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Le jaïnisme, ou jinisme, du sanskrit jina « victorieux », est une religion, un chemin spirituel qui insiste sur les concepts d'ahimsa (non-violence) et de karma et qui met l'accent sur l'ascétisme. Il ne commence pas, à l'image du bouddhisme, comme un mouvement de réforme à l'intérieur de l'hindouisme, car c'est une religion traditionnelle qui vient de la plus haute antiquité, mais devient une religion, telle que nous la connaissons aujourd'hui dans ses grandes lignes, au cours du . Avec seulement 6 millions de croyants, le jainisme est la plus petite des 10 religions principales du monde, mais en Inde, les jaïns sont surreprésentés dans les secteurs économique et politique. Les jaïns sont une force significative dans la culture de l'Inde, contribuant à la philosophie, à l'art, à l'architecture, aux sciences et aussi à la politique au travers de Gandhi et donc à l'indépendance de l'Inde.

C'est la rigueur avec laquelle les adeptes suivent les préceptes du Jaïnisme, et l'éthique qui en découle, qui leur a donné une surreprésentativité dans les milieux politiques et des affaires au sein de la communauté indienne. Le temple jaïn d'Anvers à Wilkrijk sera ainsi le plus grand hors d'Inde, et a été entièrement financé par les riches familles indiennes jaïnes actives dans le commerce diamantaire anversois.

La philosophie jaïne


Le jaïnisme partage de nombreux concepts avec l'hindouisme et le bouddhisme, mais doit en être cependant différencié. Par respect du principe de non-violence, le jaïnisme va au-delà du simple végétarisme : Le régime alimentaire jaïn exclut la plupart des racines, car l'on pourrait causer du mal à un animal en les déterrant, et certains autres aliments considérés comme inutilement nuisibles ; l'ail et l'oignon présumés excitants. Les jaïns pratiquants ne mangent pas, ne boivent pas ou ne voyagent pas après le coucher du soleil et ne se lèvent pas avant le lever du soleil, toujours pour éviter de blesser un être vivant par manque de lumière.

Selon le jaïnisme, l'univers n'a pas été créé, et ne cessera jamais d'exister. Il est éternel mais non inchangé, car il traverse une série sans fin d'alternances ou d'oscillations. Chacune de ces périodes est divisée en quatre âges du monde ou yuga. Le monde est actuellement dans le quatrième âge, celui du déclin (à rapprocher de la Kali-Yuga des hindouistes).

Quand il aura atteint son niveau le plus bas, le jaïnisme lui-même disparaîtra complètement. Puis, au cours de la prochaine oscillation, la religion des jaïns sera redécouverte et réintroduite par de nouveaux chefs spirituels appelés Tîrthankaras (en sanscrit «les faiseurs de gué»), puis sera à nouveau perdue à la fin de la prochaine période, et ainsi de suite.

Dans chacune de ces très longues périodes —qui font penser au jour de Brahma des hindouistes—, il y a toujours vingt-quatre Tîrthankaras. Dans l'âge actuel du monde, le vingt-troisième Tîrthankara fut Parshva, un ascète et professeur, qui aurait vécu vers 850 - 800 av. J.-C.. Les jaïns le considèrent comme un réformateur qui réclama un retour à la croyance et aux pratiques de leur tradition religieuse originale. Le vingt-quatrième et dernier Tirthankara de cet âge est connu par son titre, Mahâvîra, le grand héros (599 - 527 av. J.-C.). Il fut aussi un ascète, un professeur errant qui tenta de rappeler les Jains à la pratique rigoureuse de leur foi antique.

Le jaïns croient que la réalité est composée de deux principes éternels, jiva et ajiva. Le jiva est constitué d'un nombre infini d'unités spirituelles identiques ; l'ajiva (c'est-à-dire, « non-jiva ») ou pudgala est la matière dans toutes ses formes et les conditions sous lesquelles cette matière existe : temps, espace et mouvement.

Le jiva et le pudgala sont éternels ; ils ne sont pas venus à l'existence et ne cesseront jamais d'exister. Le monde entier est constitué des jivas emprisonnés dans de l'ajiva ; il y a des jivas dans les roches, les plantes, les insectes, les animaux, les êtres humains, les esprits, etc.

