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Jean-Paul Marat, est un révolutionnaire français né à Boudry principauté de Neuchâtel prussienne à l'époque, aujourd'hui canton de Neuchâtel, en Suisse), le 24 mai 1743, mort assassiné à Paris, le 14 juillet 1793 par Charlotte Corday.

Enfance


Son père, 'Juan Salvador Mara' (sur les documents officiels suisses: Jean Mara) a d’abord connu une carrière religieuse dans son pays, la Sardaigne (la langue administrative y est l'espagnol), où il est un pédagogue renommé de l’Ordre de la Merci. Alors qu’il s’efforce, avec l'aide de la population locale, d'implanter un collège à Bono, au centre du pays, Juan Salvador Mara est en butte à des tracasseries fiscales qui compromettent toute l’entreprise ainsi que son avenir. Il finira par quitter la Sardaigne pour se réfugier à Genève. Admis comme prosélyte, converti au calvinisme, cet homme cultivé qui parle plusieurs langues, possède de bonnes notions de médecine et de chimie, et montre aussi un réel talent artistique, rencontre et épouse la jeune huguenote française, Louise Cabrol, dont la famille originaire de Castres « ne dérogeait pas en faisant du commerce ». Neuf enfants naîtront de cette union stable et heureuse : Marianne-Françoise, l’aînée voit le jour à Yverdon en 1742; Jean-Paul, l’aîné des fils, Henry puis Marie verront le jour à Boudry, respectivement le 24 mai 1743, le 25 juillet 1745 et le 5 septembre 1746. Leur père gagne sa vie comme dessinateur dans une fabrique d'indiennes, sans renoncer pour autant à des fonctions pédagogiques. A Peseux, où s'installe un temps la famille, naîtront Pierre en 1753 et Pierre-Antoine-Jean en 1754 (ce petit garçon mourra en 1756). Grâce à l'intervention du gouverneur George Keith, les Mara pourront ensuite s'installer à Neuchâtel. Là, Jean Mara postulera par deux fois pour être professeur au collège, où Jean-Paul fait ses études. Il deviendra aussi un homme de confiance de la Société typographique. A Neuchâtel naissent encore David (en 1756), Charlotte-Albertine (en 1760) et Jean-Pierre (en 1767). David deviendra un éminent pédagogue et grammairien en Russie, où il enseigne dans des écoles prestigieuses, dont le fameux Lycée de Tsarskoïé Sélo, où il a Pouchkine comme élève. Charlotte-Albertine, sans doute la plus connue des sœurs de Marat, s'installera à Paris après l'assassinat de Marat par Charlotte Corday et, en compagnie de la femme de Marat, Simonne Evrard, y défendra la mémoire de son frère. Comme Jean-Pierre, le cadet, elle a une formation spécialisée en horlogerie. Ainsi les parents Mara ont vu naître et grandir en Suisse neuf enfants, et mourir l'un d'eux. Avec leurs moyens et leur énergie, ils se sont employés à s'intégrer dans les communautés suisses et y ont réussi dans une large mesure. Les enfants ont bénéficié d'une éducation soignée et développé des compétences réelles, acquérant professions et autonomie. Louise et Jean leur ont inculqué le sens de l'initiative, du courage et le désir de jouer un rôle utile au sein de la communauté des humains. La famille Mara a mené une vie simple, sans sophistication, ce qui lui a attiré la sympathie d'hommes de bien, qui lui ont apporté parfois des soutiens désintéressés. Pour les petits Mara, les compétences et les connaissances de leurs parents sont une aubaine, ce que Jean-Paul se plaît à rappeler : « Par un bonheur peu commun, j’ai eu l’avantage de recevoir une éducation très soignée dans la maison paternelle. »

