La théorie des modèles est une théorie de la vérité mathématique. Elle consiste essentiellement à dire qu’une théorie est mathématiquement valide si on peut définir un univers dans laquelle elle est vraie.
Mais ses racines sont beaucoup plus lointaines. Un premier modèle délibérément créé apparaît avec la naissance des géométries non euclidiennes. D'abord purement déductives, ces géométries ont peu à peu été acceptées à partir du moment où l'on a pu en donner des modèles, c'est-à-dire des supports géométriques avec des interprétations spécifiques pour désigner les droites. Poincaré par exemple donne un modèle du plan hyperbolique à partir d'un demi-plan du plan complexe.
Un modèle sert donc d'abord de structure pour valider une théorie.
On dira qu'une théorie est non contradictoire s'il existe un modèle dans lequel elle est vraie. On dira qu'elle est consistante si elle ne permet pas de prouver à la fois une formule et sa négation. Il n'est pas toujours facile ou possible de montrer qu'une théorie est consistante. Il est parfois plus facile de montrer qu'elle est non contradictoire, puisqu'il suffit pour cela de mettre en évidence un modèle. Le Théorème de complétude de Gödel peut être considéré comme le théorème fondamental de la théorie des modèles. Il établit une équivalence entre les deux notions de non-contradiction et de consistance, et permet de montrer qu'une formule est vraie dans tout modèle si et seulement si elle est prouvable dans un système de déduction adéquat. Il clôt des recherches qui remontent au théorème de Löwenheim (1915) et qui s’inspirent d’une approche hilbertienne de la vérité mathématique. Un modèle donne donc la certitude de travailler sur une théorie qui ne débouchera pas sur une contradiction. Ainsi, la théorie des groupes possèdent des modèles (les groupes eux-mêmes). Par contre on ignore si la théorie des ensembles de Zermelo-Fraenkel en possède un, la difficulté étant qu'un modèle est un ensemble...
La complexité d'une formule est mesurée par le nombre maximal d’opérateurs emboîtés. Par exemple dans , le ou et le non sont emboîtés l’un dans l’autre. Mais le non et le et ne le sont pas. Cette proposition est de complexité 2 parce qu’elle a au maximum deux opérateurs emboîtés.
Les formules de complexité 0 sont les formules atomiques. C'est le modèle choisi qui définit leur valeur de vérité.
Supposons que la vérité et la fausseté de toutes les formules de complexité ait été définie. Montrons comment définir la vérité et la fausseté des formules de complexité . Soit une formule de complexité , obtenue à partir de la formule ou des formules et de complexité ou inférieure, au moyen d'un connecteur logique. La vérité ou la fausseté de et est donc déjà définie.
a) : Si est vrai alors est faux, par définition de la négation. Si est faux alors est vrai, pour la même raison.
b) : Si et sont tous les deux vrais alors aussi, mais est faux dans tous les autres cas.
c) : Si et sont tous les deux faux alors aussi, mais est vrai dans tous les autres cas.
d) : Si est vrai et est faux alors est faux, mais est vrai dans tous les autres cas.
Une formule vraie dans tout modèle s'appelle une tautologie. Si la formule possède variables propositionnelles atomiques, il suffit en fait de vérifier la vérité de la formule dans les modèles possibles donnant les diverses valeurs de vérité aux propositions atomiques. Le nombre de modèles étant fini, il en résulte que le calcul des propositions est décidable : il existe un algorithme permettant de décider si une formule est une tautologie ou non.
Par ailleurs, le théorème de complétude du calcul des propositions établit l'équivalence entre être une tautologie et être prouvable dans un système de déduction adéquat.
Montrons que (loi de Peirce) est une tautologie, en utilisant la règle d). Si est vraie, alors étant de la forme est vraie. Si est faux, alors est vrai, est faux, et est vrai.
Étant vrai dans tout modèle, est une tautologie. Elle est donc également prouvable au moyen de systèmes de déduction, par exemple la déduction naturelle.
Par contre, n'est pas prouvable. En effet, dans un modèle où est faux, est également faux.
Une formule est atomique lorsqu’elle ne contient pas d’opérateurs logiques (négation, conjonction, existentiation, ...). Atomique ne veut pas dire ici qu’une formule ne contient qu’un seul symbole mais seulement qu’elle contient un seul symbole de prédicat fondamental. Les autres noms qu’elle contient sont des noms d’objet et ils peuvent être très complexes. Qu’une formule est atomique veut dire qu’elle ne contient pas de sous-formule. Il s’agit d’une atomicité logique.
