Les termes de cet article sont fréquemment amalgamés :
Une translittération est l'opération consistant à substituer à chaque graphèmes d'un système d'écriture un graphème ou un groupe de graphèmes d'un autre, et ce indépendamment de la prononciation. La translittération vise à être sans perte, de sorte qu'il devrait idéalement toujours être possible, en connaissant les règles de translittération, de reconstituer le texte original à partir de la translittération et inversement. Les deux systèmes d'écriture devraient donc être équipotents : une translittération ne peut être ambiguë et devrait être bijective. Pour atteindre cet objectif, le système de translittération définit souvent des conventions complexes pour traiter les graphèmes de l'écriture d'origine qui n'ont pas de correspondance dans l'écriture d'arrivée.
La translittération s'oppose en cela à la transcription, qui substitue à chaque phonèmes d'une langue un graphème ou un groupe de graphèmes d'un système d'écriture. La transcription vise également à être sans perte, de sorte qu'il devrait idéalement toujours être possible, en connaissant les règles de transcription, de reconstituer la prononciation originale à partir de la transcription et inversement. Pour les langues dont l'orthographe est phonétique ou quasi phonétique (comme par exemple l'espagnol ou le vietnamien), on peut donc considérer que l'écriture habituelle est une transcription de ces langues.
La frontière entre translittération et transcription s'efface cependant quand un système de translittération utilise comme point de départ un système d'écriture purement phonétique. Par exemple, le hanyu pinyin peut être simultanément considéré comme un système de transcription de la langue chinoise et comme un sytème de translittération du bopomofo. Dans la pratique, il existe aussi des systèmes qui combinent transcription et translittération, c'est-à-dire qu'elles translittèrent une partie de l'écriture d'origine et qu'elles transcrivent le reste selon la prononciation.
Une romanisation est soit un système de translittération d'une écriture non latine (comme le cyrillique, l'arabe, la devanâgarî, etc.), vers une écriture latine, soit la transcription dans une écriture latine d'une langue utilisant une écriture non latine. Certains de ces systèmes ont un statut de norme officielle nationale ou internationale (normes ISO).
Pour les langues utilisant des sytèmes d'écriture logographiques (ce qui implique un nombre de graphèmes très élevé, comme en chinois), l'utilisation d'une transcription est très utile dans l'apprentissage de l'écriture par les enfants (que cette transcription soit une romanisation, comme le hanyu pinyin utilisé en République populaire de Chine, ou non, comme le bopomofo utilisé à Taiwan).
Une transcription phonétique peut se faire au moyen de l'alphabet phonétique international. Elle vise à représenter les sons tels qu'ils sont émis. On note une telle transcription entre crochets droits. Par exemple, le mot français prêtre se transcrit *. Une autre transcription est celle dite phonologique, qui ne représente pas les sons émis mais les phonèmes d'une langue donnée. Elle est de compréhension plus facile pour les lecteurs de la langue donnée mais moins précise et l'on se sert pour elle de symboles variés plus ou moins proches de l'alphabet phonétique international, variant selon les auteurs, la langue notée, les époques (consulter Méthodes de transcription). Elle s'écrit entre barres obliques. Le même mot prêtre se transcrit phonologiquement //.
On peut donner un exemple simple de la différence entre translittération et transcription : soit le patronyme Горбачёв ; celui-ci devra être translittéré Gorbačëv selon la norme ISO 9 (équivalence un caractère unique ≡ un caractère unique : à tout č doit correspondre un ч et inversement), mais pourra être transcrit Gorbatchof, Gorbachof ou encore Gorbatschow, selon la langue du transcripteur (équivalence phonétique approximative en tenant compte des usages de la langue cible, ici respectivement le français, l'anglais et l'allemand).
Le grec moderne, cependant, est bien plus difficile à traiter. En effet, sa prononciation s'est modifiée en donnant naissance à nombre de phonèmes écrits de manières différentes ainsi qu'à des valeurs phonétiques de certaines lettres très éloignées de nos habitudes. L'une des modifications les plus « gênantes » est l'iotacisme, qui a fait se prononcer six graphèmes différents lesquels, en grec ancien, n'étaient pas confondus. De même, ε et αι se prononcent *. Ainsi, la translittération et la transcription seront parfois très éloignées (ce qui est l'indice d'une orthographe complexe : en effet, il n'est pas possible de noter directement, à l'écoute, un mot grec moderne sans en connaître la graphie).
