La Neuropsychologie est une discipline scientifique qui traite des fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales (Haecan) et de l'étude des effets des lésions cérébrales sur la cognition (Siéroff).
Discipline carrefour née principalement de l'interaction entre Neurologie et Psychologie, la Neuropsychologie profite de l'engouement actuel pour les neurosciences et est aujourd'hui en plein essors. Pourtant ce n'est pas une discipline nouvelle : ses racines plongent dans l'Egypte ancienne où Imhotep établi le lien entre cerveau et sémiologie physique, et dans la Grèce Antique, où le cerveau est considéré comme un l'organe de contrôle du corps et le siège de l'âme. Dans Rome également, et le modèle de Galien, axé sur les ventricules cérébraux, restera dominant jusqu'à ce que la connaissance de l'anatomie cérébrale se développe au XVIeme et XVIIeme siècle. C'est l'époque où les philosophes, notamment Descartes ou Spinoza s'intéressent à nouveau au siège des facultés intellectuelles et émotionnelles et où les anatomistes et médecins prennent peu à peu conscience du rôle déterminant du cerveau dans les activités intellectuelles.
Au XVIIIème siècle se développe la théorie localisationniste des fonctions cérébrales, forte de ses arguments cliniques (correspondance entre le siège d'une lésion et un trouble précis) et expérimentaux (stimulation électrocérébrale, lésion ou ablation du cerveau chez l'animal). Parallèlement à cela, la Psychologie prend son envol et s'attache à étudier des fonctions telles que la mémoire ou la perception. L'une des premières tentatives de lier les fonctions intellectuelles avec des aires cérébrales vient avec Gall et la Phrénologie, discipline au triste passé, entièrement basée sur la théorie des localisations fonctionnelles, ce fut un échec.
Mais alors que les théories anti-localisationistes tendent à prendre une place majoritaire au sein de la communauté scientifique de l'époque, une des premières figures de la Neuropsychologie, Paul Broca, neurologue français, apporte à cette théorie localisationiste de solides arguments qui vont asseoir cette tendance pendant près d'un demi-siècle. Broca est l'un des premiers à établir une correspondance anatomo-clinique entre le Langage et une zone cérébrale précise en étudiant des patients dont le cerveau est lésé au même endroit (Pied du gyrus frontal inférieur gauche, aires 44-45 selon la classification de Brodmann) et qui présentent les mêmes troubles. Après l'âge d'or de la localisation arrive une tendance associassionniste où les théories localisationnistes sont relativisées avant d'être fortement remises en question après, par exemple, l'observation d'aphasies de Broca chez des patients présentant des lésions à des sièges cérébraux différents.
Au début du vingtième siècle naît l'idée que les études de cas individuels (étude des effets d'une lésion chez un patient, en écartant les cas non purs) ne permettent plus d'acquérir suffisamment de données sur la relation entre le fonctionnement cérébral et mental (si on a bien une description, il n'y en revanche pas de quantification). Les psychologues béhavioristes, forts de leur méthodologie, fournissent un moyen d'investigation beaucoup plus fiable et plus puissant en développant un certain nombres de tests précis permettant les études de groupes. L'étude basée sur la simple observation clinique est ainsi reléguée au second plan.
Dans la seconde partie du vingtième siècle, la naissance du modèle de traitement de l'information en psychologie cognitive va permettre l'ouverture de la boîte noire béhavioriste pour étudier les étapes, les processus, et les modules de traitement de la perception et de la cognition. Ces théories trouvent leurs applications dans la Neuropsychologie et un retour à l'étude de cas est effectué, en restant dans une optique de standardisation des tests, permettant de quantifier les troubles et de comparer des performances pathologiques à des performances normales. La Neuropsychologie cognitive s'attache donc à la compréhension des troubles plus qu'à leur simple description.
Depuis ces dernières années, sous l'impulsion de chercheurs comme Damasio, Ledoux, Jouvent, l'étude de l'émotion commence d'être réellement prise en compte dans le fonctionnement neurocognitif, ainsi la Neuropsychologie s'intéresse également à l'étude des troubles émotionnels sous-jacents à une affection cérébrale.
Comme discipline neuroscientifique, la Neuropsychologie s'attache donc à découvrir le siège cérébral des fonctions mentales telles que l'attention, la mémoire, etc., mais également à observer les relations entre ces fonctions, d'un point de vue cérébral (étude des boucles de fonctionnement, études de réseaux neuronaux) et cognitif. Il s'agit de comprendre le cerveau comme support de l'intellect et de comprendre l'intellect comme intégré au cerveau.
Comme discipline cognitive, son rôle est aussi de fournir des arguments expérimentaux aux modèles cognitivistes, et en d'autres termes, de vérifier ou de révoquer, par la pratique, des théories sur le fonctionnement mental humain et animal. Ainsi si un modèle cognitif postule l'interdépendance stricte entre deux processus mentaux A et B, mais que la neuropsychologie observe une double dissociation des troubles (processus A préservé quand processus B déficitaire, et inversement chez d'autres patients) au niveau de ces processus, une solide critique pourra être apporté au modèle puisque les données cliniques fournissent des éléments en faveur d'une indépendance des processus A et B.
