La psychologie est la science de l'âme ou psyché en tant qu'unité distincte de l'individu, et de ses interactions avec les nombreuses fonctions innées, sensitives, affectives ou intellectuelles et l'étude du comportement humain en général. Divisée en de nombreuses branches d’étude, ses disciplines abordent le domaine aussi bien au plan théorique que pratique, avec des applications thérapeutiques, sociales, et parfois politiques ou théologiques. La psychologie a pour objectif l'investigation du psychisme comme fondement d'une structure subjective et d'un fonctionnement spécifique (processus et mécanisme) articulé à la perception et représentation du monde extérieur.
L'objet d'étude de la psychologie est un débat non clos depuis des siècles. En effet, selon les auteurs, la psychologie s'est trouvée centrée sur des objets très différents, sans qu'il soit encore possible aujourd'hui de décider quelle est la théorie unitaire qui serait largement acceptée.
Ainsi les approches sur cette question extrêmement complexe se partagent-elles traditionnellement entre celles qui considèrent que l'objet de la psychologie est le comportement et sa genèse, les processus de la pensée, les émotions et le caractère ou encore la personnalité et les relations humaines, etc.
Les différentes branches de la psychologie se distinguent soit par la méthode utilisée (clinique ou expérimentale), soit par l'activité humaine considérée (travail, mémoire, perception, apprentissage, soin, comportement en groupe, etc.), soit par grand domaine d'investigation (psychologie cognitive, psychopathologie, psychologie sociale, psychologie de l'enfant et du développement, psychophysiologie, psychologie animale).
Certaines disciplines de la psychologie se combinent avec d’autres, soit dans des champs connexes soit comme sous-domaines d’un champ d’études plus vaste. Elles sont souvent soumises à de redoutables problèmes épistémologiques, par exemple la psychopédagogie, la psychosociologie ou la psychopathologie, etc. En effet, il est difficile de dire par exemple ce qu’est ou n’est pas la pathologie en général (cf. Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique (1943) de Georges Canguilhem) et donc encore plus difficile de préciser la pathologie de l’esprit, de la personnalité… poser la question, c’est se rendre compte des écueils théoriques qui ne sont toujours pas dépassés.
Enfin, pendant longtemps, le rapport entre la psychologie et la philosophie a été très étroit, voire indiscernable puisque la psychologie était autrefois une partie de la philosophie, partie qui était souvent - dans l'Antiquité surtout - tenue elle-même pour une partie de la physique au sens ancien (la morale, la conscience, l'action, etc. sont des thèmes traditionnellement philosophiques que l'on rencontre en psychologie). Certains courants en psychologie sont ainsi orientés par des thèses philosophiques (personnalisme, humanisme, biologisme, etc.).
C'est cette extrême diversité qui en fait la complexité historique, les résultats localement acquis se croisent et il faut de longues études pour en démêler la rationalité et l'intérêt. Il est ainsi très facile d'obtenir des théories inconsistantes ou de réaliser des synthèses incohérentes, qui ne manquent pas tout au long de l'histoire multimillénaire de la psychologie.
A côté de la psychologie « savante », il existe pour chacun le sentiment « d'en savoir quelque chose » puisque nous savons tous ce qu'est un caractère, un sentiment, une pensée, une relation affective, etc. Alors, que peut dire de plus le psychologue sur ces questions ? D'autant que la plupart des affirmations psychologiques générales paraissent pouvoir être contredites ou trouver un contre-exemple qui les ruinent.
Il est aussi possible d'opposer, dans le champ des sciences humaines, la psychologie à la sociologie, à l'anthropologie et aux sciences politiques, en ce qu'elle étudie d'abord des personnes.
Ainsi que ce soit en théorie ou en pratique, la définition de l'objet de la psychologie est une question non résolue.
Voir aussi : Chronologie de l'histoire de la psychologie
Avant de présenter les grandes étapes historiques du développement des sciences psychologiques, il est indispensable de situer les trois axes d’études qui structurent le domaine du psychisme humain. En effet, la personne humaine c’est, indissolublement, un corps avec un cerveau développé permettant des conduites très élaborées, une personnalité, appuyée sur cet organisme vivant, en rapport avec une société, une subjectivité (consciente et inconsciente) construite à partir de la personnalité et insérée dans un ensemble de représentations sociales.
