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Martin Heidegger est un philosophe allemand né à Messkirch le 26 septembre 1889 et mort le 26 mai 1976 à Fribourg-en-Brisgau. Il eut pour maître Edmund Husserl.

Il eut notamment pour élèves Hannah Arendt, Leo Strauss, Emmanuel Lévinas, Jean Wahl, Hans Jonas, Herbert Marcuse, Max Horkheimer, Oscar Becker, Walter Biemel, Karl Löwith, Hans-Georg Gadamer et Jan Patočka. Il fut un penseur de référence pour une pléiade d'auteurs tels Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Alexandre Kojève, Paul Ricœur, Jean-Luc Marion, Claude Romano, dans la lignée de la phénoménologie et des philosophies de l'existence. Egalement pour les grands noms du structuralisme Lacan , Foucault, Althusser. Beaucoup d'écrivains comme Maurice Blanchot, Georges Bataille, René Char, Roger Munier, Michel Deguy. Dans la ligne de la psychiatrie phénoménologique, ou Daseinsanalyse, Ludwig Binswanger, Medard Boss, Henri Maldiney. Dans le cadre des études aristotéliciennes, Pierre Aubenque, puis Rémi Brague. Dans la perspective de la déconstruction de la métaphysique, Jacques Derrida, et ses propres élèves : Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe. Son interprète "autorisé" en France : Jean Beaufret, suivi de François Fédier.

On peut ajouter que de nombreux philosophes de renom en Europe, ont été soit formés à la pensée de Heidegger, soit largement influencés par son œuvre. En Italie c'est le cas de Giorgio Agamben, Massimo Cacciari, Gianni Vattimo, parmi d'autres, en Allemagne Ernst Tugendhat, Peter Sloterdijk, en Espagne, José Ortega y Gasset, en Grèce Kostas Axelos, en Roumanie Alexandru Dragomir. Aux États-Unis ou au Canada, nombreux sont également les penseurs qui, tels Hubert Dreyfus, Stanley Cavell ou Richard Rorty, ou encore Charles Taylor, se réfèrent à Heidegger et qui ont connu son influence.

Biographie


Né le 26 septembre 1889 à Messkirch (Allemagne), dans un milieu très catholique, Heidegger fit des études de théologie et de philosophie, avant d'abandonner la foi. Il dira ensuite que celle-ci est radicalement incompatible avec la philosophie. La théologie aussi par conséquent.

Il devient en 1915 l'assistant de Husserl dont il partage la philosophie, soit la phénoménologie. Il va ensuite largement transformer celle-ci et se détacher de son maître, avec son livre majeur qui d'emblée est considéré comme un apport considérable à la philosophie, Sein und Zeit, qui est publié en 1927 (un des plus remarquables de l'histoire de la philosophie, diront certains de ses lecteurs, comme Levinas). Sein und Zeit (Être et Temps), livre immédiatement remarqué pour son importance et par lequel Heidegger acquiert reconnaissance et même célébrité, est suivi de Kant et le problème de la métaphysique, en 1929.

Husserl, malgré la distance et malgré le nazisme qui les sépara, considéra toujours Heidegger comme un grand penseur "Il est, à n'en pas douter, le plus doué de tous ceux qui faisaient autrefois partie de mon cercle" dit-il à Max Müller. Müller "Erinnerrungen an Husserl", in Edmund Husserl und die pänomenologische Bewegung

Heidegger fut un professeur considéré, dès 1919, comme remarquable, avant même d'avoir écrit. Ses cours tranchaient tellement avec la platitude universitaire sécrétant l'ennui de la répétition du déjà connu, qu'il attira les étudiants en nombre. Avec lui la pensée redevenait vivante et la philosophie affaire de pensée, non d'érudition académique. Heidegger ouvrait un dialogue avec les philosophes, faisant acte de pensée, quand l'enseignement se bornait à parler sur la philosophie. Tel est du moins le témoignage qu'en donne Hannah Arendt dans « Martin Heidegger a 80 ans » (in Vies politiques, Gallimard), où elle nomme Heidegger « le roi secret de la pensée » et à qui elle attribue d'avoir complètement renouvelé la lecture des philosophes et donné à la philosophie la chance d'une véritable renaissance.

Ses cours, où l'on se pressait (il fallait venir deux heures à l'avance pour être sûr d'avoir une place), furent suivis par de nombreux étudiants en philosophie de l'époque, qui allaient devenir ensuite des philosophe reconnus. Il forma une génération, dans laquelle on compte : Hannah Arendt, Gadamer, Levinas, Hans Jonas ou Marcuse.

La période du nazisme, ainsi que la question de la nature profonde des rapports de Heidegger avec l'idéologie nationale-socialiste, continuent de susciter de vives polémiques : un article à part, « Heidegger et le nazisme », y est donc consacré.

Un destin français

Dès le début des années 1950 Heidegger est en France la figure philosophique la plus importante, via Sartre le premier, et de nombreux autres ensuite, à commencer par Jean Beaufret qui organisa la traduction de ses textes. La réception de Heidegger en France est en soi une histoire singulière, écrite par Dominique Janicaud (Heidegger en France, Albin Michel, 2001).

En 1955 il est invité en France par Paul Ricoeur, Maurice de Gandillac et Jean Beaufret pour présenter une conférence à Cerisy. Il rencontre Jacques Lacan chez qui il séjourne. Il fut ensuite régulièrement invité par René Char en Provence, pour tenir des Séminaires transcrits dans Questions IV.

Il publie en 1951 Qu'appelle-t-on penser ? et en 1953 La question de la technique. Il enseignera jusqu'en 1973. Il meurt le 26 mai 1976, dans son village natal.

Philosophie


Son influence à travers le monde ne permet pas de citer tous les noms de ceux qui eurent à s'inspirer de sa pensée, y compris de manière critique, ou dans une reprise qui transpose et détourne sa pensée tout en la questionnant dans ses oublis, ou ses limites, telle l'œuvre de Derrida qui doit être citée principalement comme déconstruction de Heidegger lui-même. En France, le nom de Sartre doit être d'abord cité. L'être et le néant s'inscrit explicitement dans la ligne de Heidegger, que Sartre introduit en France, important ce courant philosophique connu sous le terme d'existentialisme, et qui, dans la suite de Kierkegaard, va profondément marquer la vie intellectuelle de l'après-guerre. Heidegger, dans la Lettre sur l'humanisme désavouera l'interprétation que Sartre donne de Être et Temps, soit une interprétation cartésienne de l'existence telle que la problématise Heidegger. Le nom de Heidegger, avec ceux des penseurs de l'existence, doit également être associé à celui de Merleau-Ponty qui s'inscrira dans son héritage. Tant d'autres suivront, en France Foucault, Lacan ou Althusser qui s'inspireront de certains thèmes, Derrida surtout qui ne cessera de mettre en lumière l'impensé de Heidegger et ses limites, en Italie Agamben, Gianni Vattimo, Massimo Cacciari et puis jusqu'aux États-Unis, où ils sont trop nombreux pour pouvoir être cités.

L'œuvre

Son œuvre, qui comportera plus de cent volumes quand l'édition en sera achevée, est en grande partie constituée de ses Cours qui reprennent la compréhension de toute l'histoire de la philosophie. Dans chaque philosophie, il prétend débusquer l'impensé singulier qui est le sien, dû à l'oubli de l'être, d'où proviendrait son aveuglement à l'histoire qu'elle contribue pourtant à façonner, promouvant ainsi toujours davantage une métaphysique de la volonté dont l'impasse culmine dans la « volonté de volonté » caractéristique du nihilisme accompli.

Les sources de son œuvre sont très diverses, de sorte que celle-ci constitue une vaste relecture de toute l'histoire de la métaphysique occidentale.

Dans Ontologie, hérméneutique de la facticité, Heidegger écrit : « Mon compagnon de route dans la recherche fut le jeune Luther et mon modèle Aristote, que le premier haïssait. Les coups, c'est Kierkegaard qui me les a portés, et les yeux, c'est Husserl qui me les a implantés ». (Ga 63, pp. 5-6)

Trois chemins menèrent Heidegger à Être et temps :

1. Tout d'abord, la pensée aristotélicienne où Heidegger trouve la question du sens de l'être. Il lit dès 1907 le livre de Franz Brentano, De la signification multiple de l'étant chez Aristote (1862). Dans les années 20, il consacre la plupart de ses cours (1921, 1922, 1924, 1926) à l'interprétation phénoménologique des textes d'Aristote.

2. Ensuite, la phénoménologie husserlienne. Heidegger lit les Recherches Logiques dès 1909. Il devient l'assistant de Husserl à Fribourg et anime des séminaires d'introduction aux Recherches Logiques. En 1925, dans son cours sur Les Prolégomènes à l'histoire du concept de temps, il rend une nouvelle fois hommage à la percée que constituent à ses yeux l'ouvrage de 1901 et ses trois découvertes fondamentales (l'intentionnalité, le sens phénoménologique de l'a priori et l'intuition catégoriale) mais prend ses distances à l'égard du tournant transcendantal de la phénoménologie husserlienne des Idées directrices (1913). Sein und Zeit est dédié à Husserl, « en témoignage de vénération et d'amitié ». Il lui succède à Fribourg en 1929.

