Le 18 février à l'université de Rennes II, une coordination nationale d'étudiants se réunit pour lancer le mouvement.
- Le 7 mars, 160 cortèges en France rassemblent entre 396 000 (selon les Renseignements Généraux) et un million de manifestants (selon les organisateurs). 38 universités se mettent en grève : Aix-Marseille I, Artois, Brest, Chambéry, Dijon, Grenoble II, Grenoble III, La Rochelle, Le Havre, Le Mans, Lille I, Lille II, Lille III, Limoges, Lorient, Metz, Montpellier II, Montpellier III, Nancy, Nantes, Orléans, Pau, Poitiers, Rennes II, Rouen, Toulouse II, Toulouse III, Tours, Paris I, Paris III, Paris IV, Paris V, Paris VI, Paris VII, Paris VIII, Paris X, Paris XIII, Evry.
- Le 16 mars, entre 247 500 (RG) et 500 000 (organisateurs) manifestants anti-CPE sortent dans la rue. Sur les 84 universités, 21 universités (25 %) restaient bloquées et 37 étaient perturbées par des manifestants. L'UNEF annonce que 66 universités seraient en grève, menées par divers mouvements.
- Plusieurs soirs en mars 2006, des affrontements entre manifestants et CRS ont lieu dans le quartier Latin à Paris, où se situe le site universitaire de la Sorbonne interdit d'accès par les CRS (de même que plusieurs rues adjacentes) pour raisons d'orde public et de sécurité.
- Le 17 mars, selon les chiffres et les termes du gouvernement, 16 universités étaient bloquées contre 21 la veille. Et 35 universités étaient touchées par des manifestations anti-CPE contre 37 la veille.
- Le 18 mars, à l'appel d'une large intersyndicale de salariés et d'étudiants (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC, FSU, Unsa, Union syndicale Solidaires, Confédération étudiante, Unef, UNL, Fidl), des manifestations ont réuni entre 500 000 (RG) et 1 500 000 (organisateurs) personnes à travers 160 villes en France.
- Le 23 mars, une nouvelle journée de mobilisation nationale a réunie 550 000 manifestants dans le pays. Fait marquant,la plupart des universités en grève envoient des délégations pour participer à la manifestation parisienne.
- Le 28 mars, entre 1 200 000 (RG) et 3 000 000 de personnes (syndicats) descendent dans les rues pour manifester contre le CPE. Quelques incidents sont survenus, notamment à Paris où 135 personnes sont interpellées par des CRS et des policiers en civil présents autour du cortège. De plus en plus de lycées et d'universités sont bloqués, voire quelques collèges en Île-de-France.
- Le 30 mars, le Conseil constitutionnel exprime son choix au gouvernement : il valide sans réserve la loi sur l'égalité des chances et affirme que le Contrat Première Embauche est conforme aux valeurs constitutionnelles (les 7 conseillers nommés par la droite votent pour cette position, les 2 conseillers nommés par la gauche votant contre).
- Le 31 mars au soir, le Président de la République prend la parole lors d'une intervention radio-télévisée, et annonce aux français qu'il promulgue la loi pour l'égalité des chances, et promet de modifier au sein du Contrat Première Embauche, les "points qui ont fait débat", réduisant ainsi la période d'essai à un an et obligeant les employeurs à motiver les licenciements.
- Le 4 avril, malgré l'allocution radio-télévisée du président Chirac le vendredi 31 mars, promulguant la loi pour l'égalité des chances qui comprend entre autre le CPE mais demandant une nouvelle loi pour modifier les clauses qui posent problème (période d'essai de deux ans, non-obligation de motiver la rupture du contrat), la mobilisation ne faiblit pas. Ce sont entre 2,5 et 3 millions de personnes qui manifestent partout en France.
