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Nomina si nescis, perit et cognitio rerum.
(Si tu ignores le nom des choses, même leur connaissance disparaît)
citation de Linné en 1755.

Carl Linnaeus, qui portera le nom de Carl von Linné après avoir été anobli, (né le 23 mai 1707 à Råshult - mort le 10 janvier 1778 à Uppsala), est un célèbre naturaliste suédois, fondateur de la systématique moderne.

Mais quel est son vrai nom ?


Au XVII et au XVIII siècles, la plupart des Suédois ne portent pas encore de noms patronymiques. Ainsi le grand-père de Linné, conformément à la tradition scandinave, s’appelle Ingemar Bengtsson (signifiant simplement Ingemar fils de Bengt) et son propre fils, le père de Linné, est d’abord connu sous le nom de Nils Ingemarsson (Nils, le fils d’Ingemar).

Mais Nils, pour répondre aux exigences administratives lors de son inscription à l’université de Lund doit choisir un nom. Sur les terres familiales pousse un grand tilleul. La propriété en porte déjà le nom : Linnagård (de linn une variante aujourd’hui obsolète de lind, le "tilleul" en suédois et de gård, la "ferme"). Plusieurs membres de la famille s'en sont déjà inspiré pour former des patronymes comme Lindelius (à partir de lind) ou Tiliander (à partir de Tilia, le "tilleul" en latin). Il est par ailleurs de bon ton, dans les milieux instruits de pratiquer le latin. Nils choisit donc une forme latinisée et devient Nils Ingemarsson Linnaeus.

Honorant ensuite le très populaire souverain de Suède de l’époque Karl XII (Charles XII de Suède, 1682-1718), Nils donne le prénom du roi à son fils, qui débute donc son existence en s'appelant Karl Linnaeus, le plus souvent orthographié Carl Linnaeus.

Lorsque Carl Linnaeus s’inscrit à l’Université de Lund, à l’âge de 20 ans, son prénom est enregistré sous la forme latinisée de Carolus. Et c’est sous ce nom de Carolus Linnaeus, qu’il publie ses premiers travaux en latin.

Parvenu à une immense notoriété, il est anobli en 1761 et prend en 1762 le nom de Carl von Linné, Linné étant un diminutif de Linnaeus et von la particule nobiliaire. En France, il est aujourd’hui communément connu sous le nom de Linné. En zoologie, où il est d'usage de citer le nom du créateur des espèces en entier, on doit employer Linnaeus pour citer les taxons qu’il a décrits et non Linné, car c'est sous son nom de baptême que les principales œuvres de Linné ont été publiées (Linnaeus n’étant pas une traduction en latin mais son véritable nom).

En botanique, où les noms d’auteurs sont abrégés, on emploie l’abréviation officielle L. . Il est d’ailleurs le seul botaniste à avoir le privilège d’être cité en abrégé par une seule lettre !

Quant à ses œuvres, elles sont publiées jusqu’en 1762 sous les noms de "Carl Linnaeus", "Carolus Linnaeus" ou juste "Linnaeus". En 1762, sur la page de couverture de la seconde édition de Species plantarum, le nom est encore imprimé de cette manière (ou plutôt sous la forme génitive : "Caroli Linnaei"). Mais ensuite, son nom n’apparaît plus imprimé que "Carl von Linné" ou "Carolus a Linne".


Sa vie


L’enfance dans la campagne suédoise

Carl Linnaeus naît le 23 mai 1707 à Råshult, dans la paroisse de Stenbrohult du comté de Kronoberg, dépendant à cette époque de la province suédoise méridionale du Småland. La région est riche en forêts et en lacs, l'environnement y est particulièrement propice à la contemplation et à l'observation de la nature.
Le père de Carl, Nils Ingemarsson Linnaeus (1674-1748) est alors un vicaire de l'église luthérienne et sa mère, Kristina Brodersonia (1688-1733) est la fille du pasteur de Stenbrohult, Samuel Brodersonius. Nils exerce cette charge d'assistant pastoral depuis son arrivée à Råshult en 1705, mais en 1709, à la mort de son beau-père, il devient lui-même le pasteur de la paroisse et la famille déménage de quelques centaines de mètres jusqu'au presbytère de Stenbrohult, au bord du lac de Möckeln.
Nils est un amoureux des plantes qui transmet sa passion à son jeune fils, permettant à celui-ci d'entretenir son propre jardin dès l'âge de 5 ans. Mais avec un père et un grand-père pasteurs, la destinée de Carl est de suivre leurs traces et de devenir aussi pasteur.
Carl quitte le foyer familial à 9 ans, le 10 mai 1716, pour entrer à l'école de Växjö à une quarantaine de kilomètres de Stenbrohult. Il poursuit ensuite ses études au lycée de la même ville, qu'il intègre le 11 juillet 1723 et qu'il quitte le 6 mai 1727. Edition de 1885 de l'encyclopédie Nordisk familjebok
Mais il ne montre guère d'enthousiasme pour les études et la vocation religieuse. Il préfère s'intéresser aux choses de la nature et y passer son temps. Ses camarades le surnomment déjà «le petit botaniste». Les professeurs, notamment celui d'histoire naturelle, le Dr Rothman (1684-1763), convainquent finalement les parents de Carl de ne pas lui imposer une carrière religieuse et de lui permettre de débuter des études de médecine.
C'est finalement son jeune frère, Samuel, qui succédant à son père et à son grand-père, deviendra pasteur de Stenbrohult.