Tout contact quelconque du jiva avec le pudgala engendre la souffrance. Ainsi les jaïns croient que l'existence en ce monde signifie inévitablement la souffrance. Ni la réforme sociale, ni la réforme des individus eux-mêmes ne peut jamais faire cesser la souffrance. Dans chaque être humain, un jiva est emprisonné, et ce jiva souffre en raison de son contact avec l'ajiva. La seule manière d'échapper à la douleur est pour le jiva de se libérer complètement de la condition humaine, de l'existence humaine.

Le karma et la transmigration maintiennent le jiva emprisonné dans l'ajiva. La libération de l'état humain est difficile. Les jaïns croient que le jiva continue à souffrir pendant toutes ses vies ou réincarnations, qui sont d'un nombre indéfini. Ils croient que chaque action effectuée par une personne, qu'elle soit bonne ou mauvaise, ouvre les canaux des sens (vue, ouïe, toucher, goût et odorat), par lesquels une substance invisible, karma, s'infiltre à l'intérieur et adhère au jiva, déterminant les conditions de la prochaine réincarnation.

La conséquence des actions mauvaises est un karma lourd, qui tire le jiva vers le bas, l'entraînant vers une nouvelle vie à un bas niveau sur l'échelle de l'existence. La conséquence des bonnes actions, d'autre part, est un karma léger, qui permet au jiva de monter dans sa vie prochaine à un niveau plus élevé dans l'échelle de l'existence, là où il y a moins de souffrances à supporter. Cependant, les seules bonnes actions ne peuvent jamais mener à la libération.

La libération —ou moksha— s'obtient par le retrait du monde. Le karma est le mécanisme de cause à effet en vertu duquel toutes les actions ont des conséquences auxquelles on ne peut se soustraire. Le karma a pour résultat de maintenir le jiva enchaîné dans une suite ininterrompue d'existences durant lesquelles ce jiva va souffrir jusqu'à un certain degré. Ainsi la libération du cycle des renaissances implique une évasion du karma, la destruction de tout le karma et l'évitement de la constitution d'un nouveau karma.

Puis, au moment de la mort, sans karma pour la tirer vers le bas, le jiva flottera, exempt de tout pudgala, libéré de la condition humaine, exempt de toutes futures réincarnations. Il s'élèvera jusqu'au-dessus de l'univers dans un endroit ou un état appelé Siddhashila, où le jiva, identique à tous autres jivas purs, éprouvera sa propre nature vraie dans un calme éternel, dans l'isolement et la non implication. Il sera alors totalement libre. La manière de consumer le vieux karma est donc de se retirer de toute participation au monde autant que faire se peut, et de fermer le canal des sens et de l'esprit pour empêcher la matière karmique d'entrer et d'adhérer au jiva.

La société des jaïns est aussi duale que leur univers. D'une part, il y a les moines qui pratiquent l'ascétisme et tâchent de faire de cette vie leur dernière. D'autre part, il y a les laïcs qui poursuivent des pratiques moins rigoureuses, s'efforçant de faire de bonnes actions et espérant une meilleure incarnation dans la vie suivante. En raison de l'éthique stricte consubstantielle au jaïnisme, ces derniers doivent choisir une profession et un mode de vie compatible avec leur foi, les métiers du commerce étant ceux majoritairement choisis.

Dans leur effort d'atteindre leur but plus élevé, le retrait permanent du jiva de toute participation à l'existence matérielle, les jaïns croient qu'aucun esprit ou être divin ne peut les aider de quelque façon que ce soit. Par conséquent, le jaïnisme est une religion agnostique. Les jaïns considèrent que les dieux et les esprits peuvent seulement influencer les événements de ce monde. Ils ne peuvent pas aider le jiva à obtenir la libération. Celle-ci ne peut être réalisée que par les propres efforts de chaque individu. En fait, les dieux ne peuvent eux-mêmes obtenir leur propre libération qu'à la condition d'avoir été réincarnés comme des personnes humaines et d'avoir subi la vie difficile d'un moine jaïn.

Le code moral du jaïnisme est considéré avec beaucoup de sérieux. Il est exprimé dans les cinq vœux suivants, qui sont suivis par les laïcs et les moines.

