Démocratie : système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté appartient au peuple.
Dans son sens originel (dans la cité-état d'Athènes du ), la démocratie (du grec ancien dèmokratia, « souveraineté du peuple », de dèmos, « peuple » et kratos, « puissance », « souveraineté ») est un régime politique où, fondamentalement, une organisation sociale où le peuple détient le pouvoir.
Généralités
Les règles ou les principes qui régissent les modes de consultation des populations sont les éléments clef qui caractérisent toute démocratie. « La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » (Périclès, repris par Abraham Lincoln), dans la suite de aristocratie, ploutocratie, théocratie et ainsi de suite.
- Dans une démocratie l'ensemble des citoyens (sans distinction de naissance, de fortune ou de capacité) détient le pouvoir souverain et exprime sa volonté par le vote, selon le principe « un homme ou une femme (humain majeur) une voix »
- Il n'existe cependant pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qui est une démocratie ou pas. Les pays du bloc de l'Est se disaient avant 1989, par exemple démocraties populaires. La Chine se dit démocratique. Les régimes européens, qui pratiquaient la colonisation, se considéraient comme des démocraties. Les services secrets de nombreuses démocraties échappent à tout contrôle parlementaire. Faute d'une homologation officielle établie par un organisme indépendant (par exemple l'ONU), on peut discuter sans fin sur le fait de savoir si un pays « est » une démocratie ou non. Il est néanmoins d'usage de considérer qu'une véritable démocratie doit respecter ces cinq critères (souvent appelé droits politiques) :
- Choix des dirigeants exerçant le pouvoir par le biais d'élections libres ;
- Existence d'une opposition politique organisée, libre qui peut s'exprimer ;
- Existence d'un système judiciaire jugeant sur la loi ;
- Avoir connu au moins deux alternances (ce qui prouve « après coup » qu'il s'agissait d'une démocratie) ;
- Existence des unités de média indépendantes et libres.
- Par extension cette forme de gouvernement d'un pays qualifie aussi certaines façons de gouverner toute société humaine, organisme public ou privé, associations, entreprises, familles, etc.
- Outre le principe de base « un homme une voix », des principes analogues sont associés à la notion de démocratie : liberté de parole et par extension liberté de la presse, multipartisme, respect d'une liberté de base du citoyen, égalité devant la loi, droit de propriété, liberté de culte, refus de la corruption des fonctionnaires et des élus, atténuation des écarts de richesse par l'impôt (souvent nommé droits civils). Généralement tous ces principes sont des exigences reconnues dans la culture occidentale et considérées comme universelles. Mais des exigences venant d'autres cultures pourraient modifier ces perceptions à l'avenir avec la généralisation des régimes démocratiques dans d'autres cultures.
- La démocratie est une ligne d'horizon politique, un idéal, vers lequel tendent des méthodes de gouvernement. Dans les faits, aucune démocratie n'est complètement démocratique car ce type de gouvernement suppose une honnêteté sans faille des forts vis-à-vis des faibles, la condamnation de tout abus de pouvoir.
- On constate cependant que toute démocratie se forme autour de 3 principes :
- Débat : échange libre entre personnes afin de prendre des décisions,
- Institution : pour permettre le débat et mettre en œuvre les décisions,
- Justice : afin que l'application des décisions se fasse avec le plus de Justice possible.
Ainsi un état qui possède un parlement effectif et un gouvernement qui applique les décisions avec mesure est une démocratie.
De même un village avec une assemblée d'anciens et un chef qui applique les décisions avec "justice" est aussi une forme de démocratie.
représentativité
- Un degré de démocratie se mesure : en considérant notamment qui en est exclu.
- Une démocratie progresse dans le temps : ainsi la France de 1938 était une démocratie, mais les femmes ne pouvaient pas voter. En 1948 les femmes votaient, mais pas les habitants des colonies. En 1958 certains habitants des colonies votaient, mais pas les français musulmans d'Algérie.
Polymorphisme de la démocratie
Il y a certainement autant de formes de démocratie que d'organisations sociales qui se veulent être démocratiques. L'idée même de "démocratie" est peut-être dans ce polymorphisme.
La démocratie étatsunienne, souvent taxée de "dictature de la majorité", est aussi la possibilité pour un simple citoyen d'affronter l'État en justice. Le cinéma a rendu célèbre Monsieur Smith (joué par James Stewart dans Mr. Smith au Sénat ou en version originale "Mr. Smith Goes to Washington") plaider au Sénat.
