Les chiffres romains étaient utilisés par les Romains de l'antiquité pour, à partir de seulement sept lettres, écrire des nombres entiers jusqu'à environ 4 999 ou 8 999 (mais pas le zéro, qu’ils ne connaissaient pas ou plus exactement ne considéraient pas comme un nombre. Voir Sémantique générale).
La numérotation a été normalisée dans l’usage actuel et repose sur trois principes :
Ce système, qui simplifiait les anciennes numérations grecques et phéniciennes, permet d’écrire tous les nombres de 1 à 4 999, en utilisant les lettres de l’alphabet latin les plus ressemblantes aux anciens systèmes unaires. Néanmoins ce système ne les a pas remplacés totalement, car il était trop simplifié et insuffisant pour exprimer tous les nombres (en particulier les nombres plus grands, qui ont donné lieu à toutes sortes d’extensions).
La complexité du système romain de base (sans les nombres supérieurs à 4 999) apparaît déjà dans les exemples suivants :
Aussi sa conception complexe, mêlant additions et soustractions était également difficile à comprendre, même pour les Romains eux-mêmes qui ont continué à utiliser des systèmes purement additifs dont sont issus ces formes « simplificatrices » (notamment pour les calculs). Il en a persisté de nombreuses variantes ne respectant pas les règles imposées ci-dessus, et faisant appel aux véritables origines purement additives de ce système de numération.
Il faut noter que les règles soustractives imposées ont toujours cessé leur effet au-delà des milliers, comme en témoigne l’écriture attestée et persistante .
Ces règles n’ont pas été telles dès les premières attestations, surtout épigraphiques : plusieurs graphies possibles ont coexisté librement (comme pour afin de réduire le nombre de symboles par extension de la règle soustractive, ou à l’inverse pour afin de ne pas utiliser la règle soustractive). Ce n'est que récemment que le mode opératoire a été fixé.
Dans certains textes des et s on utilise aussi (attention ! il y a des problèmes de rendu des caractères Unicode avec certains navigateurs. Les signes pour 1 000, 5 000 et 10 000 sont indiqués dans l’image ci-contre) :
On remarquera que dans les symboles ci-dessus, le nombre de cercles ou demi-cercles (appelés apostrophus en latin) indique un facteur 10 appliqué au chiffre médial dont l’origine pourrait être en fait la ligature des sérifs verticaux des lettres accolées (ce qui fait que le retourné en indique en fait bien un facteur 10, le I médial étant alors souvent omis lorsque les deux chiffres sont accolés l’un à l’autre).
Il faut noter qu’à l’origine le I médial était en fait plus long que le désignant l’unité, et ressemblait plus à notre longue barre verticale |, dépassant au-dessus des barres unitaires et sous leur ligne de base, de sorte qu’une autre forme approchée que le aurait dû plus ressembler au thorn médiéval Þ encore utilisé aujourd’hui dans les langues nordiques.
On remarquera aussi que les formes en demi-cercle valent la moitié de la forme pleine (dans ce cas la notation du initial est requise pour fermer le diamètre du demi-cercle) ; la forme apparaît donc bien aussi la moitié de , ou comme la ligature de .
Cette théorisation est en fait une adaptation contemporaine d’une ancienne écriture grecque médiévale, où la lettre majuscule phi (Φ) était aussi utilisée pour désigner le nombre 1 000, et résultait d’une adaptation à l’alphabet grec du système unaire initial utilisant des barres verticales | pour encadrer les multiples de 100, et une barre horizontale supplémentaire en chef pour indiquer un multiple de 1 000. Aussi 1 000 à l’origine ressemblait plus à un encadré, qui ressemblait lui-même au phi grec. Aussi l’apostrophus latin aurait eu aussi une apparence plus carrée, avant qu’on la confonde avec un C renversé, comme cela avait déjà été fait pour la lettre latine symbolisant le nombre 100.
Ainsi le nombre 5 000 peut aussi être représenté par (500×10) au lieu de ci-dessus. Mais comme tous les « C renversés » sont aussi liés au I initial, en fait on peut ignorer la présence de ce I et transformer tous les « C renversés » simplement en . Ainsi le nombre 5 000 s’écrit alors simplement , et le nombre 10 000 normalement écrit CCIƆƆ s’écrit aujourd’hui plus simplement .
Attention ici ! le nombre 400 s’écrit aujourd’hui normalement (500-100), il est distinct de la forme historique peu usitée (aujourd’hui non recommandée) (100×10) pour 1 000 (à ce moment là, 400 s’écrivait plutôt sans utiliser le mode soustractif, pour éviter la confusion). On peut par contre utiliser pour désigner sans ambiguïté la notation historique de 1 000, si on ne dispose pas du caractère « retourné » (remplacé ici par la lettre , non ambiguë du moment qu’on le précède bien par le I médial).
D’autres symboles utilisant ce principe de composition ont pu être utilisés pour indiquer les millards (3 cercles) ou demi-milliard (3 demi-cercles). On remarquera que le diamètre vertical est toujours noté, et que le tracé d’un autre diamètre ou rayon horizontal pouvait aussi être utilisé au lieu d’un cercle ou demi-cercle supplémentaire.