  1. Refus de la violence (ahimsa)
  2. Refus du mensonge (satya)
  3. Refus du vol (asteya)
  4. Refus de la possession (aparigrah)
  5. Refus de la sexualité (brahmcharya)

Pour les laïcs, la chasteté signifie une sexualité restreinte au couple formé par le mariage. Pour les moines, elle signifie le célibat absolu. La non-violence implique habituellement le végétarisme, mais certains jaïns sont connus pour s'être laissés mourir de faim afin d'éviter de nuire à quelque créature vivante que ce soit. Certains d'entre eux portent même des masques par-dessus leur bouche et leur nez afin d'éviter le risque de tuer, en les respirant, des insectes minuscules. Gandhi a été profondément influencé par la façon de vivre jaïn, paisible et respectueuse de la vie, et il en a fait une partie intégrante de sa propre philosophie.

Les jaïns ont adopté les rituels védiques pour le mariage et les autres rites familiaux car leur religion ne connaît ni prêtres, ni liturgie. Ils ont également adopté plusieurs déités hindoues en tant que moyens pour expliquer certains évènements se produisant dans le monde ; cependant, ils ne considèrent pas ces dieux comme des éléments ultimes, dans aucun des sens importants de ce mot. Comme les êtres humains, les dieux sont emprisonnés dans le cycle de la transmigration.

Les jaïns ont construit de nombreux superbes temples où des images de leurs Tîrthankaras sont vénérées, d'une façon plus ou moins semblable à celle des hindous. Les rituels jaïns sont raffinés, ils incluent des offrandes de fleurs, fruits et autres objets symboliques, tandis que les Tîrthankaras sont vénérés par des chants utilisant des passages des saintes écritures jaïns. Image:Ranakpur temple.jpg|Extérieur du temple jaïn de Ranakpur image:Ranakpur.jpg|Intérieur du temple de Ranakpur Image:Tirtankara.jpg|Un Tîrthankara à Ranakpur Image:Shravanabelagola_statue.jpg|Statue de Gomateshvara, à Shravanabelagola Image:Shravanabelagola_jaune.jpg|Statue de Gomateshvara recouverte d'offrandes, à Shravanabelagola.

Le schisme


Les deux sectes principales du jaïnisme trouvent leur origine dans des évènements qui se sont produits environ 200 ans après la mort de Mahâvîra. À cette époque, Bhadrabahu, le chef spirituel des moines jaïns, avait prévu une période de famine et, afin de l'éviter, il avait conduit tous ceux qui avaient accepté de le suivre, aussi bien des moines que des laïcs, dans le sud de l'Inde. Quelques années après que la famine eut disparu, Bhadrabahu retourna au nord pour constater que, durant son absence, la vie monastique s'était corrompue. Les moines portaient de longues robes blanches au lieu d'aller « habillés de ciel », ou « d'espace », autrement dit nus. La pratique de la nudité était, et est toujours actuellement, un refus d'accéder au désir de protection et de confort du corps, une pratique suivie seulement par les moines jaïns et non par les laïcs.

Bhadrabahu s'opposa avec force à la faiblesse qui avait conduit les moines à porter des habits. Les moines qui continuèrent à porter les robes blanches prirent le nom de Svetambaras (« vêtus de blanc ») tandis que ceux qui continuèrent à ne rien porter se nommèrent Digambaras (« vêtus de ciel » ou « vêtus d'espace »). Les deux groupes sont demeurés séparés à ce jour.

Les Svetambaras croient que les femmes sont capables d'une réalisation spirituelle comparable à celle des hommes, tandis que les Digambaras prétendent que les femmes ne peuvent pas atteindre la moksha. En effet, pour lesDigambaras, la nudité intégrale en signe de détachement matériel est une pratique pré-requise pour la voie ascétique et pour l'obtention du salut, et qui a pour conséquence d'exclure les femmes de la libération. Elles doivent renaître en tant qu'homme afin d'être en position d'y prétendre. Les Digambaras n'excluent pas les femmes de leurs ordres monastiques, mais elles ne pourront pas atteindre le Nirvana. Alors que les Svetambaras ont des couvents pour les femmes qui choisissent une haute vie spirituelle afin de réaliser leur propable libération.

Les moines Digambaras sont probablement les gymnosophes dont parlent les Grecs après l'expédition d'Alexandre le Grand en Inde.

