Le cannabis est le nom latin du chanvre, utilisé par abus de langage pour désigner le chanvre indien (Cannabis sativa ssp indica). Il est aussi connu (en tant que stupéfiant) sous le nom de marijuana ou, pour sa résine, sous le nom de haschisch (arabe: حَشيش *, foin ; herbe). C'est une plante psychotrope dont le principal principe actif est le delta-9 tétrahydrocannabinol ou THC. Le cannabis fait partie de la famille des cannabinacées, et de l'ordre des urticales.La fibre résistante du cannabis porte le nom de chanvre et trouve de nombreuses applications, y compris la fabrication de vêtements, de corde et de papier.
Il existe une seule autre plante de la famille du cannabis : le houblon, l'un des quatre ingrédients de la bière.
En France, la culture du chanvre, les outils et les métiers associés ont laissé de nombreuses traces dans la toponymie et l'anthroponymie (noms de lieux et de personnes). Par exemple la célèbre avenue de la Canebière à Marseille. En effet, cannebière (avec 2 n) désigne une plantation de chanvre. Selon certains, il y avait culture de chanvre à cet endroit ; selon d'autres, il ne s'agissait que de fabriques de cordes et de voiles liées aux activités du port. Du côté de Nice on trouve li Chanabieros francisé en les « chanebières ». Au nord de la Loire, la plantation de chanvre était appelée chennevière, un terme que l'on retrouve dans des noms de lieux (Chennevières-sur-Marne) ou de personnes, parfois déformé en « chêne vert » ! Le terme employé aujourd'hui est chènevière.
Le chanvre est une des premières plantes domestiquées par l'homme, probablement en Asie, plus précisément dans la région située entre l'Himalaya et l'Inde. Il a ensuite accompagné migrations et conquêtes pour se répandre sur tous les continents : c'est l'histoire du chanvre.
Certaines sectes de sâdhu consomment rituellement du haschisch pour déchirer le voile de l'illusion (la maya). Les sâdhu sont présents en Inde depuis plusieurs milliers d'années.
De même, la communauté rastafari considère le cannabis comme un moyen de méditation et de réflexion spirituelle. Considérant que « l'arbre de vie » décrit dans la Bible désigne le cannabis, consommé comme un sacrement permettant l'élévation vers Jah (Dieu), ce qui, contrairement à la croyance populaire, n'encourage cependant pas à la consommation de drogue.
C'est le gangisme, mouvement dérivé du rastafarisme, qui prône l'usage du cannabis.
Certains cannabinoïdes permettent d'identifier l'origine géographique du produit. On sait ainsi que l'herbe ou la résine issue du Pakistan contient une forte quantité de tétrahydrocannabivarin, molécule possédant une queue propyl à la place de la queue amyl du THC.
L'herbe sauvage de cannabis contient habituellement entre 0,5 et 5 % de THC dans les parties sommitales femelles à maturité. La sélection variétale et l'évolution des techniques de culture (telles que la culture hydroponique ainsi que la transgenèse) ont produit des variétés titrant jusqu'à 25 % de THC. La teneur en THC est aussi affectée par le sexe de la plante : la plante femelle produit des fleurs contenant plus de THC que son homologue mâle. La sinsemilla (de l'espagnol signifiant « sans graine ») est une plante femelle non fécondée par du pollen et a un rendement plus élevé que l'herbe grainée. Les cultures à visées thérapeutique et récréative ont généralement une haute teneur en THC ; à l'inverse, les cultures réservées à l'industrie ont une faible teneur en THC.
Le cannabis est une substance psychoactive ou psychotrope, c'est-à-dire qu'elle affecte l'esprit et la volonté.
Selon le mode de prise, les effets commencent à apparaître à partir de 10 à 20 secondes après l'inhalation, d'une demi-heure à plusieurs heures après l'ingestion.
Physiologiquement, le THC se fixe dans les tissus graisseux et a une demi-vie de trois à quatre jours.
Les effets recherchés sont un sentiment de douceur, de calme intérieur et de bien-être, une tendance à rire, une prise de recul sur l'environnement.
Cependant, ces effets recherchés peuvent aussi traduire un mal-être psychique - parfois insoupçonné - et se transformer en paranoïa, crises d'angoisse, nausées, sentiment d'oppression ; particulièrement si le cannabis est utilisé en combinaison avec l'alcool.
Des doses plus fortes peuvent induire une augmentation de la perception auditive et visuelle, qui peuvent engendrer des hallucinations et conduire jusqu'au bad trip.
D'une manière générale, les effets varient en intensité et en durée en fonction du mode de prise et du taux de THC ainsi que du sujet et de son état physique et moral.
À court terme, les yeux sont rougis, la bouche est sèche, les battements cardiaques accélèrent, un fréquent sentiment de « fringale » apparaît et des pertes de la mémoire à court terme sont usuelles. Il est maintenant scientifiquement prouvé que les troubles de la mémoire disparaissent quelque temps après l'arrêt de la consommation.