3. Enfin, la source théologique. « Sans cette provenance théologique, je ne serais jamais parvenu sur mon chemin de pensée », écrit Heidegger dans son « Entretien sur la parole avec un Japonais » (in Acheminement vers la parole). Heidegger étudie d'abord la théologie avant de s'orienter vers la philosophie. A la fin des années 10, il rompt avec le catholicisme et étudie les penseurs protestants, essentiellement Luther et Kierkegaard. En 1918-19, Heidegger élabore un cours sur « Les fondements philosophiques du mysticisme médiéval » (Ga 60), où il cite Maître Eckhart, saint Bernard, Thérèse d'Avila… Heidegger se consacre d'abord à une phénoménologie de la vie religieuse où il trouve les expériences fondamentales de la vie qui le conduisent à l'élaboration de l'analytique du Dasein humain. Son cours d'hiver 1920 porte sur Saint Paul, et celui de l'été 1921 sur Saint Augustin. En 1924, il prononce une conférence sur le péché chez Luther. En 1927, il prononce une conférence intitulée « Phénoménologie et théologie ». Ses écrits les plus tardifs sont, eux aussi marqués par cette provenance : Le principe de raison, cours de 1955, analyse longuement les vers du mystique Angelus Silesius, et la sérénité (Gelassenheit) est une notion héritée de Maître Eckhart.

Au milieu des années 20, avec la mise en avant de la question du temps, Heidegger est amené à travailler sur Kant. Il consacre le semestre d'hiver 1927-1928 à une interprétation phénoménologique de la Critique de la raison pure, qui aboutit en 1929 à la publication de Kant et le problème de la métaphysique et à sa célèbre confrontation avec Cassirer la même année à Davos.

La référence à Leibniz est moins présente, mais Heidegger lui consacre quelques séances de son séminaire en 1928, et trouve chez lui la question fondamentale de la métaphysique : « Pourquoi il y a l'étant et non pas plutôt rien ? »

À partir de 1929, Heidegger se tourne vers l'idéalisme allemand. Le séminaire d'été 29 qui porte ce titre, Der deutsche Idealismus (Fichte, Schelling, Hegel) ne sera finalement pas prononcé. Il consacre son séminaire d'hiver 1930 à l'étude de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, et son séminaire d'été 1936 à l'étude de Schelling.

Le Tournant historial de la pensée de Heidegger, devenant une « méditation de l'histoire de l'Être », entendue au sens d'un génitif subjectif, comme « l'histoire de la métaphysique occidentale » en laquelle l'Être se dispense en se retirant, le conduit à se tourner vers le commencement de cette histoire : les présocratiques. Il consacre son séminaire d'été 1932 à l'étude d'Anaximandre et Parménide. Des cours sont encore par la suite consacrés à Parménide (1942/43) et à Héraclite (1943 et 1944, puis dans en 1966-1967 en commun avec Eugen Fink). Les Chemins qui ne mènent nulle part (« La parole d'Anaximandre ») et les Essais et conférences (« Logos », « Moïra », « Alêthéïa ») reprennent la plupart de ces lectures.

Le Tournant historial de la pensée de Heidegger le conduit corrélativement à se tourner vers la fin de la métaphysique occidentale, son achèvement dans le nihilisme avec Nietzsche. Heidegger consacre six séminaires à l'étude de son œuvre de 1936 à 1942 qui sont recueillis en deux tomes, Nietzsche I et Nietzsche II. En 1943, il prononce la conférence « Le mot de Nietzsche, Dieu est mort », reprise dans les Chemins. En 1953, il prononce la conférence « Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ? », reprise dans les Essais et conférences.

Enfin, Heidegger consacre à partir des années trente, jusqu'à la fin de sa vie, de nombreuses études à la poésie. Son cours de 1934-35 est une lecture des hymnes « La Germanie » et « Le Rhin » de Hölderlin. D'autres séminaires suivront, consacrés à « Souvenir » (1941-42) et à « L'Ister » (1942). En 1946, il prononce la célèbre conférence « Pourquoi des poètes ? », interpretation de Hölderlin et Rilke, reprise dans les Chemins. En 1951, il prononce une conférence méditant les mots d'Hölderlin « L'homme habite en poète », reprise dans Essais et conférence. En 1958, il prononce une conférence sur Johann Peter Hebel. 1959, il publie Acheminement vers la parole, recueil de conférences méditant la Sprache à partir de Hölderlin, Georg Trakl, Stephan George et Novalis. L'ouvrage est dédié au poète français René Char, que Heidegger lit et rencontre : « pour René Char / en remerciement de l'habitation poétique tout proche au temps des séminaires du Thor / avec le salut de l'amitié ». Enfin, en 1967, puis en 1970, Heidegger assiste à Fribourg aux lectures de Paul Celan (sur cette rencontre, cf. H. France-Lanord, Paul Celan et Martin Heidegger, Fayard, 2004).

Heidegger et l'histoire de la philosophie

Heidegger fut un grand lecteur des philosophes, et il tenta d'ouvrir de nouveaux chemins, comme l'indique le titre du recueil de textes allant de 1936 à 1946, Chemins qui ne mènent nulle part. Il donne par exemple du temps une nouvelle compréhension, le faisant accéder à l'Être, proposant de plus de « comprendre l'Être à partir du temps » et non l'inverse, renversant ainsi toute la tradition philosophique depuis les origines grecques.

Il propose aussi de comprendre l'essence de l'homme en partant de la vérité de l'être - et non pas de la vérité de l'étant. Radicale nouveauté qui paraît rompre avec la tradition depuis les origines grecques de la philosophie, ce qui, ajouté à sa langue ésotérique et obscure, produisait un effet de dépaysement et d'étrangeté sur ses auditeurs, puis ses lecteurs, le situa comme un penseur « à part », inventant une nouvelle manière d'écrire l'histoire de la philosophie.

Il entreprit ainsi de relire presque tous les philosophes, et de reprendre à nouveau frais l'histoire de la philosophie, à la lumière de l'ontologie fondamentale dessinée dans Être et Temps qui jette, selon lui, un « nouvel éclairage critique sur la métaphysique, qu'il ne cesse de penser jusque dans ses conséquences ultimes, contribuant ainsi à son écroulement ». La métaphysique est accomplie et sa fin doit être désormais entérinée -c'est le thème de la fin de la métaphysique. L'histoire de la philosophie, d'après la compréhension qu'il en suggère, est l'histoire de « l'oubli de l'Être par le fait de privilégier la connaissance de l'étant en adoptant le point de vue de l'étant ». Ainsi plongée dans l'oubli de sa provenance (soit la parole de l'Etre qui se laisse encore entendre chez les présocratiques et qui a été, depuis, oubliée) et livrée à l'étude de l'étant, elle se trouve exposée à céder devant la science sinon à s'y réduire - la science dont le trait qui la caractérise est qu'elle « ne pense pas ».

Heidegger ne cessera de creuser les questions qu'il pose à toute la philosophie, depuis les présocratiques, sous l'égide de la question de l'Être, et à partir d'une « nouvelle compréhension de la vérité », non plus entendue comme adaequatio (entre réel et esprit, ou, en termes modernes, sujet et objet), mais comme alêthéïa (le non-voilé), comme dé-voilement de l'Etre, qui se tient en retrait, ressource infinie de possibles.

Être et Temps

Son œuvre la plus importante est Être et Temps (Sein und Zeit, 1927), conçue comme une première partie d'un projet qui ne fut pas mené à terme. Cette œuvre marque un tournant important de la philosophie continentale (Lévinas - qui s'opposa pourtant à lui, sur la question de l'ontologie, considéra à la lecture de cette œuvre que Heidegger était l'un des plus grands philosophes de l'histoire occidentale) ; c'est sous son influence que se développent l'existentialisme et la déconstruction.

Cette œuvre pose la question du sens de l'être, question fondamentale de l'ontologie, définie par Aristote comme étant la question de l'être en tant qu'être. Pour Heidegger, cette question, qui est tombée dans l'oubli et la trivialité (la tradition philosophie qu'il faudra détruire - ou, suivant les traductions - déconstruire), doit être reposée à la lumière d'une « analytique du Dasein », c'est-à-dire une analyse de l'existence humaine, étant privilégié parmi les étants :

« Le Dasein est un étant qui ne se borne pas à apparaître au sein de l’étant. Il possède bien plutôt le privilège ontique suivant : pour cet étant, il y va en son être de cet être. * La compréhension de l’être est elle-même une déterminité d’être du Dasein. Le privilège ontique du Dasein consiste en ce qu’il est ontologique. » (Être et Temps). Pour le reformuler dans un langage plus clair, l'homme est cet étant ontologiquement privilégié en ceci qu'il a toujours déjà une certaine entente de l'être, non une connaissance, mais une certaine compréhension implicite et non thématique de ce que signifie « être » pour les étants (les choses qui sont) qui l'entourent. La connaissance de l'étant est dite ontique : la science est un exemple de connaissance ontique en ce qu'elle n'interroge jamais les présupposés de ses relations aux objets. La question de l'être de l'étant, quant à elle, est dite ontologique.

