article

La guerre de Cent Ans est une série de conflits entre l'Angleterre et la France. On considère que cette période a duré de 1337 à 1453, soit 116 ans.
Le traité de paix définitif est signé le 29 août 1475 à Picquigny.

Pour les historiens, il s'agit plus précisément de la seconde guerre de Cent Ans, pour la distinguer de la première, moins connue.

Origine du conflit


Deux facteurs sont à prendre en compte pour tenter d'expliquer cette guerre : la question dynastique, posée par une rupture dans la descendance mâle directe des capétiens, et la querelle entre les rois de France et d'Angleterre au sujet de la Guyenne.

La question dynastique

Pour comprendre la question dynastique de 1328, il faut remonter une dizaine d'années dans le temps - :

En 1316, la mort de Louis X le Hutin, deux ans seulement après celle de son père Philippe le Bel marque la fin du "miracle capétien" : de 987 à 1316, les rois capétiens ont toujours eu un fils à qui transmettre la couronne à leur mort. De sa première épouse infidèle, Louis X n'a qu'une fille, Jeanne de Navarre. A sa mort, sa seconde femme attend un enfant. Un fils naît : Jean Ier dit le Posthume, mais il ne vit que quelques jours. Cas inédit jusqu'alors, l'héritière directe du royaume de France se trouve donc être une femme. La décision qui est prise alors est très importante, car elle devient coutume, et aura son influence sur la question dynastique qui se posera en 1328.

L'infidélité de la reine est longtemps avancée comme étant la cause principale de l'éviction de sa fille et du choix de Philippe V (frère de Louis X de France) comme roi de France. En fait, il s'agit plus d'un choix géopolitique, le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Il n'y a pas vraiment de question de légalité dans ce choix : la monarchie se fonde sur trois principes, hérédité/élection/sacre, l'élection reprenant ses droits en cas de problème.

Quand le roi de France Charles IV, troisième et dernier fils de Philippe le Bel, meurt sans descendant en 1328, la question dynastique est la suivante : Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d'Angleterre. Peut-elle faire planche, c'est-à-dire transmettre un droit qu'elle ne peut elle-même exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ? Édouard III se propose comme candidat, mais c'est Philippe VI qui est choisi. Les puissants du royaume refusent un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant. Édouard III prête alors hommage à Philippe VI, étant son vassal au titre de la Guyenne.

Un des mythes les plus tenaces sur les origines de la guerre de Cent Ans est celui de la loi salique. Celle-ci n'est pourtant pas invoquée lors du choix du nouveau roi de France. Ce n'est que trente ans plus tard, vers 1350, qu'un bénédictin de l'abbaye de Saint-Denis, qui tient la chronique officielle du royaume, ressort cette loi pour renforcer la position du roi de France dans le duel de propagande qu'il se livre avec Édouard III, suite à la guerre. Cette loi, mal connue, date des Francs et stipule que les femmes doivent être exclues de la terre salique. Personne ne sait vraiment ce qu'est la terre salique, sûrement un point de droit privé. Mais cette loi est reprise et adaptée à la situation et avancée comme argument de poids dans les disputes sur la légitimité du roi. Isabelle de France restera à jamais la louve de France.

La querelle de Guyenne

Cette querelle est bien plus importante que la question dynastique dans le commencement de la guerre. La Guyenne pose un problème considérable aux rois de France et d'Angleterre : Édouard III se trouve être le vassal de Philippe VI et doit donc partager la souveraineté de la Guyenne avec lui. C'est l'opposition entre deux pouvoirs d'égale importance qui explique la guerre. Les deux monarchies s'opposent depuis plusieurs générations. Édouard III désire que la Guyenne devienne un Alleu, libérée de la suzeraineté du roi de France. Ce dernier tente de faire valoir son autorité, en matière de justice surtout, sur la Guyenne. Les deux adversaires pratiquent une diplomatie agressive.