Le brillant étudiant de l'université d'Uppsala

Inscrit sous le nom de Carolus Linnaeus, il commence ses études à l'Université de Lund en 1727. Il y reçoit notamment l'enseignement de Kilian Stobæus (1690-1742), le futur professeur et recteur de l'université alors encore seulement docteur en médecine, qui lui offre son affection et ses encouragements et lui ouvre ses collections et sa bibliothèque.

Cependant, sur les conseils du Dr Rothman, il s'inscrit à la prestigieuse Université d'Uppsala qu'il rejoint en septembre 1728, où il peut effectivement trouver la richesse générale de connaissance qui lui convient.

A l'époque, les études de médecine sont bien peu développées, elles ne sont suivies que par une dizaine d'étudiants sur les 500 environ que compte l'Université et il n'est pas prévu que l'on puisse soutenir sa thèse de doctorat en Suède. Mais les études de médecine comprennent une part importante de l'apprentissage des caractères des plantes, de leurs vertus et de la manière de les préparer en pharmacie. Ces études sont donc d'abord le moyen, voire le prétexte, pour Carolus Linnaeus de s'adonner à sa passion de la botanique.

Déboulant à Uppsala, pauvre comme un rat d'église, il lui faut aussi subvenir à sa propre existence. Alors qu'à peine arrivé en ville, il visite le jardin botanique fondé par Olof Rudbeck (1630-1702), il est remarqué et pris en charge par Olof Celsius (1670-1756), le doyen de la cathédrale et oncle du savant Anders Celsius (1701-1744). Olof Celsius présente Linné à Olof Rudbeck le Jeune (1660-1740), lui-même médecin naturaliste, qui engage le jeune étudiant comme tuteur de ses fils et lui permet d'accéder à sa bibliothèque. Linné remplace un temps l'assistant de Rudbeck, Nils Rozén (1706-1773), alors en voyage à l'étranger.

Linné a justement comme professeur Olof Rudbeck le Jeune, ainsi que Lars Roberg (1664-1742).

C'est à Uppsala, dès l'âge de 24 ans, qu'il conçoit sa classification des plantes d'après les organes sexuels et commence à l'exposer dans son Hortus uplandicus.

C'est aussi à Uppsala, que Linné se lie d'amitié avec Peter Artedi (1705-1735), son aîné de deux ans, qui également issu d'un milieu d'église, destiné à devenir pasteur et venu étudier la théologie, s'intéresse finalement plus à l'histoire naturelle, particulièrement aux poissons.

À travers l’Europe : des voyages d’exploration à la notoriété

Il conduit des missions scientifiques en Laponie et en Dolécarlie. Il rapporte une très riche collection de spécimens végétaux, animaux et minéraux. Bien qu'il donne des conférences de botanique et qu'il soit considéré à Uppsala comme un génie, il n'a pas encore de diplôme de médecine. En 1735, il part aux Pays-Bas où il décide d'obtenir son diplôme à l'Université d'Harderwijk et de publier ses écrits. Il rencontre alors Jan Frederik Gronovius (1686-1762) à qui il montre son manuscrit Systema Naturae. Celui-ci est si impressionné qu'il décide de payer son édition. Peu après, il reçoit le soutien de l'influent George Clifford (1685-1760), président de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et botaniste distingué. Il rencontre également Herman Boerhaave (1668-1738) et Albertus Seba (1655-1736). Il obtient enfin, après un court séjour à l'université d'Harderwijk son titre de docteur en médecine, puis il part travailler à l'université de Leyde, plus prestigieuse.

Entre 1735 et 1738, il visite la Grande-Bretagne et la France où il fait la rencontre de Jussieu.

