Les zones mortes sont des zones hypoxiques (à basse teneur en oxygène) dans les mers et océans, voire dans des grands lacs.
L'ONU avait en 2004 repéré dans les mers de la planète près de 150 « zones mortes », chacune traduisant très probablement des phénomènes grave de dystrophisation marine.
Causes du phénomène
- Dans un premier rapport pour l'ONU, les experts ont identifié comme première cause les apports de fertilisants agricoles et les apports de nutriments induits par la dégradation et l'érosion croissante des sols agricoles ou déboisés, dans un contexte d'agriculture de plus en plus intensive.
- S'y ajoutent des apports industriels et venant de pollutions diverses, principalement automobiles.
- Le manque de réseaux de collecte et d'épuration des eaux usées dans les régions densément peuplées participe sans doute aussi du phénomène, mais ne peut expliquer à lui seul la répartition de ces zones.
- Il semble aussi que dans certaines régions du monde, les taux d’azote dissous dans les pluies augmentent (notamment depuis l’usage de l’épandage d’engrais azotés liquides sur les champs).
- Des phénomènes de pollution par les pesticides, les métaux lourds et localement de polluants chimiques issus de l'immersion de déchets pourraient avoir dans certains cas exacerbé le phénomène.
- Localement, un lien possible et plausible avec l'impact de fermes marines aquacoles a été évoqué.
- Enfin, s'il n'est pas cité dans le rapport de l'ONU, il conviendrait d'étudier la possibilité d'un impact différé des munitions immergées.
En effet des munitions non utilisées ou non explosées (dont chimiques) ont été massivement immergées en mer (par millions) depuis la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918). Un récent rapport de la commission OSPAR a publié pour la première fois, avec retard, la liste des sites reconnus par les États-membres de la convention OSPAR. Les zones d'eutrophisations ou les zones touchées par leur panache de diffusion s'il y a fuite, coïncident pour partie avec des zones importantes d'immersion. Si certains obus et munitions ont commencé à fortement se dégrader et/ou à fuir, le cuivre et les métaux lourds qui les composent, ainsi que les toxiques de combat que certains contiennent pourraient localement être impliqués dans la mort du plancton et d’autres organismes. Des études (HELCOM) ont montré une augmentation de certains polluants (arsenic par exemple) à proximité de certains dépôts (en mer Baltique par exemple), alors que dans d'autres cas (Zeebrugge) pas ou peu de traces ont été décelées. Mais les obus se dégradent et l'impact des toxiques qu'ils contiennent est très difficile à modéliser. (Voir l'article Munitions immergées pour plus de détails)
- En 1995, des experts réunis par l'OTAN avaient prévenus que les obus commençeraient probablement à fuir vers 2005. Mais aucune mesure de récupération n'a été tentée en mer depuis.
Par quel mécanisme se forment les zones mortes ?
- L'hypothèse la plus consensuelle est que les nutriments d'origine agricole, industrielle et issus des transports, ainsi que des déchets apportés en mer par les fleuves ou les pluies ou qui y ont été directement immergé durant des décennies s'accumulent, se concentrent ou stagnent dans des conditions et zones particulières.
- Là, une forte eutrophisation conduit à une dystrophisation et donc à un état d’anoxie qui finit par éloigner et/ou tuer toutes les espèces supérieures dont poissons, crustacés et coquillages nécessaire à la survie d’une part importante de la population humaine. Les herbiers marins sont également dans ces zones totalement morts.
- La situation peut brutalement basculer d'une situation apparemment saine et stable vers la mort des écosystèmes les plus riches et complexes, en quelques années parfois.
Des phénomènes complexes liés aux apports de fonte de neige au printemps et aux différences de température et salinité qui en résultent jouent probablement aussi un rôle mal compris.
- La zone morte peut être éloignée de la zone d'où proviennent les nutriments. Le rapport OSPAR QSR 2000 estime que de l'eau enrichie en nutriments et en matière organique peut ainsi être transportée des côtes sud de l'Angleterre et du littoral français de la mer du Nord vers les eaux norvégiennes où elles pourraient être en (grande ?) partie responsable de l'eutrophisation du Skagerrak (zone profonde de la Baltique).