Le jaïnisme et les religions en Inde


Lors de la colonisation du sous-continent indien, la majorité des historiens occidentaux pensaient, à tort, que le jaïnisme était une ramification de l'hindouisme ou du bouddhisme. En réalité, le jaïnisme est bien une religion/philosophie totalement distincte de ces deux croyances et les preuves archéologiques prouvent même que le jaïnisme, ou "pré-jaïnisme", est apparu bien avant l'hindouisme ou le bouddhisme. Le docteur Zimmerman a ainsi affirmé cette thèse en ces termes:"L'idée jaïna que cette religion remonte à la plus haute antiquité, et que celle-ci correspond à la période pré-aryenneà 1500 AV.JC, a du vrai"(d'après"The philosophies of India"). Néanmoins, ces croyances se sont mutuellement influencés à travers les siècles. L'Islam, comme nous le verrons, a ainsi eu, lui aussi, un impact certain sur le jaïnisme.

1. Le jaïnisme et l'hindouisme

Etant donné que ces deux religions n'ont pas quittés, d'une façon conséquente et sur le très long terme, leur sphère d'influence traditionnelle, c'est-à-dire l'Inde, il est évident que les aspects de la vie sociale et religieuse des jaïns et des hindous peut paraître, aux yeux d'un occidental, assez similaires, voire, sans aucune dissemblance. Mais si l'on s'attache à comparer attentivement ces deux grands courants philosophiques, nous discerneront très vite notre erreur.

- les jaïns n'acceptent pas les livres sacrés de l'hindouisme ("Veda","SmRti","Purana"...) et les hindous ne reconnaissent aucune écriture du jaïnisme.

- Les jaïns considèrent que l'Univers est éternel, confronté naturellement à une infinité de cycles, alors que les hindous pensent qu'il a été créé, soumis lui-aussi à une multitude de cycles, cycles engendrés par des dieux.

- Les jaïns vénèrent ceux qui ont conquis leur idéal suprême, et sont arrivés, par eux-même, à la divinité. Le culte jaïna, extérieur et intérieur, a une simple valeur subjective et aide le fidèle à la concentration de son esprit sur l'exemple de ces êtres parfaits - Les 24 "Tirtankara"("faiseurs de gué" ou prophètes dont le dernier est Mahâvîra), les "Jina"("vainqueurs spitrituels") ou "Siddha jiva"("âme libérée") - afin de les imiter, si ce n'est pas dans cette vie, dans une autre. Contrairement aux hindous qui révèrent différentes formes, incarnations ou "avatar" d'un seul Dieu, créateur et maître du monde.

- Ainsi, dans le jaïnisme, les fidèles ne font que rendre hommage aux êtres dignes d'être imités, mais qu'on ne peut pas prier d'intervenir dans le destin des hommes, car l'homme est le seul responsable de son avenir, et il subit inévitablement la conséquence de ses actes. A l'opposé de l'hindouisme, où le culte peut se traduire par des prières à tel ou tel dieu, à telle ou telle déesse, afin d'obtenir l'objet désiré. Cette forme de vénération, chez les hindous, et le but qu'il peut prendre, a permis aux anciens rites védiques de se maintenir sous la forme de sacrifices sanglants d'animaux(voire d'hommes...), dédiés à certains dieux ou certaines déesses (comme "Kali"), sacrifices aujourd'hui rejetés par la majorité des hindous, surtout végétariens. Ce genre de culte est impossible dans le jaïnisme, pour des raisons d'"existentialisme" et de non-violence.

- Les jaïns considèrent que pour obtenir le salut, pour être libéré de l'océan des naissances et des morts, il faut être né homme, et de par son aptitude d'être humain, on peut se libérer. Les hindous, quant à eux, pensent que les dieux seuls peuvent accorder le salut.

- La voie du salut dans le jaïnisme est simple et unique, décomposée en trois "joyaux" qui peuvent être suivies par tous, mais toujours selon ses capacités et son degré de motivation, qui lui-même dépend du bon ou mauvais "karma" accumulé dans les vies passées: la Foi juste, la Connaissance juste, et la Conduite juste, cette dernière étant divisée par le code moral universel des cinq voeux principaux. De son côté, l'hindouisme propose plusieurs voies(qui doivent reconnaître malgré tout la caste des brahmanes en tant que première des castes), engendrés par divers "guru" ou "maîtres spirituels", et cela de tous temps.