"L'imperfection pousse au progrès", disait Flaminio Bertoni. La Constitution des États Unis est faite d'une suite de pefectionnements dans des procès en justice par des citoyens ou groupes de citoyens contre le gouvernement. Tel est le "Cas korematsu" pour l'injustice envers une catégorie de citoyens. (en)http://en.wikipedia.org/wiki/Korematsu_v._United_States
Implications
Ce régime implique :
- le principe d'une liberté d'expression, de pensée, de rassemblement, de religion, etc. (même si elle est réglementée),
- une égalité politique. Ce point est suffisamment délicat pour faire l'objet d'un développement séparé.
Ce régime fonctionne mieux lorsque ses citoyens, par le biais de l'instruction, acquièrent les connaissances de base nécessaires à l'accomplissement de leurs devoirs civiques.
L'égalité politique
En général, on assimile cela au principe « une personne = une voix ». Ce principe est généralement considéré comme le fondement de la démocratie, et même opposé par
Galbraith au système économique (où 1 euro = une voix).
Toutefois, même lorsque ce principe est en théorie reconnu et défendu, il n'est que peu souvent appliqué, car son usage serait pour certains
- pas très efficace : même s'il était techniquement et économiquement possible de consulter la Belgique entière pour savoir si telle ville doit ou non reconstruire une piscine, il y a peu de chance que l'intérêt national y gagne quelque chose.
- dangereux pour les minorités.
L'égalité peut aussi se mesurer à l'importance que l'objet de la décision politique a réellement pour les votants.
Pour résoudre ce problème en conservant le principe « une personne = une voix », la solution généralement employée est de procéder à un découpage géographique, et à une estimation de l'échelon pertinent :
- ainsi les annexions ou indépendances seront-elles soumise à double vote, global et réduit aux habitants du territoire concerné ;
- ainsi les habitants d'une ville voteront-ils pour ce qui est « municipal » ;
- etc.
Pour les sujets sensibles, (tout récemment en France : OGM, mariage homosexuel, CPE, implantation d'une usine d'incinération, d'un aéroport, etc.), il y a souvent des conflits de compétence, chacun souhaitant protéger ses intérêts personnels avant ceux des autres. Ces problèmes prennent du temps à être résolus, et subissent parfois des rapports de forces et d'inégalité de la part d'un parti ne tenant pas à respecter le choix des autres.
Plus grave, même si théoriquement « une personne = une voix », en pratique et finalement une décision est prise, et la minorité doit subir le choix de la majorité, au mépris du principe affiché. Mais c'est également le cas pour les autres systèmes politiques existants et la solution est de tolérer la décision des autres face à la sienne.
Est-il possible d'assurer une égalité politique ? Il faut que chacun s'engage lui-même dans chaque sujet à proportion de l'importance qu'il lui accorde, ni plus ni moins. Et il faut qu'il n'impose pas à l'autre sa décision, mais qu'il négocie avec lui, en lui accordant une compensation : c'est le modèle hollandais dit modèle des polders.
La démocratie est un système qui demande à chacun d'être ouvert et de disputer de ses arguments avec ses opposants pour conclure sur une solution équitable pour les deux "camps".
Devoirs
Le système démocratique implique aussi deux devoirs :
- exprimer son opinion, ou s'informer si l'on manque d'éléments pour en avoir une ;
- respecter l'expression des autres opinions (ce qui n'oblige nullement à respecter ces opinions elles-mêmes).
Ce sont des règles fondamentales, que résume la phrase apocryphe de Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ».
La démocratie ne peut donc se concevoir comme simple dictature de la majorité et, exclut par conséquent toute idée de suppression d'un parti même minoritaire, sauf dans le cas très spécifique où celui-ci prône explicitement le recours à la violence et à des actions anti-démocratiques. Même dans ce cas, le parti communiste qui prônait avant Georges Marchais un but théorique de renversement des institutions et de dictature du prolétariat ne fut jamais formellement inquiété, et renonça en fin de compte de lui-même à ces objectifs d'apparence peu démocratique.
- Tout système politique est un système de pouvoir qui comporte exclusions et de différenciations ; la démocratie n'est donc pas nécessairement absolue…
Une démocratie comme la
démocratie athénienne avait une notion restreinte de la citoyenneté, excluant
les voix des femmes et des
esclaves.
