Ces journées révolutionnaires, qui aboutissent à la suppression du droit naturel pour la succession du roi, décrètent que la population « confèrerait » la souveraineté. La branche cadette des Bourbons, celle d'Orléans, accéde ainsi au pouvoir. Louis-Philippe Ier devient "roi des Français" et non pas "roi de France". Louis-Phillipe est le dernier roi en France jusqu'à nos jours. Son règne, amorcé en 1830 après les barricades des Trois Glorieuses, finit en 1848 par d'autres barricades qui le chassent pour instaurer la Seconde République.
Le 9 août 1830, Louis-Philippe prête serment à la Charte et est couronné. La Charte s'inscrit comme un compromis entre les constitutionnels et les républicains.
Le 11 août 1830, un premier ministère est formé, rassemblant des ténors de l'opposition constitutionnelle à Charles X, dont Casimir Perier, Laffitte, Louis Mathieu Molé, de Broglie, Guizot, Montalivet... On commence par épurer l'administration de tous les sympathisants légitimistes qui refusent de prêter serment au nouveau régime et à son souverain. Des lois anti-cléricales sont adoptées comme l'abolition de la loi du Sacrilège, l'exclusion des évêques de « l'État », la suppression des traitements supplémentaires en faveur des ecclésiastiques. Mais au sein du gouvernement naissent deux tendances opposées que sont :
Dans un premier temps, le roi donne sa faveur au mouvement, en nommant Jacques Laffitte, le 2 novembre 1830, président du conseil. Mais, alors que le régime est encore à ses premiers mois d'existence, une certaine agitation dans le pays se fait déjà sentir, motivée par la clémence qui marque les procès des anciens ministres de Charles X (soulèvement du peuple parisien évité le 21 décembre), la démission de Lafayette de la Garde Nationale et la célébration d'une messe en souvenir du duc de Berry le 14 février 1831 déclenchant la fureur des anti-cléricaux. De plus, la situation économique difficile et la réticence montrée par le roi à partager ses pouvoirs entraînent la démission de Laffitte.
Il est remplacé, le 13 mars 1831, par Casimir Perier (parti de la résistance). Celui-ci ne veut plus d'une « monarchie honteuse », et souhaite mettre en place le cadre d'une véritable monarchie avec un programme clair « au dedans l'ordre sans sacrifice pour la liberté, au dehors la paix, sans coûts pour l'honneur ».
Le roi décide de prendre les choses en mains en assumant à titre exceptionnel (pour cause de décès de Casimir Perier, atteint du choléra) la fonction de président du conseil de mai à octobre 1832, puis nomme un homme de confiance, l'inflexible Maréchal Soult. Celui-ci est secondé au sein du gouvernement par un triumvirat constitué de personnalités majeures du parti de la résistance que sont Thiers, de Broglie, Guizot. Ce dernier met en place la célèbre loi sur l'instruction primaire en juin 1833 qui oblige la création d'une école élémentaire dans chaque commune. Mais la politique de Soult est surtout basée sur la stabilisation du régime à travers une politique répressive : en mars 1834, les associations de plus de 20 membres, sont interdites, l'influente Société des Droits de l'Homme est contrée. 2000 personnes sont arrêtées suite aux différentes émeutes notamment à Paris et à Lyon. Les élections de juin 1834 marquent un renforcement de la résistance et l'émergence d'un Tiers-parti qui, lui, souhaite une conciliation avec la gauche. Si le départ du duc de Broglie du gouvernement, qui dénoncait l'omnipotence du roi, entraîne la démission de Soult, le régime semble installé, après avoir brisé l'insurrection.
Le roi échappe en juillet 1835 à une tentative d'assassinat par Fieschi. En septembre 1835, les lois répressives sont mises en place : limitation de la liberté de la presse (sanction contre les atteintes au roi et au régime), sévérité face aux délits politiques.
Le régime monarchique se stabilise par une politique de réconciliation. Elle commence en 1835. L'Arc de triomphe, à la gloire des campagnes napoléoniennes, est inauguré en 1836, l'année du transfert des cendres de l'Empereur aux Invalides. Louis-Napoléon Bonaparte tente alors un coup d'État à Strasbourg, puis récidive à Boulogne-sur-Mer en 1840. Louis-Philippe, clément, l'emprisonne au fort de Ham. La colonne de Juillet est érigée en mémoire des Trois Glorieuses.