Situation en 2004
Les zones mortes sont « la grande menace du XXIe siècle pour les stocks de poissons » titrait un communiqué de l’ONU émis à Nairobi, le 29 mars 2004 lors de la Huitième session extraordinaire du Conseil d’administration du PNUE et le Forum ministériel mondial sur l’environnement.
Les écologues et gestionnaires de ressources halieutiques sont particulièrement préoccupés par la
mer Baltique ou la situation ne cesse de se dégrader depuis les années 1980.
Ampleur du phénomène
Un rapport de 2004, repris dans le rapport GEO 2003, présenté aux ministres à l’ONU identifie près de 150 «
dead zones » dans le monde.
Klaus Toepfer (Directeur exécutif du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) notait en 2004 que si certaines de ces zones sont de superficie réduites (moins d’un kilomètre carré), d’autres sont très vastes, l’une atteignant 70 000 km².
- Le nombre et la taille des zones recensées augmente chaque décennie depuis les années 1970.
Localisation des zones mortes
- Les premières zones mortes ont été repérées dans le Chesapeake Bay (États-Unis), en mer Baltique, dans le Kattegat, la Mer Noire et dans le nord de la mer Adriatique. D’autres ont été recensées dans les fjords scandinaves.
- Celle du golfe du Mexique, très pollué par les eaux du Mississippi a été bien étudiée, pendant que d’autres zones naissaient en Amérique latine, en Chine, au Japon, en Australie du sud-est et en Nouvelle-Zélande.
- Certains pays et des conventions internationales (OSPAR, HELLCOM) incitent à limiter le phénomène.
- Un accord sur le Rhin en Europe visait une diminution de 50 % des taux d’azote apportés en mer.
- En 2004, il n’avait été réduit que de 37 %.
Perspectives
Les écologues et l'ONU craignent en 2004 l’émergence ou l’aggravation de ce type de problème en Asie, Amérique latine et Afrique, à cause de la croissance rapide de l’industrialisation et de l’agriculture intensive.
Le réchauffement global pourrait également contribuer au phénomène via l’augmentation des précipitations, et la hausse des températures marines.
Le choléra, certaines formes de
botulisme ou d’autres maladies pourraient être favorisés par ce phénomène, qui par ailleurs par les émissions de CO2 et de méthane qu’il provoque contribue à l’effet de serre.
Engagements internationaux
- En Europe, en 1998, l'OSPAR a adopté une stratégie de lutte contre l'eutrophisation (Numéro de référence OSPAR 1998-18), incluant l'objectif de : « combattre l'eutrophisation dans la zone maritime d'OSPAR » pour « parvenir à et maintenir un milieu marin sain où les phénomènes d'eutrophisation ne se produiront pas. » Le calendrier OSPAR, prévoyait de rétablir une situation normale avant 2010.
- Les pays baltes sont engagés par la convention HELCOM à réduire la pollution de la mer Baltique.
- Directives européennes : La Directive cadre sur l'eau et la Directive Nitrate devraient contribuer à réduire à la source les polluants eutrophisants marins, puisqu'elles incluent dans leur champ d'action et dans leurs objectifs tant les eaux douces que salées et saumâtres avec l'objectif de retrouver un bon état écologique des eaux. L'application de la directive nitrate a été très difficile, notamment les premières années avec les critères d'établissement de zone vulnérable qui n'ont pas été respectés dans certaines régions d'agriculture intensive (Nord de la France par exemple), mais son application semble s'améliorer, avec de premiers effets visibles.
Liens internes
Liens externes
- http://www.ehponline.org/docs/2000/108-3/focus.html
- http://www.nature.com/news/2005/050620/pf/4351014b_pf.html
- http://www.sciencedaily.com/releases/2004/12/041208202518.htm
- http://www.unep.org/gc/gcss-viii/FRENCH/PressRelease_F2.asp
- rapport OSPAR sur les munitions immergées (Overview of Past Dumping at Sea of Chemical Weapons and Munitions in the OSPAR Maritime Area (2005 version): http://www.ospar.org/documents/dbase/publications/p00222_2005%20Revised%20Dumping%20at%20Sea%20of%20chemical%20weapons.pdf
- pour le télécharger en format compressé : http://www.ospar.org/v_publications/browse.asp?v3=53&lang=2
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