Il convient de distinguer l'idée de justice d'une part et l'institution judiciaire d'autre part. Le mot justice revêt ainsi plusieurs sens selon le contexte dans lequel il est employé :
Le terme semble indo-européen : on trouve en sanskrit yós, « salut ! », qui pourrait lui être lié. Lui répond en avestique le radical yaoš- dans le verbe yaoš-dā-, « purifier » (yaož-daδāiti, « il donne le yaoš »). Tous ces termes permettent de poser un radical commun *yew- (qui expliquerait qu'on ait en latin jū-s, avec /u/ long). Ils semblent aussi tous trois liés à la religion, mais le détail reste flou. Un autre radical est souvent utilisé pour représenter la justice, celui pour « montrer », « désigner », *diḱ-, que l'on a dans le grec δίκη díkê, « justice » ou en latin dans judex (c'est-à-dire ju-dek-s), proprement : « celui qui montre (le droit) ». Ce terme donne en français le mot « juge ».
La justice, étymologiquement, est donc d'ordre divin : les hommes se doivent de respecter, mutatis mutandis, les lois éternelles édictées par les dieux. Du reste, jurare signifie aussi « prononcer un juron » (ce dernier nom étant lui aussi dérivé du même radical). Le glissement de sens s'explique si l'on sait que les jurons antiques s'approchaient souvent de formules sacrées détournées. Par exemple, Hercle, « par Hercule ! », ou ecastor, « par Castor ! » appartiennent bien au registre familier, de même que morbleu (« mort de Dieu ») ou « palsambleu » (« par le sang de Dieu »), qui montrent clairement leur origine blasphématoire (on pourrait aussi citer nombre de jurons québécois de ce type, qui, au contraire des deux exemples français cités, restent très vivants, comme tabernac(le) ou crisse, c'est-à-dire « Christ »).
La justitia latine, cependant, ainsi que le jus se sont de bonne heure séparés de la religion, même si les premiers textes, ceux des douze tables, par exemple, vouent les contrevenants à la malédiction : patronus si clienti fraudem fecerit, sacer esto, « si un client trompe son patron, qu'il soit maudit »
Cette distinction fait en outre apparaître une tension fondamentale de la philosophie politique et morale : la justice sociale doit-elle se fonder sur la vertu des citoyens, et sinon, cela n'entraîne-t-il pas nécessairement des conflits entre l'homme juste et le même homme en tant que citoyen ? Par exemple, un bon citoyen (i.e. qui respecte les lois) peut-il être en même temps injuste (i.e. du point de vue de la vertu) ? Et, inversement, un homme juste est-il nécessairement un bon citoyen ?
Il convient de remarquer que le concept de justice en tant que vertu appartient essentiellement à la philosophie morale antique et qu'il s'oppose à la conception libérale de la justice moderne.
Pour comprendre la portée de cette problématique, il faut commencer par déterminer le concept de justice en tant que disposition ou vertu individuelle.
Ainsi, en tant que vertu, la justice rapporte l'action droite à un état interne de l'individu, et non à des normes sociales externes ou à d'autres normes telles que les conséquences de nos actes.
Dans la Chine des Tang, il y avait une règle : toute erreur judiciaire reconnue conduisait le juge qui l'avait commise à subir le même châtiment que celui qui avait été infligé à la victime de son erreur.
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