pour la simple raison que la traduction d'énoncés mathématiques complexes en langage purement formalisé est impossible en temps raisonnable. L'acceptation de la véracité d'une démonstration, et donc d'un théorème, repose donc in fine sur un consensus de spécialistes au sujet de la validité de l'approximation de démonstration formelle proposée (voir La structure des révolutions scientifiques). Ainsi la confiance que la communauté mathématique place dans un de ses membres qui propose un résultat nouveau intervient de façon primordiale dans la réception qu'aura ce résultat, et ce d'autant plus s'il est inattendu, ou modifie la façon de voir les choses. On peut prendre pour exemple historique les controverses sur les géométries non euclidiennes au XIXème siècle, durant lequel les travaux de Lobatchevsky ont été largement ignorés ; ou bien, dans un autre ordre d'idée, la non réception par Cauchy, ponte monarchiste, des travaux du jeune républicain Galois au début du même siècle. On pourrait multiplier de tels exemples avec toutes les variations souhaitées (place des femmes, nationalisme, népotisme...). Contentons-nous de dire que la sociologie des mathématiques étudie de tels phénomènes (voir sociologie des sciences).
L'universalité manifeste des mathématiques et leur efficacité sont, au moins depuis l'antiquité grecque, la source de questions philosophiques et métaphysiques. L'Histoire des Idées est intimement liée à la réflexion sur la nature des mathématiques. On peut distinguer trois grandes questions :
Par exemple, le groupe lié à la symétrie miroir est l'ensemble . Un test de Rorschach est une figure invariante par cette symétrie, de même qu'un papillon et plus généralement le corps des animaux, du moins en surface. Lorsqu'on dessine la surface de la mer, l'ensemble des vagues possède une symétrie par translation : bouger notre regard de la longueur séparant deux crêtes de vagues ne change pas la vue que l'on a de la mer. Un autre cas de symétrie, cette fois non isométrique, est celui présenté par les fractales : un certain motif se répète à toutes les échelles de vision.
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