- Les jaïns considèrent le "karma" comme une forme spéciale de matière qui a la capacité de s'incorporer à l'âme. C'est une sorte de "lien" entre l'âme spirituelle,immatérielle, éternelle et entre le corps, le monde, matériels, impermanents, tous deux soumis aux changements, donc à la souffrance. Les hindous estiment que le "karma" est un pouvoir invisible assimilé complétement avec l'âme.

- Pour les jaïns, l'âme libérée réside éternellement au sommet de l'Univers, dans le Bonheur excellent, tout en conservant son individualité. Pour un hindou, l'âme libérée, qui était jusque là individuelle et par conséquent soumise aux transmigrations, se fond dans l'âme universelle, le Brahman, c'est-à-dire l'être primordial, Créateur du monde, où l'on bénéficie d'un bonheur sans fin.

- Les choses religieuses jaïnas comme les temples, les fêtes, les pélerinages, les cérémonies, les divinités ainsi que les concept religieux sont le plus souvent différents de ceux des hindous.

- Les pratiques religieuses connues dans l'hindouisme comme l'adoration des arbres, des fleuves(:des traditions pré-aryennes, c'est-à-dire dravidiennes), le bûcher de l'épouse("sati"), la boisson d'urine de vache,etc... sont considérés par les jaïns comme des superstitions("mudhata") à éviter absolument.

- Alors que la société védique se composait de quatre classes,"varna", celle des Brahmanes, celle des guerriers, celle des paysans et celle des serfs et a engendré de forts clivages de la société indienne durant l'antiquité, Mahâvîra, tout en reconnaissant la division de la société en ces quatre classes(les"castes" ou "jati" concernent le monde socio-professionel et non socio-religieux), basa celles-ci sur les activités exercées par les gens, et non sur leur naissance. Dans l'hindouisme, les règles de vie religieuse dépendent de sa caste de naissance. Chez les jaïns, les pratiques religieuses sont observables par tous, femmes ou serfs, car les règles religieuses sont communes à tous les jaïns, sans hérédité, avec la liberté de choisir sa profession.

Pour conclure sur cette comparaison entre l'hindouisme et le jaïnisme, B.A. Selatore a justement écrit:"Le principe de non-violence a été, pour partie, la cause de la grande influence des Jaïns sur la culture hindoue, en matière de tolérancedont le Mahâtmâ Gandhî est le symbole. Quoi que l'on dise sur la rigueur avec laquelle ils ont soutenu leurs dogmes religieux, ou sur la ténacité et l'art avec lesquels ils ont défait leurs opposants, dans les débats religieux, on ne peut nier qu'ils ont encouragé le principe de tolérance, de la façon la plus sincère, et en même temps, avec plus de succès qu'aucune autre communauté en Inde".

2.Le jaïnisme et le bouddhisme

Le jaïnisme et le bouddhisme ont de nombreux points commun:

- Les "Vedas", le système des castes, les sacrifices d'animaux de l'hindouisme ne sont pas reconnus et ont été combattus avec ferveur, et un relatif succès, par les fidèles bouddhistes et jaïns.

- Le pouvoir permanent de Dieu en tant que créateur du monde n'est pas accepté.

- Le caractère "monastique" très important de ces religions, où les "sadhus" et sadhvis" occupent une place prééminente.

- Le "Tirtankara Mahâvîra" et "Gautama Bouddha" sont des princes de la caste des guerriers, dans l'Etat du Bihar moderne, et ils se sont retirés de leur situation privilégiée, en renonçant au pouvoir, afin de se réaliser.

Malgré ces ressemblances entre le jaïnisme et le bouddhisme, il y a des différences fondamentales qui évitent de les confondre:

- Le bouddhisme est une religion créée, et dont le fondateur est évidemment "Gautama Bouddha", au 6ème siècle av.JC.Ce n'est pas le cas du jaïnisme, qui n'est pas une religion créée, mais qui fait partie des religions traditionnelles, comme l'hindouisme, et qui existe depuis un passé fort éloigné, sans doute depuis la protohistoire indienne(:dernière période avant l'apparition de l'écriture, mais contemporaine de la première métallurgie-du 3ème au 1er millénaire av.JC.). Le fondateur mythique du jaïnisme est le premier"Tirthankara", le seigneur "Rshabha", considéré comme le précurseur de la civilisation humaine. Cela est aussi reconnu par les hindous. Mahâvîra n'est donc pas le fondateur du jaïnisme, il n'a fait que l'exposer durant toute sa vie de fervent jaïn.