À moyen terme, s'installent parfois démotivation, sous-estime de soi, intempérance voire dépression et tendances suicidaires. Il existe une corrélation entre l'usage prolongé du cannabis et dépression chez certains patients. Différentes études, à la crédibilité variable, suggèrent des liens entre schizophrénie et cannabis (Voir l'article détaillé schizophrénie).
Une faible dépendance physique existe mais elle n'est généralement pas perçue comme addictive, du fait du faible taux d'accoutumance. Des cas de dépendance psychologique ont été constatés. Il faut cependant signaler qu'une dépendance physique au tabac, utilisé dans la confection des joints, se manifeste très souvent chez les fumeurs réguliers de cannabis.
À long terme, même si les effets ont encore besoin d'être étudiés, on cite cependant des affections durables des voies respiratoires - cancer du poumon, gorge, langue - problèmes liés aux produits de coupe présents dans la résine et au principe d'inhalation de fumée, par définition produit de la combustion - suie, cendre - et sa température élevée à son entrée dans les voies respiratoires. La médecine utilise d'ailleurs un procédé de sublimation du THC pour soigner des patients afin qu'ils ne respirent pas de fumée mais juste la vapeur de THC.
Selon un essai réalisé par le magazine 60 millions de consommateurs, fumer trois joints équivaut à fumer un paquet de cigarettes. Les résultats des essais montrent que la fumée de cannabis contient sept fois plus de goudron et de monoxyde de carbone que la fumée du tabac seul.« Le cannabis - 3 joints = 1 paquet de cigarette », 60 millions de consommateurs, n° 404, avril 2006 « Fumer trois joints équivaut à fumer un paquet de cigarettes », Le Figaro web, 26 mars 2006 « Le cannabis moins toxique que la clope : une idée fumeuse », Libération, 28 mars 2006, article en ligne Cet essai étant en contradiction avec d'autres travaux scientifiques qui estiment que « fumer du cannabis ne provoque pas de cancer »Marijuana use and cancers of the lung and upper aerodigestive tract: results of a case-control study, Morgenstern H, et al. Présentation à la Conférence ICRS sur les cannabinoïdes, 24-27 juin 2005, Clearwater, États-Unis
Study Finds No Cancer-Marijuana Connection par Marc Kaufman dans le Washington Post, vendredi 26 mai 2006 ou que les risques cancérigènes sont à imputer à la présence de nicotine due au mélange avec du tabacMelamede RJ. Harm Reduct J. 2005;2(1):21; United Press International du 17 octobre 2005.
Il est aussi question d'une baisse de la fécondité chez l'homme et les effets du cannabis sur le fœtus sont à peu près équivalents à ceux du tabagisme : bébé de petit poids, naissance avant terme.
Aucune surdose due au cannabis n'a été enregistrée en deux millénaires d'histoire médicale et c'est ce qui contribue le plus à sa réputation de « drogue douce ». La dose létale estimée du cannabis est de 20 000 à 40 000 fois le niveau d'une dose normale. En comparaison, les médicaments les plus prescrits ont une dose létale autour de 10 fois la dose normale.
La dose létale 50 du THC par voie orale est de :
Le dépistage s'effectue par prélèvement salivaire, test urinaire, prélèvement sanguin ou prélèvement de la sueur.
Le cannabis ne soigne pas mais permet de soulager les effets secondaires, de la maladie ou du traitement. Les recherches pharmaceutiques ont permis de montrer qu'il est possible d’annuler l’effet psychoactif tout en préservant l’intégralité des effets thérapeutiques.
Le cannabis existe sous plusieurs formes médicales :
De nombreuses études - plus ou moins significatives - existent ou sont en cours sur ses qualités thérapeutiques.
En français, on nomme les fleurs séchées (et non les feuilles séchées comme certains le pensent) : herbe, beuh, marie jeanne, ganja (Mot hindî signifiant cannabis), yobi, verte ; et la résine : shit, teushi, teush, teuteu, chichon, hash, bédo, machin, marron, tamien, ainsi que d'autres noms issus des différentes variétés et qualité.
Le cannabis peut se présenter sous plusieurs formes :
Généralement, le cannabis est fumé, sous la forme de joint (spliff en anglais) : les têtes (fleurs) séchées ou la résine émiettée (éventuellement mêlées à du tabac) sont roulées dans une feuille de papier et fumées comme une cigarette.
D'autres techniques incluent l'utilisation de pipes (ou bongs, pipes à eau) pour fumer le cannabis tout en refroidissant la fumée et, dans le cas des bongs, en éliminant certaines des impuretés (le goudron entre autres, seulement si l'eau est tiède ou chaude car l'eau froide filtre nettement moins). Il s'agit de techniques bien plus destructive pour la santé et nécessitant moins de cannabis pour des effets plus importants que sous la forme de joint.
