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Jeanne d’Arc (6 janvier 141230 mai 1431) surnommée la Pucelle d’Orléans, est une figure emblématique de l'histoire de France. Fille de Jacques d'Arc et de Isabelle Romée. Jeanne n'était pas l'unique enfant du couple d'Arc, cette famille était composée de cinq enfants : Jeanne d'Arc, Jacques d'Arc, Catherine d'Arc, Jean d'Arc, Pierre d'Arc.

Jeanne est née à Domrémy, aux marches de Lorraine, pendant la guerre de Cent Ans opposant la France à l’Angleterre. Elle était très pieuse, et aimait se rendre, chaque samedi, à l’église de Bermont, près de Greux, pour prier. Elle mena les troupes françaises contre l’envahisseur anglais mais fut finalement capturée et mise au bûcher après un procès en hérésie.

Ses réponses lors de son procès, dont les minutes ont été conservées, révèlent une jeune femme dotée de courage, de franchise et d'un esprit de répartie saillant, ce qui explique sans doute comment elle avait su galvaniser ses troupes.

Contexte


Durant ce que l'on appela la guerre de Cent Ans, la chevalerie française subit un désastre à Azincourt en 1415, face aux archers de Henri V. En effet, les Anglais avaient perfectionné l'arc et étaient d’excellents archers. Ils étaient également plus disciplinés d'où leur supériorité militaire, malgré leur nette infériorité numérique.

Une partie du territoire français était donc occupée par les Anglais.

La France était alors dirigée par Charles VI, dit Charles le Fol, qui ne disposait pas de toutes ses facultés mentales. Il avait un fils, le Dauphin Charles, héritier de la couronne dont la légitimité était contestée, à cause des aventures qu’aurait eues Isabeau de Bavière, sa mère.

Il existait une rivalité entre Jean sans Peur (duc de Bourgogne) et le dauphin Charles, qui était soutenu par les Armagnacs.

À l'entrevue sur le pont de Montereau le 10 septembre 1419, le dauphin Charles et Jean sans Peur devaient se réconcilier. Malheureusement, Jean sans Peur fut poignardé par un homme du dauphin, probablement Tanguy Duchâtel. Le fils de Jean sans Peur, Philippe, se rallia aux Anglais. La puissante université de Paris fit de même.

Les Anglais prirent ce prétexte pour imposer le traité de Troyes, qui fut signé entre Isabeau de Bavière, reine de France et régente, et Henri V en 1420. Selon les termes du traité, Henri est marié à Catherine, fille de Charles VI ; à la mort de Charles, la couronne reviendrait à leur descendance, réunissant les deux royaumes.

Ce traité qui spolie le Dauphin de son droit de succession est contesté par la noblesse française. À la mort de Charles VI en 1422, la France n’a donc plus de roi sacré. La couronne de France est revendiquée par le roi d'Angleterre encore mineur, Henri VI. Jeanne était née dans une famille de paysans nommée « Darc » (assez aisés et appelés laboureurs).

De Domrémy à Chinon : 1428-Février 1429


À 13 ans, Jeanne affirme avoir entendu des voix célestes, des Saintes Catherine et Marguerite et de l’archange Saint Michel lui demandant d’être pieuse, de libérer le royaume de France de l’envahisseur et de conduire le Dauphin sur le trône. Après beaucoup d’hésitations, à 16 ans, elle se met en route. Arrivée à la ville voisine, elle demande à s’enrôler dans les troupes du Dauphin. Sa demande est rejetée deux fois, mais elle revient un an plus tard et Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, accepte de lui donner une escorte, résigné face à la ferveur populaire de la ville où Jeanne s'était fait une petite notoriété, notamment en allant rendre visite au duc malade Charles de Lorraine.

Portant des habits masculins (ce qu’elle fera jusqu’à sa mort, excepté pour sa dernière fête de Pâques), elle traverse incognito les terres bourguignonnes et elle se rend à Chinon où elle est finalement autorisée à voir le Dauphin Charles après reception d’une lettre de Baudricourt. L’anecdote raconte qu’elle fut capable de reconnaître Charles, vêtu simplement au milieu de ses courtisans, et lui parle de sa mission. Par superstition, Jeanne est logée dans la tour du Coudray, celle où Jacques de Molay fut emprisonné et aurait prononcé sa célèbre malédiction. Jeanne annonce clairement quatre événements : la libération d'Orléans, le sacre du roi à Reims, la libération de Paris et la libération du duc d'Orléans. Après l’avoir fait interroger par les autorités ecclésiastiques à Poitiers où des matrones constatent sa virginité, et fait une enquête à Domrémy, Charles donne son accord sur son plan de libération d’Orléans assiégée par les Anglais. Jeanne commence une série de trois sommations destinées aux Anglais.