D'un côté, le roi de France aide les Écossais dans leur combat contre l'Angleterre. De l'autre, Édouard III alimente une propagande anti-française en Flandres, coupe l'approvisionnement en laine de cette région en 1335 et 1336, ruinant son économie. La Flandre se révolte contre les Français en 1337.

Philippe VI décide donc de confisquer la Guyenne pour félonie. Édouard III réplique en revendiquant la couronne de France. Le 7 octobre 1337, un archevêque est envoyé à Paris pour jeter le gant. La guerre commence.

Principales phases du conflit


La guerre de Cent Ans n'est pas continue, et comprend de nombreuses périodes sans conflit armé. Il est possible de distinguer deux grands mouvements qui répondent à une même structure : une première période, de 1337 à 1414, qui voit l'effondrement d'une monarchie française forte, suivi d'une période de crise et d'un rétablissement et une seconde période, de 1415 à 1453, selon le même modèle : effondrement, crise, rétablissement.

La première phase de la guerre de Cent Ans : de 1337 à 1414

Si la guerre est déclarée en 1337, le conflit ne débute que plus tard. Les deux rois ne sont pas riches, et doivent négocier les impôts avec leur "parlement" respectif, voire emprunter l'argent nécessaire à la guerre. La première des célèbres chevauchées anglaises date de 1346 : une armée réduite, mobile, pratiquant une guerre totale, avec la dévastation systématique d'une région. Juridiquement, la population est perçue comme soutenant un usurpateur. En pratique, cela limite les coûts de la guerre et affaiblit l'ennemi français.

Les deux armées se rencontrent à Crécy. Les deux armées sont de force égale, mais l'armée française moins moderne, fondée sur une chevalerie puissante, affronte une armée anglaise en cours de professionnalisation. C'est un désastre pour la France, "sauvée" toutefois par la Grande Peste de 1348, qui oblige les belligérants à cesser le combat jusqu'en 1355. En 1356, le Prince Noir conduit une nouvelle chevauchée, et rencontre Jean II le Bon à Poitiers le 19 septembre. Nouveau désastre, le roi de France est fait prisonnier avec un de ses fils cadets, Philippe. Son fils, le Dauphin Charles, négocie la paix. Mais les exigences des Anglais sont telles (toutes les terres leur ayant appartenu doivent devenir terres anglaises) qu'il refuse la paix. Les Anglais reprennent alors leurs chevauchées. Le royaume est sauvé par une nouvelle manifestation "divine" (comme le pensaient les contemporains) : en septembre 1359, l'armée anglaise est mise en déroute par un violent orage. Le traité de Brétigny-Calais conclut finalement le conflit, au bénéfice des Anglais :

Au total, c'est la moitié du royaume de France que les Anglais prennent sur un Charles très calculateur : la paix ainsi obtenue permet de redonner au roi les capacités de reconquérir les terres cédées.

Dans cette France défaite, le pouvoir royal n'a plus ni prestige, ni moyens. Cependant, Charles V reconstruit et prépare lentement la reconquête. En 1368, le roi de France se sent assez fort pour défier Édouard III. Il accepte de recevoir l'appel du comte d'Armagnac, en conflit financier avec le Prince Noir qui accable ses sujets d'Aquitaine d'impôts ; la Guyenne sert encore de prétexte au conflit. Le traité de Brétigny donne la pleine souveraineté de la Guyenne aux Anglais. Mais la double renonciation prévue (Édouard renonçant à la couronne de France, Charles à la Guyenne) n'a pas eu lieu, et les transferts des terres ont traîné en longueur. Légalement, rien ne s'oppose donc à la reprise du conflit. Le roi d'Angleterre se proclame roi de France le 3 juin 1368, le roi de France confisque l'Aquitaine le 30 novembre 1368. La guerre reprend.

