La laïcité désigne le principe de séparation du pouvoir politique et administratif de l'Etat et du pouvoir religieux, ainsi que le caractère des institutions qui respectent ce principe.
Issu du grec "laos" (le peuple) : est laïc ce qui est relatif au peuple et est indépendant des organisations religieuses.
Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu. Les convictions religieuses -ou l'absence de conviction- de chacun, qu'il faut peut-être distinguer des options spirituelles ou métaphysiques théistes plus ou moins indépendantes des religions, sont alors volontairement ignorées par l'administration.
La laïcité implique un enseignement d'où la formation religieuse (dans le sens enseignement de la foi) est absente. Pour autant, l'enseignement des religions n'est pas incompatible avec la laïcité, tant qu'il ne s'agit que de décrire des « us et coutumes », et si l'on présente chaque religion d'un point de vue extérieur à celle-ci (si tant est qu'il soit possible de transmettre une culture religieuse en faisant abstraction du dogme qu'elle véhicule et que l'on puisse traiter toutes les religions de manière égale).
Par ailleurs, le terme laïc est également utilisé au sein de la religion catholique dans un sens très différent : il désigne une personne n'étant ni prêtre, ni diacre, ni moine, mais pouvant jouer un rôle actif dans l'organisation et l'animation des activités de l'église.
Cf, dans le Préambule de la Constitution: "l'enseignement laïque" (pour plus d'informations: cf. le n° de la revue Mots : "Laic, Laïque, Laïcité", Juin 1991)
Au , le pape Gélase I avait énoncé la doctrine des deux glaives visant à séparer le pouvoir temporel et l'autorité spirituelle.
La laïcité est indépendante de la liberté de culte. Celle-ci apparaît historiquement bien avant, dans des États décidant de tolérer d'autres religions que leur(s) religion(s) d'État(s). Mais la liberté de culte change de nature : tous les cultes y sont égaux, et subordonnés aux règles de l'Etat. Si une règle religieuse entre en contradiction avec une règle de l'Etat, les adeptes de cette religion se trouveront persécutés. La laïcité est donc parfaitement compatible avec une liberté de culte restreinte (indépendamment de tout jugement sur la légitimité d'une telle restriction, qui frapperait par exemple un culte pratiquant les sacrifices humains...)
Les mots de la famille laïcité recouvrent deux acceptions :
Cette seconde acception est apparue au avec les différentes lois sur la séparation de l'Église et de l'État en France. Le terme même de laïcité est un néologisme créé en France en 1871 par dérivation de l'adjectif laïc par Ferdinand Buisson. Cependant, aucun mot de la famille laïcité n'est présent dans le texte de loi sur l'école de Jules Ferry ni dans la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État.
En revanche, l'article 1 de la Constitution de la France (Ve République) de la Cinquième République utilise l'adjectif laïque en désignant la République française : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » L'adjectif laïque est aussi employé pour accompagner le nom enseignement dans cette même constitution : « la Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation et à la culture ; l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État ». Paradoxalement, la même constitution, en intégrant la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, invoque l'Être suprême !
La laïcité n'est pas totalement acceptée, de nombreux débats sur ce sujet, elle doit être une égalité des religions, respecter les croyances et ne pas faire de distinction de races ainsi que la liberté de conscience, et le citoyen à des droits mais également des devoirs et il se doit de les respecter :
Le citoyen est jugé indépendamment de ses convictions religieuses.
L'exercice du pouvoir politique n'est conditionné ni par le respect de prescriptions religieuses ni par l'appartenance à un groupe religieux.
L'État laïque ne peut que reconnaître des organisations religieuses, mais pas de religions proprement dites, ni privilégier des membres d'une religion. Il défend aussi les droits de chaque citoyen contre d'éventuelles règles religieuses qui seraient en contradiction avec l'ordre public, particulièrement avec les droits et les libertés de chacun.