Jeanne la Pucelle, chef de guerre : Avril 1429 - Mai 1430


Ses frères la rejoignent. On l’équipe d’une armure et d’une bannière blanche frappée de la fleur de lys, elle y inscrit dessus "Jesus Maria", qui est aussi la devise de l'ordre des mendiants. En partance de Blois pour Orléans, Jeanne expulse ou marie les prostituées de l'armée de secours et fait précéder ses troupes d'ecclésiastiques. Arrivée à Orléans le 29 avril, elle apporte le ravitaillement et y rencontre Jean d'Orléans, dit le Bâtard d'Orléans, futur comte de Dunois. Elle est accueillie avec enthousiasme par la population, mais les capitaines de guerre s’annoncent réservés. Avec sa foi, sa confiance et son enthousiasme, elle parvient à insuffler aux soldats français désespérés une énergie nouvelle et à contraindre les Anglais à lever le siège de la ville dans la nuit du 7 au 8 mai 1429.

Après cette victoire, célébrée chaque année à Orléans ces deux jours, on la surnomme la Pucelle d’Orléans. Après le nettoyage de la vallée de la Loire grâce à la victoire de Patay (où Jeanne d'Arc ne prit pas part aux combats), le 18 juin 1429 remportée face aux Anglais, elle persuade le Dauphin d'aller à Reims se faire sacrer roi de France.

Pour arriver à Reims, l'équipée doit traverser des villes sous domination bourguignonne qui n'ont pas de raison d'ouvrir leurs portes, et que personne n'a les moyens de contraindre militairement. Selon Dunois, le coup de bluff aux portes de Troyes, entraine la soumission de la ville mais aussi de Châlon et Reims. Dès lors, la traversée est possible.

Le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, en la présence de Jeanne d’Arc, Charles VII est sacré par Regnault de Chartres. Le duc de Bourgogne, en tant que pair du royaume, est absent, Jeanne lui envoie une lettre le jour même du sacre pour lui demander la paix.

Cette partie de la vie de Jeanne d'Arc constitue communément son épopée : ces événements qui fourmillent d'anecdotes où les contemporains y verront régulièrement des petits miracles, le tout conforté par leurs références explicites dans les procès, ont grandement contribué à forger la légende et l'histoire officielle de Jeanne d'Arc. La découverte miraculeuse de l’épée dite de « Charles Martel » sous l’autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois, en est un exemple. Dans la foulée, Jeanne d’Arc tente de convaincre le roi de reprendre Paris aux Bourguignons, mais il hésite. Une attaque est menée par Jeanne sur Paris, mais doit être rapidement abandonnée. Le Roi finit par interdire tout nouvel assaut : l’argent et les vivres manquaient et la discorde régnait au sein de son conseil. C’est une retraite forcée vers la Loire, l’armée est dissoute.

Jeanne repart néanmoins en campagne : désormais elle conduit sa propre troupe et donc rien ne la distingue des chefs de guerres indépendants, elle ne représente plus le roi. Ses troupes lutteront contre des capitaines locaux comme Perrinet Gressard, sans beaucoup de succès. Jeanne est alors conviée à rester dans le château de la Trémouille à Sully-sur-Loire. Jeanne s'échappera rapidement de sa prison dorée, pour répondre à l'aide de Compiègne, assiégée par les Bourguignons. Finalement, elle est capturée lors d'une sortie aux portes de Compiègne le 23 mai 1430. Elle essaye de s’échapper par deux fois, mais elle échoue. Elle se blessera même sérieusement en sautant par une fenêtre. Elle est rachetée par les Anglais pour 10 000 livres et confiée à Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et allié des Anglais.

