Un certain William Lynch (1736-1796), « patriote » de Virginie, décida de « réformer » la façon dont la justice était appliquée dans sa région durant les prolégomènes de la guerre d'indépendance.
« Juge de paix », il instaura des parodies de procès menant parfois à des exécutions sommaires à l'encontre des défenseurs de la couronne britannique. Il réunissait la cour, recrutait les jurés et présidait à l'exécution. Quand la cour devait ajourner, le prisonnier était exécuté. La « loi de Lynch » se répandit dans les territoires de l'Ouest et s'y développa jusqu'à ce que la civilisation s'y installe et la remplace par l'état de droit. Ses méthodes expéditives et les erreurs judiciaires furent couvertes par la Cour suprême. Lynch devint ensuite sénateur et mourut respecté de tous. Jusqu'en 1911, en Caroline du Nord, on considérait ces méthodes comme bénéfiques.
La « loi de Lynch » donna naissance au mot lynchage, vers 1837, qui désigne un déferlement de haine raciale à l'encontre des indiens, particulièrement en Nouvelle Angleterre en dépit des lois qui les protégeaient, comme à l'endroit des noirs poursuivis par des Comités de vigilance qui donneront naissance au Ku Klux Klan. Dans le Sud, c'est la méfiance vis-à-vis de la loi et la revendication d'anarchie qui favorisa son déploiement.
D'aucun voient une origine de ce procédé d'exception dans :
Toutefois, c'est la sanction de peine de mort par pendaison et quasiment sans jugement qui retint une telle dénomination.
Victor Hugo, dans Les Misérables l'évoque ainsi à propos de la Révolution de Juillet :
« Le zèle parfois allait jusqu'à l'extermination. Tel peloton de gardes nationaux se constituait de son autorité privée conseil de guerre, et jugeait et exécutait en cinq minutes un insurgé prisonnier. C'est une improvisation de cette sorte qui avait tué Jean Prouvaire. Féroce loi de Lynch, qu'aucun parti n'a le droit de reprocher aux autres, car elle est appliquée par la république en Amérique comme par la monarchie en Europe. Cette loi de Lynch se compliquait de méprises. Un jour d'émeute, un jeune poète, nommé Paul-Aimé Garnier, fut poursuivi place Royale, la baïonnette aux reins, et n'échappa qu'en se réfugiant sous la porte cochère du numéro 6. On criait : « En voilà encore un de ces Saint-Simoniens ! » et l'on voulait le tuer. Or, il avait sous le bras un volume des mémoires du duc de Saint-Simon. Un garde national avait lu sur ce livre le mot : Saint-Simon, et avait crié : « A mort ! » »
Augustin Chevalier, « La loi de Lynch, récit de mœurs anglaises », extrait de la Revue des Deux Mondes,15 décembre 1876)
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