Le Prince est le chef-d'œuvre de Nicolas Machiavel (Niccolo Machiavelli), écrivain et philosophe florentin. Ce traité politique a probablement été écrit en 1513, mais il n'a été publié qu'à partir de 1532, cinq ans après la mort de son auteur.
L'objet de ce traité est d'exposer l'art et la manière de gouverner en jouant habilement des sentiments populaires au moyen d'une politique dénuée de scrupules.
Machiavel, secrétaire des Dix de Liberté et de Paix de la République depuis le 23 mai 1498, est banni lors de la prise de pouvoir de Florence par les Médicis en 1512. Fonctionnaire déchu, il cherche à rentrer en grâce auprès des Médicis. Il écrit et dédie ce traité dans un premier temps à Julien de Médicis, frère du pape Léon X, puis à Laurent de Médicis à la mort de ce premier en 1516. Celui-ci était plus amateur d'arts et de plaisirs de cour que d'art politique proprement dit. Machiavel entend mettre à sa disposition "la connaissance des actions des grands hommes, qu'il a acquise soit par une longue expérience des affaires des temps modernes, soit par une étude assidue de celle des temps anciens.
L'ouvrage comporte vingt-six chapitres.
Dans le premier chapitre, les différents types d'États sont classés selon deux grands types : les républiques et les principautés, ces dernières étant soit héréditaires, soit nouvelles. À cette occasion, l'essai évoque les événements récents qui agitent la botte italienne au Quattrocento, notamment les agissements de César Borgia pour s'installer en Romagne et les intrigues des Sforza dans le Milanais visant à évincer les Visconti.
Dans les chapitres II à XI, l'auteur étudie les différents moyens de les conquérir et de les conserver.
Dans les chapitres XII à XIV, les questions militaires sont abordées, Machiavel se prononce notamment en faveur d'une conscription nationale au détriment de l'usage de mercenaires toujours susceptibles de causer plus de torts que de bien pour le Prince.
Les chapitres XV à XXII exposent l'essentiel de ce que la postérité a retenu sous le nom de «machiavélisme» : des conseils dénués de tout moralisme relatifs à la conservation du pouvoir.
Les chapitres XXIII à XXVI dévoilent les intentions de l'auteur : ces conseils doivent permettre de libérer et d'unifier l'Italie.
Contrairement à la plupart des traités traditionnellement destinés à l'édification morale du chef d'État, supposés l'encourager à l'usage vertueux et juste du pouvoir, Machiavel pose rapidement qu'il n'y a pas de pouvoir vertueux, s'il n'y a pas de pouvoir effectif. Aussi la question fondamentale dont il s'agit de partir n'est pas "comment bien user du pouvoir selon les vertus morales et chrétiennes ?" mais "comment obtenir et conserver le pouvoir ?".
Il ne s'agit pas ici de se référer à des valeurs morales transcendantes comme le faisait Platon dans la République, il ne s'agit pas non plus d'instaurer sur Terre un idéal utopique. La politique doit s'exercer en tenant compte des réalités concrètes ce qui fait nécessairement passer la morale au second plan. A ce titre, Machiavel peut être considéré comme le père du pragmatisme politique.
Quelle est cette vérité effective en matière politique ? C'est avant tout le conflit entre les hommes et la nécessité de réguler par les moyens les plus efficaces leurs relations. Parmi ces moyens, la crainte qu'inspire le Prince, par le déploiement de sa puissance, est un des plus adéquats. Celui-ci devra donc s'employer au premier chef à acquérir par tous les moyens militaires, économiques et juridiques qui garantiront sa force. Il ne devra pas non plus hésiter à punir sévèrement ceux qui contestent son autorité, de préférence en s'employant à marquer les imaginations (tortures publiques par exemple). Ainsi l'ordre sera préservé dans sa cité et il lui rendra un bien meilleur service que si par faiblesse ou «tolérance», il laissait s'installer la contestation et le désordre. De la sorte, il parviendra à être aussi bien craint qu'aimé pour ses qualités de chef.
La vertu principale du prince n'est donc pas morale mais politique : c'est l'aptitude à conserver le pouvoir en sachant doser la crainte et l'amour qu'il peut inspirer de façon à maintenir l'ordre et l'unité de sa cité. L'originalité du «machiavélisme» est cependant de ne pas conseiller pour autant au Prince de mépriser toute forme de moralité : pour s'assurer le soutien et l'appui de la population, le Prince devra respecter publiquement au moins en apparence les règles de morale admises par son peuple. Peu importe qu'en privé, il méprise ces règles, et de fait il devra souvent aller contre la morale dans ses actions politiques secrètes, par exemple ne pas hésiter à trahir sa propre parole si c'est un moyen de conserver le pouvoir, mais publiquement il devra toujours être capable de «donner le change» afin que son peuple ne se retourne pas contre lui.
L'ayant lu, Frédéric II de Prusse le décrira plus tard comme "un livre abominable": Machiavel, en bon politicien habile à décrire les ressorts du pouvoir, ne se prive pas d'y écrire en effet que lors de la prise d'une principauté, il ne faut pas s'arrêter à la tête du gouvernant usurpé, il faut également noyer tous ses héritiers en bas âge, afin de mettre un terme à la branche dynastique du territoire conquis. Cela permet de se prémunir aussi tôt que possible contre des prétendants nourris de haine, susceptibles qui plus est d'avoir pour eux l'appui populaire, une vingtaine d'années plus tard.
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