Le procès en condamnation : 9 janvier 1431 – 30 mai 1431


Elle est accusée d’hérésie et interrogée sans ménagement à Rouen. Elle est emprisonnée dans le donjon du château de Philippe Auguste, seule une tour de la construction est parvenue jusqu’à nous et appelée maintenant Tour Jeanne d’Arc. Le procès débute le 21 février 1431. Jugée par l’Eglise, elle reste néanmoins emprisonnée dans les prisons anglaises, au mépris du droit canon. Si ses conditions d’emprisonnement étaient particulièrement difficiles, Jeanne n’a néanmoins pas été soumise à la question pour avouer, c'est-à-dire à la torture.

« Sur l’amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n’en sais rien, mais je suis convaincue qu’ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre. » Jeanne d’Arc à son procès (le 15 mars 1431)

Les enquêteurs, conduits par l’évêque de Beauvais, M Cauchon, ne parviennent pas à établir un chef d'accusation valable : Jeanne semble être une bonne chrétienne, convaincue de sa mission, différente des hérétiques qui pullulent dans un climat de défiance vis-à-vis de l’Église en ces temps troublés. Le tribunal lui reproche par défaut de porter des habits d’homme, d’avoir quitté ses parents sans qu’ils lui aient donné congé, et surtout de s’en remettre systématiquement au jugement de Dieu plutôt qu’à celui de « l’Église militante », c’est-à-dire l’autorité ecclésiastique terrestre. Les juges estiment également que ses « voix », auxquelles elle se réfère constamment, sont en fait inspirées par le démon. L’université de Paris (Sorbonne), alors à la solde des Bourguignons, rend son avis : Jeanne est coupable d’être schismatique, apostate, menteuse, devineresse, suspecte d’hérésie, errante en la foi, blasphématrice de Dieu et des saints. Jeanne en appelle au pape, ce qui sera ignoré par les juges.

Le 24 mai, les juges mettent en scène une parodie de bûcher pour effrayer Jeanne et la presser de reconnaitre ses fautes. Jeanne sous la promesse orale (donc invérifiable) du tribunal de l’incarcérer dans une prison ecclésiastique, signe d’une croix (alors qu'elle savait ecrire son nom) l’abjuration de ses erreurs, reconnaissant avoir menti à propos des voix et se soumet à l’autorité de l’Église. Elle est alors renvoyée dans sa prison aux mains des Anglais. S’estimant trompée, elle se rétracte deux jours plus tard, endosse de nouveau des habits d’homme (dans des conditions obscures). Déclarée relapse (retombée dans ses erreurs passées), le tribunal la condamne au bûcher et la livre au bras séculier. Le lendemain, 30 mai 1431, elle est brûlée vive place du Vieux-Marché à Rouen. Elle rendit l’âme en criant trois fois « Jésus ». Ses cendres furent ensuite dispersées dans la Seine là où un pont a été construit plus tard : Le pont Jeanne d'Arc. Il existe toutefois des reliques d'ossements, conservées au musée de Chinon, en cours d'authentification.

Le procès en Réhabilitation : 1455-1456


Lorsque Charles reprend Rouen, un second procès, à la demande de la mère de Jeanne et sur décret du pape Calixte III, casse en 1456 le premier jugement pour « corruption, dol, calomnie, fraude et malice » de la part des juges. Après avoir enregistré les dépositions de nombreux contemporains de Jeanne, dont les notaires du premier procès et certains juges, il déclare le premier procès et ses conclusions « nuls, non avenus, sans valeur ni effet » et réhabilite entièrement Jeanne et sa famille. Il ordonne également l’« apposition * croix honnête pour la perpétuelle mémoire de la défunte » au lieu même où Jeanne est morte. La plupart des juges du premier procès dont l'évêque Cauchon, sont décédés entre temps.

Voir sur Wikisource la Sentence de réhabilitation de Jehanne la Pucelle (7 juillet 1456).

Jeanne d’Arc et son époque : Enjeux et problèmes


Jeanne d'Arc et ses contemporains

Jeanne d'Arc fut très populaire de son vivant, la chevauchée vers Reims la fait connaître également à l'étranger. Elle commence à recevoir des courriers sur des questionnements théologiques venant de nombreuses contrées. On lui demandera son avis sur lequel des papes alors en concurrence est le vrai. Jeanne d'Arc se rapproche des ordres mendiants. Elle était une des nombreux prédicateurs en cette époque se disant directement envoyés de Dieu. Même si l'objet principal de sa mission est la restauration du trône de France, la Pucelle prend parti de fait sur le plan théologique et fait débat. Les conflits d'intérêts autour d'elle dépassent la rivalité politique entre les Anglais et les partisans du Dauphin.