Selon cet axe, se sont développées traditionnellement les études des réflexes, de la perception, de l’émotion, du caractère, etc. Depuis les années 1990, le développement des neurosciences ou des sciences cognitives, a permis d’aborder le fonctionnement du cerveau pour chacune des conduites. Ainsi, nous pouvons découvrir les possibilités d’un humain en tant qu’animal muni d’un cerveau puissant.
Font partie de ces études :
L’intégration de ces sciences de la subjectivité complète les sciences psychologiques.
Ces trois axes sont plus ou moins présents au fil de l’histoire de la psychologie, depuis les précurseurs jusqu’aux recherches actuelles. Cette évolution, inégalement avancée selon les axes souvent considérés comme indépendants les uns des autres voire exclusifs, va nous servir de fil conducteur à travers l’extrême variété des travaux en psychologie.
Une première étape a été la séparation entre la philosophie et la psychologie. Cette séparation est encore incomplète sur certains aspects, en particulier pour le sujet où la confusion reste fréquente entre sujet, catégorie philosophique et sujet, concept scientifique en psychologie.
Bien avant les travaux précurseurs de Platon (-427, -348) et d’Aristote (-384, -322) en psychologie (le terme n’existera qu’à partir de 1575, Johannes Thomas Freigius, Ciceronianus), les hommes se sont intéressés à la perception, aux sensations, aux émotions, aux sentiments et à la pensée. Les traces s’en trouvent dans l’Iliade et l’Odyssée, dans les mythologies de tous les peuples ou dans les livres sacrés, la psychologie historique (Ignace Meyerson, 1888-1983) le montre bien. Les premiers textes connus qui évoquent une réflexion sur l’émergence de la pensée et de la conscience sont ceux que l’histoire a conservés, mais il est probable qu’ils s’appuyaient sur des travaux antérieurs que nous ne connaissons pas.
Ainsi Platon et Aristote apparaissent-ils en pleine lumière, alors que nous n’avons pas ou très peu de textes de leurs contemporains Démocrite (c-460, c-360) ou Épicure (-342, -270). Lucrèce (-98, -54), mieux connu, appartient à cet héritage de l’Antiquité qu’il faut compléter par les deux commentateurs d’Aristote, Ibn Rochd (Averroès, 1126-1198) et Thomas d’Aquin (1225-1274), qui reprendront des siècles plus tard ses travaux et constitueront le fonds de ce qui sera la scolastique.
Pour Pythagore (500 avant J.C.), le cerveau est le siège de l’intelligence et de la folie.
Platon décrit une hiérarchisation du psychisme : l’âme supérieure (courage, ambition) localisée dans le coeur, l’âme inférieure nutritive dans le foie. Dans le Phédon, il sépare l’âme immatérielle, donc la pensée, du corps matériel et considère que l’âme pilote le corps. Ce dualisme idéaliste laissera des traces profondes jusque dans les divers courants de la psychologie du siècle.
Aristote critique Platon ; pour lui, l’âme n’est pas le pilote du corps. Dans La Métaphysique il pose la question :
Aristote introduit dans son Traité de l’âme une tripartition de l’âme, avec une perspective gradualiste : végétative, sensitive et intellective, qui reproduit la partition des êtres vivants en végétaux, animaux et homme. (Les médecins parlent traditionnellement d’un « état végétatif ».) Il s’intéresse aux facultés de l’âme (la mémoire, le jugement, etc.) et s’interroge sur ce qui dans l’âme connaît et pense : il le nomme « poiètikon », l’entendement poétique, qui doit être compris plutôt dans le sens moderne de « représentation mentale » que de poésie)Ibn Rochd dans son Grand commentaire du Traité de l’âme (1188), traduit en arabe le terme poiètikon par « al ‘aql fa’al » et, en latin, les traducteurs utilisent subjectum (sujet) (cf. Jean-Pierre Faye, Averroès questionnant : l'entendement poétique et le sujet mouvant 2/12/1993);. La volonté vise l’obtention du plaisir et l’élimination de la douleur, dans une conception proche de l'épicurisme.
Ainsi en s’interrogeant sur les rapports entre corps et perception, corps et pensée, pensée et sujet, Aristote ouvre un débat, repris au fil des siècles, pour savoir si « l’intellect agent » et « l’intellect matériel » sont uniques et éternels (divins) ou si l’âme et l’intellect sont séparés. Sa réponse est que l'âme est au corps comme la forme est à la matière (distincte et inséparable).
