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Terre Pure ou Amidisme désigne l'une des formes de bouddhisme mahayana les plus pratiquées en Chine (jingtu 淨土), au Japon (jodo 淨土) et au Viêtnam (Tịnh Độ), dont la déité centrale est le bouddha Amitabha ("lumière infinie" en sanskrit). Il est essentiellement basé sur la foi, la dévotion et la pratique des récitations, avec pour objectif d’accéder après la mort à la terre de bouddha (buddhakshetra) d’Amitabha, sorte de paradis nommé en sanscrit Sukhavati "Bienheureuse" (chin. Jile ; jap. Gokuraku 極樂), parfois appelé paradis occidental.

En dehors même des écoles Terre Pure, les Soutras de la vie infinie, le Soutra de méditation, Amitabha et son paradis ont influencé l’ensemble du bouddhisme extrême-oriental.

Origine

La première mention d’Amitabha dans le canon se trouve dans le Pratyutpanna-samadhi-sûtra écrit probablement au au Gandhara. Traduit par le moine kouchanais Lokaksema en 179 à Loyang, alors capitale de l'empire Han, il serait à l’origine de la diffusion de la Terre Pure en Chine, région où cette doctrine a pris son essor. Amitabha est inconnu du bouddhisme des premiers temps. La première mention archéologique le concernant est une dédicace sur un piédestal de statue découvert près de Mathura dans l'état d’Uttar Pradesh. Elle est datée du , 28 année du règne de Huvishka, souverain de l'Empire kouchan. On a proposé une influence persane pour expliquer l’apparition d’Amitabha parmi les bouddhas et l’importance donnée à son champ de bouddha, mais sans aucune conclusion probante.

La Terre Pure en Chine

Inspiré par le Pratyutpanna-samadhi-sûtra, le moine Huiyuan (慧遠 334-416) fonda en 402 avec ses compagnons au monastère de Donglin (東林寺) sur le mont Lu (廬山) un groupe de récitation, la Société du lotus blanc (bailianshe 白蓮社), considérée comme la première école Terre Pure chinoise. Son souvenir inspirera sous les Song du Sud le fondateur d'une école de nom similaire mais de nature assez différente, l'École du lotus blanc.

Le Pratyutpanna-samadhi-sûtra, Soutra de la méditation qui permet de contempler tous les bouddhas (般若三昧經) a également inspiré Zhiyi (智顗 538-597), fondateur de l’école Tiantai.

Le second patriarche fut Tanluan (曇鸞 476-542), du monastère Xuanzhong (玄中寺) au Shanxi. Ses adeptes étaient nombreux, et la suite de sa tradition se poursuivit avec les moines Daochuo (道綽 562-645) et Shandao (善導 613-681) de la dynastie Tang. Ils mirent en forme la doctrine de l’école, qui s'appuiera jusqu'au Japon sur quatre textes, trois soutras groupés en un Sūtra Triparti de la Terre Pure (淨土三經) et un traîté :

  • Grand Sukhavati-vyuha Sūtra, ou grand Soutra de Vie-Infinie (佛說無量壽經) ;
  • Petit Sukhavati-vyuha Sūtra, ou petit Soutra de Vie-Infinie, encore appelé Sūtra d'Amita (佛說阿彌陀經) ;
  • Sūtra Amitayurdyhana ou Soutra des contemplations (佛說觀無量壽經) ;
  • Le traîté de Vasubandhu sur le Sukhavati-vyuha Sūtra.
Durant l'ère Xianfeng de la dynastie Qing, le moine Weiyuan (魏源) y ajouta le Vœu de Samantabhadra du Sūtra Avatamsaka. Au début de la République de Chine, Yinguang (印光) joignit à l'ensemble la Récitation de Mahasthamaprapta du Sūtra Shurangama. Pour les écoles chinoises qui acceptent cette tradition, les textes de la Terre Pure consistent donc en cinq soutras et un traîté.

Terre Pure et Chan n’ont jamais hésité à emprunter l’un à l’autre. Ainsi, le moine Chan Hung-Jen (601-674) considérait la récitation comme un bon exercice de préparation pour les débutants. Cimin Huiri (慈愍慧日 680-748), qui vécut 12 ans au Gandhara, est à l'origine d'un courant Terre Pure intégrant beaucoup de Chan et de tradition monastique. Des bouddhistes de tous les courants se sont intéressés à Jingtu et ont commenté sa doctrine. L'école s'est d'ailleurs plus développée par le biais de "transfuges" syncrétistes que de lignées strictement structurées.

Tous deux centrés sur la pratique plus que sur la spéculation philosophique, pouvant se passer de grandes structures monastiques, Terre Pure et Chan ont tenu bon lors des persécutions de la dynastie Zhou et de 845, ainsi que sous le règne des empereurs mongols où le bouddhisme tantrique avait l'exclusivité de la faveur officielle. A partir de cette dynastie, le paysage bouddhiste chinois sera composé presque exclusivement des trois courants Terre Pure, Chan et tantrique, les deux premiers étant les plus répandus.

De manière générale, un certain degré de syncrétisme est toujours resté la norme dans le monde chinois. L’union des deux pratiques (jingchanyizhi 淨禪一致) y est quelquefois promue comme une version de la dualité compassion (Terre Pure) et concentration (Chan).