Ainsi l’université de Paris, qui était « remplie des créatures du roi d'Angleterre » ne la voit pas d'un bon oeil, à l'opposé des théologiens de Poitiers, composée des universitaires parisiens exilés par les Anglais, et également à l'inverse de l'archevêque d'Embrun, des évêques de Poitiers et de Maguelonne, Jean Gerson (auparavant chancelier de l'Université de Paris), l'Inquisiteur général de Toulouse, ou encore l'Inquisiteur Jean Dupuy qui ne voyait que comme enjeux « à savoir la restitution du roi à son royaume et l'expulsion ou l'écrasement très juste d'ennemis très obstinés ». Ces gens d'Église, et autres, soutenaient la Pucelle. Pour l'éminente autorité religieuse qu'était alors la Sorbonne, le comportement religieux de Jeanne dépasse l'enjeu de reconquête du royaume, et les docteurs en théologie de cette institution la considèrent comme une menace contre leur autorité notamment à cause du soutien des rivaux de l'Université, et de ce que la Pucelle représente.

Jeanne n'as pas eu non plus que des amis à la cour du Dauphin, le parti du favori La Trémouille (dont Gilles de Rais était) se placa régulierement en opposition, au conseil du Dauphin, face aux initiatives de la Pucelle.

Rôle de Jeanne d'Arc dans la guerre de Cent Ans

Jeanne d'Arc n'a ni influé à elle seule sur la phase finale de la guerre, qui s'est achevée en 1453, ni été inexistante dans le rôle tactique et stratégique de sa campagne. Dunois parle d'une personne douée d'un bon sens indéniable et tout à fait capable de placer aux points clés les pièces d'artillerie de l'époque. Les faits d'armes sont donc à porter à son crédit même si certaines batailles ont été réglées en partie par de curieuses anecdotes. Elle fut en outre un chef indéniablement charismatique.

Sur le plan géopolitique, le royaume de France, même privé de tout ce qui était situé au nord de la Loire, bénéficiait de ressources humaines et matérielles bien supérieures à celles de l'Angleterre qui était quatre fois moins peuplée. La stratégie de Charles V, qui misait sur le temps, en évitant les combats et assiégeant une par une les places, a parfaitement montré les limites de l'invasion anglaise.

Cependant, avant l'intervention de Jeanne d'Arc, les Anglais bénéficiaient d'un avantage psychologique extrêmement important lié à plusieurs raisons : la réputation d'invincibilité de leurs troupes, le traité de Troyes qui déshéritait le Dauphin Charles et mettait en doute sa filiation à l'égard du roi Charles VI, un état d'abattement et de résignation de la population et l'alliance avec la Bourgogne. Dans cette tendance l'avantage numérique du royaume de France était en train de disparaître. Cet situation faisait qu'en 1429 la dynamique était anglaise. Jeanne a eu indéniablement le mérite d'inverser l'ascendant psychologique en faveur de la France, en remontant le moral des armées et des populations, en légitimant et sacrant le roi, et en battant les Anglais. Charles VII a eu lui l'initiative de se racommoder avec les Bourguignons, étape indispensable pour la reconquête de Paris. Jeanne d'Arc visiblement ne portait pas les Bourguignons dans son cœur à cause de leur proximité avec son village de Domrémy et des heurts qu'il y avait pu avoir.

L’enjeu de la virginité de Jeanne d’Arc

En s’appelant ouvertement la « Pucelle », Jeanne accréditait l’idée qu’elle était envoyée de Dieu et non une sorcière, sa virginité symbolise clairement la pureté de Jeanne, aussi bien physiquement, que dans ses intentions religieuses et politiques. Dès lors vérifier sa virginité devient un enjeu important, étant donné l’importance politique des projets de Jeanne : restaurer la légitimité de Charles, et l’amener au sacre.