Le retour en Suède

Il retourne alors en Suède, où, ne recevant pas de proposition qui le satisfasse, il exerce la médecine à Stockholm.

Il se marie le 26 juin 1739 avec Sara Elisabeth Moræa (1716-1806), originaire de Falun. Ils auront ensemble sept enfants, deux garçons et cinq filles : Carl (1741-1783), Elisabeth Christina (1743-1782), Sara Magdalena (1744, décédée à l'âge de quinze jours), Lovisa (1749-1839), Sara Christina (1751-1835), Johan (1754-1757) et Sofia (1757-1830).

Finalement, en 1741, il obtient la chaire de médecine à l'université d'Uppsala puis celle de botanique, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort.

En 1747, il devient médecin de la famille royale de Suède et obtient un titre de noblesse en 1761.


Son œuvre


Systema Naturae

L'ouvrage le plus important de Linné est son Systema Naturae (les systèmes de la Nature) qui connaît de nombreuses éditions successives, la première datant de 1735. Chacune d'elles améliore son système et l'élargit. C'est avec la dixième édition, de 1758, que Linné généralise le système de nomenclature binomiale.

Mais sa classification est parfois totalement artificielle. Ainsi dans la sixième édition de Systema Naturae (1748), il classe les oiseaux dans six grands ensembles pour répondre, harmonieusement, aux six ensembles qu'il utilise pour classer les mammifères.

Il définit clairement certains groupes comme la classe des amphibiens. Pour cela, il utilise les animaux décrits ailleurs (comme dans les œuvres de Seba, Aldrovandi, Catesby, Jonston ou d'autres auteurs). Mais, la plupart du temps, il décrit les espèces d'après des spécimens qu'il peut lui-même étudier.

Species plantarum

C'est en 1753 que Linné fait publier Species plantarum (les espèces des plantes ) où il décrit environ 8000 végétaux différents pour lesquels il met en application de manière systématique la nomenclature binomiale dont il est le promoteur.

Ses correspondances

Mises en vente par la veuve de Linné en 1783 pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de ses filles, les très nombreuses lettres à Linné des plus grandes figures de l'époque du monde des sciences et des idées révèlent toute la richesse intellectuelle du personnage et mettent en lumière les controverses qui agitaient alors la pensée européenne.

Les perles de Linné

Lors de son voyage en Laponie en 1732, Linné visite une pêcherie de perles au lac de Purkijaure. Il faut ouvrir des milliers de coquillages pour trouver les si rares perles : cela l'intrigue. De retour à Uppsala, il tente une expérience, introduit une petite dose de plâtre fin dans des moules perlières et replace celles-ci dans la rivière de la ville, la Fyris. Six ans plus tard, il récolte plusieurs perles de la taille d'un poisbiographie de Linné sur nordicway.com.

Il perfectionne la technique utilisant alors un fil d'argent pour tenir le granule générateur éloigné de la paroi de la coquille. La nacre peut ainsi se déposer régulièrement pour former une perle sphérique. Il vend son brevet en 1762, mais l'acquéreur néglige d'en tirer profitThe Sidney Morning Herald du 7 février 2006.

Ce n'est qu'en 1900 que l'invention de Linné est redécouverte lors de la lecture de ses manuscrits conservés à Londres. Au , les Japonais développent alors la culture perlière et en améliorent les techniques.


Ses idées


La taxinomie linnéenne

Linné met au point un système qui permet de dénommer précisément toutes les espèces animales et végétales (il étend même ce système aux minéraux) grâce à deux noms : le genre (écrit avec une majuscule) et l'espèce (écrite avec une minuscule), tous deux en général d'origine latine, voire grecque ou autre (si l'origine n'est pas latine, le nom utilisé est « latinisé »). Ce système binominal permet d'éviter l'imprécision des noms vernaculaires qui changent d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre.

Par exemple, le renard roux se dit en anglais fox, mais un biologiste anglais comprendra le nom latin, universel : Vulpes vulpes.

Le fixisme

Linné est un fixiste, pour lui les animaux et les végétaux ont été créés par Dieu lors de la Génèse et n'ont pas varié depuis. Il s'appuie donc sur des critères morphologiques sans établir de notion de généalogie entre les espèces. Le but premier de son système est de démontrer la grandeur de Dieu.

Un végétarien convaincu

Linné était un végétarien convaincu, il écrivit : "Les fruits et les plantes comestibles constituent la nourriture la plus appropriée pour l'humain. D'après son anatomie, l'humain n'a pas été physiologiquement préparé pour manger de la viande.".