- La démocratie ne prétend pas garantir que le candidat qui sera élu sera le plus apte à bien diriger le pays (aucun système, à vrai dire, ne le prétend). Elle garantit en revanche que nul ne sera appelé au pouvoir sans avoir fait l'effort de convaincre la population du bien-fondé de son programme, et y être en partie parvenu. La démocratie apparaît donc comme une forme particulièrement efficace de non-violence en action.
Formes de démocratie
Il existe plusieurs formes de démocratie :
- la démocratie directe : Les citoyens s'assemblent et établissent les lois.
- la démocratie représentative : Les citoyens élisent des représentants qu'ils chargent d'établir les lois.
- la démocratie participative : Les citoyens élisent des représentants qu'ils chargent d'établir les lois, lesquels demandent ensuite aux citoyens de valider ou d'invalider, par référundum, les lois proposées.
- la Stochocratie: Choix des représentants du peuple sur tirage au sort.
- la démocratie libérale : Démocraties fondée sur la défense des libertés individuelles.
Démocratie directe
Voir l'article sur la
démocratie directe
Démocratie représentative
Bien plus importants, aussi bien numériquement (environ la moitié des habitants de la planète) qu'en termes de puissance économique et militaire (les États les plus riches et les plus puissants en font partie), on trouve des Républiques qui se veulent des
démocraties représentatives.
En pratique, il s'agit d'oligarchies mi-électives (pour les magistratures dites politiques dont l'extension varie selon les États), mi-méritocratique (pour les fonctions d'exécution civiles et militaires).
Ces États peuvent également admettre une petite dose de participation directe du peuple, par exemple sous forme de référendum obligatoire pour certaines décisions, voire des éléments de propositions ou de veto populaire.
- Ils admettent tous des droits d'expression, de pétition, et de manifestation très développés.
- Dans ces États, cohabitent un idéal démocratique (forme visée et même revendiquée) et une certaine méfiance à l'égard des risques de la démocratie.
- Des « magistrats » (typiquement : une cour constitutionnelle) sont donc chargés de défendre les individus contre le peuple et par là le peuple contre lui-même. Cela expose ces gardiens du Temple démocratique à la critique de faire passer leur intérêts personnels ou « de classe » avant ceux du peuple, par le filtrage qu'ils font entre les propositions admissibles et celles qu'ils estiment ne pas l'être.
- Parfois, c'est l'armée qui se charge du contrôle des dérives démocratiques (notamment lorsque cela n'est pas bien prévu au niveau civil), ce qui l'expose à une critique encore plus forte. Les exemples sont nombreux, de la France révolutionnaire, à l'Algérie ou la Turquie contemporaine, en passant par toute l'amérique du sud, etc.
L’exercice du pouvoir par l’intermédiaire de représentants élus par le peuple a été appliqué tardivement en Suisse (à partir de 1848) pour pallier les insuffisances de la démocratie directe. Mais la plupart des démocraties actuelles ont adopté ce système dès leur fondation.
Il s’agit de la démocratie représentative, c’est-à-dire un régime où la volonté des citoyens s’exprime par la médiation de représentants sélectionnés au sein du peuple.
Cela entraîne :
- la nécessité d’une division du travail dans une économie marchande (en confiant la gestion des affaires aux représentants, les individus peuvent vaquer à leurs occupations privées).
- la représentation permet de surmonter la division (en défendant la diversité des intérêts, la représentation évite que des groupes d’intérêts ne viennent menacer les droits des minorités. Et dès lors, plus l’état est grand, plus les avis ont de chance d’être divergents).
- la représentation contribue à la formation de la volonté générale (la volonté générale est construite grâce à l'apport des idées de tous. Il faut donc permettre l'échange, la délibération.)
- la nécessité de contrepoids :
- la tenue d’élections à échéances régulières qui permet de limiter l’autonomie des élus. Un régime est démocratique quand les gouvernements et les représentants n’héritent pas de leur charge mais sont élus au terme d’une procédure élective, et leur programme est soumis à l’approbation des électeurs. Le pouvoir est à prendre en ce sens qu’aucune équipe dirigeante n’est jamais définitivement installée, qu’aucun programme ne peut être tenu pour définitif, qu’aucune politique n’est jamais que provisoirement officielle. Cette ouverture, ou mieux cette disponibilité du pouvoir est commandée par une philosophie pluraliste qui fait de l’opposition une force aussi légitime que le sont les gouvernants en place. Non seulement toutes les tendances et tous les intérêts sont admis à s’exprimer, mais encore l’espoir est offert à tous d’accéder au gouvernement et d’en utiliser les prérogatives selon leurs vues.