Médecin et homme de science


Jean-Paul Marat quitte Neuchâtel et sa famille en 1759, après les études au collège. Des raisons de bon sens peuvent être invoquées pour expliquer cette décision: la nécessité d'aider cette grande famille, son désir de poursuivre des études, l'opportunité d'un travail… mais aucun document probant ne permet encore de le suivre avec précision. Les historiens l'imaginent à Bordeaux comme précepteur de la famille Nairac, à Paris ou à Montpellier, étudiant la médecine… Seul Alfred Bougeart énonce fort à propos qu'on perd sa trace entre ses 16 et 31 ans. Et Marat, qu'écrit-il ? " J'ai vécu deux années à Bordeaux, dix à Londres, une à Dublin et à Edinburgh, une à La Haye, à Utrecht et à Amsterdam, dix-neuf à Paris…". Ce qui est avéré : la publication de nombreux ouvrages dans ses différents domaines d'intérêt. 1771-1772: Les Aventures du jeune comte Potowski. Un roman de cœur, qui ne sera connu qu'en 1843. 1772: An Essay on the Human Soul à Londres, sans nom d'auteur; 1773: A Philosophical Essay on Man, en deux volumes (le premier reprend An Essay), à Londres, toujours sans indication d'auteur. L'ouvrage connaîtra une seconde édition en 1775. 1774, Marat fait paraître ses fameuses Chains of Slavery, précédées d'une adresse To the Electors of Great Britain. Publiées à Londres, sans nom d'auteur. Cet ouvrage sera republié en français en 1793: Les Chaînes de l'Esclavage, sous son nom cette fois et avec un texte très sensiblement modifié suite à trois années de Révolution. 1775: An Essay on gleets (essai sur la blénnorrhée) 1775-1776 : De l'Homme ou des Principes et des lois de l'Influence de l'âme sur le corps et du corps sur l'âme, signé, édité à Amsterdam, chez Marc-Michel Rey (un ouvrage philosophique) 1776: An Enquiry into the Nature, Cause and Cure of a singular Disease of the Eyes (cet essai sur la presbytie accidentelle ne sera traduit en français qu'en 1891). La même année, Marat séjourne chez ses parents à Genève. Il vient d'obtenir (1775) son diplôme de médecine de l'Université de Sint Andrew (Ecosse) et a décidé de s'installer à Paris. 1777: Il occupe la charge de médecin des gardes du corps du comte d'Artois, il ouvrira aussi à Paris un cabinet d'expérimentation physique. Ses ouvrages scientifiques se succèdent, plusieurs d'entre eux reçoivent des prix. La presse scientifique du temps en décrit et discute les contenus. 1779: Découvertes sur le feu, l'électricité et la lumière. 1780: Recherches physiques sur le feu (traduit en allemand); Découvertes sur la lumière (traduit en allemand) 1782: Recherches physiques sur l'Electricité (traduit en allemand); Plan de législation criminelle (première publication de ce travail de Marat rédigé antérieurement et qui sera réédité avec des variantes en 1790). 1784: Mémoires sur l'Electricité médicale (couronné par l'Académie royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen); Notions élémentaire d'Optique. 1785: Observations de M. l'amateur Avec à M. l'abbé Sans, sur la nécessité d'avoir une théorie solide & lumineuse, avant d'ouvrir boutique d'électricité médicale; Lettre de l'Observateur Bon-Sens à M. de *** sur la fatale catastrophe des infortunés Pilâtre de Rozier et Romain, les aéronautes et l'aérostation. 1786: Mémoires sur les vraies causes des couleurs que présentent les lames de verre, les bulles de savon et autres matières diaphanes extrêmement minces (couronné à Rouen); Mémoire sur l'explication de l'arc-en-ciel donnée par Newton. 1787: Optique de Newton. Traduction nouvelle. Cette excellente traduction de Marat est encore utilisée de nos jours. 1788: Mémoires académiques, ou Nouvelles découvertes sur la lumière, relative aux points les plus importants de l'Optique. Les positions scientifiques de Marat et leur évolution, en particulier à propos de Newton auquel il voue une immense admiration, tout en lui portant différentes critiques, le mettront en porte-à-faux avec l'Académie des Sciences de Paris. Marat songe même un moment à partir en Espagne… En 1788, il souffre aussi d'une de ses graves crises inflammatoires et croit ses jours en danger. Il rédige même son testament qu'il confie à son ami, le génial horloger suisse Abraham-Louis Breguet.

