Huayan 華嚴 ou Huayanzong 華嚴宗 (sanscrit: Avatamsaka ; jp : Kegon ; cor : Hwaŏmor ; vi : Hoa Nghiêm) est une école mahayaniste chinoise dont l’enseignement spéculatif, le Huayanlun (discours de Huayan), se base sur l’exégèse du sutra éponyme (Sūtra Avatamsaka ou Huayanjing). Avatamsaka signifie l'ornement de fleurs (métaphore de la compréhension suprême).
Comme il est coutume, l’école se réclame des plus anciens maitres, les philosophes indiens Asvaghosa et Nāgārjuna dont elle fait ses fondateurs, mais ceux qui ont réellement contribué à son développement sont les cinq maitres chinois Dushun (杜順 557-640), Zhiyan (智儼 602-668), Fazang (法藏 643-712), Chengguan (澄觀 737-838) et Zongmi (宗密 780-841), auxquels il faut ajouter l'érudit Li Tongxuan (李通玄 635-730). C’est au plus célèbre d’entre eux, Fazang, que la tradition de l’école prête ses principales idées, mais l’ensemble n’est pas de lui seul, malgré l'importance de sa contribution (une centaine de rouleaux).
Huayan partage certaines de ses positions avec de nombreuses écoles chinoises : la nature de bouddha (tathagatagarbha) est en chacun, et non pas seulement chez quelques-uns qui l’auraient développée au fil de nombreuses vies d’ascèse ; les disparités entre les textes et les pratiques s’expliquent par le fait que le bouddha a dispensé son enseignement de façon différente selon le niveau spirituel de l’époque (les cinq types d’enseignement) ; le hinayana correspond à un niveau moins développé que le bouddhisme mahâyâna. Comme le Soutra du lotus et les penseurs de Tiantai, Fazang accorde une grande importance au concept d'upaya (fangbian 方便 "moyen expédient"), selon lequel on dispose d'une grande latitude dans le choix de la forme sous laquelle on présente la doctrine ; il faut s'adapter aux caractéristiques de l'auditoire, l’essentiel étant de l’attirer dans la voie.
Se basant sur certains passages des soutras, beaucoup considéraient à l’époque l'Avatamsaka comme le premier rédigé des textes sacrés, le Soutra du lotus étant le dernier. L’école Tiantai fit du second sa référence, y voyant l’expression achevée de l’enseignement du bouddha, mais les penseurs Huayan choisirent de s’appuyer sur le premier, le plus près de la vérité car écrit alors que le bouddha était encore dans les transes de l’illumination ; il n’avait pas jusqu’ici pu être exploité, pensaient-ils, parce que le développement spirituel n’avait pas encore atteint un niveau suffisant.
Le Soutra Avatamsaka est en effet d’un abord très difficile, abondant en images et figures paradoxales, et de plus très long, 60 à 80 rouleaux selon les versions. Certaines portions sont même considérées comme des soutras individuels. Il fut traduit trois fois, au ainsi qu'au début des VIII et s. Fazang participa avec le khotanais Siksananda (652-710) à la deuxième traduction, sous le patronage de l’impératrice Wu Zetian. L'intégralité du soutra d'origine est disponible en chinois et en tibétain, la majorité du texte original en sanscrit ayant disparu.
Sans doute sous l’influence des notions chinoises d’harmonie de l’univers et de bonté fondamentale du monde et de l’humain, l’école Huayan ajoute une dimension ontologique à la philosophie bouddhiste, qui sera reprise par le Chan, mais peut être jugée par certains comme une quasi-rupture avec le bouddhisme indien, pour lequel la recherche de la nature et de la vérité fondamentale de l'univers est une poursuite illusoire.
Fazang a développé la vision de Huayan dans "les dix mystères" (shixuanmen 十玄門), une liste de thèmes de réflexion et de méditation visant à faciliter le chemin vers l'illumination.
Mettant en pratique le concept d'upaya, Fazang fit preuve de pédagogie pour propager les idées de l'école. Ainsi, pour expliquer la notion d'interpénétration, il fit monter à la cour de Wu Zetian un système de miroirs qui se renvoyaient à l'infini les images d'une bougie. Il écrivit Le lion d’or (Jinshizizhang 金獅子章) pour mieux faire comprendre les paradoxes : par exemple, le lion est composé d'une matière unique, mais on y distingue plusieurs éléments (tête, crinière etc.).
Le bouddha Vairocana tient dans le Huayanjing la place centrale de dharmakâyâ, (fashen 法身), corps originel du bouddha, éternel et indestructible. Les bodhisattvas Manjusri et Samantabhadra y jouent également un rôle privilégié. Avec Vairocana, ils forment "Les trois saints de Huayan" (huayansansheng 華嚴三聖).
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