L’espèce est l’unité (ou taxon) de base de la systématique.
Depuis l’avènement de la théorie de l’évolution, la notion d’espèce biologique a connu beaucoup d’évolutions, mais aucun consensus n’a jamais pu être obtenu sur sa définition.
La définition la plus communément citée est due à Ernst Mayr. Selon cette définition, qui est celle du concept d’espèce biologique (ou espèce isolée), les espèces sont des « groupes de populations naturelles, effectivement ou potentiellement interféconds, qui sont génétiquement isolées d’autres groupes similaires ». De nombreuses autres définitions ont également cours (voir ci-dessous définitions de l’espèce), l’espèce est alors définie comme une population dont les membres peuvent se croiser sans difficultés dans des conditions naturelles.
Une autre définition repose sur la notion de ressemblance (ou au contraire de degré de différence), concept encore très utilisé en paléontologie, où il n’y a pas d’autre option. Certains auteurs utilisent même ces deux principes pour définir les espèces.
L’étude de l’ADN permet de nos jours de rechercher des ressemblances non visibles directement sur le plan physique (phénotype). Mais le critère quantitatif (nombre de gènes identiques) masque le critère qualitatif, par définition non mesurable. Ainsi, la classification des Orchidées de type Ophrys fait ressortir un grand nombre d’espèces, visiblement différentes (donc du point de vue phénotype) alors que leurs génotypes se sont révélés très proches.
L’espèce biologique est aujourd’hui le plus souvent définie comme une communauté reproductive (interfécondité) de populations. Si cette définition se prète assez bien au règne animal, il est moins évident dans le règne végétal, où se produisent fréquemment des hybridations. On associe souvent le double critère de réunion par interfécondité et séparation par non-interfécondité, pour assurer la perpétuation de l’espèce.
Une question mérite d’être posée : est-ce que la notion d’espèce constitue une simple commodité de travail ou bien est-ce qu’elle possède une réalité indépendante de notre système de classification ? Possède-t-elle une véritable signification dans l’absolu ? L'espèce est-elle une classe logique à laquelle des lois sont universellement applicables, ou a-t-elle la même réalité qu'un individu (par le lignage) ? Les réponses à ces considérations relèvent de l’épistémologie et de la sémantique opérationnelle autant que de la biologie.
Le problème se complique du fait des questions d’interfécondité présente ou absente, et pas toujours aussi tranchée que dans les manuels : des populations A1 et A2 peuvent être interfécondes, ainsi que A2 et A3, etc. ; et l’on peut avoir à un moment des populations A1 et An qui ne le sont pas (ce cas de variation clinale ou species ring est rapporté par Konrad Lorenz chez les goélands. La notion d’espèce se dissout alors dans une sorte de flou.
L’interfécondité ne permet donc pas de dire qu’il s’agit de mêmes espèces tandis que la non-interfécondité suffit à dire qu’il s’agit d’espèces différentes. Cette non-interfécondité doit être recherchée aussi et surtout dans les descendants : Chevaux et Anes sont interféconds mais leurs hybrides (mule et mulet, Bardeau ou bardot) le sont rarement. Les deux populations forment donc des espèces différentes.
De même, certaines races de chiens (Canis familiaris) s’hybrident sans problème — et ont une descendance féconde — avec des loups communs (Canis lupus), tandis que leur hybridation avec d’autres races de leur propre espèce Canis familiaris reste bien problématique - dans le cas par exemple d’une femelle Chichahua et d’un mâle Saint-Bernard !
Cela s’explique par deux faits : le chien domestique est très polymorphe et c’est une sélection artificielle à partir de loups - il y a maintenant des preuves génétiques. On devrait donc le nommer Canis lupus familiaris, c’est-à-dire une sous-espèce du Loup donc parfaitement interfécond avec lui...
Au bout d’un certain temps ce groupe d’individus prend des caractéristiques spécifiques qui le différencie de l’espèce de référence. Ces caractères peuvent être nouveaux (apparition suite à une mutation par exemple) ou être la fixation d’une caractéristique variable chez l’espèce de référence.
Des sous-espèces ont normalement la possibilité de se reproduire entre elles, car leurs différences ne sont pas (encore) marquées.
On peut d’une certaine façon considérer qu’une sous-espèce est le prélude à la création d’espèces différentes.
Dans la notation de la systématique, lorsqu'une espèce est divisée en sous-espèces, on donne à la sous-espèce qui correspond aux spécimens (appelés types) qui ont servi à décrire l'espèce le même nom que celui de l’espèce. Ainsi la sous-espèce de référence de Tarentola mauritanica sera Tarentola mauritanica mauritanica. Elle est dite nominale.
Les autres sous-espèces auront un nom terminal différent (par exemple Tarentola mauritanica fascicularis).
On peut s’interroger sur la validité de la définition d’une sous-espèce sachant que la définition du terme espèce reste fluctuante et controversée. Il en est ici de même et toutes les limites de la définition d’une espèce s’appliquent également pour celle d’une sous-espèce.
Un tableau approximatif peut être tracé :
Especie | Вид (биология) | Vrsta (biologija) | Espècie | Druh (biologie) | Art | Art (Biologie) | Species | Specio | Especie | Liik (bioloogia) | Laji (biologia) | Soarte | מין (טקסונומיה) | Faj | Spesies | Specie | 種 (生物) | Species | Aart | Rūšis | Spesies | Oort (Biologie) | Soort | Art | Categoria:Espècia | Gatunek (biologia) | Espécie | Вид (биология) | Druh (taxonómia) | Vrsta (biologija) | Врста (биологија) | Art | สปีชีส์ | Tür | Вид | Loài | 物种