- le multipartisme est nécessaire pour qu’il puisse y avoir élections.
- la liberté d’expression de l’opinion publique doit être garantie pour permettre l’échange et la délibération.
- la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
- des crises :
- la démocratie du public où l’électeur est informé grâce aux médias (TV, radio).
- la démocratie continue (les sondages, les médias modernes et les instances de contrôle de la constitutionalité des lois).
- la démocratie participative ou locale consiste à élaborer les décisions collectives en ne se limitant pas aux lieux où se prennent les décisions politiques (référendum).
- la démocratie virtuelle ou cyberdémocratie (l’E-vote).
Démocratie participative
Enfin il existe un système mixte, dit
démocratie participative dans lequel, selon l'une des acceptions du terme, le peuple délègue son pouvoir (des représentants sont donc chargés de proposer et voter des lois et des nominations), tout en le conservant (le peuple se saisit lui-même directement de telles questions, via une pétition d'une fraction du corps électoral). Les autres systèmes se réclamant de ce titre ne réclament pas nécessairement l'usage de la pétition, et développent d'autres
procédures assurant l'échange bijectif entre concernés et décideurs.
La démocratie participative au premier des sens évoqué est le système pratiqué en Suisse et dans ses cantons, où les lois importantes sont soumises automatiquement au vote populaire (référendum obligatoire) et où toute autre loi peut l'être si un nombre défini de citoyens le demande (référendum facultatif). De plus un nombre fixé de citoyens peut demander le vote d'une révision partielle de la Constitution (initiative constitutionnelle) ou la légifération du parlement dans un domaine particulier (initiative législative).
Au niveau local et régional, le peuple est parfois consulté pour les dépenses supérieures à un certain montant.
Un citoyen suisse se rend aux urnes au moins quatre fois par année et se prononce la plupart du temps sur plusieurs objets (entre un et huit à chaque fois).
Ce système, tel que pratiqué en Suisse, n'est pas un résidu d'une démocratie plus large: lors de la formation de l'État fédéral suisse en 1848, le pays, et les cantons ne pratiquant pas la Landsgemeinde, était une démocratie représentative pure. C'est peu à peu que les droits populaires ont été progressivement étendus.
Voir l'article sur la Démocratie participative
Idées reçues
« Démocratie et République sont liées »
Une république est un régime dans lequel le pouvoir est représentatif des opinions des sujets/citoyens du pays.
Ainsi la république n'induit pas forcément la démocratie, de même qu'il existe des régimes démocratiques non républicains.
Exemple : la III République – à ses débuts – bien que « république » et ayant une apparence démocratique (droit de vote pour les citoyens, etc.) conservait en fait le pouvoir entre les mains de personnes appartenant à une certaine couche de la société par le suffrage censitaire. Il s'agissait donc d'une ploutocratie.
De même, nombreux sont les pays considérés comme démocratiques à avoir conservé le système monarchique, par exemple la Belgique, l'Espagne, le Danemark, la Royaume-Uni, la Suède, etc.
Par contre certains des états ont utilisé le vote du peuple à travers des élections sans pluralisme pour asseoir leur régime tyrannique sur une base démocratique : URSS, Chine, Cuba, nazisme, fascisme italien de Mussolini, de nombreux états de la francophonie et/ou d'Afrique. Ces états pseudo-démocratiques ne sont pas des républiques, bien qu'ils répondent parfaitement à la définition simple du terme démocratie.
« Démocratie et Droits de l'Homme sont liés »
Bien que souvent liés voire confondus, les termes de « démocratie » et de « Droits de l'Homme » renvoient à des définitions qui ne sont pas identiques :
Les droits de l'homme sont des principes selon lesquels, dès lors qu'un individu appartient à l'espèce humaine, il jouit d'un certain nombre de droits. Cette notion date du et de l'époque des Lumières, (dont peu de représentants ont dénoncé l'esclavage, comme l'a pourtant fait Diderot).
La démocratie est une idée beaucoup plus ancienne datant de l'Antiquité grecque (cf. Athènes): or, si Athènes, à une certaine période de son histoire, a certes été une démocratie (sélective), La notion de Droits de l'Homme y était en revanche absente, bien que des critères de bonne conduite en aient partiellement tenu lieu.
