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Le jeu de paume est un sport de raquettes pratiqué depuis près d'un millénaire. Il est l'ancêtre direct de la pelote basque, du jeu de balle au tambourin, du tennis et plus généralement de tous les sports de raquettes.

Le jeu de paume est associé au serment du jeu de paume, un des événements majeurs du début de la Révolution française.

L'Histoire


Le jeu de paume : sport roi quatre siècles durant


Le jeu de paume est « le » sport roi entre 1250 et 1650. La capitale de l'ancêtre direct du tennis est incontestablement Paris en raison du rebond exceptionnel des balles confectionnées par les artisans parisiens spécialisés, les paumiers. On en recense 13 en 1292! Il faudra attendre le et l'invention du caoutchouc pour mettre au point une balle ayant un meilleur rebond. Les balles de Paris étaient si recherchées qu'elles figuraient toujours en première place des butins des pirates ! Devant la forte demande des milliers de joueurs parisiens, les artisans parvenaient à peine à fournir ; aussi, toute exportation de balle neuve ou usagée était strictement interdite. Une balle de Paris était ainsi bien plus rare que l'or hors des limites de Paris

Historique du jeu

La paume consiste à se renvoyer une balle au dessus d'un filet à la manière du tennis et se pratique en individuel (1 contre 1) ou en double (2 contre 2), mais aussi à 3 contre 3 ou 4 contre 4. La façon de compter les points (15, 30, 40 et jeu) est toujours utilisé au tennis. L’origine de cette forme de comptage n’est pas clairement établie. Le port d’un gant de cuir afin de protéger la main qui frappe la balle se généralise à la fin du . La paume se pratique à l’origine en plein air, mais dès le les terrains de jeu sont couverts d’un toit donnant naissance aux salles de Jeu de Paume, aussi appelés « tripots ».

Vives, un ami d’Érasme, nous éclaire sur le jeu de paume en nous apprenant, notamment, qu’il n’y avait pas d’arbitre, et qu’il fallait respecter le jugement… des spectateurs ! Interdiction absolue de se mettre en colère et obligation de s’essuyer et de changer de chemise à la fin de chaque jeu. Le jeu doit être immédiatement stoppé si l’un des deux joueurs n’est plus physiquement apte à jouer.

Première mention d’une raquette pour jouer au jeu de paume en 1505 qui se jouait précédemment à main nue ou ganté de cuir. Le battoir, raquette pleine en bois, était apparu au siècle précédent. La raquette dispose elle d’un cordage en chanvre ou en boyau. Le qui s’ouvre sur cette innovation est l’âge d’or du jeu de paume en France. La pratique à main nue perdure, certains matches opposant même les tenants des deux écoles, des quatre même : main nue, main gantée, battoir ou raquette !

En 1610, les paumiers se constituent en corporation. Les abus du raz-de-marée de la paume en France se devaient d’être corrigés. Certains paumiers peu scrupuleux n’hésitaient en effet pas à bourrer leurs éteufs de pierres provoquant des accidents, parfois mortels. Le frère de Montaigne décède ainsi. De nombreuses salles sont fermées tandis qu’une réglementation stricte (c’est le principe même d’une corporation) encadre désormais la production d’éteufs et autres raquettes.

La folie française du jeu de paume

La folie pour le jeu de paume occasionne beaucoup d'embarras aux autorités qui peinent à canaliser ce mouvement qui touche tout le monde, du roi au simple gosse, sans oublier les femmes. Le 22 juin 1397, le prévôt de Paris interdit la pratique du jeu de paume tous les jours, sauf le dimanche « parce que plusieurs gens de métier et autres du petit peuple quittaient leur ouvrage et leur famille pendant les jours ouvrables, ce qui était fort préjudiciable pour le bon ordre public ». Encore une fois, les joueurs ne tiennent aucun compte de cet interdit et des parties ont lieu tous les jours, au grand désespoir des autorités...

Les lettres patentes du roi de France François Ier en date du 9 novembre 1527 officialisent le professionnalisme sportif, en jeu de paume notamment. Ce texte révolutionnaire met en effet sur le même plan les gains d’un joueur de paume et les fruits du travail. Depuis bien longtemps déjà, paris et enjeux ont transformé de fait cette activité sportive en métier pour beaucoup.

Les femmes pratiquaient également le jeu de paume. Citons ici Margot la Hennuyère qui cause la sensation à Paris alors sous occupation anglaise en s'imposant face aux meilleurs spécialistes parisiens du jeu ! Elle s’incline toutefois face aux joueurs les plus physiques.