- Le jaïnisme est une religion "atmavadi", conçue à partir de l'existence de l'âme, une âme éternelle, qui pour se libérer doit détruire les liens du "karma". Au contraire du bouddhisme qui est une religion "anatmavadi", où l'âme n'a pas d'importance puisqu'elle doit périr pour atteindre le Nirvana.

- Bien que la "règle d'or" dans le bouddhisme soit la non-violence, le bouddhisme en a fait un usage plus limité que dans le jaïnisme. Un bouddhiste ne doit pas commettre la violence lui-même, mais d'une façon implicite cela veut dire qu'il peut, par exemple, consommer de la viande d'un animal tué par un autre.Dans le jaïnisme, le principe de non-violence est considéré sous tous ses acpects, obligatoire pour qui veut se prétendre son disciple, en lui demandant de ne pas commettre la violence de neuf façons: par la pensée,par la parole et par le corps et, à chaque fois, soit personnellement, soit en le commandant à d'autres, soit en consentant son exécution par d'autre. Le jaïnisme est donc une sorte de "réalisme moral".

- Le jaïnisme et le bouddhisme sont considérés comme des religions ascétiques, puisqu'elles attachent de l'importance à des pratiques d'austérité, de pénitence. Mais l'ascétisme jaïn est le plus exigeant au monde. Le bouddhisme propose une "voie du milieu", où les limites entre l'ascétisme extrème et le laxisme complet sont assez floues.

- Le jaïnisme a toujours affirmer faux, voire très nuisible, de prétendre que sa croyance est la seule vérité. Car la tolérance et l'humilité se marie parfaitement avec la non-violence, terme qui est devenue synonyme de "jaïnisme". L'intégrisme religieux n'existe pas chez les jaïns, et ne peut pas exister puisqu'il détruirait les fondements du jaïnisme. Malheureusement, certains groupes bouddhistes minoritaires ont prouvés leur intolérance et cela peut se traduire par des violences entre communautés, comme au Sri Lanka ou au Bhoutan, avec les hindous.

- Lorsqu'un laïc jaïna pratique le culte, il ne demandera jamais à un prophète jaïn, ni à un dieu quelconque de lui permettre de posséder l'objet de son désir. Ce n'est pas le cas dans le bouddhisme populaire, où l'on peut prier Bouddha afin qu'il vous permette d'assouvir votre désir.

3.Le jaïnisme et l'Islam

L'islam a eu un impact certain sur le jaïnisme à propos des vénérations des idoles. Comme chacun le sait, l'islam est opposé à leur vénération, et nombre de penseurs jaïna, tel "Lonka Shah", ont montré un penchant semblable. Ceci a donné naissance à des sectes non idolâtres, comme les "Sthanakavasi" chez les "Svetembara", et des "Taranapanthi" chez les "Digambara".

4.Le jaïnisme est l'animisme

Les jaïns considèrent considérent que tout être vivant, "jiva", à une âme, "atman". Les âmes sont des subtances éternelles dont l'essence pure est parfaite et toute-puissante. Les âmes sont de deux sortes, terrestres, ou libérées, "jina". Ces dernières sont absolument pures et heureuse, et exemptes de tout amalgame matériel. Pour les jaïns, les âmes terrestres sont de deux sortes: celles qui ont une pensée avec la faculté de distinguer le bien du mal, et celles qui n'ont pas de pensée. Il y a les âmes "immobiles", qui n'ont pas le pouvoir de s'éloigner de l'objet de leur peur, et par conséquent, qui n'ont qu'un seul sens, le toucher:

- Celles qui ont un corps de terre,

- Un corps d'eau,

- Un corps de feu,

- Un corps d'air

- Et un corps de plantes.

Comme on le remarque, la croyance jaïna selon quoi tout à peu près à une âme pourrait faire passer le jaïnisme pour une religion animiste. Mais comme le jaïnisme fait la distinction entre ce qui a une âme ou non, on doit s'en aviser. Les âmes mobiles, qui ont plusieurs sens, sont:

- Celles qui ont deux sens: le toucher et le goût, comme un coquillage.