- Le 5 avril, les négociations entre les parlementaires UMP et les syndicats de travailleurs, de lycéens et d'étudiants débutent pour une modification éventuelle de la loi, conformément aux souhaits du Président de la République. Les syndicats demandent que le CPE soit abrogé avant le 15 avril 2006. Les députés socialistes ont déposé une proposition de loi allant également dans ce sens.
Voir l'article détaillé : Chronologie des évènements autour du CPE
Revendications
La revendication première est le retrait du CPE mais aussi du CNE et de l'ensemble de la loi dite "pour l'égalité des chances". Par ailleurs, lors de la coordination nationale étudiante tenue à Toulouse le 25 février 2006, a été élaborée une plate-forme revendicative plus large, concernant plusieurs domaines :
- l’emploi (emploi stable pour tous et toutes, retrait des contrats précaires) ;
- l’enseignement (réengagement financier de l’Etat dans le service public universitaire, retrait de la loi Fillon, reconnaissance des diplômes universitaires, retrait du pacte pour la recherche) ;
- l’arrêt du traitement répressif des mouvements sociaux, l'amnistie des lycéens ayant participé au mouvement contre la loi Fillon, des personnes poursuivies suite à la révolte des quartiers populaires en novembre 2005, des étudiants et des lycéens ayant participé au mouvement contre le CPE.
La coordination nationale étudiante tenue sur le campus de la faculté des lettres de l'université d'Aix-Marseille I les 25 et 26 mars 2006 réaffirme son attachement à la plate-forme de Toulouse et y adjoint la demande de démission du gouvernement Villepin.
Autonomie et organisation
Bordeaux3.png|thumb|350px|Université de Bordeaux III avec le signalement des portes. Le blocage consista à bloquer par cadenas les entrées des 3 ensembles principaux à l'arrivée des premiers employés : Administratif, au centre ; Langues étrangères, littérature et géographie, à droite ; Histoire, art et ibérique, à gauche.
Le mercredi 1er mars, ces trois ensembles sont totalement bloqués par des chaînes et des chaises. Des tables d'informations sont organisées dans la cour centrale.]]
Plus difficile à identifier que l'opposition des syndicats et des partis le rôle dans le mouvement anti-CPE des groupes plus confidentiels, informels, la composition des manifestations spontanées ( blocage intempestif des routes, des commerces, de gares ou aéroports...) et leur degré d'organisation sont des données essentielles pour comprendre le conflit. L'imprécision de l'emploi des termes de « gauchistes » ou « casseurs », les approximations sur l'ampleur des événements montrent aussi l'embarras du gouvernement et des médias pour désigner et décrire une telle situation (choix du mouvement anti-CPE d'utiliser les blocages (lycées, universités, gares, routes, commerces...) au mépris des droits et libertés fondamentaux) dont l'évolution est un enjeu.
Lors des affrontements, les plus violents se regroupent, sous l'œil et avec le soutien d'une foule composite des éléments fortement politisés d'âges divers, souvent issus de la mouvance autonome, française ou italienne, punks et squatters, mais aussi des émeutiers plus néophytes. Dès l'extension des manifestations violentes après l'évacuation de la Sorbonne, le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy a exprimé la crainte d'une « connexion » entre l'« extrême gauche » et les jeunes des cités.
La multiplications des rapprochements à la faveur de la prolongation des troubles en augmente bien sûr les possibilités. La capacité de coordination des divers acteurs en présence entretient aussi les spéculations des politiques et des sociologues.
Lors des émeutes de l'automne précédent, il avait été beaucoup question du rôle d'Internet dans la propagation et les tentatives de coordination du mouvement, des sites dénoncés par police et politiques, des Skyblog désactivés et certains de leurs auteurs inquiétés. L'attention se porte cette fois vers les sites militants d'édition libre tels Bella ciao ou Indymedia Paris dont le rôle est reconnu par certains grands média :
- « Chez les partisans de la mobilisation anti-CPE, le principal site d’information actualisé en permanence est le site « indymédia » (...). Le site (...) peut quasiment donner des informations en temps réel sur les manifestations, les incidents. Par ses agendas actualisés, il permet de donner des rendez-vous aux personnes intéressées par tel ou tel rassemblement. » (France 2
[ « Le CPE mobilise sur Internet » France 2, le 14/03]).