L’ensemble U, ou l’interprétation dont il fait partie, est un modèle d’une théorie lorsque tous les axiomes de cette théorie sont vrais relativement à cette interprétation.
L'usage du mot, modèle, est parfois multiple. Tantôt il désigne l'ensemble U, tantôt l'ensemble des formules atomiques vraies, tantôt l'interprétation. Souvent, quand on dit un modèle d'une théorie, on suppose automatiquement qu'elle y est vraie. Mais on dit aussi qu'une théorie est fausse dans un modèle.
On reprend les règles définies dans le paragraphe relatif aux modèles du calcul propositionnel, et on définit les deux règles supplémentaires, relatives au quantificateur universel et existentiel.
e) : Si l'une des formules obtenues en substituant un élément de U à toutes les occurrences libres de dans l'interprétation de est fausse alors est fausse, sinon, si n'a pas d'autres variables libres que , est vraie.
f) : Si l'une des formules obtenues en substituant un élément de U à toutes les occurrences libres de dans l'interprétation de est vraie alors est vraie, sinon, si n'a pas d'autre variables libres que , est fausse.
e) et f) permettent de définir la vérité et la fausseté de toutes les formules closes, c’est-à-dire sans variables libres.
La vérité et la fausseté de toutes les formules complexes, sans variables libres, de la logique du premier ordre, peut donc être déterminée dans un modèle donné.
Une formule vraie dans tout modèle s'appelle loi logique ou théorème. Comme pour le calcul propositionnel, le théorème de complétude de Gödel énonce l'équivalence entre loi logique et formule prouvable dans un système de déduction adéquat. Ce résultat est remarquable, compte tenu du fait que, contrairement au calcul des propositions, le nombre de modèles pouvant être envisagé est en général infini. D'ailleurs, contrairement au calcul des propositions, le calcul des prédicats n'est pas décidable.
La formule est une loi logique. En effet, considérons un modèle U non vide. Il y a alors deux possibilités.
Par contre, la formule n'est pas prouvable. Il suffit de prendre comme modèle un ensemble U à deux éléments a et b, à poser P et Q(a) vraies, et Q(b) faux. est faux dans U, alors que est vraie (avec x = a). Il en résulte que est fausse dans U. La formule étant falsifiable n'est pas un théorème.
Ces modèles permettent par exemple de répondre aux questions suivantes. Soit une formule close dans un langage donné :
C'est ainsi qu'on peut prouver que :
En ce qui concerne les systèmes d'axiomes, les modèles interviennent également pour montrer l'indépendance des axiomes entre eux, ou établir la consistance d'un système axiomatique en s'appuyant sur la consistance d'un autre système. Donnons quelques exemples.
En géométrie, le Vème postulat d'Euclide est indépendant des autres axiomes de la géométrie. En effet, d'une part, le plan de la géométrie euclidienne est un modèle dans lequel ce postulat est vrai. D'autre part, le demi-plan de Poincaré est un modèle de la géométrie hyperbolique dans lequel ce postulat est faux. Dans ce modèle, l'univers (le plan hyperbolique) est constitué des points du demi-plan euclidien ouvert supérieur . Les droites du plan hyperbolique sont les ensembles d'équation ou .
Dans cet univers, si on se donne une droite et un point extérieur à cette droite, il existe une infinité de droites passant par le point et non sécantes à la première droite.
Dans cet exemple, on voit qu'on peut définir les objets d'un nouveau modèle (droites du plan hyperbolique) en se servant d'autres objets d'un autre modèle (demi-droites et demi-cercles du demi-plan euclidien). Si on suppose la consistance du modèle euclidien, alors on a établi la consistance du modèle hyperbolique.
Cette utilisation de modèle pour montrer la consistance relative d'un autre modèle est très fréquente. Considérons par exemple la théorie axiomatique des ensembles, notée ZF. Considérons par ailleurs ZF auquel on ajoute l'axiome du choix, notée ZFC. On peut montrer que si ZF est consistante, alors ZFC aussi. On est en effet capable de définir une fonction F définie sur les ordinaux qui à tout ordinal associe un ensemble , et la classe de façon que :
Toujours dans la théorie des ensembles, si on pose et pour tout entier , (ensemble des parties de ), alors la réunion des pour tout entier définit un modèle qui vérifie tous les axiomes de ZF sauf l'axiome de l'infini. Ceci prouve que ce dernier axiome ne peut être prouvé à partir des autres axiomes.
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