Par deux fois, la virginité de Jeanne fut constatée par des matrones, à Poitiers en mars 1429, mais aussi à Rouen, le 13 janvier 1431. Pierre Cauchon (celui-là même qui la fit brûler) avait ordonné ce deuxième examen pour trouver un chef d’accusation contre elle. En vain.

Il est en revanche difficile de savoir ce qu'il s'est passé entre le jugement et le constat de relaps, période où Jeanne a été durement maltraitée par ses geôliers, défigurée. Selon Martin Ladvenu, un lord anglais aurait essayé de la forcer dans sa prison, en vain.

Problèmes des sources historiques

Les deux sources principales sur l'histoire de Jeanne d'Arc sont le procès en condamnation de Jeanne de 1431, et le procès en réhabilitation de 1455-56. Etant des actes juridiques, elles ont l’immense avantage d’être des retranscriptions les plus fidèles des dépositions. Mais elles ne sont pas les seules, des notices, des chroniques ont également été rédigées de son vivant, telle que la «Geste des nobles Francois », la « Chronique de la Pucelle », la « Chronique » de Perceval de Cagny, ou encore le «Journal du siège d’Orléans et du voyage de Reims ». Il faut ajouter également les rapports des diplomates et autres informateurs. C’est Jules Quicherat qui rassemblera de manière quasi-exhaustive l’historiographie Johannique entre 1841 et 1849, en 5 volumes. Entre le XVe siècle et le XIXe siècle une foule d’écrivains, de politiciens, de religieux se sont déjà approprié Jeanne d’Arc, et leurs écrits sont nombreux. Il faut donc être prudent dans la manipulation des sources : peu lui sont contemporaines, et elles réinterprétent souvent les sources originelles dans le contexte de leur interprète.

Les procès sont des actes juridiques. Les deux procès ont la particularité d'avoir subi une influence politique évidente, et la méthode inquisitoire suppose bien souvent que l’accusée et les témoins ne répondent qu’aux questions posées. De plus le procès de 1431 fut retranscrit en latin (vraisemblablement à l'insu de Jeanne), alors que les interrogatoires étaient en français.

Philippe Contamine, au cours de ses recherches, a constaté une abondance d'écrits dès 1429, et le « formidable retentissement au niveau international » dont cette abondance témoigne. Il remarque également que Jeanne D’Arc fut d’emblée mis en controverse et fit débat par ses contemporains. Enfin, dès le début « des légendes coururent à son sujet, concernant son enfance, ses prophéties, sa mission, les miracles ou les prodiges dont elle était l’auteur. Au commencement était le mythe »

Il apparait donc qu’aucun document contemporain de l’époque - hormis les minutes des procès - n’est à l’abri de déformation issue de l’imaginaire collectif. Au cours du procès de réhabilitation, les témoins racontent leurs souvenirs à 26 ans de distance. La plupart des dépositions sont cependant étayées par ailleurs.

La reconnaissance de Jeanne d’Arc


Relaps avant héroïne

Avant le , l’image de Jeanne d’Arc est torturée par la littérature. Seule la notice d’Edmont Richier surtout prolifique sur le plan théologique, apporte un volet historique cependant entaché d’inexactitudes. Voltaire ne consacre qu’un vers et demi à la gloire de Jeanne d’Arc dans son Henriade, chant VII « ... Et vous, brave amazone, La honte des Anglais, et le soutien du trône. » et plus de vingt mille à la déshonorer. Quant à Corneille et Racine, ils n’ont pas embelli du charme de leurs vers le récit de ses exploits.

La pucelle devient celle qui a sauvé la France

Depuis le , l’histoire des exploits de Jeanne d’Arc sont usurpés pour servir certains desseins politiques au mépris de l’histoire. Les arcanes de cette exploitation d’une héroïne qui symbolise la France de façon mythique, voire mystique, sont explorés dans un excellent article : naissance d'un mythe, et ne sont pas abordés ici. Ce chapitre se borne à montrer comment Jeanne d’Arc a été réhabilité en 1817, dans le livre de Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes Histoire de Jeanne d’Arc, surnommée la Pucelle d’Orléans, tirée de ses propres déclarations, de cent quarante-quatre dépositions de témoins oculaires, et des manuscrits de la bibliothèque du roi de la tour de Londres (en 4 Volumes, Edition Arthus Bertrand, Paris). Le travail scrupuleux de cet historien, basé sur des enquêtes rigoureuses, et l'étude de documents originaux, à souvent été réutilisé comme base de travail par de grands écrivains français et étrangers tels que Jules Quicherat qui ont contribué à redonner ses titres de noblesse à la Pucelle d’Orléans.