La recherche en Neuropsychologie permet également de développer des tests neuropsychologiques permettant d'apprécier et de quantifier un trouble cognitif après une affection cérébrale.
- Moyens d'investigation
Ses moyens d'investigations sont divers mais l'imagerie structurelle ou fonctionnelle (IRM - imagerie par résonance magnétique, TEP - tomographie par émission de positrons, EEG - électroencéphalographie, MEG - magnétoencéphalographie, PEC - potentiels évoqués corticaux...) constitue un outil désormais incontournable dans la recherche actuelle.
Les tests neuropsychologiques sont le premier outil des neuropsychologues, qu'ils soient cliniciens ou chercheurs. Il s'agit de mesurer, à l'aide de tests standardisés et normalisés, les capacités mnésiques, langagières, praxiques, gnosiques... d'un patient ou d'un sujet.
- Le chercheur en neuropsychologie
S'il existe un doctorat de neuropsychologie amenant à une formation de très haut niveau dans le domaine de la neuropsychologie, un doctorat en psychologie, en psychologie cognitive, en sciences cognitives ou en neurosciences peut très bien constituer un billet d'entrée dans la recherche en neuropsychologie du moment que les thèmes du jeune chercheur coïncident avec ceux de la neuropsychologie. Il s'agit ici d'une formation de niveau bac + 8 et les voies d'accès sont diverses et variées. Les thèmes constituent aussi bien la recherche appliquée que la recherche fondamentale.
Parmi les neuro-physiologiestes, on peut citer des auteurs comme Jean-Pierre Changeux, Jacques Paty, Jean-Louis Dessalles, Jean-Paul Banquet, etc
Compte tenu de l'imbrication profonde entre recherche et pratique dans cette discipline, beaucoup de chercheurs en neuropsychologie ont également effectué une formation clinique (voir plus bas).
Beaucoup de neuropsychologues cliniciens participent également à de nombreux protocoles de recherches, la plupart du temps sur des sujets concernant la recherche appliquée, comme l'élaboration de nouveaux tests.
Enfin certains neurologues participent également à la recherche en neuropsychologie et peuvent y jouer un rôle plus ou moins important.
( Description à venir )
- Moyens d'investigation
Les tests neuropsychologiques constituent le premier moyen d'investigation du neuropsychologue. Une impressionnante batterie de tests existe pour permettre l'évaluation neuropsychologique chez un patient. Ces tests visent à explorer la cognition humaine de la manière la plus large et la plus précise qui soit.
L'observation clinique est également au centre de l'investigation. Le neuropsychologue est un clinicien, il ne se contente pas d'analyser les résultats du patient à ses tests mais peut juger le comportement de ce dernier, en étant apte à apprécier une sémiologie plus ou moins flagrante lors de l'entretien neuropsychologique.
Le discours des proches, de la famille notamment, permet de dater plus précisément l'apparition des troubles et de juger de manière plus objective de l'impact de ceux-ci dans la vie quotidienne du patient.
L'imagerie médicale permet d'orienter ou de confirmer les hypothèses neuropsychologiques en localisant le siège d'une tumeur, d'une lésion, d'une dégénérescence cérébrale (IRM), d'un faible débit cérébral (IRMf, TEP), en confirmant une hypothèse épileptique (EEG)...
- Le neuropsychologue
En France, le titre de neuropsychologue n'est pas encore un titre protégé puisque la discipline, et surtout la formation universitaire correspondante est relativement nouvelle. Le neuropsychologue est donc un psychologue clinicien spécialisé en neuropsychologie. Il a effectué une formation générale en psychologie (psychologie clinique, psychologie cognitive, psychologie du développement, psychologie expérimentale, psychologie comparée, psychologie sociale, statistiques, biologie, neurosciences, neuropsychologie) et s'est spécialisé en neuropsychologie pour son master ou à la suite de sa formation, sur le terrain. Dans tous les cas, il dispose d'un DESS (Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées) ou d'un Master Professionnel (voir Réforme LMD) avec la mention Psychologie, formations universitaires de niveau Bac +5. Un accès au titre de psychologue était également possible après un DEA ou un Master Recherche mention Psychologie et une expérience professionnelle longue avec l'arrêté du 26 décembre 1990 et la circulaire du 02 novembre 1992 mais cette voie ne sera bientôt plus praticable. Ces dernières années ont vu l'émergence de Masters de Neuropsychologie au sein du catalogue des formations universitaires, ainsi les futurs neuropsychologues se spécialisent dans leur discipline dès la quatrième année de leur cursus.
Aux USA, le titre de neuropsychologue est accessible après une formation de type Doctorat (PhD), et l'étudiant doit effectuer un internat, comme en médecine. La profession y est de ce fait plus valorisée qu'en Europe.
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