Journaliste


Le 8 août 1788, Louis XVI est obligé de convoquer les États généraux pour le mois de septembre suivant. Le médecin Marat se transforme en ardent journaliste.

Début 1789, il rédige Les Charlatans modernes où il fait la dénonciation des savants officiels et recommande la suppression des académies, et Offrande à la patrie ou discours au tiers état de France et son Supplément où il brosse le tableau d’un État idéal.

Le 12 mars 1789, le Supplément fait l’objet d’une saisie. Le même mois, il est élu membre du comité électoral du district des Carmes, pour la préparation des États généraux. Que fait-il de mars 1789 au 14 juillet de la même année ? On l’ignore.

Le dimanche 19 juillet, il est au Comité des Carmes où il propose d’avoir une presse. Sur le refus du comité, il démissionne. Le 11 août, il réussit à faire paraître un journal : Le Moniteur Patriote, mais ne peut le conserver. Le 23 août, il publie La Constitution, ou projet de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, suivi d’un plan de Constitution juste, sage et libre, qu’il envoie au comité des cinq que l’Assemblée nationale a chargé de préparer le préambule de la Constitution.

Le 12 septembre 1789, Marat publie son premier numéro du Publiciste parisien qui devient, le 16 septembre, L’Ami du peuple.

L’Ami du peuple est un quotidien de huit, douze ou seize pages, dont Marat écrit tous les articles. C’est un long éditorial qui en occupe la majeure partie. Son tirage est estimé à 2000 exemplaires. Il est interrompu à plusieurs reprises, en octobre 1789, janvier 1790 et juillet 1791, lorsque Marat entre dans la clandestinité. Dès le 15 octobre, Marat signe « Marat, l’Ami du peuple ».

Marat entre dans la clandestinité le 8 octobre 1789. Le 12 décembre, il est arrêté, mais relâché grâce à l’intervention de La Fayette.

De nouveau dans la clandestinité en janvier 1790, réfugié à Londres en février et mars, il lance de là un grand nombre de pamphlets. En mai, il est rentré en France et reprend la publication de l’Ami du peuple avec lequel il mène campagne contre la guerre, contre Mirabeau et La Fayette. Dès le 12 juin, il publie également le Junius français, qu’il arrête le 24 juin, après 13 numéros. Le 30 juin, dans son n° 149, l’Ami du peuple publie la Supplique de dix-huit millions d’infortunés aux députés de l’Assemblée nationale. Le 31 juillet l’Assemblée nationale lance de nouvelles poursuites contre lui. Il entre de nouveau dans la clandestinité et ce sont de nouveaux pamphlets qu’il publie.

En janvier 1791, il est à nouveau en justice pour délit de presse. En février, il reçoit l’appui des Cordeliers et en juin, il dénonce dans lAmi du peuple les préparatifs de la fuite de roi et après Varennes, la faiblesse de l’Assemblée à l’égard du roi. En septembre, il fait savoir qu’il quitte la scène politique. Marat semble découragé ; le 15 décembre l’ami du peuple cesse de paraître pour quatre mois.

En janvier 1792, il rencontre Robespierre. Il est hébergé chez les sœurs Evrard et s’éprend de Simone, 28 ans, fille d’un modeste charpentier en bateaux, qu’il avait connue à son retour de Londres, en avril 1790 et qu’il épousera devant l’Être Suprême. En mars-avril, soutenu par les Cordeliers, il prépare un recueil de ses articles : L’École du citoyen. Le 12 avril, l’Ami du peuple reprend sa parution ; il poursuit sa lutte contre la guerre, contre La Fayette et engage la lutte contre les Brissotins. Le 3 mai, l’Assemblée législative lance un décret d’arrestation contre Marat. C’est de nouveau la clandestinité. L’Ami du peuple ne paraît plus que de façon discontinue.

Le 10 août, le peuple s’est soulevé. Dès le 14 août l’Ami du peuple paraît à nouveau. Le 2 septembre Marat est nommé comme adjoint au Comité de surveillance de la Commune de Paris. Quel fut son rôle ou sa responsabilité dans les massacres de septembre ? La question est très controversée.