- Celles qui ont troi sens: le toucher, le goût et l'odorat, comme une termite.

- Celles qui ont quatre sens: le toucher, le goût, l'odorat et la vue, comme une abeille.

- Celles qui ont cinq sens, comme l'éléphant, l'homme, les êtres célestes ou infernaux.

Enfin, nous pouvons faire la liste des susbtances sans âmes:

- La matière, c'est-à-dire tout ce qui est perçu par les sens, tels les organes des sens eux-mêmes, les corps des "jiva", les "karma", et autres objets matériels.

- Le principe de mouvement, c'est-à-dire la circonstance ou la cause du mouvement.

- Le principe de repos, c'est-à-dire la circonstance ou la cause du repos.

- L'espace, c'est-à-dire ce qui contient les substances vivantes ou non-vivantes dans l'Univers.

- Le temps, c'est-à-dire ce qui est la cause ou la circonstance de la modification des âmes et de la matière.

5.Le jaïnisme et l'athéisme

Dans le jaïnisme, contrairement à des religions comme le bouddhisme, le christianisme ou l'hindouisme, il y a le principe que l'homme est responsable de tout ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans sa vie. Il n'échappe pas à la conséquence de ses actes, car la loi du "karma" est un mécanisme naturel. Une bonne action pour un être sera rendu dans une autre vie... si ce n'est déjà dans l'actuelle! Il en est de même pour une mauvaise action... Pour le jaïnisme ni dieu, ni son prophète, ni son bien-aimé ont la capacité d'intervenir dans la destinée d'un être, ou dans ce qui se produit dans l'Univers, qui est l'unique réalité. cette attitude particulière envers le concept de Dieu peut faire penser que le jaïnisme est une "religion" athée. C'est une erreur, car un jaïn croît ferment à la divinité, une infinité de dieux, un jaïn admet le mérite et le démérite d'une action, un jaïn entretient des pratiques religieuses variées, un jaïn pense que l'âme libérée est elle-même Dieu.

Merci infiniment pour l'aide précieuse du docteur en Philosophie et directeur honoraire de l'université Shivaji de Kolhapur, en Inde, le très honorable Vilas Adinath Sangave. --Dinoshan 3 juillet 2006 à 01:03 (CEST)

Facilité de la pratique du code moral jaïna


Le jaïnisme est une religion de l'action, où les préceptes doivent être attentivement suivis, sans compromis. Toutefois, le jaïnisme a instauré une méthode graduelle, que chacun peut suivre étape par étape, vie par vie. Malgré l'apparente rigueur que représente le code moral des cinq voeux principaux communs à tous les jaïns, laïcs ou "sadhu", il n'est pas exigé que le disciple laïc observe toutes les règles de conduite. Le jaïnisme affirme que les trois "joyaux", composés de la Foi juste, de la Connaissance Juste et de la Conduite juste doivent être suivis selon les capacités personnelles, ajustés selon la situation et l'aptitude de chacun. On peut pratiquer quelques voeux ou tous les voeux.Un "sadhu" jaïn doit s'abstenir de toutes les formes de violence: - violence accidentelle - violence professionnelle - violence défensive - et violence intentionnelle. Le laïc jaïn, bien qu'avisé de limiter progressivement ses actions violentes, doit s'abstenir au moins de la violence intentionnelle, par la pensée, la parole et le corps.

Selon le jaïnisme, sous quelle apparence allez-vous vous réincarner?


Naître sous la forme d'un être humain est une occasion rare pour une âme, difficile à atteindre. En effet, dans le jaïnisme, chaque âme produit une "couleur" qui révèle son degré de pureté ou de pollution "karmique". Ces couleurs, "leshyâ", sont les états mentaux qu'un être vivant peut produire. Nous éprouvons tous différents états mentaux dans notre vie, qui le plus souvent conditionnent nos actions, nos paroles. Il s'agit de cultiver les meilleurs états mentaux - la couleur jaune, la couleur du lotus, et la couleur blanche - et d'éviter les mauvais - la couleur brune, la couleur bleue et la couleur noire - afin de continuer le progrès spirituel sous forme d'être humain:

Krishna ("noire") Leshyâ: Les personnes qui ont cet état d'esprit ne montrent aucune compassion, aucune méséricorde. On est effrayé par elles, lorsque leur colère tourne à la violence. Elles brûlent toujours de jalousie et en veulent tout le monde. Elles sont remplies d'animosité et de malice et elles ne croient pas en la religion. Si quelqu'un meurt dans cet état, il renaît en enfer, où vivent les êtres infernaux.