Les critiques littéraires de la bibliothèque nationale

C’est sur le site de la Bibliothèque Nationale de France en ligne que l’on trouve les critiques littéraires de 1818 sur la sortie de cet ouvrage charnière : Journal général de la littérature de France ou Répertoire méthodique 1818, pages 13, 49 et 79 : *. Le premier volet de la page 13 est retranscrit ici, ainsi qu'un extrait de l'ouvrage de Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes.

Extrait de la revue littéraire : Journal général de la littérature de France ou Répertoire méthodique 1818

Thèses divergentes


Thèses sur l’origine de Jeanne d’Arc

Selon la thèse de l'anthropologue Margaret Murray, spécialisée entre autre dans l’étude des procès pour sorcellerie, et particulièrement celui de Jeanne d’Arc, celle-ci fut une de ces victimes désignées, après des personnages comme William Rufus ou Thomas Becket. À la différence près que Jeanne d’Arc fut en quelque sorte une mystification de l’histoire. Il apparaîtrait selon Margaret Murray qu’une inconnue fut brûlée à sa place, et que tout fut savamment orchestré à des fins politiques. Jeanne d’Arc appartenait, selon Margaret Murray, à la mouvance adepte des « cultes de Diane », soit des antiques rites de la fertilité hérités du fond des âges, et dut être d’accord pour exécuter la mission qu’on lui proposait, par idéal et conviction, par amour probablement. Effectivement jugée, et condamnée au bûcher, chef de l’accusation : avoir porté des habits masculins (ce qui était un délit passible de la peine de mort à cette époque), elle disparut de la scène de l’histoire et, rendue à la vie civile, se maria avec un Sieur des Harmoises, ou Armoises, selon les orthographes (voir à ce sujet le paragraphe sur les fausses Jeanne d’Arc, un peu plus bas).

Il est intéressant de noter que l’armoise est une plante ; voici la définition qu’en donne le Petit Robert : XII siècle, du latin artemisia, mot grec, plante d’Artémis (on notera la coïncidence de ce nom, « Artémis », qui est à la fois celui du sieur des « Armoises », et celui du « culte de Diane », mentionné plus haut). Plante herbacée à variétés aromatiques… Armoise absinthe. Armoise vulgaire : herbe de Saint-Jean. Armoise dracunculus, (c’est-à-dire armoise du dragon, en italien dragoncella : estragon).

Selon cette thèse, Jeanne d’Arc n'était donc pas une « pauvre paysanne » analphabète entendant des voix en gardant ses moutons comme nous la présente la tradition, même si, étant très pieuse, elle se crut de bonne foi « appelée » par des voix vers son destin. Elle était issue d’une famille de négociants aisés et avait pour occupation quotidienne tout ce qui ressortait de l’éducation des jeunes filles au Moyen Âge, quelle que fût leur condition sociale.

Pendant longtemps sa famille eut un privilège important, supérieur à ceux de la noblesse, puisqu’elle était totalement exemptée d’impôts ; ce qui accréditerait la thèse de Margaret Murray. Cette hypothèse est cependant considérée comme fantaisiste par les historiens contemporains.

Les « consœurs » de Jeanne d'Arc

Jeanne d'Arc ne fut pas un cas unique à son époque. Le Journal d'un Bourgeois de Paris rapporte un sermon entendu le 4 juillet 1431 faisant référence à trois autres femmes :

« Encore dist il en son sermon qu’ilz estoient IIII, dont les III avoit esté prinses, c’est assavoir ceste Pucelle, et Perronne et sa compaigne, et une qui est avec les Arminalx (Armagnacs), nommée Katherine de la Rochelle ; … et disoit que toutes ces quatre pouvres femme frère Richart le cordelier (…) les avoit toute ainsi gouvernées ; (…) et que le jour de Noel, en la ville de Jarguiau (Jargeau), il bailla à ceste dame Jehanne la Pucelle trois foys le corps de Nostre Seigneur (…) ; et l’avoit baillé à Peronne, celui jour, deux fois (…) »

De ces trois autres femmes, le même Bourgeois de Paris relate l’exécution de Pieronne qui « estoit de Bretaigne bretonnant » fut brûlée sur le parvis de Notre-Dame le 3 septembre 1430. Et s’il ne la nomme pas, le Formicarium du frère Jean Nider semble décrire la même exécution.