De nombreuses démocraties acceptent de respecter les Droits de l'homme sur leur territoire, mais peuvent décider, souvent de façon démocratique, de les bafouer dans un contexte précis. En effet, les droits de l'homme faisant partie des lois d'une démocratie, le parlement (ou un référendum) peut souvent en modifier la portée.
La notion de droit de la majorité est aussi parfois un obstacle au respect des droits des minorités. (Voir chapitre « La démocratie est toujours la volonté du peuple ou de sa majorité »)
« Deux démocraties ne se font pas la guerre » (loi de Doyle)
Une opinion répandue est que
deux démocraties ne se font pas la guerre. Si elle possède un fond de vérité (les citoyens sont en général peu enclins à la guerre, dont ils peuvent rarement espérer un profit personnel), l'histoire la dément :
- le Royaume-Uni a attaqué plusieurs fois des pays démocratiques : Etats-Unis en 1812, Danemark lors des guerres napoléoniennes, Finlande lors de la Seconde Guerre Mondiale.
- la jeune République française lança un ultimatum à la République de Venise et abolit totalement celle-ci sous la menace des troupes du général Napoléon Bonaparte ;
- le Pérou a participé à deux reprises à des guerres frontalières contre des pays limitrophes tout aussi démocratiques que lui.
- lors de la Guerre de Sécession, le Nord comme le Sud des État-Unis d'Amérique se considéraient comme des démocraties.
Toutefois, les vainqueurs écrivant l'histoire, comme dit un dicton, il est toujours possible après une guerre de déclarer que les institutions du pays vaincu n'étaient pas démocratiques.
On pourra répondre pour le second cas, que la République de Venise était oligarchique et point démocratique, pour le quatrième que des questions constitutionnelles ou morales justifiaient cette guerre (voir cependant Jorge Luis Borges).
« La démocratie est un luxe de pays riches »
La démocratie est une organisation assez
coûteuse, qui ne pourrait apparaître, ou se maintenir, que dans des pays où une majorité de la population est dégagée des besoins de
survie. Non seulement deux pays parmi les plus pauvres de la planète, le
Mali et le
Niger, sont des démocraties, mais la
première démocratie de la planète (en nombre d'habitants) est un pays du tiers monde : l'
Inde.
En revanche, la régression économique d'une société, même temporaire, peut s'accompagner d'une disparition de la démocratie, une partie de la population accordant temporairement plus d'intérêt à la restauration de son niveau de vie qu'à la liberté dans la pauvreté. Le processus n'est cependant pas toujours réversible sans effusion de sang.
« La démocratie permet à un pays de s'enrichir »
Le fait que certains pays sont pauvres parce qu'ils ne sont pas démocratiques, et que l'introduction de la démocratie dans ceux-ci leur permettrait de s'enrichir, est également un mythe : la pauvreté du
Mali montre que la relation n'est pas absolue.
Néanmoins, les IDH du
Mali et du
Niger ont fortement progressé depuis la restauration de la démocratie.
N'oublions pas que la Guinée Equatoriale a le cinquième plus important PIB/habitant au monde (33 994 $ contre 27 738 $ pour la France qui est 21e). Or ce pays n'est pas une démocratie.
Toutefois, des éléments inutiles au corps social peuvent théoriquement perdurer plus facilement dans un pays non démocratique, dès lors qu'ils flattent les puissants, puisque ces derniers n'ont alors aucune sanction populaire à craindre. L'absence de démocratie peut donc constituer un obstacle supplémentaire au développement.
A contrario, on peut dire qu'un pouvoir énergique, entreprenant et décideur, travaillant sur le long terme et donc non lié aux échéances des élections, est un facteur de poids dans la relance de l'économie d'un pays.
« La démocratie est toujours la volonté du peuple ou de sa majorité »
En 1917, la Suède a fait la transition du régime mi-monarchique mi-parlementaire selon la constitution de 1809 au régime purement parlementaire, c'est-à-dire que le devoir du roi est de choisir comme chef du gouvernement le chef du parti ou de la coalition qui a la majorité absolue ou relative des parlementaires, ou bien la confiance du parlement. Or, cette réforme était soutenue par les bourgeois et les ouvriers, qui étaient une minorité, mais reçut l'opposition de l'armée et des agriculteurs, qui étaient alors la majorité. Parce que beaucoup d'agriculteurs n'ont pas participé aux protestations, la réforme a eu lieu. Aucun d'entre eux n'avait exprimé la volonté des bourgeois et des ouvriers, mais la majorité resta silencieuse et sa volonté la plus vraisemblable ne fut pas respectée.