Lucrèce tranche en affirmant que l’âme en tant que « souffle vital » (anima en latin) anime le corps et dans De natura rerum (De la nature des choses), il note que :
Les oppositions entre les conceptions monistes et dualistes sont anciennes et la grande difficulté pour définir les rapports entre le corps et la pensée vont occuper les psychologues des siècles suivants.
Médecins
L'autre versant de la science antique est celui des observations et des expériences des médecins. Dès la plus haute Antiquité les interrogations sur la santé mentale et les troubles mentaux sont attestées : le papyrus Ebers (c1550 avant J.C.) contient une courte description clinique de la dépression, avec des recettes magiques ou religieuses pour la chasser.
Les poèmes d’Homère présentent la folie comme une offense des dieux.
La pensée médicale naît avec Empédocle (484-424 avant J.C.) en Sicile avec sa théorie des qualités des quatre éléments (terre, eau, air, feu) dans ses rapports avec les quatre humeurs nécessaires au bien être : sang, flegme, bile jaune et bile noire.
Hippocrate (c460-c370 avant J.C.) effectue une classification des troubles mentaux comprenant la manie, la mélancolie, la paranoïa ou détérioration, l’épilepsie, en relation avec les tempéraments sanguin, colérique, flegmatique ou mélancolique : il réunit ainsi les maladies de l'âme et du corps, les maladies sont physiques.
Arétée de Cappadoce (80-138) fait des descriptions fines de troubles mentaux, en particulier elle propose l’amorce d’une conception unitaire de la mélancolie et de la manie.
C'est Galien (131-201) qui rassemblera les connaissances antérieures (les travaux d'Hippocrate et ceux d'Aristote en particulier) et les étendra considérablement dans ce qui va devenir, pour quinze siècles, la source principale des connaissances médicales dans les sphères d'influence juive, chrétienne et musulmane. Ainsi, il ouvre une démarche d'expériences physiologiques, d'anatomie, de diagnostic et de thérapeutique, de pharmacologie et d'hygiène. La médecine, dès Hippocrate, est préventive (hygiène) autant que curative. Les causes de la maladie et de la santé sont recherchées parmi des causes naturelles, rationnelles.
Galien distingue, comme Hippocrate, quatre tempéraments et les articule aux quatre éléments dans une combinatoire qui lui permet de classer les maladies selon les déséquilibres entre les diverses tendances, les bases de l’affectivité et du comportement apparaissant de nature biochimique. Ainsi l’excès de sang conduit au tempérament sanguin, de bile jaune au tempérament cholérique, de bile noire au tempérament mélancolique, etc. C'est cette approche qui se retrouve des siècles plus tard dans la caractérologie (cf. Le Senne (1882-1954) en particulier).
Alexandre de Tralles (525-605), médecin grec originaire de Lycie, développe la théorie de Galien et effectue une amorce des théories « localisationnistes » cérébrales. L’héritage hippocratique de la médecine antique aboutit aux prémices d’une psychiatrie fondée sur quatre grandes maladies : la frénésie et la léthargie associées à des états toxi-infectieux, la manie et la mélancolie, « folies sans fièvre ».
L’héritage arabe ne sera transmis qu’au siècle, avec sa traduction en latin.
(Il faudrait compléter ce tableau de la science méditerranéenne par d'autres sciences, chinoise, japonaise, indienne, etc.)
Dans l'esprit actuel, nous constatons une façon de réécrire l'histoire en mettant en avant tout ce qui favorise l'éclairage scientifique. C'est ainsi que peut naître la confusion entre la neurologie et la psychologie.
Pour la neurologie, il va sans dire que les premières réussites sont par exemple :
En ce qui concerne la psychologie plus précisément, il est plus difficile de situer une période permettant de qualifier les « premières » réussites. Rappelons que c'est l'échec de Freud à propos de l'hypnose qui fut la grande réussite de la psychanalyse. Si nous devions trouver des repères marquants, ce serait plus du côté des méthodes employées, et à ce titre, la modernité caractérise ses avancées en psychologie essentiellement en s'appuyant sur le concept de méthode psychologique qui est véritablement la « réussite » marquante la plus manifeste d'un point de vue développemental.
Le développement des moyens d’investigation :
Le traitement de l’information:
Questions clés:
Dans ce modèle, le cerveau humain ressemble à un ordinateur : (1)Entrées → (2)Traitement → (3)Sorties
Certains considèrent que cette perspective est celle de « l'homme machine » qui véhicule une image de l'être humain propice à l'idéologie de la performance et du Management. Cette remarque souligne le fait qu'une telle approche ne se préoccupe pas de l'impact « ecologique » de ses théories, et en ce ce sens, nous nous éloignons d'une psychologie qui mesure ses avancées selon sa congruence avec l'humanité de son « objet » d'étude : nous. D'autres pensent que la démarche analytique rendue possible par la modélisation informationnelle et la méthode expérimentale n'est pas incompatible avec une perspective humaniste et intégrée de la psychologie.