Le Dasein est explicité ainsi par Heidegger :

« * ontiquement, le Dasein n’est pas seulement proche, ou même le plus proche — mais nous le sommes même nous-mêmes. » « L’être lui-même par rapport auquel le Dasein peut se comporter et se comporte toujours d’une manière ou d’une autre, nous l’appelons existence. Et comme la détermination d’essence de cet étant ne peut être accomplie par l’indication d’un quid réal, mais que son essence consiste bien plutôt en ceci qu’il a à chaque fois à être son être en tant que sien, le titre Dasein a été choisi comme expression ontologique pure pour désigner cet étant. » Le Dasein est donc le rapport d'un étant à lui-même, rapport d'appropriation dont le Dasein est responsable :

« Le Dasein se comprend toujours soi-même à partir de son existence, d’une possibilité de lui-même d’être lui-même ou de ne pas être lui-même. » Cette compréhension de soi et la prise en charge ou non de son être par le Dasein est appelée existentielle par Heidegger. L'examen des structures de cette existentialité est « la tâche d’une analytique existentiale du Dasein. » Mais en tant que le Dasein est toujours déjà impliqué dans un monde, c'est dans cette analytique que peut être recherchée l’ontologie-fondamentale d'où jaillissent toutes les autres ontologies. Ce point est fondamental pour le questionnement du sens de l'être :

« Le Dasein s’est alors dévoilé comme l’étant qui doit d’abord être élaboré ontologiquement pour que le questionnement puisse accéder à la transparence. Mais maintenant il nous est apparu que c’était l’analytique ontologique du Dasein en général qui constituait l’ontologie-fondamentale, donc que le Dasein fonctionnait comme l’étant qui doit fondamentalement et préalablement être interrogé quant à son être. Lorsque l’interprétation du sens de l’être devient tâche, le Dasein n’est pas seulement l’étant à interroger primairement, il est en outre l’étant qui, en son être, se rapporte toujours déjà à ce qui est en question en cette question. La question de l’être, par suite, n’est rien d’autre que la radicalisation d’une tendance essentielle d’être appartenant au Dasein même, la compréhension préontologique de l’être.» Mais il ne s'agit pas de faire une anthropologie complète du Dasein, l'intention étant exclusivement fondamentale-ontologique. Celle-ci protège a priori l'analytique existentiale contre le reproche de ne pas rendre compte de telle ou telle dimension de l'existence, comme le corps, la sexualité, l'art ou encore l'amour. Selon Heidegger, il suffit pour répondre à la question de l'être, de s'en tenir à comprendre le sens préontologique de cet être qu'est le Dasein. Or, le sens de cet étant est la temporalité dont les structures sont des modes. C'est donc le temps qui est l'horizon hérméneutique de notre compréhension de l'être, le temps qui est l'horizon à partir duquel l'être est intelligible. L'être est en effet toujours déjà compris implicitement comme présence (en grec l'être est ousia, la présence se dit parousia), c'est-à-dire compris dans l'horizon du présent comme dimension du temps. Ce temps a reçu des hommes une fonction ontologique discriminante puisqu'il sépare des régions de l'étant (ce qui est dans le temps, ce qui est hors du temps). Mais cette fonction n'a jamais été expliquée et demeure obscure : d'où vient cet usage ontologique du temps ? Expliquer cette problématique du temps, c'est se donner les moyens de traiter la question du sens de l'être, puisque l'être est compris à partir du temps et de ses modalités : l'interprétation de l'être est la compréhension de la temporalité.

Il y a cependant un premier obstacle signalé plus haut : l'oubli de la question de l'être. De quelle manière cet oubli est-il un obstacle ? Pour le comprendre, Heidegger souligne que, dans la mesure où le Dasein est temporel, il n'a pas seulement un passé, il est ce passé : l'histoire du Dasein est constitutive de son être. Mais cette historialité du Dasein peut lui être voilée par une tradition autoritaire, qui refuse au Dasein sa capacité de prendre en charge son être propre, y compris son histoire, qui, lorsqu'elle est appropriée de manière authentique (lorsque le Dasein en fait en mode d'être ontique qui lui est propre), constitue la véritable tradition du Dasein. Ainsi est-il nécessaire, pour accéder à la question du sens de l'être, de détruire la tradition ontologique dans laquelle cette question s'est perdue.

Le Dasein

La plupart des interprètes considèrent que les thèses de Heidegger (en particulier celles développées dans son grand œuvre, Sein und Zeit) sont fondamentalement incompatibles avec un quelconque engagement politique, le propre de cette pensée, et ce qui fait problème en elle même, étant précisément son apolitisme. Heidegger propose une critique historiale de la métaphysique, et une lecture de l'histoire occidentale qui se déroule à l'abri de la métaphysique dont elle dépend. La politique n'étant qu'une des régions de connaissance et de maîtrise de l'étant n'est pas développée comme question en tant que telle par Heidegger.

Le Dasein est une réalité individuelle dont les existentiaux a priori sont universels et de ce fait indépendants d'un peuple ou d'une « race ». À la lecture de Sein und Zeit, ce qui se remarque est l'absence de toute pensée politique chez Heidegger. Ce que certains précisément lui objecteront comme un manque, dès cette époque. Les concepts existentiaux de Heidegger sont, en effet, exempts de toute historicité (le Dasein et l'angoisse qui le caractérise comme être pour la mort, sont des universels an-historiques). En vertu de quoi, Heidegger semble mépriser la sphère politique, parce qu'elle relève d'une analyse d'un domaine particulier de l'étant. Et parce qu'il caractérise, de plus, ce domaine comme relevant du discours du « on » et de l'inauthenticité, source de toutes les illusions où se laisse aller le Dasein, et qui contribuent à lui voiler l'accès à sa vérité existentielle, soit à son authenticité. Cette dernière au contraire il l'atteint, lorsqu'il se refuse à la dispersion, au bavardage, à la fuite devant la vérité de sa condition d'être se sachant mortel, c'est-à-dire la finitude.

Contemporain de Heidegger, Helmut Plessner est un de ceux qui dénoncent le manque d'une pensée politique chez Heidegger, au titre que son ontologie fondamentale, telle qu'exposée dans Sein und Zeit, ne propose que des définitions neutres de l'existence humaine, à partir desquelles aucune analyse politique ne se peut entreprendre, ni encore moins de décision par rapport à la conjoncture historique et politique. Or, explique Plessner, l'essence de l'homme n'existe pas, elle ne tient dans aucune définition, parce qu'il est appelé à se déterminer lui-même dans l'histoire, de manière historique et selon les situations historiques où il devient ce qu'il a décidé d'être. Plessner soutient que ce qu'est l'homme ne peut être contenu dans « aucune définition neutre d'une situation neutre ».

Plessner écrit en 1931 Le Pouvoir et la nature humaine, soit après la percée des nationaux-socialistes aux élections de 1930. C'est dans ce contexte qu'il exhorte la philosophie à se réveiller de son rêve, à cesser de croire qu'elle pourra saisir le « fondement » de l'homme. Son concept d'historicité l'amène à penser qu'elle doit se risquer dans le domaine de la politique et prendre la responsabilité de s'affronter à ses dangers. La politique est définie selon Plessner, de manière très « machiavelienne », comme « l'art de l'instant favorable, de l'occasion propice », ce que les Grecs appelaient le kairos et ce pourquoi Machiavel associait la fortuna à la virtù nécessaire à l'homme politique.

Et en 1931, l'impératif du moment pour un philosophe est précisément de saisir la dimension politique qui fait l'homme, soit l'appartenance à un peuple, qui est son trait distinctif, et l'importance de la nationalité (Volkstum).

Plessner adresse une seconde critique à Heidegger, celle de ne pas accorder suffisamment d'attention à la nationalité, à partir de laquelle se posent tous les problèmes politiques d'un peuple. L'homme n'existe que dans l'horizon de son peuple. Selon Plessner, la philosophie de l'authenticité ne fait que creuser le fossé, traditionnel en Allemagne, entre « une sphère privée du salut de l'âme et une sphère publique du pouvoir ». Selon lui, Heidegger favorise ainsi l'indifférence en politique.

Heidegger cependant, dans Sein und Zeit, consacre certains paragraphes, peu nombreux, à penser l'historicité d'un peuple et ce qu'il appelle le destin d'un peuple. D'une part le Dasein, est toujours un Mitsein, un être-avec, qui vit au sein d'une communauté de semblables, une société politique. D'autre part, au § 74, il déclare que le destin historique authentique du Dasein ne s'accomplit que « dans la communauté, le peuple ». En outre, il insiste sur le fait que cet advenir ne repose aucunement sur la réunion de « destins isolés ». Heidegger dans Être et temps propose au Dasein un idéal de liberté qui est avant tout libre rapport de l'individu à soi-même, sans pour autant prôner l'individualisme.