Neel ("Bleue") Leshyâ: Les personnes qui ont cet état d'esprit sont fières, hautaines, et paresseuses. On ne peut pas compter sur elles et les autres évitent leur compagnie. elles sont tricheuses, lâches et hypocrites. Elles évitent aussi les discours religieux. Si quelqu'un meurt dans cet état, il renaît en plante.

Kapot ("brune") Leshyâs: Ceux qui ont cet état d'esprit restent toujours tristes et sombres. Ils trouvent des fautes chez les autres et sont vindicatifs. Ils se vantent, s'énervent pour des petites choses et manquent d'équilibre mental. si quelqu'un meurt dans cet état d'esprit, il renaît comme animal.

Teja (jaune) Leshyâs: Les gens qui ont cet état d'esprit font très attention à leurs actes et font une distinction entre le bien et le mal. ils sont doux, bienveillants, religieux et mènent une vie harmonieuse. Si quelqu'un meurt dans cet état, il renaît comme être humain.

Padma ("lotus") Leshyâ:Les gens qui ont cet état d'esprit sont doux et bienveillants. Ils pardonnent à tout le monde, même à leurs ennemis. Ils observent un certain nombre d'austérités et sont vigilants à leurs voeux jusqu'à leur dernier souffle. Ils ne sont affectés, ni par les joies, ni par les peines. Si quelqu'un meurt dans cet état d'esprit, il renaît dans le ciel comme être céleste.

Shuklâ ("blanche") Leshyâ: Il y a deux degrés dans cette "leshyâ". Les personnes qui ont cet état d'esprit observent srictement les principes de la non-violence, de vérité, d'honnêteté, de chasteté et de non-attachement. Elles sont dignes de confiance, traitent chaque âme comme si c'était la leur, et elles n'ont pas de sentiments mauvais, même envers leurs ennemis. Elles restent calmes, même si on les insulte. Si quelqu'un meurt dans cet état d'esprit, il renaît comme être humain ou ange. Ceux qui ont perfectionné leur état d'esprit, où il n'y a plus aucun attachement, plus aucune haine, qui traitent tout le monde de la même façon, qui ne sont ni joyeux, ni tristes, sont dans l'état d'âme le plus pur. Si quelqu'un meurt dans cette façon d'être, qui est parfaite, il est libéré du cycle de la naissance et des morts.

Citations de personnalités jaïnas


"Seule cette science est grande, est la meilleure de toutes les sciences, celle dont l'étude libère l'homme de toutes sortes de misères". Mahâvîra.

"Ne soyez pas fier si vous gagnez, ni désolé si vous perdez". Mahavira.

"Comme vous qui n'aimez pas la misère, de la même manière, d'autres également ne l'aiment pas. Sachant cela, vous devriez faire aux autres ce que vous voudriez qu'ils vous fassent". Mahâhvîra.

"Le bonheur grâce à la non-violence, la paix grâce au sacrifice, le progrès grâce à l'amitié, la perfection grâce à la méditation". Bhagvan Bahubali.

"L'humanité sera rayonnante de beauté lorsque chaque homme dira: notre unique ennemi, c'est mon ego". Dino Ravindra Castelbou.

"Toute guerre se réclame de la justice, et l'injustice acclame la guerre". Dino Castelbou.

"Tôt ou tard, l'attachement n'est que l'ombre glaciale de la souffrance".Dino Ravindra.

"Malheureusement, beaucoup d'occidentaux pensent que les disciples des philosophies ou religions orientales se fourvoient dans la terreur d'un certain fatalisme, et dont ses racines sont les croyances aux "karma" et à la réincarnation. Pour eux, cela explique la grande misère de ces pays. Mais ils ont oublié que c'est justement l'état d'esprit occidental qui a engendré cette tragédie, par le biais de la colonisation. Pour celui qui connaît le jaïnisme et sa théorie du "karma", par exemple, il sait que c'est un véritable enseignement aux hommes, un enseignement qui donne le courage de se conquérir soi-même, et de devenir un vainqueur, qui élève le monde". Dino Ravindra.

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