Voici un exemple concret. Soit le vers suivant d'Odysseus Elytis :
Le problème se pose donc pour les noms propres actuels : faut-il choisir la transcription ou la translittération ? Par exemple, Γιάννης Αλευράς se translittère Giánnês Aleurás mais se transcrit Yánnis Alevrás, voire Yannis Alévras si l'on utilise l'accent aigu en suivant les conventions françaises. « Pire », Βασίλης Κοντογιαννόπουλος translittéré sera plus proche des habitudes françaises car son prénom, Βασίλης, vaudra Basílês, qui permet de reconnaître Basile, alors que la transcription, Vasílis, voire Vassilis, masque le lien avec Basile. Quant au patronyme, il peut être surprenant de constater qu'il se translittère Kontogiannópoulos et se transcrit Kondoyannópoulos (ou Kondoyannopoulos).
Par exemple, le patronyme Горбачёв est souvent, dans la presse écrite, rendu par Gorbatchev. Le ё russe, écrit normalement sans tréma (qui s’utilise surtout dans les ouvrages pédagogiques ; le patronyme Горбачёв est donc couramment écrit en cyrillique Горбачев), se prononce ici /jo/ (comme dans Yolande) et non /e/ et le в final /f/. Le rendre, en alphabet latin, par Gorbatchev, amène à le prononcer, de manière erronée, avec un /e/ et un /v/. Si l’on s’en tenait plus logiquement à une transcription, on éviterait ce genre d’erreurs, qui cumule les désavantages d’une transcription floue et d’une lecture fautive. Il s’agit là très souvent d’une translittération par imitation de l’allure générale du mot de départ, qui est confondue avec une transcription.
Le cas est très fréquent avec des alphabets latins modifiés, comme celui du polonais. Les caractères étendus absents des claviers courants sont simplement omis, sans que l’on adapte cependant l’orthographe pour qu’elle représente mieux la prononciation réelle. Ainsi, le nom du pape Jean-Paul II, (Karol) Wojtyła (avec un l barré, prononcé /w/) est simplement écrit Wojtyla, avec un l normal. Le locuteur français devrait donc prononcer cette fausse translittération /wɔʒti'la, v-/ mais la prononciation la plus fréquente, /vɔjti'la/, est un compromis finalement assez proche de la prononciation polonaise /'vɔjtɪwa/ auquel ne manque que la valeur réelle du ł (abstraction faite de la place de l’accent d’intensité, sur la 1 syllabe en polonais, et la valeur de /ɪ/, plus proche du /e/ que du /i/ français). Si une plus grande rigueur était observée dans ce domaine, on écrirait ce patronyme Voytéwa (par exemple) : en effet, Wojtyla est non seulement une orthographe fausse (le l devrait être barré) mais conduit en outre à écorcher le patronyme noté. "Lech Walesa" subit les mêmes outrages : son nom, écrit Lech Wałęsa en polonais, se prononce dans cette langue /'lɛx va'wɛ̃ŋsa/ (à noter qu’en polonais on a /x/ *, c’est-à-dire un approximant vélaire non sonore). Une translittération efficace proposerait par exemple Lekh Vawensa. Écrire Walesa et prononcer Valéza est donc doublement fautif. Dans de nombreuses langues, on n'hésite pas à modifier la graphie des noms étrangers pour qu'ils soient lus de manière plus correcte.
Les cas de notation floue de ce type sont malheureusement très courants. La tendance peut cependant s’inverser mais rester tout aussi néfaste : ainsi, les tenants d’une orthographe systématique des noms chinois en pinyin (méthode de romanisation du mandarin), faisant fi d’une vieille tradition en langue française pour certains mots, écrivent Beijing au lieu de Pékin, Guangdong pour Canton et Lao Zi pour Lao Tseu. Or, à moins de connaître déjà le pinyin, des lecteurs non avertis risqueraient de ne pas comprendre à quels mots ces orthographes font référence (et les induire à prononcer de manière erronée : Zi, dans Lao Zi, se prononce en effet presque tseu mais surtout pas dzi). De telles notations doivent donc être réservées aux ouvrages didactiques ou spécialisés.
En sorte, on ne peut que conseiller, quand on transcrit des mots étrangers, de le faire en connaissance de cause et en prenant garde au lectorat visé : le plus souvent, pour un large public, il conviendrait de rester le plus proche possible de la prononciation d’origine, quitte à s’éloigner de l’aspect du mot, tout en restant proche des habitudes de lecture propres à la langue cible et en conservant, le cas échéant, l’orthographe traditionnelle, même si elle est plus éloignée de cette prononciation.
Dans le milieu de l'interprétation auprès des personnes sourdes ou malentendantes, la translitération est l'opération qui consiste à reproduire le message sonore en message visible sur les lèvres pour le bénéfice des malentendants qui pratiquent la lecture labiale. L'expression "interprétation orale" est également utilisée pour désigner la translitération.
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