À partir du moment où la liberté de culte est assurée, on s'aperçoit que l'influence des Églises n'est pas directement corrélée à leur statut juridique. Par exemple la Suède, pays reconnaissant l'Église évangélique luthérienne comme religion d'État jusqu'au 1 janvier 2000, est certainement l'un des pays les moins religieux d'Europe car en un siècle l'Église de Suède est devenue, comme la monarchie, un simple folklore pour la plupart des habitants.
Au contraire, des pays de constitution laïque comme la France ou le Portugal ont une tradition catholique toujours vivace. Le classement suivant repose donc uniquement sur le statut juridique des Églises, sans présumer de leur poids politique effectif.
Pays reconnaissant aux Églises un statut spécial par rapport aux autres associations ou dont la constitution fait référence à Dieu. La constitution de ces pays établit la séparation de l'Église (compris comme religionS) et de l'État.
République fortement imprégnée par les valeurs chrétiennes (tradition puritaine pour la Nouvelle Angleterre, mais aussi baptiste, méthodiste, et catholique). Bien que la religion soit officiellement séparée de l'État, les reférences à Dieu sont omniprésentes : le In God we trust sur les billets (En Dieu, nous croyons) qui est devenu la devise officielle des États-Unis le 30 juillet 1956 sur l’initiative d'un député de Floride (Charles E. Bennett), le serment des présidents américains sur la Bible lors de l'investiture etc. Cependant, dans la constitution et dans la Déclaration des Droits, il n'est jamais fait référence à Dieu ou à la Providence. Depuis la fin du XVIII siècle, il n'y a pas de religion officielle dans ce pays. L'État fédéral ne subventionne aucune école religieuse. Enfin, il ne faut pas oublier que le premier amendement fait partie de la première constitution à garantir la non ingérence de l'État dans les religions et la liberté de culte. Attention: la définition du Dieu auquel se réfère l'État américain est pensée et vécue comme le point commun à toutes les religions, il ne s'agit donc pas d'un Dieu précis. D'une manière différente de la France, où l'État rassemble par son indifférence aux cultes, l'État américain rassemble en créant un point commun qui est le fait de croire.
Le droit canadien n'a pas fait sien le concept de laïcité. Mais une jurisprudence solidement établie souligne qu'il n'y a «pas de religion d'État» au Canada (affaire Chaput c. Romain, Cour suprême, 1955). Aujourd'hui, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés (1982) commence par l'énoncé suivant: "Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit". La référence à Dieu n'a vraisemblablement qu'une portée symbolique. En droit canadien, les rapports entre l'État et les religions se situent en effet dans un cadre juridique bien délimité par les libertés fondamentales de conscience et de religion. En particulier, la liberté de religion comporte aussi bien la liberté de croire et de professer ses croyances, que le fait de ne pas être forcé d'agir contrairement à sa conscience ou à ses croyances (J. Woerhling). Pour l'État, elle implique, comme en France, une certaine obligation de neutralité religieuse. Ainsi, dans l'exercice du contrôle de la constitutionnalité des lois, les tribunaux peuvent déclarer inopérante une loi qui incorpore les préceptes d'une religion (affaire Big M Drug Mart, Cour suprême, 1985, à propos d'une loi d'inspiration chrétienne qui interdisait de travailler le dimanche sous peine de sanction pénale). Mais l'équilibre entre la neutralité de l'État et le respect de la liberté religieuse n'est pas le même qu'en France. Lorsqu'il s'agit des prérogatives de l'individu, le droit canadien se montre nettement plus "ouvert" à l'expression des appartenances religieuses et ce, même au sein de la sphère publique. Par exemple, on autorise les agents sikhs de la Gendarmerie royale du Canada à porter le turban plutôt que le couvre-chef réglementaire (affaire Grant, Cour d'appel fédérale, 1995) et les élèves sikhs à porter le kirpan, dans la mesure où celui-ci est porté dans des conditions sécuritaires (affaire Multani, Cour suprême, 2006). De même, le port du foulard islamique est autorisé dans les écoles publiques, au nom du principe d'accommodement raisonnable (*avis de la Commission des droits de la personne du Québec, 1995).
