Le zen (japonais 禅, « méditation silencieuse »), chán (禪/禅) en mandarin ou dhyāna en sanskrit, est une forme de bouddhisme mahâyâna qui insiste particulièrement sur la méditation, ou « illumination intérieure ».
Le mot zen est la romanisation du mot japonais 禅, traduction du mandarin 禪 chán, lui-même emprunté au sanskrit dhyāna, recueillement parfait.
En français, le mot zen est aussi utilisé pour signifier un état de tranquillité, d'indifférence à l'agitation du monde ; c'est devenu dans le langage courant un adjectif synonyme de « serein ».
Histoire
Origines
La légende de l'origine de la tradition zen et de la lignée de ses maîtres remonte à un sermon du
Bouddha Shâkyamuni à ses disciples alors qu'ils étaient réunis sur le Mont des vautours, relaté dans le
Sūtra Lankavatara.
Pour tenter d'expliquer un point de son enseignement, il se contenta de cueillir silencieusement une fleur d'
udumbara. Aucun des disciples n'aurait compris le message qu'il tentait de faire passer, à l'exception de
Mahâkâshyapa, qui aurait souri au
Bouddha. Celui-ci lui aurait alors dit devant l'assemblée qu'il lui avait ainsi transmis son trésor spirituel le plus précieux. C'est une préfiguration de la description du
chan que l’on prêtera à Bodhidharma : « pas d’écrit, un enseignement différent
tous les autres, qui touche directement l’esprit pour révéler la vraie nature de bouddha » (« 不立文字、教外別傳, 直指人心,見性成佛 »).
Liste des patriarches du zen
Liste rapportée par la tradition des vingt-huit patriarches de l’école avant son arrivée en Chine :
Liste des sept premiers patriarches du chan chinois :
- Bodhidharma ( Damo 達摩, jap. Daruma だるま) 440?-428?
- Huike (慧可, jap. Daiso Eka) 487 – 593
- Sengcan (僧燦, jap. Konchi Sosan) ? – 606
- Daoxin 道信, jap. Dai'i Doshin) 580 – 651
- Hongren (弘忍, jap. Dai'man Konin) 601 – 674
- Huineng (慧能, jap. Daikan Eno) 638 – 713
- Shenhui (神會) 670? –760?
- Shenxiu (神秀) 607?-706 (école du Nord - évincé)
- Puji (普寂) 651-739 (école du Nord - évincé)
De l'Inde à la Chine
Bodhidharma, vingt-huitième patriarche dans la filiation indienne, serait venu en
Chine autour de
520. Les différents textes chinois qui le mentionnent ne s’accordent pas exactement sur son origine (
Kânchîpuram au sud de l’Inde ou
Perse), ni sur sa route (arrivé par l’Ouest ou par un port du Sud-Est). On lui prête un attachement particulier pour le
Sūtra Lankavatara, et la première école
chan constituée est connue sous le nom d'école
Lankâ (楞伽宗).
Une légende attestée à partir du au monastère de Shaolin en attribue la fondation à Bodhidharma, en faisant ainsi l’initiateur des arts martiaux d'Extrême-Orient. Néanmoins, bien qu’il existe au Kerala un type de yoga offrant une certaine similitude extérieure avec le kung-fu, des gymnastiques de type qigong semblent être mentionnées sur des textes chinois datant du , et les arts martiaux au mont Song ont précédé Bodhidharma, si tant est qu'il s'y rendît jamais.
Le chan en Chine
Voir l'article spécialisé :
chan
De la Chine à la Corée
Au , le bouddhisme zen, appelé
son en Corée, fut intégré au bouddhisme étatique déjà présent depuis le .
Le
son coréen pratique la prosternation, le chant, la méditation assise. Il utilise des
mantras et des
gong'an (
kōan japonais).
