John Maynard Keynes était un économiste et un mathématicien britannique (né le 5 juin 1883 à Cambridge et décédé le 21 avril 1946 à Firle, Sussex).
Il est l'inspirateur du keynésianisme, courant de pensée économique dont les adeptes (plus ou moins critiques du libéralisme économique) ont retenu notamment, parmi la richesse des analyses de Keynes, sa position en faveur de l'intervention de l'État, à certains moments précis, au sein de l'économie, pour assurer le plein emploi. Ce courant succède à l'école néoclassique et a été dominant de 1945 jusqu'aux années 1970, voire 1980 selon les pays.
Un an plus tard, il intègre le collège d'Eton (Eton College) où il est un élève brillant qui gagne, en 1899 et en 1900, le prix de mathématiques. En 1901, il finit premier en mathématiques, histoire et anglais. En 1902, il gagne sa place pour le King's College de Cambridge, où il poursuit ses études de mathématiques, jusqu'en 1905. Après deux ans au service de l'État britannique, où il est affecté à l'Indian Office (ministère de l'Inde), il reprend ses études à Cambridge. Il opte alors pour l'économie, convaincu en cela par Alfred Marshall, un des plus célèbres économistes néoclassiques dont il sera alors l'élève. Un autre de ses professeurs, néoclassique lui aussi et auquel il s'opposera ensuite radicalement est Arthur Cecil Pigou. Il ne connaîtra guère d'autre tradition en science économique, mais deviendra lui-même enseignant au King's college en 1909.
J. M. Keynes se fait connaître du grand public avec sa publication Les Conséquences économiques de la paix en 1919 où il critique le traité de Versailles. Il était en effet représentant du ministère des finances britannique à la Conférence de la Paix de Paris, et démissionna trois jours avant la signature du traité. Dans son pamphlet, il dénonce le poids des réparations exorbitantes auxquelles doit faire face l'Allemagne et prédit la ruine de l'économie germanique ; il développera à nouveau ce sujet dans son ouvrage Nouvelles considérations sur les conséquences de la paix (The Revision of the Treaty, 1921). L'hyper-inflation allemande qui succédera à la guerre confirmera entièrement ses thèses. Le critique le plus connu de cet ouvrage fut Étienne Mantoux
En 1921, Keynes publie le Traité des probabilités, à partir des travaux qu'il avait réalisés entre 1905 et 1908. Alors membre du Parti libéral, depuis 1912, il écrit de nombreux articles pour la presse qui en est proche, principalement le Manchester Guardian, pour qui il couvrira d'ailleurs la Conférence monétaire internationale de Gênes en 1922. À partir des articles qu'il rédige à cette occasion, il composera son Essai sur la réforme monétaire (1923), critique de la théorie monétaire classique où il prône l'abandon du système de l'étalon-or. Lorsque Winston Churchill, alors Chancelier de l'Échiquier annonce le retour à l'étalon-or à la parité d'avant-guerre, Keynes écrit Les Conséquences économiques de M. Churchill (1925), où il prédit que cette parité sera impossible à maintenir, ce qui entraînera une crise mondiale.
Keynes devient rapidement un des plus célèbres économistes au monde et à ce titre, il devient conseiller financier de la Couronne et gouverneur de la Banque d'Angleterre.
En 1942, il est élevé au rang de Baron Keynes de Tilton.
Lors des Accords de Bretton Woods en 1944, il présidera la délégation britannique. Il tente d'y faire valoir l'idée d'une monnaie et d'une banque supranationales, qui sera repoussée par les Américains (conduits par Harry White, sous-secrétaire aux Finances) soucieux de placer le dollar au centre du Système monétaire international.
John Maynard Keynes épouse en 1925 la ballerine russe Lydia Lopokova (danseuse étoile de la compagnie des Ballets russes de Serge Diaghilev). Il ne laissera pas de descendance.
Son frère Sir Geoffrey Keynes (1887–1982) était un brillant chirurgien, érudit et bibliophile. Son premier neveu Richard Keynes (né en 1919) est un physiologiste, le second Quentin Keynes (1921–2003) un aventurier et un bibliophile.
J. M. Keynes lui-même était un grand collectionneur de livres, et réunit par exemple de nombreux manuscrits d'Isaac Newton concernant l'alchimie et les notes de John Conduitt. Une des dernières publications de Keynes fut ainsi Newton, l'Homme (Newton, The Man), parue pour le Tricentenaire de la naissance du physicien (1942) sous la forme d'article puis en livre en 1946.
Keynes meurt le 21 avril 1946 d'une crise cardiaque, ses problèmes de cœur s'étant aggravés suite à la charge de travail qu'il doit supporter à l'occasion des accords de Bretton Woods, et des problèmes financiers internationaux de l'après-guerre.