L'influence de Linné


Ses élèves

Linné a eu une immense influence sur les naturalistes de son époque. Nombreux sont ceux qui viennent assister à son cours, apprendre sa méthode pour l'appliquer dans leur pays. Nombreux sont ceux qui s'embarquent pour des contrées lointaines pour y reconnaître la flore, Linné lui-même les nomme ses apôtres. Tous ces naturalistes trouvent avec la méthode linnéenne un moyen de faire progresser les connaissances.

C'est avec sa collaboration que Philibert Commerson put écrire son traité d'ichtyologie. Il eut aussi quelques autres correspondants tels que Frédéric-Louis Allamand.

Parmi ses nombreux élèves, citons : Anders Dahl, Daniel Solander, Johan Christian Fabricius, Martin Vahl ou Charles de Géer.

Il faut citer également le naturaliste suédois Peter Artedi (1705-1735). Les deux hommes se rencontrent à l'université d'Uppsala, se lient d'amitié puis se séparent, Linné partant pour la Laponie et Artedi pour la Grande-Bretagne. Avant leur départ, ils se lèguent mutuellement leurs manuscrits en cas de décès. Mais Artedi se noie accidentellement à Amsterdam où il venait réaliser le catalogue des collections d'ichtyologie d'Albertus Seba (1665-1736). Suivant leur accord, Linné hérite des manuscrits d'Artedi. Il les fait paraître sous le titre de Bibliotheca Ichthyologica et de Philosophia Ichthyologica, accompagné d'une biographie de leur auteur, à Leyde en 1738.

Son influence s'exerce à travers tous les continents : Pehr Kalm en Amérique du Nord, Fredric Hasselquist en Égypte et en Palestine, Pehr Forsskål au Moyen Orient, Pehr Löfling au Venezuela, Pehr Osbeck et Olof Torén en Chine et en Asie du Sud-Est, Carl Peter Thunberg au Japon...

Son caractère égocentrique, conjugué à une extrême ambition, le conduit, comme Buffon, à persécuter ceux qui n'optent pas pour son système. Mais il est le premier, suivant en cela John Ray, à utiliser un concept clair d'espèce qui n'est en rien diminué par sa conviction de l'immuabilité des espèces.

Les critiques

Contrairement à la plupart des naturalistes européens qui reconnaissent la révolution linnéenne, des naturalistes et des philosophes français comme Julien Offray de La Mettrie, Denis Diderot, Buffon ou Maupertuis critiquent la taxonomie linnéenne. Ce qui lui est reproché est son caractère artificiel et fixiste. L'entreprise de Linnée ne fait que partiellement appel à la raison, avec peu d'appel à l'expérimentation. Ils lui reprochent aussi une démarche emprise de religiosité car Linné se voit en nouvel Adam décrivant et nommant la création. Pour toutes ces raisons les philosophes des Lumières en France ne peuvent le reconnaître comme l'un des leurs. Finalement seule la nomenclature binomiale survivra aux idées de Linné.

L'homme célébré : les sociétés linnéennes

Orientation bibliographie


Œuvres de Linné

Principales publications
(la date indique la première édition)
  • Praeludia Sponsaliarum Plantarum (1729)
  • Systema Naturae (1735)
  • Fundamenta Botanica (1735)
  • Bibliotheca Botanica (1735)
  • Flora Lapponica (1737)
  • Ichthyologia (1738), où Linné publie les travaux de son collègue et ami Peter Artedi décédé accidentellement
  • Hortus Cliffortiana (1738)
  • Fauna Svecica (1746)
  • Hortus Upsaliensis (1748)
  • Philosophia botanica (1751)
  • Species plantarum (1753)

Bibliographies

Pour une bibliographie (ancienne et partielle), voir :

  • British Museum, A Catalogue of the works of Linnaeus (and publications more immediately relating thereto) preserved in the libraries of the British Museum (Bloomsbury) and the British Museum (National History) (South Kensigton), British Museum (Natural History), Londres, 1933, réimpr. Martino Fine Books, Mansfield, s. d., 246-65-59 p. .

Traductions, rééditions

Monographie sur Linné et le linnéisme

  • Pascal Duris (1993). Linné et la France (1780-1850). Droz (Genève) : 281 p.
  • Thierry Hoquet (dir.) (2005). Les Fondements de la botanique. Linné et la classification des plantes. Vuibert (Paris) : viii + 290 p. ISBN 2-7117-9145-9.

Liens externes

Références

  • Michael Walters (2003). A Concise History of Ornithology. Yale University Press (New Haven, Connecticut) : 255 p.

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