La Roche de Solutré, escarpement calcaire surplombant la commune de Solutré-Pouilly, 10 km à l'ouest de Mâcon, est un site emblématique de Saône-et-Loire, au sud de la région Bourgogne. Protégée au titre de la loi sur les sites classés et aujourd’hui au cœur d'une Opération Grand Site, elle est située sur la commune de Solutré-Pouilly. Elle tire sa célébrité de plusieurs points d’intérêt : phénomène géologique rare dans cette région, site préhistorique éponyme, elle abrite sur son sommet un milieu spécifique (les pelouses calcicoles du mâconnais) à la faune et la flore particulière. Occupée par l’homme depuis 70000 à 35000 ans, il s’agit en outre du berceau du Pouilly-Fuissé, vin blanc renommé. Elle fût médiatisée à partir des années 1980 par l’ascension rituelle du président François Mitterrand.
Au Tertiaire, l'est de la bourgogne subit le contre-coup du soulèvement alpin : tandis que les Alpes s'élèvent, le bassin de la saône s'effondre. Dans le même temps, des plateaux s'élevent à l'ouest de cette plaine, puis basculent vers l'est.
Des terrains de nature différente ayant été mis côte à côte par ces mouvements, les différentes érosions font leur œuvre. Les profils des monts environnants s'arrondissent, tandis que se dégagent les falaises de Solutré et de Vergisson, côté ouest, qui contrastent avec les douces pentes de leur flanc est.
À l'Est, s'étend la plaine de la Saône, où l'on distingue au premier plan le mâconnais, plus loin, l'Ain et la Dombes, enfin les Alpes et le Mont Blanc en fond de toile, lorsque les conditions climatiques sont adéquates.
Sur les trois autres directions, le paysage, moins ouvert et délimité par les lignes de crètes des monts environnants, déroule vignes, villages et hameaux typiquement mâconnais, avec en particulier :
Le gisement préhistorique de Solutré est l'un des plus riches d’Europe, en ossements et en vestiges lithiques. Suite à sa découverte, la Roche a donné son nom à un faciès culturel du Paléolithique supérieur, le Solutréen.
Très vite, Henry Testot-Ferry, découvre la zone des foyers de l'âge du renne, ainsi que des tombes en dalles brutes. On retrouve dans ces foyers de nombreux outils en silex : pointes de lance, feuilles de lauriers et autres grattoirs, mais aussi un véritable amas d’ossements : du renne surtout, mais également du cheval, de l'éléphant, du loup et du tigre des cavernes.
Henry Testot-Ferry et Adrien Arcelin décident alors de sonder afin de déterminer scientifiquement l'ampleur du gisement qu'ils ont mis au jour et d'examiner avec un soin extrême l'ensemble des vestiges retrouvés. L'enjeu est de comprendre l'agencement des couches stratigraphiques du site, base de l'établissement de la chronologie.
En 1868, l'existence d'une station de chasse au pied de la roche est l'hypothèse scientifique privilégiée. Les deux inventeurs font alors appel à d'autres spécialistes et présentent leurs travaux dans des congrès. Solutré se révèle alors comme l'un des plus grands sites préhistoriques français.
En 1872, Gabriel de Mortillet, l'un des plus importants préhistoriens de son temps, décide de nommer les périodes de la Préhistoire d'après le nom de sites préhistoriques où elles sont particulièrement bien représentées. C'est ainsi qu'apparaît le terme de Solutréen.
De nombreuses fouilles furent menées par la suite, le champ de fouilles restant aujourd’hui encore partiellement inexploré et protégé.
Le magma osseux s’explique par l’extrêmement longue période de fréquentation du site : pendant plus de 25000 ans (de 35000 à 10000 ans avant J.C.), 4 grandes civilisations du paléolithique s’y sont succédé.
L’occupation de ce site est donc essentiellement axée sur l’activité de chasse, de dépeçage et de boucanage (alors que la roche voisine Vergisson fut un site d’habitation). Le matériel trouvé sur le site est donc en lien avec cette activité humaine, avec de nombreux outils, dont les silex taillés en feuille de laurier caractéristiques du Solutréen.
Cette théorie, dont il n’a jamais été question dans les publications scientifiques de Henry Testot-Ferry, apparaît en fait dans le roman préhistorique d’Adrien Arcelin : il ne s’agit donc que d’une fiction dont l’imaginaire populaire s’est emparé. L’incohérence de cette hypothèse a depuis été aisément démontrée, entres autres du fait de la distance importante entre l’emplacement des ossements et le sommet de la Roche.
Si lors des premières fouilles, ces individus étaient considérés comme préhistoriques (aurignaciens, néolithiques), il semble quasiment certain aujourd'hui, que ces squelettes sont bien historiques. Il s'agirait en fait, selon les différentes datations réalisées, de Burgondes (haut Moyen Âge) ou de Mérovingiens.
Paradoxalement, malgré la durée d’occupation du site, de toutes les périodes du Paléolithique supérieur, seul le Solutréen n'a livré aucun reste humain. Finalement, un an après les premières fouilles à Solutré en 1866, les Hommes de Cro-magnon, contemporains de ceux qui taillèrent les outils et chassèrent à Solutré, étaient découverts aux Eyzies par Louis Lartet.
Les alentours de la roche de Solutré, quand ce n'est la roche elle-même, ont été occupés de manière continue depuis la Préhistoire, chaque époque laissant ses marques, parfois presque disparues au regard du visiteur.
Les usages humains autour et sur la Roche de Solutré ont eu un impact évident sur son aspect, et au-delà, sur son évolution. De la déforestation de la forêt gauloise originelle à la plantation des premières vignes, de la polyculture contemporaine à la monoculture viticole actuelle, le paysage s'est formé et modifié.
Le défrichage du sommet et de la pente douce de la roche de Solutré a contribué à faire apparaître un milieu spécifique, puis à l'entretenir. En effet, jusqu'au milieu du XIXe siècle, les femmes des agriculteurs y menaient leurs troupeaux de chèvre, sur ces parcelles entourées de murets de pierre sèche. Ce pâturage, ainsi que la pratique du brûlage, entrenaient la pelouse sèche qui s'y est développée, et qui accueille de nombreuses espèces végétales et animales rares et/ou protégées qui y trouvent leur implantation la plus septentrionale.
Les pelouses calcicoles du mâconnais, dites aussi "pelouses calcaires", sont également présentes sur le sommet des 4 autres monts formés à la même époque (du nord au sud : le Monsard, le mont de Leynes, la roche de Vergisson, et enfin au sud de Solutré, le mont de Pouilly) et protégées (voir Protections et développement durable). En effet, avec l'abandon après-guerre du pâturage, a commencé la colonisation par le buis, le genèvrier et le chène (note : espèce du chène à vérifier).
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