Le surnom "Tigre celtique" désigne la République d'Irlande pendant la période de forte croissance économique entre les années 90 et 2001-2002. À proprement parler, le terme est employé pour qualifier à la fois la période et le pays durant ce laps de temps.
L'expression Tigre celtique (celtic tiger en Anglais) a été employée pour la première fois par l'économiste et producteur David McWilliams en 1994. Le terme est une analogie aux tigres asiatiques, qui s'applique à la Corée du sud, à Singapour, Hong Kong, Taiwan et aux autres pays de de l'Asie du Sud-est pendant la période de croissance rapide des années 80 et 90 . Le Tigre celtique ou l' économie du Tigre celtique est aussi régulièrement appelée The Boom ou le miracle économique irlandais. Parfois le terme Tigre Celtique s'applique au sujet des prouesses économiques du pays.
(Sources essentielles (en anglais) Dr. Dermot McAleese report on Causes,Markets Created a Pot of Gold in Ireland by Benjamin Powell,The Economist Magazine Report 14th Oct 2004)
Pour expliquer le phénomène du tigre celtique, les raisons suivantes ont été avancées :
Beaucoup d'économistes attribuent la croissance irlandaise au faible taux d'impôt sur les sociétés (entre 10 et 12,5 % à la fin des années 1990) et aux subventions, appelées "paiements de transfert", reçues des pays de l'UE plus développés tels que la France et l'Allemagne et qui représentèrent jusqu'à 7 % du PNB*. Ces aides ont financé des investissements dans le système éducatif (par ex. l'inscription universitaire était gratuite) et les infrastructures physiques. Le tout a amélioré la capacité de production de l'économie irlandaise et l'a rendue plus attirante pour des entreprises de haute technologie. Une hypothèse plus critique postule que la croissance irlandaise est due au fait que l'économie de ce pays a été si longtemps à la traîne du reste de l'Europe de l'Ouest qu'elle est devenue l'une des rares sources occidentales où les entreprises pouvaient s'approvisionner largement en main d'œuvre peu coûteuse. Parallèlement, l'appartenance de l'Irlande à l'Union européenne depuis 1973 lui a facilité l'accès à l'énorme marché européen, en plus des subventions reçues, alors qu'auparavant le commerce irlandais était tourné essentiellement vers le marché du Royaume-Uni.
La dotation de subventions et l'investissement en capital par des organismes tels que IDA Ireland, ont attiré avec succès en Irlande une grande variété de companies de haut profile (comme Dell, Intel, Microsoft et Gateway) durant les années 90. Ces sociétés furent attirées en Irlande grâce à l'appartenance de l'Irlande à l'Union européenne, aux salaires relativement bas, aux subventions gouvernementales et aux faibles taxes. De plus, l'Irlande avait une force de travail jeune, anglophone et bien éduquée Ceci permit aux employés irlandais de communiquer facilement et efficacement avec les Americains, un facteur majeur dans le choix de l'Irlande pour les quartiers généraux européens de ces sociétés, contrairement aux autres pays de l'UE où les salaires sont également bas comme le Portugal ou l'Espagne. Un autre facteur majeur rendant les employés irlandais plus attractifs du point de vue des multinationales était l'augmentation massive de la productivité en Irlande entre 1994 et 2003 - avec une croissance d'environ 4% par an *. Alors que les salaires augmentaient dans la dernière partie des années 90, le coût global d'un employé irlandait restait bas grâce aux très faibles taxes (tax wedge) (moins de 5%). A titre d'exemple, celles-ci sont au dessus de 40% en Suède et de 30% en Allemagne (source: The Economist 21/3/05).
Un décalage horaire favorable a permis aux employés Irlandais de travailler aux heures exactes durant lequelles les travailleurs américains dormaient. Ceci fut particulièrement attractif pour les compagnies ayant d'importants services juridiques et financiers; un avocat irlandais pouvant travailler sur une affaire pendant que son équivalent américain dormait. Peu d'interventions gouvernementales dans les affaires économiques par rapport aux autres membres de l'Union Européenne et particulièrement aux pays d'Europe de l'Est ont assuré aux entreprises américaines un environnement stable. La stabilité croissante en Irlande du Nord obtenue grâce aux Accords de Belfast a accru l'image de stabilité de l'Irlande du point de vue économique. La construction du International Financial Services Centre à Dublin a conduit à la création de 14000 emplois à forte valeur ajoutée dans les secteurs de la gestion légale et financière.