En ce qui concerne l'enseignement religieux à l'école publique, en principe la situation est susceptible de varier d'une province à l'autre. En pratique, elle tend partout vers une déconfessionnalisation de l'enseignement. De plus en plus, celui-ci se caractérise par une lecture culturelle, sociologique et éthique du fait religieux. C'est ainsi qu'à partir du 1er juillet 2008, le Québec remplacera l'enseignement confessionnel catholique et protestant, offert dans ses écoles publiques, par un programme d'éthique et de culture religieuse.
L'instruction religieuse catholique est obligatoire. Après la mort du dictateur Francisco Franco, les gouvernements socialistes qui lui succèdèrent dès le rétablissement de la Royauté, firent passer l'accord de 1979 qui stipulait :
En sorte que le catholicisme est une matière qui compte aux examens. Les autres religions n'ont droit qu'à un enseignement de morale civique où les religions autres que catholique sont qualifiées d'hérésies. Cette disposition fut abolie en 2004, dès les élections.
Le 22 juillet 2005, le gouvernement socialiste a rendu public un projet de loi qui rendrait les cours de religion catholique facultatifs à l'école publique. Revenant sur des dispositions instaurées par José Maria Aznar, le projet prévoit aussi que les notes obtenues par les élèves dans cette matière ne compteront plus pour obtenir des bourses, aller à l'université ou passer en classe supérieure. Si 82,4 % des Espagnols se déclarent catholiques et 47,7 % d'entre eux pratiquants, les nouvelles mesures semblent soutenues par une majorité de la population.
Le Conseil de l'Europe exhorte ses États membres à refuser le relativisme culturel et rappelle la primauté de la séparation des Églises et de l'État et des droits de l'homme, et notamment des femmes sur le respect excessif de la "liberté religieuse", et condamne toute coutume ou politique fondée sur ou attribuée à la religion qui irait à son encontre, citant les mariages forcés, les mutilations génitales, les oppositions au divorce ou à l'avortement, l'imposition de code vestimentaire aux mineures. (Résolution femmes et religion en Europe).
Pays où une religion est déclarée comme « dominante » par la Constitution.
Fondé comme l'État Pour les juifs, il devint L'État juif, à la suite d'un accord entre David Ben Gourion et la minorité orthodoxe dans le but d'obtenir son soutien dans la guerre d'indépendance contre la Grande-Bretagne. Aujourd'hui, la situation israélienne est complexe :
Gouvernements dans lesquels les clercs ou leurs représentants exercent l'autorité au nom de Dieu.
L'Union européenne regroupe des États ayant des conceptions différentes de la laïcité. Pour tenter de gommer ces divergences, le Projet de traité instituant une Constitution pour l'Europe (juin 2003) consacre l'article 51 de sa première partie au statut des Églises et des organisations non confessionnelles :
Beaucoup en France se sont élevés contre l'alinéa 3, dont ils estiment qu'il accorde aux Églises des privilèges incompatibles avec une constitution laïque. Ils proposent sa suppression, l'alinéa faisant de toute façon double emploi avec l'article 46(-2): « Les institutions de l'Union entretiennent un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile. »
En revanche, d'autres ont regretté qu'il ne soit pas fait référence, non pas à la religion, mais à la culture chrétienne comme socle commun des peuples européens. Mais, il s'agissait d'une référence implicite aux fondements judéo-chrétiens d'une partie seulement de nos systèmes moraux, juridiques et politiques, qui impliquait aussi, de facto, une prise de position sur l'entrée des Balkans et de la Turquie, pays laïque de tradition musulmane.
(sur ce sujet, cf. J-P. Willaime,Europe et religion, les enjeux du XXIe siècle, Fayard, 2004.
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