Charles V tourne par sa tactique le conflit à son avantage. Renonçant aux batailles rangées qui n'ont rien apporté à son père, il constitue sous le commandement de chefs dociles et talentueux (Bertrand du Guesclin) de petites armées formées de volontaires aguerris, et les lance dans une guerre d'escarmouches et de sièges, grignotant patiemment l'ennemi, qui lui s'en tient aux chevauchées, très populaires auprès du Parlement parce qu'elles ne coûtent rien. Mot d'ordre des opérations pour le roi de France : "Mieux vaut pays pillé que terre perdue". Charles laisse donc le royaume à la merci des chevauchées, qui provoquent dans la population d'immenses souffrances.

Entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalité des concessions faites et des terres possédées par l'ennemi avant même le début de la guerre, exceptions faites de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central. Les négociations menées entre 1375 et 1377 n'aboutissent à rien.

La seconde phase de la guerre de Cent Ans : de 1415 à 1453

La reprise du conflit trouve ses origines dans différents facteurs. France comme Angleterre connaissent des luttes pour le pouvoir. En Angleterre, c'est avant tout les revers contre la France qui entraînent un changement dynastique : après un long conflit, Henri V s'impose comme roi. En France, la folie progressive de Charles VI excite les convoitises. Henri V comprend la nécessité d'unir sa noblesse contre un ennemi commun, et d'attaquer la France. En 1415, il se proclame roi de France et lance une chevauchée. Face à ce danger, Armagnacs et Bourguignons, les deux partis qui se disputent le pouvoir en France, font une trève pour faire face. Ils sont défaits à Azincourt, le 25 octobre 1415. Henri V lève des fonds pour conduire une guerre de sièges face aux châteaux fortifiés sous Charles V. Pendant 4 ans, les châteaux de Normandie tombent un à un, sauf le Mont-Saint-Michel, qui tient bon. Armagnacs et Bourguignons s'opposent et ne luttent guère contre les Anglais : Paris est ainsi bourguignonne jusqu'en 1413, armagnac entre 1413 et 1418, puis bourguignonne de nouveau. Le dauphin Charles doit s'enfuir et se réfugie à Bourges en 1419, pendant que les Anglais prennent Paris. L'assassinat de Jean sans Peur, chef des Bourguignons, au pont de Montereau le 10 septembre 1419 marque une rupture entre les deux partis (voir attentat de Montereau). Philippe le Bon, fils de Jean sans peur, s'allie alors aux Anglais, et fait signer le traité de Troyes de 1420 à Charles VI, définitivement fou. Le dauphin est déshérité, Henri V épouse la fille de Charles VI et devient l'héritier du royaume de France. Les Armagnacs dénoncent ce traité, arguant du fait que la couronne possède le roi, et non le contraire. La France est partagée en trois influences : le sud (régions au sud de la Loire, moins la Guyenne) fidèle au Dauphin, le nord-ouest tenu par les Anglais, le reste aux Bourguignons. En 1422, Henri V et Charles VI meurent. Charles VI reste très populaire, et c'est la première fois que l'expression "le roi est mort, vive le roi" est employée. Henri VI, fils d'Henri V, se retrouve roi de France et d'Angleterre, mais mineur, d'où une interruption momentanée du conflit. En 1429, les Anglais reprennent les armes, et mettent le siège devant Orléans. C'est dans ces circonstances qu'intervient Jeanne d'Arc.

Il est très délicat de parler de Jeanne d'Arc, tellement les débats historiographiques sont vifs à son sujet. Il ne s'agit pas ici d'analyser le personnage, mais de livrer quelques éléments quant à son influence sur le conflit en cours. Charles VII accepte d'envoyer Jeanne d'Arc à Orléans, qu'elle propose de délivrer comme preuve de sa bonne foi, avec un convoi de ravitaillement. Ce siège d'Orléans est une bataille phare, capitale, suivie par toute l'Europe, chroniquée jusqu'en Russie. Le 19 avril, elle entre dans la ville. Le 4 mai, une des bastilles anglaises (construites pour le siège) est prise. Les jours suivants, une seconde, puis une troisième. Le 8 mai, les Anglais se rangent en ordre de bataille. Jeanne refuse le combat, car il est interdit de se battre un dimanche. Les Anglais lèvent alors le siège. Cet événement fait l'effet d'une véritable bombe en Europe : le contraste est saisissant entre la lenteur du siège et la vitesse à laquelle il est levé dès l'intervention de Jeanne. Les contemporains croient y voir un miracle. Bonne de Visconti, duchesse de Milan, lui écrit pour lui demander de l'aide. La ville de Toulouse fait de même. Du côté français comme du côté anglais, la propagande fait rage, invoquant dans les deux cas le surnaturel, bon ou mauvais.

