Un modèle mathématique est une traduction de la réalité pour pouvoir lui appliquer les outils, les techniques et les théories mathématiques, puis généralement, en sens inverse, la traduction des résultats mathématiques obtenus en prédictions ou opérations dans le monde réel.
Dans toute modélisation il y a un choix a priori de l’espace mathématique servant à repérer l’ensemble des phénomènes. L'espace mathématique ne peut en aucun cas être identifié au réel de la physique.
Ainsi et par exemple, en physique, on peut trouver commode d'utiliser un espace tridimensionnel euclidien, ou un espace "courbe", ou un espace à 4,5, 11 ou 26 dimensions, ou un espace de Hilbert, etc. Et, en général, on peut démontrer que ces différentes représentations sont parfaitement équivalentes, mais plus ou moins adaptés à tel ou tel cas. Il est important de noter que tous ces modèles ne sont que cela : des modèles. Ils sont utiles pour traiter le réel, mais il ne faut pas les prendre pour le réel. Si un physicien affirme par exemple que "l'univers est en expansion", il faut bien comprendre qu'implicitement il indique "par rapport à mon cadre mathématique, tout ce passe comme si...". Un autre physicien peut affirmer que "l'univers n'est pas en expansion" : s'il utilise le même cadre mathématique, ils se contredisent, mais si le second utilise un autre cadre mathématique, ils peuvent être en fait parfaitement d'accord.
La même remarque s'applique à toutes les modélisations, et notamment aux modélisations économiques et comptables, qui auront des conséquences économiques et fiscales importantes : l'archétype de la modélisation économique étant le cadastre fiscal et les bases de la taxation immobilière, dont tout le monde sait bien qu'elles sont "fausses", c'est à dire qu'elle ne reflètent que très imparfaitement la valeur réelle qui est censé servir de référence.
Tout ceci sans abolir le réel : le modèle de pont peut bien affirmer que tout va bien se passer, il est possible que le pont s'écroule quand même (en sens inverse, il est douteux qu'on construise un pont si le modèle indique qu'il va s'effondrer...).
Bien entendu, les deux types de modèles sont parfaitement liés : une bonne prédiction suppose au moins la prédiction de la situation passée et actuelle, c'est à dire une bonne description. Inversement, une bonne description serait parfaitement vaine si elle ne servait pas au moins de diagnostic, ou de carte, pour identifier la conduite à tenir.
Il est intéressant de noter qu'un même modèle mathématique peut se trouver applicable à de nombreuses situations, n'ayant pas forcément un rapport bien évident. Par exemple, des générateurs de paysages sont capables créer des formes réalistes d'objets aussi différents que des montagnes, des arbres, des rochers, de l'herbe, des coquillage ou des flocons de neige, avec un seul modèle général, alors même que les processus de croissance et de constructions de ses objets sont très divers. Si, au lieu de créer un nouveau modèle, on est capable de rapprocher un problème d'un ancien modèle connu, on obtient immédiatement une masse de données très utile. Une grande partie du travail est donc de reconnaitre qu'un modèle connu s'applique, ou à étendre les propriétés connues d'une classe particulièrement utile de modèle (propriété qu'on pourra ensuite utiliser plus largement).
Un modèle est pertinent
1. Le point de départ est toujours une question qu'on se pose sur une situation future et/ou si complexe qu'on n'y trouve pas la réponse de manière évidente.
2. Pour trouver la réponse, il est nécessaire de limiter le champ du problème en recherchant les données qu'on imagine avoir un lien direct avec la question. Trop limiter fait courir le risque de ne pas modéliser un phénomène qui a du poids dans le contexte, mais trop ouvrir entraîne une dispersion des moyens et une accumulation de données non pertinentes qu'il faudra écarter en justifiant les choix. Cette étape est la plus délicate pour la qualité du modèle : elle est soumise aux a priori du modélisateur, à ses manques de connaissances — parfois de méthode — et aux moyens dont il dispose (temps, argent, accès aux données). Au cours de cette étape, on choisit le type de modèle général qu'on va utiliser, notamment en fonction des données dont on pense disposer.
3. Il faut ensuite construire le modèle :
4. Le « substrat » restant constitue le modèle, ensemble de règles ou d'équations. Il faut décrire ces règles le plus complètement possible : leur importance relative, les données en entrée et en sortie, les outils mathématiques utilisés, les étapes par lesquelles il faut passer, les points de contrôle.
5. La dernière étape consiste à valider le modèle : en appliquant aux données filtrées les règles du modèle, retrouve-t-on la situation initiale ? Si l'écart est trop important, il est nécessaire de se reposer la question des limites que l'on a fixées, ou de la pertinence des outils utilisés pour la modélisation.
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