Charlie McCreevy, ministre des finances entre 1997 et 2004 poursuivit la politique de faibles taxes et réduisit nettement la dette publique Finance Magazine [http://www.accountingnet.ie/content/publish/article_749.shtml" target="_blank" >*. En 2004 Charlie McCreevy laissa son poste de ministre des finances irlandais pour travailler à la Commission européenne.
En dépit du succès économique de l'Irlande pendant la période du Tigre Celtique, le gouvernement reçoit une lourde critique à propos de la pauvreté et la négligence de certaines responsabilités gouvernementales. Cela inclut :
Cependant, le ralentissement ne fut pas une récession, ce fut plutôt un taux moins élevé dans l'expansion de l'économie irlandaise. Des signes de reprise sont devenus évidents vers la fin 2003 lorsque le niveau des investissements américains a augmenté à nouveau.
Dans le même temps, le monde entier a ressenti un ralentissement économique. Les États-Unis d’Amérique affichaient une croissance de 0,3% en avril, mai et juin 2002, par rapport à la situation de l'année passée au cours de la même période. Alors qu'en Europe, l'économie s'améliorait difficilement tout au long de l'année 2002, plusieurs gouvernements (notamment l'Allemagne et la France) tentaient de combler des déficits publics de plus importants, dépassant largement les termes du Pacte de Stabilité et de Croissance adopté par la CEE.
Les raisons de la reprise importante de l'économie irlandaise sont un sujet épineux en Irlande. Le débat est actuellement ouvert dans le pays - les sceptiques disent que la croissance récente est simplement due à une importante augmentation de la valeur immobilière qui "rattrape" ainsi la croissance du secteur de l'emploi dans la construction, tant dis que d'autres personnes pensent qu'il y a de nombreux autres facteurs en jeu dans l'explication de cette reprise. Ces facteurs incluent :
Une autre menace possible pour l'Irlande réside dans sa sur-dépendance vis-à-vis du pétrole étranger. Pendant de nombreuses années, l'Irlande a maîtrisé sa dépendance vis-à-vis des sources d'énergie étrangères en développant ses tourbières, en construisant un barrage sur la rivière Shannon et en développant des plateformes off-shore. Toutefois, à l'heure actuelle, toutes les ressources hydro-électriques ont été exploitées, le gaz est utilisé au maximum et les tourbières n'ont plus guère d'avenir économique. Tout cela amene une demande sans cesse croissante de pétrole. La solution sera peut-être de developper l'énorme potentiel de l'énergie éolienne et dans une moindre moindre mesure l'énergie des vagues. La plus grande ferme éolienne au monde est actuellement en construction sur la côte est de l'Irlande près de Arklow et de nombreux emplacements isolés dans l'ouest du pays montrent un potentiel réel pour l'implantation de ce type de fermes. Un rapport du Sustainable Energy Ireland révele que si son exploitation est correctement développée, l'Irlande pourrait un jour exporter l'excédent de son énergie éolienne. Alors qu'à l'heure actuelle, elle ne fournit que 5% de l'électricité irlandaise.
Comme tout pays à la croissance si rapide, les ressources et les bénéfices ne sont pas répartis de façon égale au sein de la population - les recettes sont distribuées en majorité autour de la côte est près de Dublin. Le défi consiste donc à partager cette aisance économique sur tout le territoire, jusqu'au Connemara et au Donegal *. Le gouvernement a adopté, à cet effet, trois mesures :
Tout comme dans de nombreuses grandes villes, certains quartiers, particulièrement à Dublin, sont encore la proie de la criminalité et de la pauvreté relative. La banlieue de Ballymun et le centre de Fatima Mansions en sont des exemples. La drogue et la criminalité restent de gros problèmes dans ces zones. Le gouvernement a mandaté Ballymun Regeneration Ltd. pour redonner vie aux quartiers de Ballymun et procurer de nouveaux logements aux habitants. Ils ont entamé la démolition des Ballymun flats en 2004.