Malgré le rôle des organisations syndicales étudiantes dans l'initiation du mouvement, le mouvement s'appuya peu sur ces organisations. Dans son organisation le mouvement était structré par les assemblées générales sur les universités, assemblées générales qui étaient structurées au niveau national par la coordination nationale étudiante. Dans ce mouvement certaines organisations syndicales durent faire face a de l'hostilité de la part des étudiants et lycéens mobilisés, cette hostilité fut surtout concentrée sur la Cé, qui était en général opposée au blocages[La Cé a fournie aux structures locales un modèle de tract ani-blocage, toutefois la Cé ne s'est pas positionnée officiellement sur la question] avant de s'y rallier et sur l'UNEF qui fut un temps réservée sur les blocages et qui fut accusée de chercher a manipuler le mouvement[une motion dénonçant une membre du bureau national de l'UNEF venue sous un faux nom à la coordination nationale de lille fut votée positivement lors de cette coordination, toutefois la motion signalait que de nombreux militants de l'UNEF se comportaient très correctement lors de ce mouvement] (notamment en refusant l'élargissement des revendications à autre chose que le CPE alors que les assemblées générales avaient pour la plupart des revendications plus larges). Ces deux organisations furent aussi critiquées en raison de leurs interventions médiatiques qui ne faisaient quasiment jamais référence à la coordination nationale[des appels en ce sens furent faites lors des coordinations nationales qui mandataient des délégués médias mais ces organisations continuèrent de ne pas en tenir compte]. Les autres organisations étudiantes impliquées dans ce mouvement(SUD Étudiant, FSE, CNT) qui respectaient les décisions des assemblées générales et pronaient l'autogestion ne furent que peu critiquées.
L'opposition institutionelle dans « un face-à-face périlleux »
Dans un titre du 21 mars Le Monde qualifiait ainsi la situation entre les syndicats et Dominique de Villepin, mais c'est bien l'ensemble des opposants institutionels grands partis et syndicats qui sont engagés avec la bataille du CPE dans un jeu dangereux. L'article était loin d'en donner l'ampleur car les inquiétudes qui traversent les deux camps ne font guère l'objet d'un étalage public. Silence des personalités et grands médias de « gauche » sur les violences : jusqu'à la fin mouvementée de la manifestation du jeudi 23 mars avec des agressions commises par quelques bandes d'adolescents sur des manifestants et les dégradations gratuites, ni dénonciation des « casseurs », ni même appel à les distinguer vraiment des manifestants. Alors que l'opposition parlementaire, celle des grands partis, le PS en premier, qui peuvent aspirer à la succession au gouvernement, ne savait que faire des émeutes de banlieues, ne parvenant pas à se démarquer du pouvoir en place, il lui est difficile aujourd'hui de condamner, sinon pour quelques débordements localisés, mis sur le compte de l'intransigeance du gouvernement[ « Dominique de Villepin est embarqué dans une aventure personnelle dangereuse», entretien avec Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Libération, 22 mars 2006], un affrontement qui lui sert, expression en grande partie d'une population d'étudiants et de lycéens qui lui est proche. Elle ne peut cependant ignorer deux dangers : son incapacité actuelle à répondre, elle-même, par des propositions politiques concrètes à la colère d'une génération précarisée[ «Ils font ce que les 30-40 ans n'ont pas réussi» Libération'', 22 mars 2006], et le danger que représente la montée du mouvement et son extension sur un autre terrain qui lui échappe tout autant qu'au gouvernement, celui des jeunes des cités périphériques.
Violences
Les violences ayant eu lieu en marge des manifestations ont été critiquées autant par des opposants que par des détracteurs du projet gouvernemental, la presse a fortement médiatisée ces évènements.