Heidegger souligne les puissances d'existence factices que sont la communauté et le peuple. Là aussi, chacun est jeté, dans un peuple, dans une communauté, qu'il n'a pas choisis. De sorte que le Dasein authentique, qui a accepté de reconnaître son état d'"être-jeté" dans l'existence, peut et doit reconnaître de même, sans illusions, qu'il se trouve jeté dans un peuple, à un certain moment de l'histoire, dans une culture. C'est cet ensemble de pré-conditions de toute existence, non choisies, qui fait la condition de tout Dasein, universelle parce que la même pour tous. Et, l'intrication des données factices de toute existence humaine individuelle et de l'histoire en devenir d'un peuple, d'une communauté, est nommée par Heidegger, destin. Cette appartenance historique, peut, de même que l'existence individuelle, être vécue de manière authentique ou inauthentique, selon que le Dasein, reconnaît le destin de son peuple, s'en soucie et assume ses responsabilités.

Absence de pensée politique explicitée

Heidegger n'ayant à vrai dire pas de pensée politique propre, ni jamais non plus développé quelque chose comme une pensée politique distincte au sein de sa philosophie, ce qui a été remarqué par ses lecteurs et commentateurs. Pour trouver quelque réponse ou explication, il faut lire Heidegger et étudier sa philosophie par ex. Derrida : de la question; cf<. bibliographie pour tenter de saisir cette conjonction d'une pensée rencontrant l'abjection nazie.

Tous les textes qui relèvent de la critique de la modernité, sur la technique et l'annonce du désastre en cours, si n'est pas amorcé un tournant qu'il appelle et s'essaye à penser, soit la sortie de la métaphysique, tous ces textes sont à convoquer en priorité pour comprendre ce qu'a voulu signifier Heidegger, et ses mises en garde pour notre temps, dont on retrouve l'héritage très net, précisément aussi bien chez Leo Strauss, que chez Hannah Arendt, Hans Jonas et bien d'autres qui trouvent chez Heidegger une pensée dont s'inspire leur critique de la modernité .

Le courant de l'écologie s'est largement inspiré de Heidegger, à commencer par Hans Jonas, théoricien de référence pour l'écologie, à partir des textes de Heidegger concernant la technique. De même qu'une certaine critique du capitalisme et de la technique planétaire, qui, pour certains, tel Kostas Axelos rejoignent et complètent les analyses de Marx (voir d'Axelos : Marx penseur de la technique) selon une voie ouverte par Heidegger affirmant l'intérêt et la nécessité d'un travail qui rencontrerait les thèses de Marx et suggérant un « dialogue fructueux avec Marx » qu'il n'entreprit cependant jamais et tout en diagnostiquant que le matérialisme de Marx consiste à faire de toute chose un produit du travail, ce qui nous ramène au règne de la technique organisant la dévastation de la terre selon ce que recèle en elle la métaphysique.

Sur la conjonction possible de Marx et Heidegger, voir également les travaux de Gérard Granel, par exemple, sans parler de ce qui se conjoint de ces thèmes chez un penseur comme Derrida, lecteur de Heidegger dont il déconstruit quelques thèmes, permettant de comprendre que la manière dont Heidegger renvoie les auteurs de la tradition à leur oubli de l'être, et en particulier à cet oubli que l'être inclut en son sein le non-être, ne serait pas aussi assurée que Heidegger le prétend, pour s'excepter lui-même de cet oubli. Derrida veut faire ressortir que Heidegger construit - en quelque sorte « sur mesure » - une histoire de la philosophie qui lui permet en conséquence de s'en excepter, pour ainsi construire un autre discours, une autre pensée, une autre logique même, dans une autre langue, alors qu'il appartient, selon lui, à cette histoire et à ce mode de pensée qui ont été moins univoques et moins oublieux de la vérité de l'être que Heidegger ne le prétend. Derrida ramène Heidegger à ce dont il prétend se distinguer, soit toute la philosophie qui aurait été aveugle à ce que Heidegger aurait vu le premier, pour montrer qu'il n'y a ni issue ni sortie : on ne sort pas du logos, de ses limites et de ses impasses.

Critiques


L'importance donnée à Heidegger dans le monde de la philosophie continentale (un monde qu'il contribua fortement à créer) est très grande. Néanmoins, sa réception parmi les philosophes analytiques est différente. À l'exception d'une révision favorable de "Être et Temps" par Gilbert Ryle dans l'article "Mind of Being and Time" peu de temps après son publication, les contemporaines analytiques de Heidegger trouvèrent autant le contenu (s'il y en avait un) que le style comme des exemples de la pire façon de faire philosophie.

La tradition analytique valorise la clarté d'expression, tandis que Heidegger pensait que "se rendre intelligible est suicide pour la philosophie." Outre l'accusation d'obscurantisme, les philosophes analytiques considèrent le contenu pouvant être glané des œuvres de Heidegger comme trivialement faux, non-vérifiable ou inintéressant. Cette vision a largement survécu : Heidegger est encore moqué par la plupart des philosophes analytiques, qui jugent son travail comme désastreux pour la philosophie, puisqu'une ligne claire peut être tracée de lui à la plupart des variétés de la pensée post-moderne.

Œuvres


Traductions

Bibliographie


Pour une introduction :

  • Alphonse De Waelhens, La philosophie de Martin Heidegger, coll. « Bibliothèque philosophique de Louvain », Editions de l’Institut Supérieur de Philosophie, Louvain, 1942.
  • Jean Beaufret : Introduction aux philosophies de l'existence , de Kierkegaard à Heidegger, Gonthier, 1971.
  • J.-P. Cotten : Heidegger, coll. « Écrivains de toujours », Seuil, 1974.
  • Christian Dubois : Heidegger, Introduction à une lecture, Seuil, 2000.
  • Jean Wahl : Introduction à la pensée de Heidegger, Librairie Générale Française, Paris, 1998. ISBN 2-253-94262-6
  • Gianni Vattimo: Introduzione ad Heidegger, Laterza, Rome-Bari, 1971
pour les lectures de Heidegger :

  • Claude Romano, L’événement et le monde, PUF, Paris, 1998.
  • Claude Romano, L’événement et le temps, PUF, Paris, 1999.
  • Claude Romano, Il y a, PUF, Paris, 2003.
  • Emmanuel Levinas : En découvrant l'existence. De Husserl à Heidegger., Vrin, 1988.
  • Emmanuel Levinas : Totalité et infini, Livre de poche, coll. « Biblio-Essais », 1998 (1971).
  • Emmanuel Levinas : Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, Livre de poche, coll. « Biblio-Essais »,1996 (1978).
  • Jacques Derrida : Violence et métaphysique. Essai sur la pensée d’Emmanuel Lévinas, publié en 1964 in RM&M et repris en 1967 dans L’écriture et la différence, Seuil, 1967.
  • Jacques Derrida : Marges de la philosophie, 1972. Ousia et Grammè. note sur une note de Sein und Zeit.
  • Jacques Derrida : De l'esprit. Heidegger et la question, Galilée, 1987.
  • Pierre Bourdieu : L'ontologie politique de Martin Heidegger, éd. de Minuit, 1988.
  • Marlène Zarader : La dette impensée. Heidegger et l’héritage hébraïque, éd. du Cerf, 1990.
  • Jean Beaufret : Dialogue avec Heidegger, vol. I, 1973, vol. II, 1973, vol. III, 1974 et IV, 1985, éd. de Minuit.
  • Jean-François Courtine, Heidegger et la phénoménologie, Paris, Vrin, 1990.
  • Françoise Dastur, Heidegger et la question du temps, PUF, Paris, 1990.
  • Françoise Dastur, La mort, Essai sur la finitude, Hatier, Paris, 1994.
  • Christian Dubois, Heidegger. Introduction à une lecture, Points, Seuil, Paris, 2000.
  • Didier Franck, Heidegger et le problème de l’espace, Les Editions de minuit, Paris, 1986.
  • Jean Greish, Ontologie et temporalité, PUF, Paris, 1994.
  • Michel Haar, Heidegger et l’essence de l’homme, Jérôme Millon, Grenoble, 1990.
  • François Raffoul, A chaque fois mien, Galilée, Paris, 2004.
  • Jacques Taminiaux, Lectures de l’ontologie fondamentale, Essais sur Heidegger, Jérôme Millon, Grenoble, 1989.
  • Günther Anders, Sur la pseudo-concrétude de la philosophie de Heidegger, (Trad. par Luc Mercier), Paris, Sens & Tonka, 2003.
  • François Fédier, 1995, Regarder Voir, Les Belles Lettres / Archimbaud, Paris. ISBN 2-251-44059-3
  • Beda Allemann, Hölderlin et Heidegger, Presses Universitaires de France, Paris, 1959.

pour la biographie et l'engagement politique :

  • Hugo Ott : Martin Heidegger. Éléments pour une biographie, Payot, 1990.
  • Rüdiger Safranski : Heidegger et son temps, Livre de poche, 2000 (Grasset, 1996).
  • Dominique Janicaud : L'ombre de cette pensée, Jerôme Millon, 1990.
  • Philippe Lacoue-Labarthe : La fiction du politique, Bourgois, 1987.
  • Victor Farias, "Heidegger et le nazisme", Verdier, 1987.
  • Luc Ferry et alain Renaut, Heidegger et les Modernes, Gallimard, 1988
  • Luc Ferry et Alain Renaut, Système et critique, édition révisée, Ousia, 1992
  • François Fédier, 1995: Martin Heidegger Écrits politiques 1933-1966, Éditions Gallimard, Paris. ISBN 2-07-073277-0
  • François Fédier, 1988, Heidegger. Anatomie d'un scandale, Robert Laffont, Paris. ISBN 2-221-05658-2
  • Jean-Michel Palmier, 1968, Les Écrits politiques de Heidegger, Éditions de l'Herne, Paris.
  • Emmanuel Faye, Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, Albin Michel, 2005

pour la réception de Heidegger en France :

  • Jacques Bouveresse, Heidegger, la politique et l'intelligentsia française, in Essais IV - Pourquoi pas des philosophes ?, Agone, 2004
  • Dominique Janicaud : Heidegger en France, Albin Michel, 2001.