Cependant, le tracé utilisant simplement la lettre , retournée en et placée après la lettre , s’est imposé rapidement (notamment en imprimerie), car cela ne nécessitait pas de fonte supplémentaire et améliorait la lisibilité des nombres tout en étant plus facile à tracer à la plume (mal adaptée au tracé de petits cercles) ; de ce fait la forme du à l’endroit ou à l’envers pouvait prendre celle de parenthèses ( et ) liées au I médial. On retrouve cet usage dans les anciens livres de comptes, du Moyen Âge jusqu’à la Renaissance où la graphie n’a cessé de se complexifier.
Aussi, pour permettre l’insertion de nombres dans un texte, ceux-ci étaient encadrés de points médian afin de les distinguer plus facilement des mots. Par exemple, ·xxvıı· représentait le nombre 27 dans les manuscrits médiévaux (la lettre minuscule i ne comportait pas encore de point suscrit, apparu bien plus tard en écriture gothique pour faciliter la lecture du texte, afin de mieux distinguer les i des m et n dont les jambages étaient très proches).
La position de ces points était variable suivant les auteurs (l’usage de la ponctuation, et notamment la distinction du point et de la virgule, n’ayant été bien régulé que bien plus tard), et parfois impossible à distinguer dans le texte du point de ponctuation normale (c'est particulièrement vrai pour les manuscrits en catalan, ancien occitan et vieux français, mais aussi les manuscrits médiévaux en Angleterre et du Saint-Empire). On retrouve également cet usage du point médian (qui prenait souvent l’allure de petits tirets) sur les inscriptions monumentales en latin qui mêlent les nombres avec le texte, par exemple les monuments funéraires et édifices religieux.
L’usage des points médians s’est aujourd’hui perdu car les nombres romains ne sont plus employés comme déterminants adjectifs numéraux (pour indiquer des quantités on utilise aujourd’hui la notation décimale à chiffres indo-européens, souvent appelés improprement chiffres arabes en français), mais principalement comme adjectifs ordinaux dont le contexte pose moins de problèmes d’interprétation (après un nom de souverain, ou accompagné d’un suffixe ordinal) et normalement en majuscules (ou petites capitales) au sein d’une phrase.
Plus tard, quand la lettre J s'est différenciée de la lettre I, les documents officiels ont commencé à utiliser le J au lieu du I à la fin d’un nombre (cette forme marquant bien la fin du nombre qu’on ne peut alors plus allonger). Comme à cette époque, il n’y avait pas de différence minuscule/majuscule dans l’écriture onciale, on écrivait donc vııj au lieu de vııı ou même ·vııj· (note : ci-avant, la lettre j minuscule s’écrivait aussi sans aucun point suscrit, apparu bien plus tard sur la nouvelle consonne uniquement par similitude avec la voyelle i avec laquelle elle pouvait encore librement être confondue dans l’orthographe, le choix de la forme utilisée étant resté longtemps très souvent une question de style indépendante de la valeur vocale ou consonantale de la lettre ; pour plus de détails, consulter Point suscrit).
Au-delà de 4 999, on emploie un macron (barre horizontale) suscrit au-dessus du nombre pour indiquer un facteur 1 000 et deux macrons pour un facteur 1 000 000. Par exemple :
Pour les autres multiples de 1 000, le suscrit est allongé pour couvrir l’ensemble des chiffres qu’il multiplie.
Cela reste vrai pour le macron suscrit, par exemple représente le nombre 142 368 795.
Il a cependant existé nombre de variantes, tant dans le tracé que le mode opératoire, avant que ce modèle-là ne soit imposé. La notation s'est ainsi imposée rapidement au lieu de CIƆ (ou ) et , chaque fois que possible. De même est préférée à (ou ou ) chaque fois que possible. On utilise plutôt que ou , sauf si un groupe de milliers est supérieur à 4 auquel cas on préférera avec macron si possible pour l’écriture du groupe ; l’écriture doit être consistante dans l’usage systématique des lettres avec macrons si ceux-ci sont utilisés (auquel cas la lettre ne sera pas utilisée, les nombres étant alors écrits par groupe de 3 chiffres décimaux transcrits à l’aide des seules six lettres , , , , , ).
Suivant ces règles, on obtient aussi des nombres quelquefois plus faciles à lire et interpréter :
Les chiffres romains furent aussi autrefois utilisés pour marquer la date de construction des maisons. On trouve encore sur le fronton de vieilles bâtisses cette date écrite ainsi.
Les chiffres romains furent abandonnés au profit des chiffres indo-européens, dits « arabes », qui utilisent un système décimal permettant d’écrire les nombres plus court avec à peine plus de lettres (10 au lieu de 7), et qui incluent le zéro positionnel (0). De plus, le système décimal permet un alignement des chiffres qui facilite énormément les calculs sur papier.
Toutefois, l’extension de la notation avec simple ou double macron suscrit est encore communément utilisée aujourd’hui au-dessus de comme abréviation du million (, 10) et du milliard (, 10).
Dans les numérotations de pages, on trouve parfois les chiffres romains en minuscules, ou plus couramment en petites capitales (en imprimerie avec une typographie soignée) :
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"Numération romaine".
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