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Le concept de discipline scientifique renvoie à « une catégorie organisationnelle au sein de la connaissance scientifique ; elle y institue la division et la spécialisation du travail et elle répond à la diversité des domaines que recouvrent les sciences. Bien qu'englobée dans un ensemble scientifique plus vaste, une discipline tend naturellement à l'autonomie, par la délimitation de ses frontières, le langage qu'elle se constitue, les techniques qu'elle est amenée à élaborer ou à utiliser, et éventuellement par les théories qui lui sont propres » (Morin, 1994). Comme c’est le cas concernant les disciplines médicales, qui se sont individualisées, segmentées, mais aussi hyperspécialisées dans une dynamique comparable de celle des disciplines scientifiques, la subdivision en disciplines comporte des avantages en termes de circonscription du champ de savoir et de production de connaissance, mais elle fournit également une garantie de définition d’intérêts catégoriels pour les professionnels de la discipline en question. La parcellisation et le calibrage des disciplines trouvent donc également leur origine dans des motivations politiques voire corporatistes de scientifiques de la discipline en question, aussi pour minimiser l’influence de l’encadrement et du sommet stratégique des universités (Mintzberg, 1982).

Comme l’a démontré Morin, la vertu de délimitation du champ de savoir de la logique disciplinaire a pour contrepoint l’hyperspécialisation et le risque de chosification de l’objet étudié, dont le risque est d’oublier qu’il est à la fois extrait et construit. Pour reprendre les propos de cet auteur : « la frontière disciplinaire, son langage et ses concepts propres vont isoler la discipline par rapport aux autres et par rapport aux problèmes qui chevauchent les disciplines. L'esprit hyperdisciplinaire va devenir un esprit de propriétaire qui interdit toute incursion étrangère dans sa parcelle de savoir. On sait qu'à l'origine le mot discipline désignait un petit fouet qui servait à s'auto-flageller, permettant donc l'autocritique ; dans son sens dégradé, la discipline devient un moyen de flageller celui qui s'aventure dans le domaine des idées que le spécialiste considère comme sa propriété (…) On peut néanmoins dire très rapidement que l'histoire des sciences n'est pas seulement celle de la constitution et de la prolifération des disciplines, mais en même temps celle de ruptures des frontières disciplinaires, d'empiétements d'un problème d'une discipline sur une autre, de circulation de concepts, de formation de disciplines hybrides qui vont finir par s'autonomiser ; enfin c'est aussi l'histoire de la formation de complexes où différentes disciplines vont s'agréger en s'agglutiner ».

De ce fait, même si l'histoire officielle de la science est celle de la disciplinarité, une autre histoire lui est inséparable, à savoir le développement de trois démarches, celles de la pluridisciplinarité, de l’interdisciplinarité, de la transdisciplinarité :

° La pluridisciplinarité est la rencontre autour d'un thème commun entre chercheurs, enseignants de disciplines distinctes mais où chacun conserve la spécificité de ses concepts et méthodes. Il s'agit d'approches parallèles tendant à un but commun par addition des contributions spécifiques. Dans le cadre d'un développement technologique, différentes disciplines ou métiers peuvent collaborer pour traiter chacun un sous-problème.

° L'interdisciplinarité suppose un dialogue et l'échange de connaissances, d'analyses, de méthodes entre deux ou plusieurs disciplines. Elle implique qu'il y ait des interactions et un enrichissement mutuel entre plusieurs spécialistes. Un exemple récent en est l'éthologie humaine, rencontre entre l'étude du comportement animal et la psychologie de l'enfant ou le cancer vu sous le regard croisé des biologistes, des médecins, des psychologues, des philosophes.

° La transdisciplinarité désigne un savoir qui parcourt diverses sciences sans se soucier des frontières. L'anthropologie préhistorique de André Leroi-Gourhan et la sociologie historique de Norbert Elias en sont de bons exemples ou la notion de système en physique, en biologie, en économie, en sociologie. Même si l’interdisciplinarité permet de mieux appréhender un sujet dans sa « réalité globale », elle comporte les écueils de l’approximation conceptuel, de la confusion des concepts, voire de l’illusion de l’embrassement mégalomaniaque de tous les savoirs. C’est pour ces raisons qu’on peut préférer à l’interdisciplinarité la « métadisplinarité », qui consiste à « écologiser » les disciplines, c'est-à-dire à dépasser la segmentation en disciplines tout en la conservant (Morin, 1994).

° Cadre d’orientation pour l’interdisciplinarité dans les Sciences Humaines

Le cadre d’orientation (de référence) pour chaque discipline, dont l’objet concerne les performances du système nerveux, est simple dans sa structure fondamentale: Il se complète, quand est posée la question à l’aide des patrons des quatre questions fondamentales de la recherche biologique (causalités, Ontogenèse, valeur d’adaptation, Phylogenèse). Les niveaux de référence (par exemple: cellule, organe, individu, groupe) sont simultanément pris en considérations, c’est vers eux que les questions sont posées.

 

 Causalités

 Ontogenèse

 Valeur d’ adaptation

 Phylogenèse

Molécule

 

 

 

 

Cellule

 

 

 

 

Organe

 

 

 

 

Individu

 

 

 

 

Groupe

 

 

 

 

Société

 

 

 

 

Ce cadre d’orientation «bio-psycho-social» constitue le fondement pour le développement d’un consensus inter-disciplinaire: Il est le point de départ pour une systématique de chaque discipline, ainsi que la base pour une structuration consistante des résultats. D’un point de vue de la théorie cognitive: Etant donné que les réponses aux niveaux de référence et à l’ensemble des quatre questions fondamentales doivent s’accorder ensemble sans contradictions, il est alors possible de découvrir des fausses conceptions dues à des inconsistance. (Les questions et niveaux en italique dans le Tableau font également l’objet des études en Sciences de Lettres).

Bibliographie :

Hartmann, N. - 1940. Der Aufbau der realen Welt. Berlin, de Gruyter.

Mintzberg, H. – 1982. Structure dynamique des organisations, Paris, Editions d’Organisation.

Morin, E. – 1994. « Sur l'interdisciplinarité », Bulletin Interactif du Centre International de Recherches et Études transdisciplinaires, n° 2, 1994.

Tinbergen, N. - 1963. On Aims and Methods in Ethology. Zeitschrift für Tierpsychologie n° 20, pp 410-433.

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