Références


Cinéma


  • The Ister : un film d’après le cycle de conférences de Martin Heidegger sur Hölderlin, avec Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, Bernard Stiegler et Hans-Jurgen Syberberg. Voir le site officiel.

Citations


  • « Le national-socialisme est un principe barbare. » Schwarze Hefte, 1934
  • « Toute ontologie, si riche et cohérent que soit le système catégorial dont elle dispose, demeure au fond aveugle et pervertit son intention la plus propre si elle n’a pas commencé par clarifier suffisamment le sens de l’être et par reconnaître cette clarification comme sa tâche fondamentale. » (Être et temps)
  • « La philosophie ne peut jamais d'une façon immédiate apporter les forces, ni créer les formes d'action et les conditions, qui suscitent une situation historique, ceci déjà pour la simple raison qu'elle ne concerne jamais immédiatement qu'un petit nombre d'hommes. » (Introduction à la métaphysique)
  • « L'œuvre en tant qu'œuvre, nous demeurera hermétiquement close, aussi longtemps que pour la comprendre sous une forme quelconque, nous serons encore à loucher du côté de l'homme qui l'a céée, au lieu de nous interroger sur l'être et sur le monde qui en premier lieu fondent l'œuvre » (Nietzsche I)
  • « Avec l'interprétation platonicienne de l'Etre en tant qu'idea, commence la philosophie en tant que métaphysique » (Nietzsche II)
  • « Le nouveau monde des Temps modernes a son propre fondement historial en cela et là même où toute histoire, tout événement, a son fondement essentiel : dans la métaphysique » (Nietzsche II)
  • « Nietzsche, dans son unique pensée de la Volonté de puissance, anticipe l'accomplissement de l'âge moderne » (Nietzsche I)
  • « ...le caractère métaphysique de l'époque historiale d'aujourd'hui. L'"aujourd'hui"... se détermine à partir du temps propre à l'histoire de la métaphysique : c'est la détermination métaphysique de l'humanité historiale à l'époque de la métaphysique de Nietzsche » (Nietzsche II)
  • « La puissance de la "conception du monde" s'est désormais emparée de la métaphysique » (Nietzsche II)
  • « À partir du moment où l'achèvement de la métaphysique commence, la souveraineté intégrale et inconditionnelle sur l'étant peut enfin se développer sans plus rien qui vienne la déranger ou la confondre » (Nietzsche II)
  • « L'essence du nihilisme est l'histoire dans laquelle il n'en est rien, quant à l'Être » (Nietzsche II)
  • « La métaphysique en tant que métaphysique, est l'authentique nihilisme. * Pense-t-elle l'Être même ? Jamais. Elle pense l'étant eu égard à l'Être » (Nietzsche II)
  • « Cette proximité de l'Etre qui est en elle-même le "là" du Dasein, le discours sur l'élégie Heimkunft de Hölderlin (1943) qui est pensé à partir de Sein und Zeit l'appelle "la patrie", d'un mot emprunté au chant même du poète et en partant de l'expérience de l'oubli de l'Etre. Le mot est ici pensé en un sens essentiel, non point patriotique, ni nationaliste, mais sur le plan de l'histoire de l'Etre. » Lettre sur l'humanisme
  • « Tout nationalisme est, sur le plan métaphysique, un anthropologisme et comme tel un subjectivisme. » Lettre sur l'humanisme
  • « Nous pouvons utiliser les choses techniques, nous en servir normalement, mais en même temps nous en libérer, de sorte qu’à tout moment nous conservions nos distances à leur égard. Nous pouvons faire usage des objets techniques comme il faut qu’on en use. Mais nous pouvons en même temps les laisser à eux-mêmes comme ne nous atteignant pas dans ce que nous avons de plus intime et de plus propre. Nous pouvons dire « oui » à l’emploi inévitable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire « non », en ce sens que nous les empêchions de nous accaparer et ainsi de fausser, brouiller et finalement vider notre être. (…) Un vieux mot s’offre à nous pour désigner cette attitude du oui et du non dits ensemble au monde technique : c’est le mot de Gelassenheit (sérénité)» Questions III et IV, tel, Gallimard, Paris, 1966, 1976, p. 145.
  • « Le plus périlleux des biens, la langue » (Hölderlin, que cite Heidegger, in les Hymnes de Hölderlin)
  • « La langue n'est pas quelque chose que l'homme posséderait parmi d'autres propriétés et outils, mais bien ce qui possède l'homme » (idem)
  • « Grâce à la langue, l'homme est le témoin de l'Etre * le monde ne règne que là où il y a langue. Et là seulement où il y a monde, c'est-à-dire langue, il y a suprême péril, le péril par excellence, c'est-à-dire la menace que fait peser le non-être sur l'être en tant que tel. » (Hymnes de Hölderlin)
  • « "est" circule dans le langage comme le mot le plus usé qui soit. » (Nietzsche II)
  • « L'Être est ce qu'il y a de plus compréhensible ...* dans le même temps ce qu'il y a de moins conçu et apparemment de non-concevable. » (Nietzsche II)
  • « L'Être est ce qu'il y a de plus oublié *. Tous nous courons sans cesse après l'étant ; à peine en est-il un qui médite jamais l'Être. » (Nietzsche II)
  • « Pour l´homme essentiel, le combat est la grande épreuve de tout être : dans lequel se décide si nous sommes nous-mêmes des esclaves ou des maîtres * Notre race -nous dans notre camaraderie pleine de mystère avec les camarades morts- est le pont vers la conquête historico spirituelle de la Grande Guerre. » (GA tome 16, "25 Jahre nach unserem Abiturium", 26./27. Mai 1934, p.283-284)
  • « La pensée de la race, cela veut dire que le fait de compter avec la race jaillit de l´expérience de l´être en tant que subjectivité et n´est pas quelque chose de "politique". Le dressage-de-la-race est une voie de l´affirmation de soi *, "Das Wesen der Macht", p. 70)
  • « Le "communisme" est la constitution metaphysique des peuples dans la dernière phase de l'achèvement des temps modernes (...). La forme chrétienne et bourgeoise du "bolchevisme" anglais est la plus dangeureuse. Sans l´anéantissement de celle-ci, l´époque moderne se maintient. La destruction définitive ne peut avoir toutefois que la forme de l'autodestruction (Selbstvernichtung). » GA tome 69 [1939-1940, "Entwurf zu Koinon. Zur Geschichte des Seyns", p.208-209)
    • Explications : Le terme "communisme" ("Kommunismus"), ne doit pas s'entendre en son acception courante (Heidegger prend soin de le placer entre guillemets), mais au sens ontologico-historial comme constitution métaphysique de l'humanité en la phase ultime des temps modernes. Cette notion caractérise la domination de l'étant propre à la puissance de machination ou de manipulation (Machenschaft, terme par lequel Heidegger désigne ce qu'il appellera plus tard Gestell, ou "essence de la technique"). L'essence du "communisme" est l'hégénomie de la puissance inconditionnée de manipulation de l'étant. Il ne s'agit donc ni d'une forme d'État, ni d'une vision politique du monde, mais de la configuration métaphysique de la modernité parvenue à son terme, dans l'âge de la perte de sens (Sinnlosigkeit). Les idéologies totalitaires, mais aussi les démocraties libérales, sont des conséquences du "communisme", qui existe à l'état latent dès le début des temps moderne, notamment dans la théorie politique anglaise fondant, sur la base du christianisme, la théorie moderne de l'Etat. Heidegger va jusqu'à dire que la forme christo-bourgeoise est la plus dangereuse afin de renvoyer dos-à-dos le totalitarisme et le libéralisme, en montrant qu'un certain type de démocratie reposant sur le seul principe du libéralisme économique porte en lui la possibilité du totalitarisme. Cette forme de "communisme" court à son propre anéantissement (Selbstvernichtung) dans la guerre totale où guerre et paix deviennent indistincts, où ce n'est plus la guerre qui est une forme de la politique (cf. Clausewitz "La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens"), mais où c'est la politique qui devient une modalité de la guerre. La guerre devient l'essence du politique comme processus d'hégémonie planétaire aboutissante à une servitude généralisée. Heidegger considère que la première guerre mondiale en constitue une flagrante attestation. (cf. article "communisme" in Jean-Marie Vaysse, Le vocabulaire de Heidegger, Ellipses, 2000.)