Le gouvernement est orléaniste, ainsi que la Chambre. Ceux-ci sont divisés entre:
Guizot est la tête pensante du gouvernement dès 1840. La question d'Orient est réglée par la Convention des Détroits en 1841, permet un premier rapprochement franco-anglais. Cela favorise la colonisation de l'Algérie conquise par Charles X.
Guizot s'appuie sur le parti conservateur et une opposition divisée, situation accentuée par la dissolution de la Chambre qui renforce les partisans du roi. Ainsi, il considère que toute réforme s'avère être un danger et est inutile. Aussi refuse-t-il toute réforme qui abaisserait le cens, et accepte encore moins l'idée du suffrage universel direct. Selon lui, la monarchie doit favoriser la « classe moyenne », les notables. Ceux-ci sont réunis par la propriété foncière, une "morale" liée à l'argent, le travail et l'épargne. "Enrichissez vous par le travail et par l'épargne et ainsi vous serez électeur !". Guizot s'acharne à favoriser les propriétaires et à conserver le régime. Il est aidé par le décollage économique du pays de 1840 à 1846. Avec un rythme de croissance de 3,5 % par an, les revenus agricoles augmentent, ainsi que le pouvoir d'achat, qui entraine une hausse de la production industrielle. Le réseau des transports connait une croissance spectaculaire. En 1842, une loi organise le réseau ferré national, qui passe de 600 à 1850 km.
L'époque est caractérisée par l'éclosion d'un nouveau phénomène social, qu'on baptise le paupérisme. Lié à l'industrialisation et à la concentration ouvrière, il s'agit de la pauvreté durable et massive des ouvriers, qui ne peuvent améliorer leur niveau de vie. De plus, les anciennes solidarités de congrégations caractéristiques de l'Ancien Régime ont disparu. La situation ouvrière est catastrophique. Journée de 14 heures, salaires à 0,20 Franc par jour, les ouvriers sont à la merci des patrons. Les 250 000 mendiants et les 3 millions de Français inscrits aux bureaux de bienfaisance constituent un redoutable réservoir d'insatisfaits, face à une assistance de l'État inexistante.
En 1846, la récolte est très mauvaise. L'augmentation des prix du blé, base de l'alimentation, provoque la disette. Le pouvoir d'achat baisse. Le marché de consommation intérieur ne progresse plus, entrainant une crise industrielle de surproduction. Immédiatement les patrons s'adaptent en renvoyant leurs ouvriers. Aussitôt, on assiste à un retrait massif de l'épargne populaire, le système bancaire est en crise. Les faillites se multiplient, les cours de la Bourse chutent. L'État réagit en important du blé russe, ce qui rend la balance commerciale négative. Les grands travaux stoppent.
Les manifestations ouvrières se développent. En 1847, émeutes du Buzançais. À Roubaix, 60% des ouvriers sont au chômage. Les affaires de corruption (Teste) et les scandales (Affaire Choiseul-Praslin) entachent le régime.
Les associations étant encadrées et les rassemblements publics interdits à partir de 1835, l'opposition est bloquée. Pour contourner cette loi, les opposants suivent les enterrements civils de certains d'entre eux qui se transforment en manifestations publiques. Les fêtes de famille et les banquets servent également de prétextes aux rassemblements. La campagne des banquets, à la fin du régime, se déroule dans toutes les grandes villes de France. Louis-Philippe durcit son discours, et interdit le banquet de clôture le 14 janvier 1848. Le banquet, repoussé au 22 Février, va provoquer la Révolution de 1848.
Après une agitation le roi remplace le ministre François Guizot par Adolphe Thiers qui propose la répression. Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans (1838-1894), en confiant la régence à sa bru Hélène de Mecklenburg-Schwerin, en vain. La IIe République est proclamée le 27 février devant la colonne de la Bastille.
Louis-Philippe qui se voulait être le roi citoyen à l'écoute du pays réel, le roi appelé au trône et apparu lié au pays par un contrat dont il tirait sa légitimité, n'a pas su comprendre que son peuple voulait élargir le corps électoral, pour les plus frileux politiquement en baissant le cens, pour les plus progressistes obtenir le suffrage universel.
Si la fin de règne ressemble fort à une guerre civile, l'époque est caractérisée par une effervescence de la création artistique et intellectuelle qui permit à la France de surmonter les blessures faites à l'orgueil national.
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