La Terre Pure au Japon

Honen01.JPG La doctrine de la Terre Pure (Jôdo-kyô 淨土教) pénétra au Japon dès l’époque de Nara () avec l’école Tendai. Jusqu’à la fin du , elle se répandit tout d’abord surtout dans l’aristocratie. L’un de ses plus célèbres promoteurs fut Genshin (源信 942-1017), tenant d’une vision millénariste qui voyait en Amida (Amitabha) le seul secours dans un monde promis à la destruction. Peu à peu, de nombreux courants intégrèrent des éléments Jôdo, dont les yamabushis, Kegon et particulièrement Shingon sous l’impulsion de Kakuban (覚鑁 1094-1143) qui tenta une synthèse d’Amitabha et de Vairocana. La forme courroucée de ce dernier, Fudo Myoo, fut dotée du pouvoir de favoriser l’entrée au paradis Gokuraku et incluse dans les peintures raigo, représentations d’Amida avec ses acolytes.

La première école Terre Pure individualisée, Jôdo-shû (淨土宗), fut fondée par le moine Honen Shonin (法然上人 1133-1212), ancien moine du mont Hiei (比叡山) déçu par les enseignements du Tendai. Inspiré par Shandao, il centra la pratique sur l’invocation de la formule 南無阿弥陀仏 (Namu Amida Butsu), dite 念仏 (nenbutsu), suffisante pour accéder à la terre pure "Bonheur Suprême" 極楽 (Gokuraku).

Shinran Shonin (親鸞聖人 1173-1263), son disciple, insista pour sa part sur l’importance de la foi en Amida, seule apte à sauver, la récitation n’étant plus qu’une expression de gratitude. Ses disciples fondèrent après sa mort l'école Jôdo-Shinshû (淨土眞宗). L’orientation prise par ces deux premières écoles écarta nettement le Jodo du Zen.

À l’ère Edo apparurent deux nouvelles écoles, Yuzu-nembutsu-shu (融通念仏宗) se réclamant du moine Tendai Ryonin (良忍 1072-1152) et Ji-shu (時宗) se réclamant d’Ippen (Ippen (一遍 1239-1289).

L’école Obaku (黃檗) fondée par Ingen-Ryuki (隱元隆琦 1592-1673), moine Chan ayant fui la Chine à l’arrivée des Mandchous, a conservé jusqu’à aujourdhui la tradition chinoise d’union des pratiques Zen et Jodo.

Doctrine et pratiques

Amitabha s'insère dans la succession historique de différents bouddhas, chacun exerçant son influence sur une ère, la nôtre étant celle du bouddha Shakyamuni. Encore bodhisattva, ils pratiquent le dharma auprès du bouddha dont ils prendront la succession. Ainsi le bouddha Shakyamuni fut l'élève de Dipamkara et sera à son tour le maître de Maitreya, le bouddha à venir. C’est ainsi que le bodhisattva Dharmakara étudia auprès de Lokesvararaja et devint Amitabha.

Selon le Soutra de Vie-Infinie, alors qu’il étudiait encore le dharma, Amitabha avait fait 48 vœux décrivant son futur monde, dont quatre (Nos 18, 19, 20 et 22) contiennent l’essentiel de la promesse faite aux fidèles : si ceux-ci font au moins dix fois dans leur vie le vœu de renaître dans sa terre pure située à l'ouest, et s’efforcent de garder le bouddha en esprit, particulièrement à l’instant de leur mort, il leur apparaitra et ils accèderont dans son royaume; ils pourront y poursuivre l’étude du dharma sous sa direction, devenant bodhisattvas, puis bouddhas.

Il existe des variantes théologiques entre les différentes branches de la Terre Pure, mais beaucoup recommandent ces cinq pratiques :

  • Vénération et incantations : considérées comme seules indispensables par beaucoup d'écoles japonaises, elles constituent dans les mouvements chinois seulement une partie de la pratique, exercice personnel autant qu'incantation magique.
  • Visualisation : il existe seize formes du bouddha décrites dans le Sutra de contemplation.
  • Lecture et récitation des sutras : elles constituent une ascèse qui permet de garder le bouddha présent à l’esprit. De plus, les noms des déités contenus à l’intérieur exercent leur effet intangible lorsqu’ils sont prononcés.
  • Vœux pour la renaissance dans la terre d’Amitabha : ils doivent être exprimés avec foi.
  • Acquisition de mérites par la pratique de la compassion et la poursuite de la sagesse

Foi en l'efficace des voeux d'Amitabha, désir d’entrer dans son paradis et pratique sont les trois piliers de la Terre Pure.

Voir aussi

Articles connexes
Bibliographie

  • Ducor, Jérôme : Les sources de la Sukhâvatî; Journal of the International Association of Buddhist Studies, 27-2 (2004), p. 357-410.
  • Ducor, Jérôme : Le Sûtra d'Amida prêché par le Buddha, traduction du chinois en parallèle avec le sanskrit et le tibétain. Société Suisse-Asie, Monographies, vol. 29; Bern, Peter Lang, 1998 (ISBN 3-906759-50-4).
  • Eracle, Jean : La doctrine bouddhique de la Terre Pure, introduction à trois Sûtra bouddhiques Coll. "Mystiques et Religions"; Paris, Dervy-Livres, 1973.
  • Eracle, Jean : Trois Soutras et un Traité sur la Terre Pure; Genève, Éditions Aquarius,1984.

Site externe

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