La psychologie est traversée par plusieurs problématiques qui la fragmentent selon les options prises par ceux qui l’étudient. La combinaison rationnelle et synthétique des résultats n’est pas l’objet d’un consensus général, même si bien sûr beaucoup de résultats se sont accumulés et si localement, il est possible d’affirmer que certaines hypothèses sont justes ou fausses.
Ainsi la psychologie peut se baser sur des résultats statistiques reproductibles et critiquables.
De plus, la psychologie fait, pour ces mêmes personnes, des classifications instinctives et non basées sur des critères objectifs, ou tout du moins explicitées sur des critères qui permettront de donner des groupes homogènes (exemple de la classification émotion/ cognition ou de l'intelligence). (p.35). En effet, certains concepts de psychologie peuvent être vus comme un jugement moral (exemple: normal Vs pathologique).
Toutefois les scientifiques ont régulièrement tenté d'appliquer les méthodes disponibles à leur époque pour aborder cette question de manière plus rigoureuse. La principale voie d'approche est statististique : elle repose sur le concept d'héritabilité issu de la génétique. L'héritabilité mesure dans une population donnée, la part de variabilité d'un trait qui est expliquée par l'hérédité génétique : selon cette définition, l'"acquis" est donc ce qui n'est pas génétiquement héréditaire. Le concept d'héritabilité est souvent mal compris du grand public et conduit à des erreurs quant à l'interprétation des résultats. La méthode du calcul de l'héritabilité ne permet en effet pas de tirer des conclusions sur un plan individuel : une caractéristique héritable à 50% ne signifie surtout pas que chez chaque individu, "la part de génétique est de 50%" (cette dernière expression n'a pas de significtion scientifique).
Par ailleurs, aussi rigoureux soit-il, le calcul de l'héritabilité dépend de la mesure du trait en question et les études sur l'inné et l'acquis ont souvent été critiquées pour leur méthodologie à cet égard. En particulier, si le quotient intellectuel (QI) est une mesure bien définie (dont on peut calculer l'héritabilité dans une population donnée, à un instant donné -- pour le QI, on obtient un taux d'environ 75% dans les sociétés occidentales modernes), la question de savoir s'il constitue une mesure pertinente et fiable de l'intelligence est beaucoup plus problématique.
Ainsi plusieurs expériences d'éducation précoce de très jeunes enfants ont eu des résultats dont le nom est passé dans l'histoire : Blaise Pascal, Mozart, Goethe, John Stuart Mill... et des apprentissages tardifs qui ont aussi laissé une trace historique : Helen Keller, Gustave Flaubert (dyslexique, apprend à lire vers dix ans), François Cheng (chinois, académicien français, apprend le français à plus de vingt ans)...
Chaque champ d’étude de la psychologie pose de telles oppositions que les auteurs tranchent ou accommodent pour tenter de construire une démarche scientifique, comme le rapport entre raison et folie ou celui entre normal et pathologique, déjà évoqué.
L’histoire de la psychologie, pas plus qu'aucune autre, n’est une construction linéaire où les progrès s'accumulent dans une même direction, à partir d’un même objet. S'il est assez simple d'établir une chronologie de l'histoire de la psychologie, le cours de son histoire est rempli de fractures, de contradictions dès que l’on cherche à étendre les résultats en dehors de la zone étroite où ils ont été élaborés. Il est difficile d’étudier la psychologie sans connaître son histoire : le risque, en l'ignorant, serait de répéter des erreurs déjà identifiées comme telles dans le passé.
Le classement proposé des diverses disciplines psychologiques est empirique, il utilise les catégories classiques de la méthode scientifique ; objet d'étude, méthode d'analyse, champ d'étude. Comme tout classement empirique, il n'est pas totalement satisfaisant et les disciplines appartiennent à plusieurs catégories, mais l'accent est mis sur un aspect du fait du nom choisi par les fondateurs.
C'est une des tâches essentielles de la psychologie et de son épistémologie que de parvenir à définir scientifiquement son objet d'étude, sa méthode et son champ d'étude. Travail en cours mais qu'on ne peut considérer comme achevé ou même stabilisé.
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