Jeanne désire ensuite marcher sur Reims, projet difficilement réalisable, la ville étant en plein pays bourguignon. De par son prestige, elle obtient gain de cause. La bataille de Patay, victoire française, ouvre les portes de Reims, où Charles VII est sacré roi de France. À partir de ce moment, l'influence de Jeanne dans le conflit est faible : elle échoue devant Paris en 1429 et est capturée en 1430 par Jean de Luxembourg.

La dernière phase est très lente. En 1435, Charles VII conclut la paix d'Arras avec les Bourguignons. Il réorganise le royaume. Henri VI, le roi d'Angleterre, est francophile et pacifiste. En 1444, trêve de Tours entre les deux camps. En 1449, Charles VII rompt la trêve pour s'attaquer à la Normandie et à la Guyenne, encore tenues par les Anglais. En Normandie, les Anglais sont considérés comme des occupants. Une année, de 1449 à 1450, suffit pour reprendre le duché, avec une victoire à Formigny. En Guyenne, les populations sont moins pro-françaises, et il faut attendre jusqu'en 1453 et la bataille de Castillon pour voir la victoire française. Les Anglais ne gardent que Calais sur le continent, aucune paix n'est conclue, mais ils subissent une difficile guerre civile qui permet au grand conflit qu'est la guerre de Cent Ans de s'achever. Le traité définitif n'est signé qu’en 1475, entre Louis XI et Édouard IV.

Principales batailles


Voir aussi


Bibliographie

  • Philippe Contamine, La Guerre de cent ans. Paris : Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1968.
  • Jean Favier, La Guerre de cent ans. Paris : Fayard, 1980.
  • Michel Mollat du Jourdin, Genèse médiévale de la France moderne. Paris : Seuil, coll. « Points », 1977.
  • série romanesque Les Rois maudits de Maurice Druon :
    • Tome 6 : Le Lis et le Lion
    • Tome 7 : Quand un roi perd la France
  • série romanesque Pierre Naudin "le cycle d'Ogier d'Argouges" 7 tomes chez pocket

Films et séries inspirés de la Guerre de Cent Ans

Articles connexes

Lien externe

  • Résumé des évenements principaux de la Guerre de Cent Ans : Fichier PDF (Lien diffusé avec l'accord du site ILove5A.be)

Guerre de Cent Ans | Conflits ayant impliqué des mercenaires

Стогодишна война | Guerra dels Cent Anys | Stoletá válka | Hundredårskrigen | Hundertjähriger Krieg | Hundred Years' War | Centjara milito | Guerra de los Cien Años | Satavuotinen sota | מלחמת מאה השנים | Stogodišnji rat | Százéves háború | Perang Seratus Tahun | Cent-yara milito | Guerra dei cent'anni | 百年戦争 | ასწლიანი ომი | 백년 전쟁 | Honnertjärege Krich | Šimtametis karas | Honderdjarige Oorlog | Hundreårskrigen | Hundreårskrigen | Wojna stuletnia | Guerra dos Cem Anos | Războiul de o sută de ani | Столетняя война | Storočná vojna | Stoletna vojna | Стогодишњи рат | Hundraårskriget | 百年战争

 

This article is licensed under the GNU Free Documentation License. It uses material from the "Guerre de Cent Ans".

Home Pageartsbusinesscomputersgameshealthhospitalshomekids & teensnewsphysiciansrecreationreferenceregionalscienceshoppingsocietysportsworld