Mais on doit remarquer que la notion absolue de majorité peut ouvrir la porte à de très graves abus. Le génocide au Rwanda par exemple a été conduit par une majorité contre une minorité diabolisée et présentée comme agent de l'étranger. Ce génocide fut imposé à la population comme un service public. Plusieurs citoyens civils et militaires français et belges, ont rapporté, après coup, devant leurs parlements, les nombreux signes avant-coureur de la préparation du génocide. Incontestablement il y eu dysfonctionnement démocratique, sur plusieurs décennies, aussi bien au Nord qu'au Sud dans cette affaire. Ce dysfonctionnement fût couronné par la façon dont les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont majoritairement évité le plus longtemps possible d'employer le mot génocide à propos des événements du Rwanda pour ne pas mettre en branle le dispositif juridique et contraignant qu'ils avaient prévu à cet effet en 1948 après la Shoah. (Voir article génocide).
D'une manière générale, le respect des minorités et des droits de l'homme sont une exigence démocratique parfois difficile à faire admettre à des régimes majoritaires, mais peut devenir paradoxalement une préoccupation majoritaire, lorsque les citoyens dépassent leurs intérêts propres pour envisager des intérêts partagés. Une majorité est faite de minorités solidaires.
« La démocratie le moins mauvais des systèmes politiques ? »
La démocratie nous est souvent présentée comme le système politique absolu, le meilleur des systèmes. Il ne pourrait donc par essence, ni être amélioré, ni dépassé. Pourtant des améliorations ou des retours à des pratiques anciennes sont toujours possibles. Il en est ainsi de la stochocratie (désignation des représentants du peuple par le sort) :
« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie.
Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. » Montesquieu - Esprit des lois
« Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives »
Aristote - Les Politiques IV, 9, 4
Traduction: Pierre Pellegrin - Garnier-Flammarion
Il semble qu'aucun régime politique ne fonctionne correctement sans que celui ou ceux qui sont au pouvoir ne fassent preuve d'une grande conscience de leurs responsabilités. Aucun système juridique ne peut garantir cela. Un roi peut être plus honnête avec le peuple que 500 députés ou 5 millions de conseillers municipaux. Mais un régime où tous les citoyens peuvent réagir contre les abus de pouvoir, comme dans une démocratie, devrait théoriquement conduire plus sûrement à des comportements politiques acceptables par tous.
Démocratie et culture
Il semble qu'il y ait un lien fort entre la culture d'un peuple et sa capacité à faire fonctionner la démocratie :
- Dans la culture judéo-chrétienne moderne (Europe, Amérique du Nord, Afrique du Sud, Australie, Israël), la démocratie est considérée comme étant un système allant de soi, où, dans l'esprit, les droits de chacun sont respectés. En effet, cette civilisation a toujours privilégié l'individu sur la communauté. Le régime doit donc être garant des droits de chaque individu. La démocratie est un régime qui peut les garantir par le biais de l’État de droit.
- Dans les cultures animistes (Afrique sub-saharienne), le concept de démocratie est mal compris. La christianisation et l'islamisation de ces contrées sont trop récentes pour avoir une influence notable sur les comportements. L'individu est membre d'un village et appartient à une ethnie. Ces deux entités sont historiquement dominés par les puissants (riches ou forts selon l'époque). Le pouvoir se conquiert donc, il n'est pas donné par le peuple. L'obtention du pouvoir donne un statut de maître absolu au chef, qui ne pourra le perdre qu'en étant chassé. La démocratie renverse le sens du pouvoir, le donnant aux faibles (la plèbe), cela peut apparaître comme une hérésie.