  • « L´Allemagne n´a produit qu´un poète à part Goethe : c´est Heinrich Heine — et en outre un Juif... » de Nietzsche Ce mot jette une lumière étrange sur le poète Goethe. Goethe-Heine, "le" poète de l´Allemagne. Où se trouve Hölderlin ?" (GA tome 50 *, "Denken und Dichten", p. 150-151)
  • « L´agriculture est aujourd´hui une industrie d´alimentation motorisée, dans son essence (Wesen) le Même (das Selbe) que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d´anéantissement, le Même (das Selbe) que le blocus et la réduction de pays à la famine, le Même (das Selbe) que la fabrication de bombes à hydrogène. » (GA tome 79, *, "Bremer Vorträge. Einblick in was das ist", "Das Ge-Stell", p. 27)
    • Explications : il ne s'agit pas ici de dasselbe (la même chose), mais das Selbe (le Même, au regard de l'histoire de l'Être). Wesen, essence, ne doit pas être compris en son sens traditionnel, comme la nature d'une chose, mais en son sens actif, verbal (das Wesen west), comme déploiement appartenant à l'histoire de l'Être. Heidegger ne dit donc pas que l'agriculture comme industrialisation motorisée est d'un point de vue moral, la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz. Il dit que ces phénomènes contemporains relèvent du même déploiement au regard de l'histoire de l'Être, le deploiement comme Gestell à l'époque de la domination planétaire de la téchnique.

  • « Des centaines de milliers < de gens > meurent en masses. Meurent-ils ? Ils périssent < perdent la vie >. Ils sont abattus < descendus >. Meurent-ils ? Ils font partie intégrante d’un stock pour la fabrication de cadavres. Meurent-ils ? Ils sont liquidés sans qu’il y paraisse dans des camps d’extermination. Et sans cela - des millions périssent aujourd'hui de faim en Chine. Mourir cependant signifie porter à bout la mort dans son essence. Pouvoir mourir signifie avoir la possibilité de cette démarche. Nous le pouvons seulement si notre essence aime l'essence de la mort. Mais au milieu des morts innombrables l'essence de la mort demeure méconnaissable. * La mort est l'abri le plus haut de la vérité de l'être, l'abri qui abrite en lui le caracère caché de l'essence de l'être et rassemble le sauvetage de son essence. C'est pourquoi l'homme peut mourir si et seulement si l'être lui-même approprie l'essence de l'homme dans l'essence de l'être à partir de la vérité de son essence. La mort est l'abri de l'être dans le poème du monde. Pouvoir la mort dans son essence signifie: pouvoir mourir. Seuls ceux qui peuvent mourir sont les mortels au sens porteur de ce mot. Ce ne sont partout que détresses en masse d’innombrables morts atrocement privées de < leur propre > mort < littéralement : atrocement non mortes > —, et pour autant l’être de la mort est dissimulé < refusé > à l’homme. L’homme n’est pas < même > encore le mortel.» (« Die Gefahr », in : Bremer und Freiburger Vorträge, Gesamtausgabe, Bd.79, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main 1994, p.56.)

  • « Toute conscience poursuit la mort de l'autre. »

Liens internes


Liens externes


Articles et études

Bibliographie

Gesamtausgabe

I. Abteilung: Veröffentlichte Schriften 1910-1976 (écrits publiés)

  • 1 Frühe Schriften (1912-1916), éd. par F.-W. von Herrmann, 1978, XII, 454p.
  • 2 Sein und Zeit (1927), éd. par F.-W. von Herrmann, 1977, XIV, 586p.
  • 3 Kant und das Problem der Metaphysik (1929), éd. par F.-W. von Herrmann, 1991, XVIII, 318p.
  • 4 Erläuterungen zu Hölderlins Dichtung (1936-1968), éd. par F.W. von Herrmann, 1981, 2è éd. 1996, 208p.
  • 5 Holzwege (1935-1946), éd. par F.-W. von Herrmann, 1977, 2è éd. 2003, VI, 382p.
  • 6.1 Nietzsche 1 (1936-1939), éd. par B. Schillbach, 1996, XIV, 596p.
  • 6.2 Nietzsche 11 (1939-1946), éd. par B. Schillbach, 1997, VIII, 454p.
  • 7 Vorträge und Aufsätze (1936-1953), éd. par F.-W. von Herrmann, 2000, XVIII, 298p.
  • 8 Was heisst Denken? (1951-1952), éd. par P.-L. Coriando, 2002, VIII, 268p.
  • 9 Wegmarken (1919-1961), éd. par F.-W. von Herrmann, 1976, 2è éd. 1996, X, 488p.
  • 10 Der Satz vom Grund (1955-1956), éd. par P. Jaeger, 1997, VIII, 192p.
  • 11 Identität und Differenz (1955-1957) 1. Was ist das - die Philosophie? (1955); 2. Grundsätze des Denkens (1957); 3. Der Satz der Identität (1957); 4. Die ontotheologische Verfassung der Metaphysik (1957); 5. Zu Lebzeiten Heideggers veröffentlichte wichtige Briefe.
  • 12 Unterwegs zur Sprache (1950-1959), éd. par F.-W. von Herrmann, 1985, 262p.
  • 13 Aus der Erfahrung des Denkens (1910-1976), éd. par. H. Heidegger, 1983, 2è éd. 2002, VIII, 254p. Abraham a Sankta Clara (1910); Frühe Gedichte (1910-1916); Schöpferische Landschaft: Warum bleiben wir in der Provinz? (1953); Wege zur Aussprache (1957); Winke (1941); Chorlied aus der Antigone des Sophokles (1943); Zur Erörterung der Gelassenheit. Aus einem Feldweggespräch über das Denken (1944/45); Aus der Erfahrung des Denkens (1947); Der Feldweg (1949); Holzwege ("Dem künftigen Menschen...") (1949); Zu einem Vers von Mörike. Ein Briefwechsel mit Martin Heidegger von Emil Staiger (1951); Was heisst Lesen? (1954); Vom Geheimnis des Glockenturmes (1954); Für das Langenharder Hebelbuch (1954); Über die Sixtina (1955); Die Sprache Johann Peter Hebels (1955); Begegnungen mit Ortega y Gasset (1955); Was ist die Zeit? (1956); Hebel der Hausfreund (1957); Aufzeichnungen aus der Werkstatt (1959); Sprache und Heimat (1960); Über Igor Strawinsky (1962); Für René Char (1963); Adalbert Stifters "Eisgeschichte" (1964); Wink in das Gewesen (1966); Die Kunst und der Raum (1969); Zeichen (1969); Das Wohnen des Menschen (1970); Gedachtes (1970); Rimbaud vivant (1972); Sprache (1972); Der Fehl heiliger Namen (1974); Fridolin Wiplingers letzter Besuch (1974); Erhart Kästner zum Gedächtnis (1975); Grusswort für Bernhard Welte (1976)
  • 14 Zur Sache des Denkens (1962-1964)
  • 15 Seminare (1951-1973), éd. par C. Ochwadt, 1986, 448p.
  • 16 Reden und andere Zeugnisse eines Lebensweges (1910-1976), éd. par H. Heidegger, 2000, XXII, 842p.

