La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou informel, d'une histoire à prétention de vérité et de révélation. Le terme recouvre donc des réalités très diverses:
Le concept a pour origine les recherches de psychologie judiciaire entreprises à partir de 1902 par l'Allemand Louis William Stern, qui, le premier, a exposé le "protocole expérimental" de la rumeur. Celui-ci est devenu depuis lors l'un des exemples les plus classiques de la psychologie sociale (et des colonies de vacances, grâce à son côté ludique): il s'agit de créer une "chaîne de sujets", qui se passent une histoire de bouche à oreille, sans droit à la répétition ou l'explication; on compare à la fin l'histoire racontée par le premier sujet et celle racontée par le dernier; naturellement, l'histoire est au mieux tronquée, au pire déformée.
Stern ne poursuivra pas ses recherches plus avant, mais il verra passer dans son laboratoire un jeune étudiant américain, Gordon Allport, qui reprendra les recherches à partir de 1945 et en fera un immense succès de librairie. Le concept parviendra enfin en France à la fin des années 1950, par le truchement d'un cours en Sorbonne donné par Guy Durandin.
Cette rumeur est un cas d'école, par sa durée, son extension, ses dégâts, et par sa fin : si aucun démenti, même officiel (signalant par exemple qu'aucune disparition suspecte n'a été répertorié dans les environs par les services de police), n'a jamais réussi à y mettre fin, la rumeur cessa d'intéresser les médias lorsque qu'elle prit un tour de canular (les clientes disparues étaient prises en charge par un sous-marin remontant la Loire...). Elle continue néanmoins à se raconter, sous des formes diverses, depuis lors.
La présence d'araignée dans des yuccas est évoquée pour la première fois en Scandinavie et en Grande-Bretagne au début des années 1970. En France, l'histoire fait surface dans un journal lyonnais en 1986. Chaque fois, le récit est presque identique : l'arrosage du yucca provoque un bruissement des feuilles sans cesse plus fort, jusqu'au moment où des araignées émergent de la plante, les pompiers sont alors appelés pour détruire ces animaux.
Cette rumeur est bien sûr infondée : les araignées ne pondent pas dans les arbres ou la végétation, de toute façon les araignées qui sortent de ces œufs sont tellement petites qu'elles n'attireraient en rien l'attention de quiconque. Au plus fort de la rumeur, en 1986, l'importation des yuccas a baissé de près de deux tiers (Reumaux, 1996).
La presse nationale avait fini par s'intéresser à cette rumeur et à s'en faire l'écho, non pour la colporter mais, au contraire, pour la démystifier et l'analyser. Un sociologue avait très justement noté le caractère récurrent de certaines rumeurs stéréotypées, réapparaissant toutes les trois ou quatre décennies, sous une nouvelle forme : ainsi la rumeur de la "migale dans le yucca" n'était qu'un nouvel avatar d'une ancienne rumeur selon laquelle on avait trouvé un serpent dissimulé dans un régime de bananes. On notera la similitude : vieille peur irrationnelle des végétaux exotiques importés.