Le 23 mars 1594, au lendemain de son entrée royale dans Paris, Henri IV dispute une partie de jeu de paume. Cette partie disputée à La Sphère fut très appréciée par le peuple parisien et fit beaucoup pour la popularité du nouveau roi dans la capitale.

L’Italien Francesco d’Ierni en 1596 estime à 250 le nombre de salles de jeu de paume à Paris et à 7 000 le nombre de personnes qui vivent directement ou indirectement de cette activité. En Province, le jeu de paume est également très important. Orléans compte ainsi 40 salles ! Publication en 1604 en Angleterre de The View of France de Sir Robert Dallington (1561-1637). Suite à un séjour en France en 1598, ce maître d’école anglais nous livre un tableau (évidemment) très critique. Le goût pour le sport des Français étonne ainsi beaucoup, « Les Français naissent une raquette à la main », et l’auteur n’est pas avare de critiques car le sport est avant tout perçu par les Anglais d’alors, dans la plus pure tradition de Pline le Jeune, comme une perte de temps... Paris compte, il est vrai, pas moins de 1 800 salles et terrains en plein air de jeu de paume ! Passion française par excellence, la paume se mue alors en authentique raz-de-marée. Dallington nous précise que la France est « un pays semé de jeux de paume, plus nombreux que les églises et des joueurs plus nombreux que les buveurs de bière en Angleterre. »

En 1657, 114 salles de jeu de paume sont recensées à Paris. La paume reste encore le sport roi du moment, mais il est déjà en net recul sous les coups portés par Louis XIII. Louis XIV lui donne le coup de grâce en délaissant totalement cette pratique. Par convention, plus que par passion, il fait toutefois construire une salle de jeu de Paume au château de Versailles qui sera bien utile aux Révolutionnaires quelques décennies plus tard.

L'ancêtre direct du tennis

1415. Conséquence de la bataille d'Azincourt, le duc d’Orléans est emprisonné pendant deux décennies en Angleterre. À l’occasion de cette captivité à Wingfield dans le Norfolk, le duc introduit en Angleterre le jeu de paume qu’il pratique quasi quotidiennement. Quatre siècles plus tard, le descendant du chatelain de Wingfield, Walter Clopton Wingfield, invente le tennis en adaptant le jeu de paume sur herbe. Le tennis prend d'ailleurs au Royaume-Uni le nom Lawn Tennis (tennis sur herbe) tandis que le jeu de paume est désigné sous le nom Real Tennis.

23 février 1874. Le Britannique Walter Clapton Wingfield dépose un brevet pour l’invention d’un nouveau sport : le sphairistike. De fait, Wingfield s’appuie sur le jeu de paume et l’invention du caoutchouc qui permet de réaliser des balles pouvant rebondir sur l’herbe. Le sphairistike est le chaînon manquant entre le jeu de paume et le tennis.

Le jeu de paume aujourd'hui


Quand la France délaisse le jeu de paume au , il trouve refuge au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ces deux nations figurent aujourd'hui parmi les plus solides tout comme l'Australie alors que la France tente un timide retour dans les « tripots ». Le jeu de paume fut le premier sport à attribuer un titre de « Champion du Monde » dès 1740 et sans interruption jusqu'à aujourd'hui. Clergé fut le premier joueur sacré champion du monde.

Le premier dimanche de septembre les phases finales du Championnat de France de jeu de paume sont organisées au jardin du Luxembourg. Il existe en France trois salles où l'on joue encore à la Paume : une au Château de Fontainebleau, une à Bordeaux et une à Paris (rue Lauriston).

En compétition, le Français Pierre Etchebaster s'impose comme le meilleur joueur de paume moderne. Il conserve le titre de champion du monde de 1928 à 1954. Il se retire à 60 ans !

Le Jeu de Paume fut aussi le nom du Musée du Jeu de Paume (Dans le jardin des Tuileries, Place de la Concorde à Paris) ou furent stockés pendant la Seconde Guerre mondiale les œuvres d'artistes juifs confisquées par les nazis. Il réouvrit au debut des années 1990 avec l'exposition Jean Dubuffet, devenant à l'initiative de Jack Lang la Galerie Nationale du Jeu de Paume, puis en 1994 un lieu dedié à la Photographie contemporaine.

Bibliographie


  • Mehl Jean-Michel, Les jeux au royaume de France du XIIIe au XVIe siècle, version abrégée d'une thèse d'État d'Histoire soutenue en octobre 1988, Paris, Fayard, 1990
  • Paris Historique, N°67 du 2e semestre 1993, numéro consacré au "Jeu de paume parisiens", ISSN 0764-454.

Voir aussi


Jeu de paume

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