Un des économistes les plus distingués d'Irlande, le professeur Dermot McAleese, pense que l'émergence des démocrates progressistes en 1985 pourrait avoir eu une influence plus positive sur l'économie que certains semblent vouloir l'admettre. Il clame que l'économie pro-affaires et de faibles taxes que l'Irlande connait aujourd'hui est basée en grande partie sur les politiques des démocrates progressistes. "Ils ont prouvé qu'il y avait une circonscription pour ceci, et ils lui ont donné le pouvoir intellectuel" (The Irish Times, 31 décembre 2004). En 1989, les démocrates progressistes sont entrés au gouvernement pour la première fois en coalition avec le Fianna Fáil. Ils ont commencé à mettre en oeuvre ce qui était vu comme un agenda économique radical, réduisant le taux de la TVA, les impots sur le revenu (income tax) et, surtout - et ce qui a alimenté le Tigre Celtique - , la taxe sur les entreprises (corporation tax). Ces politiques controversées furent si couronnées de succès qu'elle furent maintenues et élargies par les gouvernements successifs.
Les élections de 1992 ont vu les partis minoritaires progresser aux dépens des partis du centre. Fianna Fáil a perdu 9 sièges et Fine Gael en a abandonné 10. Par contre, le Labour (parti travailliste irlandais) a gagné 18 sièges (ce qui a augmenté leur représentation au Dáil de 54%), et les Progressive Democrats (démocrates progressistes) ont gagné 4 sièges (soit 67% d'augmentation de leur représentation au Dáil). Un gouvernement de coalition Fianna Fáil-Labour fut formé, mais il n'a guère survécu longtemps. En 1994, il fut remplacé par une coalition Fine Gael-Labour-Democratic Left.
Aux élections de 1997,la Coalition Arc-en-ciel du Centre Gauche rivalisa avec la Coalition du Centre Droit Fianna Fail /Démocrates Progressistes. Toutes deux firent miroiter des réductions d'impôts sur le revenu. Le résultat fut à l'opposé des éléctions de 1992. Les partis du centre gagnèrent des sièges aux dépens du Labour et des Démocrates Progressistes. La Coalition Fianna Fail/Démocrates Progressistes forma un gouvernement avec le soutien des TD indépendants.
Le Tigre Celtique était alors en plein essor, ce qui permit au gouvernement de réduire les tranches d'impôts à deux: 20% et 42%. L'impôt sur les sociétés fut fixé à 12,5% pour toutes les sociétés et l'impôt sur les bénéfices fut réduit de moitié. Ces mesures relancèrent l'activité économique. Malgré la réduction des taux d'imposition, davantage d'argent entra dans les caisses de l'Etat. Les excédents budgétaires engendrés permirent des dépenses publiques jamais atteintes dans les domaines de la santé, l'éducation, l'aide sociale et les infrastructures. Cependant, l'opinion publique reste perplexe sur les résultats de cette augmentation de la dépense publique.
Aux élections de 2002, le gouvernement sortant Fianna Fail/Démocrates Progressistes fut réélu. Le Fianna seul eut presque la majorité absolue alors que les Démocrates Progressistes passèrent de 4 à 8 sièges. Le Labour resta stable et le Sinn Féin obtint leurs premiers succès dans une élection générale depuis la fondation de l'état. Le Green Party tripla ses sièges de 2 à 6, la classe moyenne plus nombreuse étant sensibilisée par les questions d'environnement et de pauvreté.
Sous Bertie Ahern, le Fianna Fail est dans une position incertaine. Les questions de qualité de vie, du trafic routier, des inégalités, de l'environnement et la colère engendrée par un service de santé défaillant ont sapé la popularité de la croissance économique, comme le montrent les piètres résultats du Fianna Fail aux Elections Européennes 2004 et aux élections locales. Ils passèrent sous la barre des 30 %, leur plus mauvais résultat depuis 1927, en raison d'un sursaut du Labour et du Parti vert et d'une déperdition des voix républicaines vers le Sinn Fein. En conséquence, en fin 2004, Ahern entama un réalignement vers la gauche socialiste irlandaise.
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