John Maynard Keynes est à la source d'une importante évolution de la science économique avec son œuvre principale, la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (The general theory of employment, interest and money) paru en 1936. L'ouvrage est considéré comme le traité de science économique du ayant le plus influencé la façon dont le monde a abordé l'économie et le rôle du pouvoir politique dans la société.
Avec la Théorie générale, Keynes a développé l'hypothèse que la demande est le facteur déterminant pouvant expliquer le niveau de la production et par conséquent de l'emploi.
Aujourd'hui de nombreux courants et partis politique se revendiquent du keynesianisme en n'en retenant que l'idée d'interventionnisme. Keynes, lui même homme d'affaires, se disait pourtant du coté de "la bourgeoisie éclairée" et insistait sur le rôle fondamental de la création privée d'entreprise.
Parmi les concepts novateurs apportés par Keynes, on retiendra surtout :
Ces concepts ont accrédité à l'époque la possibilité de politiques économiques interventionnistes qui élimineraient les récessions et freineraient les emballements de l'économie. L'ensemble de ces notions constitue une méthodologie, et a engendré une nouvelle sous-discipline de l'économie, appellée macroéconomie.
Les théoriciens des "anticipations rationnelles" ont même démontré que ces politiques ne pouvaient avoir d'effet que si elles réussissaient à tromper les agents économiques sur les effets qu'elles auraient, notamment sur les taux d'intérêt et les salaires réels — et cela indépendamment de leurs conceptions parfois irréalistes de l'incertitude.
C'est dans les années 1970 que le problème de la « stagflation » — une inflation croissante sans réduction du chômage, conjonction qu'elle déclarait implicitement impossible — a finalement conduit à remettre en cause l'approche macroéconomique de Keynes — d'où, peut-être, le Prix Nobel d'économie attribué en 1974 aux interprétations de la conjoncture de type autrichien de Friedrich Hayek.
Logiquement, c'est-à-dire si on écarte les explications circulaires de la hausse des prix du genre "inflation par les coûts" (car ces "coûts" ne sont eux-mêmes rien d'autre que des prix), la stagflation ne peut exister que si la demande est simultanément en excédent ici, et en défaut là ; on ne peut donc en rendre compte que si on sort de la "macroéconomie" proprement dite, laquelle n'envisage par hypothèse qu'un défaut, ou un excédent global de la demande. Or, justement, la critique autrichienne de Keynes prétend réfuter l'approche macroéconomique en tant que telle : pour elle les désajustements entre offres et demandes sont forcément locaux. Ce qui lui permet d'insister sur la réaction à la politique monétaire des prix relatifs des actifs échangés en amont du consommateur, dans la "structure de production", comme éléments essentiels de la conjoncture — à ce titre, la notion d'"inflation des actifs" , admise dans les années 1980, est une première prise en compte de cette approche.
Ensuite, ces écarts entre les demandes et les offres ne peuvent être que le produit d'erreurs de prévision : si les gens prévoyaient parfaitement la demande pour leurs services, ils ne se retrouveraient jamais avec une demande plus faible (d'où sous-emploi) ou plus forte (d'où hausse des prix) qu'ils ne l'envisageaient. On retrouve une conclusion des "anticipations rationnelles", mais dans une approche qui y ajoute une analyse réaliste des conditions dans lesquelles les gens acquièrent l'information.
En effet ces erreurs-là, les critiques de la macroéconomie affirment que la politique de conjoncture ne peut que les aggraver, en ajoutant ses propres sources d'incertitude à celles qu'engendrent les choix faits sur les marchés.
Pour l'analyse autrichienne, donc, les institutions qui affectent la demande globale, notamment le monopole d'émission de la monnaie, sont la cause des crises économiques et financières évitables, et ne peuvent pas y porter remède. Plus généralement, elle affirme que les planificateurs étatiques ne peuvent pas connaître l'information nécessaire à la réalisation de leurs projets par les hommes, mais ne font au contraire que fausser son acquisition parce qu'ils ne subissent pas les conséquences de leurs choix, alors qu'ils privent de leur pouvoir de décision les seuls qui auraient véritablement intérêt à s'informer de façon adéquate, ceux qui les subiront effectivement.
Ces considérations, partagées au-delà de l'école autrichienne — Milton Friedman aussi reconnaît qu'on n'a pas besoin de banque centrale, ont inspiré des politiques, notamment monétaires, qui prétendaient davantage être prévisibles que régler la conjoncture.
A propos de Keynes et ses critiques, on peut consulter l'ouvrage récent: G. C. Peden, ed. _Keynes and His Critics: Treasury Responses to the Keynesian Revolution 1925-1946_. Records of Social and Economic History Series. Oxford: Oxford University Press, 2004. xv + 372 pp. Bibliography, dramatis personae, index. ISBN 0-19-726322-4.
Les courants keynesiens actuels sont les post-keynesiens et les néo-keynésiens.
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