Origines bibliques de la démocratie
D'après Mordecaï Roshwald,
historien israélien la Bible
[Mordecaï Roshwald. Les origines bibliques de la démocratie, n° 212.], dans l'Ancien et le Nouveau Testament, contient, d'après les exégètes, quelques uns des fondements de la démocratie :
- le libre arbitre : l'Alliance entre Dieu et les Hébreux est proposée aux hommes : ils ont la faculté de la refuser, la souveraineté du peuple est établie (il distingue d'ailleurs ici la théocratie, dont relève selon lui l'Israël antique, et qui est un gouvernement selon des principes divins avec l'accord du peuple, de la hiérocratie, gouvernement des prêtres, dont relève le Vatican) ;
- le principe de supériorité de la Loi est également présent dans les démocraties modernes et dans l'Ancien Testament : la vox populi y est, dans les deux cas, différente de la vox dei ; quand vox populi est strictement égale à la vox dei (quand la volonté du peuple est impérative et doit être immédiatement exécutée), on a une démocratie absolue, qui n'est qu'un objet théorique n'ayant jamais existé ;
- la liberté d'expression et de débat y est également inscrite : lorsque Dieu veut détruire Sodome et Gomorrhe pour leurs péchés, Abraham s'y oppose, arguant qu’il n'est pas juste de détruire toute une ville sous prétexte que la plupart des habitants ne respectent pas la loi ; il convainc Dieu d'épargner les villes s'il s'y trouve des justes, et discute avec lui pour abaisser le seuil à partir duquel les villes seront épargnées.
Citations
- Χρωμεθα γαρ πολιτεια… και ονομα μεν δια το μη εσ ολιγουσ αλλ' εσ πλειονασ οικειν δημοκρατια κεκληται.
- (« Notre Constitution… est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d'une minorité, mais du plus grand nombre. »)
- — Périclès, discours rapporté par Thucydide —
- Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs (…). Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu'on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu'on l'exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d'autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organisé aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible.
- — Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique —
- Democracy is the worst form of government, except for all those other forms (« La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres »).
- The best argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter (« La meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen »).
- — Winston Churchill —
- Selon toute vraisemblance, aucun autre régime ne peut donner naissance à la tyrannie que la démocratie ; de la liberté extrême naît la servitude la plus complète et la plus terrible.
- — Platon, La République —
- Le peuple, par une conséquence absolument inévitable, s'emparera, un jour ou l'autre, de tous les pouvoirs dont on a reconnu que le principe était en lui. Sera-ce pour le garder ? Non. Après quelques jours de folie, il les jettera, par lassitude, au premier soldat de fortune qui se trouvera sur son chemin.
- — Maurice Joly, Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu —
- J'ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n'est pas une vraie démocratie. Dire : quelqu'un va me représenter pendant cinq ans de façon irrévocable, ça revient à dire que je me dévêts de ma souveraineté en tant que peuple.
- — Cornelius Castoriadis —
- Si un homme instruit, au terme de trente ans de travail, arrive à déterminer le système social parfait et que la compréhension de celui-ci demande plusieurs mois à des hommes aussi instruits que lui, je lui souhaite bien du plaisir pour arriver à le faire ratifier par un vote du peuple !
- — Ernest Renan —
- Renoncer à la lutte pour le socialisme, c'est renoncer en même temps au mouvement ouvrier et à la démocratie elle-même
- — Rosa Luxemburg —
- Ce qui attire vers cet avenir confus, intellectuels, petits-bougeois, employés, chômeurs, c'est qu'ils sentent dans le parti qui le leur promet, une force. Cette force éclate partout, dans les défilés en uniforme, dans les attentats, dans les avions employés pour la propagande ; et tous ces faibles vont vers cette force comme des mouches vers la flamme.
- — Message à propos du régime hitlérien, écrit par Simone Weil rentrant d'un voyage en Allemagne, dans la revue « L'école émancipée » le 18 décembre 1932 —
- Le principe démocratique a contribué à l'affaiblissement de la civilisation, en empêchant le développement de l'élite.
- — Alexis Carrel —
- La dictature impose à ses contestataires le silence. la démocratie se contente de leur dire "Cause toujours!"
- — Auteur inconnu. Repris sous des formes voisines par divers chansonniers, puis fantaisistes — Michel Audiard avait fait une variante : "La dictature c'est "ferme ta gueule !", la démocratie c'est "cause toujours !".
- La démocratie, c'est le pouvoir donné aux poux de manger les lions.
- — Georges Clemenceau —
- La démocratie, c'est comme le théâtre de Guignol : il y a la marionette de Guignol, la marionette de Gnafron, la marionette de Pandore, durant tout le spectacle elles font mine de se battre mais dans les coulisses, c'est la même main qui tire les ficelles.
- — Henri de Fersan —
- La démocratie c'est pas : "5 minutes pour les juifs et 5 minutes pour les nazis" ; la démocratie c'est : "on vire les nazis, et après on peut discuter".
- — Jean-Luc Godard —
Voir aussi
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