De la Corée au Japon
Du
VIe au , le bouddhisme zen fut importé de
Chine au
Japon via la Corée, par vagues successives. C'est au que le moine
Dogen 道元 importa le zen
Sōtō (曹洞, en
mandarin caodong), et le moine
Eisai (栄西, parfois appelé
Yōsai) le zen
Rinzai (臨済,
Linji en
mandarin). Ces deux écoles, comme en Chine à partir des
Song, constituent encore aujourd'hui avec l'école
obaku le paysage du zen japonais. C'est le zen Rinzai qui va cependant s'imposer, du moins politiquement dans un premier temps, avec la mise en place du système dit des Cinq Montagnes où cinq temples chapeautent tous les autres. En fait il y aura dix temples, cinq à
Kyōto et cinq à
Kamakura, qui varieront au fil du temps. Le courant zen et la pratique du
zazen (méditation assise pratiquée pour atteindre l'éveil) eurent beaucoup de succès au Japon et s'accompagnèrent du développement par les moines de plusieurs arts et techniques, soit directement importés de Chine, soit créés localement en intégrant des éléments du nord de la Chine et de la
Corée. On peut citer comme exemple l'usage du
thé ou l'esthétique simple et dépouillée. Le zen japonais est aussi fortement influencé par le
taoïsme, dont on retrouve certains symboles et notions.
Filiation chinoise (chan) des écoles japonaises :
Approche
On peut grossièrement dire que le zen Sōtō met l'accent sur la pratique de
zazen (de
za assis et
zen méditation), alors que le zen Rinzai insiste plus sur les
kōan,
apories à but pédagogique.
Zazen est l'éveil (satori) : la pratique elle-même est réalisation, pratique et éveil sont comme la paume et le dos d'une main. Il suffit de s’asseoir immobile et silencieux pour s’harmoniser avec l’illumination du Bouddha. Néanmoins, selon la logique zen, même l'éveil ne saurait être un but en soi.
Les kōan (école Rinzaï) sont des propositions le plus souvent absurdes ou paradoxales que pose le maître et que le disciple doit dissoudre (plutôt que résoudre) dans la vacuité du non-sens, et, par suite, noyer son moi dans une absence de tensions et de volonté, que l'on peut comparer à la surface parfaitement lisse d'un lac reflétant le monde comme un miroir.
Comme toutes les versions sinisées du bouddhisme, le zen appartient à l'ensemble mahâyâna qui affirme que chacun possède en soi ce qu'il faut pour atteindre l'illumination. Certaines écoles (tiantai, huayan) considèrent que chacun et toute chose est « nature de Bouddha ». La position zen, plus proche du courant philosophique idéaliste yogaçara, considère que la seule réalité de l'univers est celle de la conscience ; il n'y a donc rien d'autre à découvrir que la vraie nature de sa propre conscience.
Textes
Malgré la définition du
chan comme « sans écrit » (en
mandarin buliwenzi 不立文字) attribuée à Bodhidharma, des
sutras ont inspiré une partie de son enseignement ; certains maîtres ont laissé des écrits, des disciples ont rassemblé l'enseignement de leurs maîtres dans des recueils.
Parmi les sutras, on peut citer en premier lieu le Sūtra Lankavatara rattaché à l'école yogaçara, qui a grandement contribué à la philosophie idéaliste du zen, qui voit en la conscience l'unique réalité. La tradition en fait le texte de référence de Bodhidharma ; plus récemment, D.T. Suzuki l'a abondamment commenté. Les soutras de « perfection de la sagesse » que sont le Sūtra du Diamant et le Sūtra du Cœur sont également importants, ainsi que le Sūtra Shurangama particulièrement apprécié des courants syncrétistes, et le Samantamukha Parivarta, un chapitre du Sūtra du Lotus.
Parmi les textes écrits en Chine pendant les premiers siècles du chan, mentionnons le Sūtra de l’Estrade attribué à Huineng, sixième patriarche, ainsi que deux recueils de kōan, le Recueil de la falaise bleue (碧巖錄, en mandarin Biyan lu, en japonais Hekiganroku) composé au , et La Barrière sans porte, composé au début du .
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
Bibliographie
- Questions zen, Philip KAPLEAU, Seuil : Points Sagesses-Poche, 1992, 377 pages, ISBN 2020145960
- Zen, le torrent immobile, Jean-Paul BEAUDOUIN, préfacé par Bruce Harris Sôun, L'Harmattan : Points sur l'Asie, 2005, 140 pages, ISBN 2-7475-8215-9
- Invitation à la pratique du Zen, Albert LOW, Libre Expression, 1991, 134 pages, ISBN 2893570216
- La doctrine suprême selon la pensée Zen, Hubert BENOIT, Le courrier du Livre, 1995, 286 pages, ISBN 2-70290-329-0
Discussion IRC
- serveur : irc.efnet.org, canal : #zen (en anglais).
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