Le cannabis peut aussi être cuisiné car son principe actif est soluble dans les graisses et l'alcool. Le beurre de Marrakech, obtenu par extraction des composés liposolubles du haschich ou des inflorescences de cannabis se substitue au beurre classique dans les recettes. Il est utilisé pour préparer des plats tels que le Space Cake, la Pot Pie ou les Hash Brownies. Le cannabis peut également être mis en solution dans du lait (de préférence entier), ce que l'on nomme un bhang. On peut également faire fondre du haschisch dans du chocolat noir et s'en servir ensuite en pâtisserie, ou alors le faire à nouveau solidifier pour l'utiliser à la demande. Enfin, l'utilisation de macérations de cannabis dans de l'alcool (rhum arrangé par exemple) constitue une dernière possibilité.
Néanmoins, lorsqu'il est ingéré, les effets du cannabis ne se déclarent pas avant trente minutes et se prolongent plusieurs heures, ce qui peut perturber les usagers et générer un état d'anxiété et de paranoïa appelé bad trip.
La vaporisation est une autre méthode d'absorbtion. On peut extraire le THC et les autres cannabinoïdes sous forme de vapeur en chauffant légèrement la plante sans la brûler. Cette méthode a l'avantage de ne pas produire les substances toxiques contenues dans la fumée du cannabis et du tabac lors d'une combustion normale (monoxyde de carbone, goudrons, nitrosamines...). En chauffant le cannabis à environ 190 °C, les substances psychotropes s'évaporent, mais la plante ne brûle pas encore. La vapeur produite peut alors être inhalée, avec un effet aussi immédiat que si la drogue est fumée.
La vaporisation ou sublimation est la technique préférée des personnes cherchant à éviter les dangers liés au tabagisme.
Plus de 62 millions d'Européens (plus de 20% de l'ensemble de la population adulte) ont déjà consommé du cannabis et 20 millions en ont consommé au cours de la dernière année, selon une étude publiée le 25 novembre 2005 par l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).
Dans son rapport annuel du 1er mars 2006, l'OICS indique que l'Afrique compterait 34 millions d'usagers.
Cependant cette évaluation est certainement très loin de la réalité.
Il n'existe aucune méthode fiable pour évaluer un marché illégal, ce qui se fait par des extrapolations des saisies ainsi que des évaluations des surfaces cultivées.
Il est en revanche certain que c’est la drogue illégale la plus consommée dans le monde.
En France, par exemple, la loi Marilou sur la conduite sous l'emprise d'un stupéfiant a directement été inspirée par une association de lutte contre le cannabis.
Les attaques à propos du cannabis visent surtout le côté aléatoire et non prévisibles des effets, propre à tout produit psychoactif, mettant en avant le principe de précaution face à un produit potentiellement curatif mais dont les effets à long terme sont encore à établir.
La « théorie de l'escalade » (tabac, alcool, cannabis, cocaïne, héroïne) a longtemps servi à étayer le discours anti-cannabis avant d'être mise à mal d'abord par le rapport Le Dain paru en 1972http://www.senat.fr/rap/r02-321-1/r02-321-129.html#toc1240 au Canada puis la réalité des chiffres de terrain des pays ayant assoupli leur loi et où, malgré une dépénalisation de l'usage, aucune statistique n'a pu démontrer que les fumeurs de cannabis passaient à d'autres produits plus durs.
La « théorie de la porte d'entrée » (le fait de rechercher un produit interdit pousserait à fréquenter des milieux marginaux constituant ainsi une « porte d'entrée » dans ces milieux) est maintenant beaucoup plus mise en avant, d'autant que c'est parfois un argument des défenseurs du cannabis que de dire que le produit doit être dépénalisé afin d'éviter de mettre les jeunes en contact avec les milieux du banditisme.
Certains détracteurs de la légalisation du cannabis estiment que celle-ci provoquerait une affluence de « drogues dures » sur le marché noir, en raison de la nécessaire reconversion des dealers de cannabis.
Leurs arguments prônent la liberté de disposer de son propre corps dans la mesure du respect d'autrui. Ce débat se place aussi sur les coûts, directs et indirects, qu'un choix personnel génère pour la collectivité.
Ils s'appuient sur les exemples reconnus de liens étroits entre instabilité politique, pauvreté, exploitation et production de drogue (mafia italienne, cartel colombien, etc.) pour dénoncer le coût et, selon eux, l'inefficacité de l'actuelle politique anti-drogue menée notamment par les États-Unishttp://www.leconomiste.com/article.html?a=62862 Les nouveaux risques stratégiques, Comment ont évolué les réseaux de drogue par Hakim El Ghissassi.
Ils s'appuient sur des analyses de la prohibition qui indiquent qu'un produit contrôlé en qualité par l'État pose moins de problèmes en terme de santé publique arguant par exemple que la plupart des décès par surdose seraient liés aux innombrables produits de coupe.Le coût de la prohibition par Pierre-Yves Geoffard, Libération du lundi 27 décembre 2004
En France, l'association la plus militante en matière de promotion de la dépénalisation du cannabis est le CIRC (Collectif d'Information et de Recherche Cannabique).
Certains partis politiques font du cannabis un point essentiel de leur programme, tel le Bloc pot au Québec et le Parti marijuana au Canada.
Et même si des propriétés médicales lui sont désormais reconnues, elles restent souvent indépendantes de l'usage récréatif occasionnel.
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