II. Abteilung: Vorlesungen 1919-1944 (cours) Marburger Vorlesungen 1923-1928

  • 17 Einführung in die phänomenologische Forschung (Semestre d'hiver 1923/24), éd. par F.-W. von Herrmann, 1994, XIV, 332p.
  • 18 Grundbegriffe der aristotelischen Philosophie (Semestre d'été 1924), éd. par M. Michalski, 2002, XIV, 418 p.
  • 19 Platon: Sophistes (Semestre d'hiver 1924/25), éd. par I. Schüssler, 1992, XXXII, 668 p.
  • 20 Prolegomena zur Geschichte des Zeitbegriffs (Semestre d'été 1925), éd. P. Jaeger, 1979, 2è éd. 1988, 3è éd. 1994, XII, 448 p.
  • 21 Logik. Die Frage nach der Wahrheit (Semestre d'hiver 1925/26), éd. par W. Biemel, 1976, 2è éd. 1995, VIII, 418p.
  • 22 Grundbegriffe der antiken Philosophie (Semestre d'été 1926) éd. par F.-K. Blust, 1993, XIV, 344p.
  • 23 Geschichte der Philosophie von Thomas von Aquin bis Kant (Semestre d'hiver 1926/27), éd. par H. Vetter
  • 24 Die Grundprobleme der Phänomenologie (Semestre d'été 1927), éd. par F.-W. von Herrmann, 1975, 2è éd. 1989, 3è éd. 1997, X, 474p.
  • 25 Phänomenologische Interpretation von Kants Kritik der reinen Vernunft (Semestre d'hiver 1927/28), éd. par I. Görland, 1977, 2è éd. 1987, 3è éd. 1995, XII, 436p.
  • 26 Metaphysische Anfangsgründe der Logik im Ausgang von Leibniz (Semestre d'été 1928), éd. par K.Held, 1978, 2è éd. 1990, VI, 292p.
Freiburger Vorlesungen 1928-1944
  • 27 Einleitung in die Philosophie (Semestre d'hiver 1928/29), éd. par O. Saame et I. Saame-Speidel, 1996, 2è éd. 2001, XII, 404p.
  • 28 Der deutsche Idealismus (Fichte, Schelling, Hegel) und die philosophische Problemlage der Gegenwart (Semestre d'été 1929)/ Im Anhang: Nachschrift "Einführung in das akademische Studium" (Semestre d'été 1929), éd. par C. Strube, 1997, XII, 368p.
  • 29/30 Die Grundbegriffe der Metaphysik. Welt - Endlichkeit - Einsamkeit (Semestre d'hiver 1929/30), éd. par F.-W. von Herrmann, 1983, 2è éd. 1992, XX, 542p.
  • 31 Vom Wesen der menschlichen Freiheit. Einleitung in die Philosophie (Semestre d'été 1930), éd. par H. Tietjen, 1982, 2è éd. 1994, XII, 308 p.
  • 32 Hegels Phänomenologie des Geistes (Semestre d'hiver 1930/31), éd. par I. Görland, 1980, 2è éd. 1988, 3è éd. 1997, VIII, 224p.
  • 33 Aristoteles, Metaphysik J 1-3. Von Wesen und Wirklichkeit der Kraft (Semestre d'été 1931), éd. par H. Hüni, 1981, 2è éd. 1990, VIII, 228p.
  • 34 Vom Wesen der Wahrheit. Zu Platons Höhlengleichnis und Theätet (Semestre d'hiver 1931/32), éd. par H. Mörchen, 1988, 2è éd. 1997, X, 338p.
  • 35 Der Anfang der abendländischen Philosophie (Anaximander und Parmenides) (Semestre d'été 1932), éd. par H. Hüni
  • 36/37 Sein und Wahrheit / 1. Die Grundfrage der Philosophie (Semestre d'été 1933), 2. Vom Wesen der Wahrheit (Semestre d'hiver 1933/34), éd. par H. Tietjen, 2001, XVI, 308p.
  • 38 Logik als die Frage nach dem Wesen der Sprache (Semestre d'été 1934), éd. par G.Seubold, 1998, VIII, 176p.
  • 39 Hölderlins Hymnen "Germanien" und "Der Rhein" (Semestre d'hiver 1934/35), éd. par S.Ziegler, 1980, 2è éd. 1989, 3è éd. 1999, XII, 296p.
  • 40 Einführung in die Metaphysik (Semestre d'été 1935), éd. par P. Jaeger, 1983, X, 234p.
  • 41 Die Frage nach dem Ding. Zu Kants Lehre von den transzendentalen Grundsätzen (Semestre d'hiver 1935/36), éd. par P. Jaeger, 1984, VIII, 254p.
  • 42 Schelling: Vom Wesen der menschlichen Freiheit (1809) (Semestre d'été 1936), éd. par I. Schüssler, 1988, X, 290p.
  • 43 Nietzsche: Der Wille zur Macht als Kunst (Semestre d'hiver 1936/37), éd. par B. Heimbüchel, 1985, XII, 298p.
  • 44 Nietzsches metaphysische Grundstellung im abendländischen Denken: Die ewige Wiederkehr des Gleichen (Semestre d'été 1937), éd. par M. Heinz, 1986, VIII, 254p.
  • 45 Grundfragen der Philosophie. Ausgewählte "Probleme" der "Logik" (Semestre d'hiver 1937/38), éd. par F.-W. von Herrmann, 1984, 2è éd. 1992, XIV, 234p.
  • 46 Nietzsches II. Unzeitgemässe Betrachtung (Semestre d'hiver 1938/39), éd. par H.-J. Friedrich
  • 47 Nietzsches Lehre vom Willen zur Macht als Erkenntnis (Semestre d'été 1939), éd. par E. Hanser, 1989, XVI, 330 p.
  • 48 Nietzsche: Der europäische Nihilismus, (2e trimestre 1940), éd. par P. Jaeger, 1986, XVI, 340p.
  • 49 Die Metaphysik des deutschen Idealismus. Zur erneuten Auslegung von Schelling: Philosophische Untersuchungen über das Wesen der menschlichen Freiheit und die damit zusammenhängenden Gegenstände (1809), éd. par G. Seubold, 1991, X, 210 p.
  • 50 Nietzsches Metaphysik (annoncé pour le Semestre d'hiver 1941/42, annulé)/ Einleitung in die Philosophie - Denken und Dichten (Semestre d'hiver 1944/45), éd. par P. Jaeger, 1990, VIII, 162p.
  • 51 Grundbegriffe (Semestre d'été 1941), éd. par P. Jaeger, 1981, 2è éd. 1991, X, 128p.
  • 52 Hölderlins Hymne "Andenken" (Semestre d'hiver 1941/42), éd. par C. Ochwaldt, 1982, 2è éd. 1992, X, 204p.
  • 53 Hölderlins Hymne "Der Ister" (Semestre d'été 1942), éd. par W. Biemel, 1984, 2è éd. 1993, VIII, 210p.
  • 54 Parmenides (Semestre d'hiver 1942/43), éd. par M. S. Frings, 1982, 2è éd. 1992, XII, 252p.
  • 55 Heraklit. 1. Der Anfang des abendländischen Denkens (Semestre d'été 1943) / 2. Logik. Heraklits Lehre vom Logos (Semestre d'été 1944), éd. par M. S. Frings, 1979, 2è éd. 1987, 3è éd. 1994, XII, 406p. Frühe Freiburger Vorlesungen 1919-1923
  • 56/57 Zur Bestimmung der Philosophie. 1. Die Idee der Philosophie und das Weltanschauungsproblem (Kriegsnotsemester 1919) / 2. Phänomenologie und transzendentale Wertphilosophie (Semestre d'été 1919) / 3. Anhang: Über das Wesen der Universität und des akademischen Studiums (Semestre d'été 1919), éd. par B. Heimbüchel, 1987, 2è éd. 1999, X, 226p.
  • 58 Grundprobleme der Phänomenologie (Semestre d'hiver 1919/20), éd. par H.-H. Gander, 1992, X, 274p.
  • 59 Phänomenologie der Anschauung und des Ausdrucks. Theorie der philosophischen Begriffsbildung (Semestre d'été 1920), éd. par C.Strube, 1993, VIII, 202p.
  • 60 Phänomenologie des religiösen Lebens. 1. Einleitung in die Phänomenologie der Religion (Semestre d'hiver 1920/21), éd. par M. Jung et T. Regehly / 2. Augustinus und der Neuplatonismus (Semestre d'été 1921) / 3. Die philosophischen Grundlagen der mittelalterlichen Mystik (Notes préparatives et introduction à un cours non professé 1918/19), éd. par C. Strube, 1995, XIV, 352p.
  • 61 Phänomenologische Interpretationen zu Aristoteles. Einführung in die phänomenologische Forschung (Semestre d'hiver 1921/22), éd. par W. Bröcker et K. Bröcker-Oltmanns, 1985, 2è éd. 1994, XIV, 204p.
  • 62 Phänomenologische Interpretation ausgewählter Abhandlungen des Aristoteles zu Ontologie und Logik (Semestre d'été 1922), éd. par G. Neumann
  • 63 Ontologie. Hermeneutik der Faktizität (Semestre d'été 1923),éd. par K. Bröcker-Oltmanns, 1988, 2è éd. 1995, XII, 116p.