Député


Le 9 septembre, Marat est élu député de Paris à la Convention, le septième sur vingt-quatre, par 420 voix sur 758 votants. Le 21 septembre paraît le dernier numéro de l’Ami du peuple, et le 25 septembre, le premier numéro du Journal de la République française.

Du 21 septembre 1792 au printemps 1793, la Convention semble dominée par les Girondins. Dès le 25 septembre, les attaques de la Gironde contre Danton-Robespierre-Marat, accusés d’aspirer à la dictature, sont continuelles. Du début novembre 1792 au 21 janvier 1793, le procès de Louis Capet domine toute la scène politique ; c’est Marat qui enlève, le 6 décembre, le vote capital en faisant décider que tous les scrutins sur ce point auront lieu par appel nominal à voix haute. Il vote pour la peine de mort.

Le 26 février 1793, un premier décret d’accusation contre Marat est rejeté, mais le 12 avril, il est décrété d’accusation par la Convention. Le 24 avril, il est acquitté par le Tribunal révolutionnaire. Dès la fin mai, Marat est l’un des principaux animateurs du soulèvement parisien contre la Gironde. On se rappellera son apostrophe célèbre : « Levez-vous donc, peuple souverain ! ». Le 3 juin, il suspend son activité à la Convention, il souffre d’une maladie inflammatoire qui s’aggrave. Le 13 juillet, il est assassiné dans sa baignoire à son domicile par Charlotte Corday.

Lire le récit de son assassinat à l’article Charlotte Corday.

Jacques-Louis David fut chargé d’organiser des funérailles grandioses. Marat fut inhumé dans le couvent des Cordeliers et transféré le 25 novembre au Panthéon. La République lui fait l’éloge suivant : « Comme Jésus, Marat aima ardemment le peuple et n’aima que lui. Comme Jésus, Marat détesta les rois, les nobles, les prêtres, les riches, les fripons et comme Jésus, il ne cessa de combattre ces pestes de la société ».

Le 19 novembre 1793 (29 brumaire An II), La ville Le Hâvre de Grâce prend le nom du Hâvre de Marat puis rapidement celui de Hâvre-Marat. Le 13 janvier 1795 (23 nivôse An III), Le Hâvre-Marat devient Le Havre (nom actuel).

En février 1795, il est considéré comme traitre. Son cercueil retiré du Panthéon, tous les bustes le représentant furent brisés, jetés dans les égouts, . Il repose désormais dans le cimetière de l'église saint-Étienne-du-mont proche du Panthéon.

Voir aussi


Article connexe

Bibliographie

  • L'ami du peuple', Alfred Bougeart, Librairie Internationale, Paris, 1865
  • Jean-Paul Marat: esprit politique, accompagné de sa vie scientifique, politique et privée, François Chèvremont, Paris, chez l'auteur, 1880.
  • A Study of radicalism, Louis Gottschalk, New-York, London, 1927.
  • Un homme cherche la liberté-Jean-Paul Marat, Charles Reber, Editions A la Baconnière, Boudry-Neuchâtel, 1950.
  • La Mort de Marat, (dir.: Jean-Claude Bonnet), Flammarion, Paris, 1986.
  • Jean-Paul-Marat - Œuvres Politiques 1789-1793 (10 vol.), textes et guide de lecture établis par Jacques De Cock et Charlotte Goëtz, Pôle Nord, Bruxelles, 1989-1995.
  • Marat en famille : la saga des Mara(t) (2 vol. Chantiers Marat 7-8), Pôle Nord, Bruxelles, 2001.
  • "Plume de Marat" - "Plumes sur Marat", pour une bibliographie générale (2 vol. Chantiers Marat 9-10), Pôle Nord, Bruxelles, 2006.

Concernant le Marat scientifique

  • Marat, homme de science?, Le Plessis-Robinson, Synthélabo, Les Empêcheurs de penser en rond, 1993.
On lira aussi avec intérêt les articles que lui a consacrés l'auteur Michel Blay.

Liens externes

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