Fausses Jeanne d’Arc

Il est arrivé au cours de l’histoire que des imposteurs surgissent, prétendant être une personnalité décédée ayant marqué son temps. Ce fut le cas pour Louis XVII à l’issue de la Révolution, ce fut aussi le cas des faux Dimitri à la mort d'Ivan IV le Terrible, pour la princesse Anastasia, et plus récemment pour Elvis Presley. Il semble en avoir été de même pour Jeanne d’Arc, dont bien des détails de la vie nous sont mal connus.

Plusieurs femmes se présentèrent, affirmant avoir échappé aux flammes. La plupart furent rapidement confondues, mais deux d’entre elles parvinrent à convaincre leurs contemporains qu’elles étaient réellement Jeanne d’Arc : il s'agit de Jeanne des Armoises et de Jeanne de Sermaises, qui étaient peut-être une seule et même personne.

D’après une source tardive (trouvée en 1686 à Metz), Jeanne des Armoises apparut pour la première fois le 20 mai 1436 à Metz où elle rencontre les deux frères de Jeanne d’Arc, qui la reconnaissent pour leur sœur. Il est impossible de déterminer s’ils ont vraiment cru qu’elle était leur sœur ou non. Quoi qu'il en soit, Jeanne d'Armoise reste le cas le plus sérieux d'imposture sur le personnage de Jeanne d'Arc.

En 1456, après la réhabilitation de la Pucelle, Jeanne de Sermaises apparut en Anjou. Elle fut accusée de s'être fait appeler la Pucelle d'Orléans, d’avoir porté des vêtements d’homme. Elle fut emprisonnée jusqu'en février 1458, et libérée à la condition qu'elle s’habillerait honnêtement. Elle disparaît des sources après cette date.

Bibliographie


Le personnage, dans son ambivalence et sa grande complexité, a fasciné les écrivains et les dramaturges à travers les époques. Les pièces les plus connues, offrant une large diversité d’interprétation sur sa vie, ont été écrit par Shakespeare (Henri VI), Schiller (La Pucelle d'Orléans), George Bernard Shaw (Saint Joan), Jean Anouilh (L’Alouette) et Bertolt Brecht (Sainte Jeanne des abattoirs). Samuel Clemens écrivit une biographie de fiction sous le nom de plume de Sieur Louis de Conte, n'utilisant pas son pseudonyme de Mark Twain.

Les biographies et autres études plus spécialisées sont listées ici : Bibliographie relative à Jeanne d'Arc.

Œuvres inspirées par Jeanne d’Arc


Pour consulter la liste de l'ensemble des œuvres inspirées par Jeanne d’Arc, voir la page Œuvres inspirées par Jeanne d'Arc.

Voir aussi


Lieux fréquentés par Jeanne d’Arc

Compagnons d’armes de Jeanne d’Arc

Juges de Jeanne d’Arc

Objets ayant appartenus à Jeanne d'Arc


L'étendard : L'étendard de Jeanne d'Arc était de couleur blanche avec en fond une peinture de Hauves Poulnoir, un peintre tourangeau qui avait peint « l'image de notre Sauveur assis en jugement dans les nuées du ciel et un ange tenant une fleur de lys » (description de Jean Pasquerel).

Le pennon : Sur ce pennon on pouvait y voir « Notre-Dame ayant devant elle un ange lui présentant un lys ».

L'armure : Charles VII de France fit présent à Jeanne d'Arc d'une armure complète et à sa taille d'une vingtaine de kilogrammes.

L'épée : Cette épée qui accompagna Jeanne d'Arc pendant toutes ses batailles fut découverte sur son indication sous les dalles de Sainte-catherine-de-Fierbois. Cette épée fort ancienne était décorée de cinq croix, la rouille qui la recouvrait disparue aussitôt que Jeanne d'Arc eut l'épée en main.

Liens externes


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