III. Abteilung: Unveröffentlichte Abhandlungen / Vorträge - Gedachtes (Traités inédits, conférences, notes)

  • 64 Der Begriff der Zeit (1924) I. Die Fragestellung Diltheys und Yorcks Grundtendenz / II. Die ursprünglichen Seinscharaktere des Daseins / III. Dasein und Zeitlichkeit / IV. Zeitlichkeit und Geschichtlichkeit. Anhang: Der Begriff der Zeit. Vortrag vor der Marburger Theologenschaft Juli 1924 éd. par F.-W. von Herrmann
  • 65 Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis) (1936-1938) I. Vorblick / II. Der Anklang / III. Das Zuspiel / IV. Der Sprung / V. Die Gründung, a) Da-Sein und Seinsentwurf, b) Das Da-sein, c) Das Wesen der Wahrheit, d) Der Zeit-Raum als der Ab-grund, e) Die Wesung der Wahrheit als Bergung / VI. Die Zu-künftigen / VII. Der letzte Gott / VIII. Das Seyn éd. par F.-W. von Herrmann, 1989, 2è éd. 1994, XVI, 522p.
  • 66 Besinnung (1938/39) I. Einleitung / II. Der Vorsprung in die Einzigkeit des Seyns / III. Die Philosophie / IV. Zum Entwurf des Seyns / V. Wahrheit und Wissen / VI. Das Seyn / VII. Das Seyn und der Mensch / VIII. Das Seyn und der Mensch / IX. Der Anthropomorphismus / X. Geschichte / XI. Die Technik / XII. Historie und Technik / XIII. Seyn und Macht / XIV. Das Seyn und das Sein / XV. Das Denken des Seyns / XVI. Die Seynsvergessenheit / XVII. Die Seynsgeschichte / XVIII. Götter / XIX. Die Irre / XX. Zur Geschichte der Metaphysik / XXI. Die metaphysische Warumfrage / XXII. Seyn und "Werden" / XXIII. Das Sein als Wirklichkeit / XXIV. Das Seyn und die "Negativität" / XXV. Sein und Denken. Sein und Zeit / XXVI. Eine Sammlung des Besinnens / XXVII. Das seynsgeschichtliche Denken und die Seinsfrage / XXVIII. Der seynsgeschichtliche Begriff der Metaphysik / Anhang: Mein bisheriger Weg (1937/38) éd. par F.-W. von Herrmann, 1997, XIV, 438p.
  • 67 Metaphysik und Nihilismus. 1. Die Überwindung der Metaphysik (1938/39) / 2. Das Wesen des Nihilismus (1946-1948), éd. par H.-J. Friedrich, 1999, XII, 274p.
  • 68 Hegel. 1. Die Negativität (1938/39) / 2. Erläuterung der "Einleitung" zu Hegels "Phänomenologie des Geistes" (1942), éd. par I. Schüssler, 1993, X, 154p.
  • 69 Die Geschichte des Seyns. 1. Die Geschichte des Seyns (1938/40) / 2. Koinon. Aus der Geschichte des Seyns (1939), éd. par P. Trawny, 1998, XII, 230p.
  • 70 Über den Anfang (1941) I. Die Anfängnis des Anfangs / II. Anfang und das anfängliche Denken / III. Ereignis und Da-sein / IV. Bemerkungen über das Auslegen / V. Die Seynsgeschichte / VI. Sein und Zeit und das anfängliche Denken als Geschichte des Seyns éd. par F.-W. von Herrmann
  • 71 Das Ereignis (1941/42) Vorworte / Der erste Anfang / Der Anklang / Der Unterschied / Die Verwindung / Das Ereignis. Der Wortschatz seines Wesens / Das Ereignis / Das Ereignis und das Menschenwesen / Das Daseyn / Der andere Anfang / Weisungen in das Ereignis / Das seynsgeschichtliche Denken (Dichten und Denken) éd. par F.-W. von Herrmann
  • 72 Die Stege des Anfangs (1944), éd. par F.-W. von Herrmann
  • 73 Zum Ereignis-Denken
  • 74 Zum Wesen der Sprache, éd. par T. Regehly
  • 75 Zu Hölderlin / Griechenlandreisen, éd. par C. Ochwadt, 2000, VI, 380p.
  • 76 Zur Metaphysik / Neuzeitlichen Wissenschaft / Technik, éd. par C. Strube
  • 77 Feldweg-Gespräche (1944/45) 1. Agcibasih. Ein Gespräch selbdritt auf einem Feldweg zwischen einem Forscher, einem Gelehrten und einem Weisen / 2. Der Lehrer trifft den Türmer an der Tür zum Turmaufgang / 3. Abendgespräch in einem Kriegsgefangenenlager in Russland zwischen einem Jüngeren und einem Älteren éd. par I. Ingrid Schüssler, 1995, VI, 250p.
  • 78 Der Spruch des Anaximander (1946)
  • 79 Bremer und Freiburger Vorträge 1. Einblick in das was ist. Bremer Vorträge 1949: Das Ding / Das Ge-stell / Die Gefahr / Die Kehre. 2. Grundsätze des Denkens. Freiburger Vorträge 1957 éd. par P. Jaeger, 1994, VI, 182p.
  • 80 Vorträge Frage und Urteil (Vortrag im Rickert Seminar 10. Juli 1915) / Wahrsein und Dasein. Aristoteles, Ethica Nicomachea Z (Vortrag in der Kant-Gesellschaft Köln WS 1923/24) / Kasseler Vorträge (1925) / Begriff und Entwicklung der phänomenologischen Forschung (Vortrag im Marburger kulturwissenschaftlichen Kränzchen 4. Dezember 1926) / Phänomenologie und Theologie. 1. Teil: Die nichtphilosophischen als positive Wissenschaften und die Philosophie als transzendentale Wissenschaft (Vortrag vor der evangelischen Theologenschaft in Tübingen 8. Juli 1927) / Die heutige Problemlage der Philosophie (Vortrag in der Kantgesellschaft Karlsruhe 4. Dezember 1929 und vor der wissenschaftlichen Vereinigung zu Amsterdam 21. März 1930) / Philosophische Anthropologie und Metaphysik des Daseins (Vortrag in der Kantgesellschaft Frankfurt 24. Januar 1929) / Hegel und das Problem der Metaphysik (Vortrag in der wissenschaftlichen Vereinigung zu Arnsterdam 22. März 1930) / Augustinus: Quid est tempus? Confessiones lib. XI (Vortrag in Beuron 26. Oktober 1930) / to yeudoV (Vortrag im Freiburger Kränzchen 22. Juli 1952) / Der Satz vom Widerspruch (Vortrag im Freiburger Kränzchen 16. Dezember 1932) / Das Dasein und der Einzelne (Vortrag Zürich 18. Januar 1936) / Europa und die deutsche Philosophie (Vortrag im Kaiser Wilhelm-Institut Bibliotheca Hertziana Rom 8. April 1936) / Von der Grundbestimmung des Wissens (Vortrag im Freiburger Kränzchen 9. Juni 1959) / Der Spruch des Parmenides (Vortrag im Freiburger Kränzchen Juni 1940) / Zur Geschichte des Existenzbegriffs (Vortrag im Freiburger Kränzchen 7. Juni 1941) / Über die Be-stimmung der Künste im gegenwärtigen Weltalter (Vortrag in Baden-Baden Haus Schweizer 7. und 8. Mai 1959) / Max Komrnerell (Vortrag in der Gedächtnisfeier von Max Kommerell 27. Februar 1962) / Überlieferte Sprache und technische Sprache (Vortrag auf dem Lehrgang für Gewerbeschullehrer auf der Comburg 18. Juli 1962) / Bemerkungen zur Kunst - Plastik - Raum (Vortrag St. Gallen 3. Oktober 1964) / Die Herkunft der Kunst und die Bestimmung des Denkens (Vortrag in der Akademie der Wissenschaften und Künste in Athen 4. April 1967) / Die Bestimmung der Sache des Denkens (Vortrag 19. Juli 1967 in Kiel zu W. Bröckers 65. Geburtstag)
  • 81 Gedachtes I. Frühe unveröffentlichte Gedichte. Ich mied der Gottesnähe heldenschaffende Kraft / Fernes Land / Hast die Sonne du verloren. II. Aus der Erfahrung des Denkens. Auf dem Heimweg / Der Ring des Seyns / Wende / Dann sind wir bedacht / Amo: volo ut sis / Sonata sonans / Ankunft / Winke / An-fang und Beginn im Ereignis "der" Freyheit / Aus der Werkstatt / Hütte am Abend / Pindari Isthmia V, 1-16 / HrakleitoV o okoteinoV. Dem Freunde zu Weihnachten 1946 / Furchen. III. Gedachtes für das Vermächtnis eines Denkens. Lerchensporn / Wage den Schritt /...durchrasend die Irrnis / Seynsfuge / Tod / Nichtendes Nichts / Gegnet noch Gegend / Die Nähe des letzten Gottes / Der Schritt zurück /Vermächtnis der Seynsfrage éd. par P.-L. Coriando

IV. Abteilung: Hinweise und Aufzeichnungen (Indications et notes)

  • 82 Zu eigenen Veröffentlichungen
  • 83 Seminare: Platon - Aristoteles - Augustinus , éd. par M. Michalski
  • 84 Seminare: Leibniz - Kant, éd. par H.-H. Gander
  • 85 Seminar: Vom Wesen der Sprache. Die Metaphysik der Sprache und die Wesung des Wortes. Zu Herders Abhandlung "Über den Ursprung der Sprache", éd. par I. Schüssler, 1999, XII, 220p.
  • 86 Seminare: Hegel - Schelling
  • 87 Seminare: Nietzsche, éd. par P. von Ruckteschell
  • 88 Seminare: 1. Die metaphysischen Grundstellungen des abendländischen Denkens 2. Einübung in das philosophische Denken, éd. par A. Denker
  • 89 Zollikoner Seminare
  • 90 Zu Ernst Jünger "Der Arbeiter", éd. par P. Trawny
  • 91 Ergänzungen und Denksplitter
  • 92 Ausgewählte Briefe I
  • 93 Ausgewählte Briefe II
  • 94 Überlegungen A
  • 95 Überlegungen B
  • 96 Überlegungen C
  • 97 Anmerkungen A
  • 98 Anmerkungen B
  • 99 Vier Hefte I: Der Feldweg / Vier Hefte II: Durch Ereignis zu Ding und Welt
  • 100 Vigiliae I, II/ Notturno
  • 101 Winke I, II
  • 102 Vorläufiges I-IV

Divers

Philosophe allemand | Naissance en 1889 | Décès en 1976 | Métaphysique | écrivain allemand]

مارتن هايدغر | Мартин Хайдегер | মার্টিন হাইডেগার | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | מרטין היידגר | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | マルティン・ハイデッガー | ჰაიდეგერი, მარტინ | Martinus Heidegger | Martinas Haidegeris | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Хайдеггер, Мартин | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Martin Heidegger | Гайдеґґер Мартін | 马丁·海德格尔

 

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