Les violences pointées sont de 2 types :
- Violence aux biens
- les dégradations ayant eu lieu lors de l'évacuation des bâtiments occupés tel que la Sorbonne par les forces de l'ordre.
- les dégradations en marge des manifestations (vitrines, voitures , aubette) causées par des jeunes ( parfois très jeunes) venus pour en découdre avec les forces de l'ordre, ou même voler ou frapper les manifestants. Pour une petite partie des manifestants principalement issus des quartiers populaires, ce serait un moyen d'exprimer une souffrance sociale. Dans certaines villes, les étudiants mobilisés tentent de les faire s'exprimer d'une façon qu'ils jugent plus productive, et cela aurait donné quelques résultats (par exemple sur Lille).
- Violences aux personnes
- envers les bloqueurs de la part des forces de police. Selon les manifestants, elles seraient de plus en plus violentes, face à des manifestants refusants de libérer les lieux bloqués.
- envers les forces de police de la part des manifestants. Une partie minoritaires des manifestant profiteraient des manifestations pour règler leurs comptes avec la police, le reste de ces violences découleraient de l'évacuation par les forces de l'ordre des lieux bloqués.
Vers la fin des occupations d'universités, des dégradations eurent lieu sur quelques universités, le chiffre de deux millions d'euros fut avancé, ces dégradations se concentrèrent essentiellement sur celles où les étudiants mobilisées entretenaient des relations très tendues avec la direction des universités. Celles ou un dialogue eu lieu avec la direction furent quasiment épargnées.
Oppositions au mouvement et controverses
Parmi les étudiants, la forme du blocage a fortement été critiquée, comme non représentative, illégale et totalitaire, et comme réponse autoritaire à l'autoritarisme supposé du gouvernement, souvent rappelé. [Pour faire approuver son projet de loi à l'assemblée, le gouvernement a utilisé l'article "L'article 49.3" qui permet de résumer les discussions à l'assemblée en un simple vote pour / contre. Ce vote a par ailleurs été fait de nuit, sans préavis (mesure d'urgence), dans une assemblée d'environ 60 députés avec une majorité appartenant à l'UMP. Le gouvernement de Dominique de Villepin était certain de l'emporter, et l'a effectivement emporté.]
Il s'est révélé plusieurs fois que les "assemblés générales" (vote à mains levée comptabilisés à vue, temps de parôles 90% pro-blocage 10%anti-blocage, présence de personnes n'étudiants pas dans cette université, salle trop petite pour faire enter tous ceux souhaitants voter...) allaient à l'encontre du choix des étudiants observés par les votes organisés par les universités. Ces "assemblés générales", bien que minoritaires, se sont alors auto-déclarées seules autorisés à décider ou non du blocage.
Une autre critique décrit une faible connaissance supposée du projet de loi sur l'égalité des chances, qui fait dire que le mouvement est soit une simple réaction par le « non », sans argumentation ; ou que le CPE est le moyen pour les syndicats et la gauche de réapparaître comme élément indispensable. Ce type de critique, répandu en démocratie libérale, soutient que le peuple - et dans ce cas la jeunesse - méconnaît de façon générale la réalité objective et la complexité du monde et que par conséquent les mouvements populaires sont le fruit d'émotions collectives, voire de manipulations.
Enfin, les débordements existent et sont condamnés par les pro-CPE comme par certains de celles et ceux qui sont contre. Ces débordements ont surtout lieu en marge ou en fin de manifestations, ou dans des manifestations nocturnes organisées par les militants les plus radicaux. Il faut cependant rappeller ici le rôle important des syndicats lycéens qui, en choisissant d'inscrire leur mouvement dans l'illégalité et le non-respect des libertés et des droits fondamentaux, participe aux dérapages incontrolés du mouvement.
Voir aussi
Liens internes
Liens externes
Notes / Références
Conflit social | 2006 labor protests in France | Arbetsrättsprotesterna i Frankrike 2006