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Homo sapiens, communément dénommé humain, est une de primate et le seul membre du Homo qui n'ait pas disparu. On désigne l'espèce entière sous le nom humanité et on peut aussi employer Homme (avec une majuscule) pour parler des caractères généraux des êtres humains.

Généralités


En 2003 la deuxième sous-espèce Homo sapiens, qu'était Homo sapiens neanderthalensis, a été relevée au rang d'espèce à part entière, Homo neanderthalensis, ce qui a entraîné l'abandon de la subdivision de l'espèce Homo sapiens en sous-espèce, et donc l'abandon de la classification de l'homme moderne et de ses ancêtres comme sous-espèce Homo sapiens sapiens.

Aujourd'hui, on donne à l'Homo sapiens un âge d'environ 400 000 ans ; les plus vieux ossements retrouvés sont deux crânes datés de 195 000 ans et appelés Omo I et Omo II, viennent ensuite ceux de l'Homme d'Herto encore appelé Homo sapiens idaltu datés d'environ 160 000 ans, les plus célèbres sont ceux de l'Homme de Cro-Magnon datés de 35 000 ans.

Les êtres humains actuels appartiennent à cette seule espèce, et sa subdivision en races est généralement considérée comme non pertinente, d'un point de vue biologique. Le 21 décembre 2005 la planète terre a vu l'espèce humaine atteindre 6,5 milliards de représentants.

Pour les biologistes, les espèces vivant actuellement les plus proches de l'être humain sont les deux espèces de chimpanzé : Pan troglodytes (le chimpanzé commun) et Pan paniscus (le bonobo). À un degré moindre, le gorille et l'orang-outan sont aussi assez proches de l'Homme.

Le génome des êtres humains ne diffère que de 0,27 % de celui des chimpanzés, de 0,65 % de celui des gorilles. Ces chiffres conduisent à estimer que notre lignée s'est séparée de celle des chimpanzés il y a environ cinq millions d'années, et des gorilles il y a environ sept millions d'années.

La découverte récente d'un crâne d'hominidé dont l'âge est estimé à sept millions d'années environ, et dont les caractéristiques sensiblement différentes de celles des singes suggèrent cependant une séparation antérieure des deux lignées.

Certains scientifiques défendent le rattachement des chimpanzés et peut-être des gorilles au genre Homo, mais ce point de vue est très minoritaire. D'un autre côté, plusieurs groupes religieux refusent la partie de la théorie de l'évolution concernant les Hommes.

Dans l'Antiquité, on disait que l'homme était composé d'un corps, d'une âme et d'un esprit. Au cours du 8e concile de Constantinople en 869 (Contantinople IV), Il a été décrété la suppression de l'esprit dans le 11e canon, l'âme comportant désormais une parie spirituelle. C'est de cette époque que date la confusion entre âme et esprit. Auparavant, on associait l'esprit à la pensée et l'âme au sentiment. La trichotomie (corps, âme et esprit) a été bannie au profit de la dichotomie (corps et âme). On est donc passé d'une vision équilibrée de l'homme (l'âme équilibre et harmonise le conlit entre le corps et l'esprit) à une vision dualiste (le corps s'oppose à l'âme ou l'esprit). De nos jours, on ne considère plus que le corps de l'homme.

Caractéristiques physiques


Description

Homo sapiens peut être présenté sommairement comme étant un mammifère terrestre ; dressé sur deux jambes qui constituent la base de son corps en proportion environ de la moitié, prolongé par le tronc, le cou puis la tête ; disposant de deux bras se terminant par des mains qui lui permettent de saisir et manipuler ; d'une taille à l'âge adulte pouvant aller d'environ 80 cm à environ 2m50 ; disposant d'organes sexuels ; à la couleur de peau empruntant les échelles du noir, du marron, du beige ou du rosé, pouvant être recouvert de poils par endroits, de forme allant du frisé au lisse et dont la couleur est, indépendamment de la couleur de la peau, de teintes noire, brune, blonde, rousse ou blanche ; aux yeux aux teintes du marron, du bleu, ou du vert...

L'évolution vers Homo sapiens se caractérise par les éléments suivants :

  • expansion de la boîte crânienne et du volume du cerveau, en moyenne 1 400 cm3 (plus de deux fois celui des chimpanzés ou des gorilles). Pour certains anthropologues, la modification de la structure du cerveau est plus importante encore que l'augmentation de sa taille ;
  • Diminution de la taille des canines ;
  • Locomotion bipède, marche ;
  • Descente du larynx, ce qui permet le langage articulé.

Comment ces éléments sont-ils reliés ? Quels ont pu être leur valeur adaptative, et leur rôle dans l'apparition de notre organisation sociale complexe et notre culture ? C'est encore sujet à débat parmi les anthropologues.

La taille moyenne des hommes aujourd'hui en France est de 1,75 m, celle des femmes de 1,62 m, pour des poids respectifs moyens de 75 et 61 kg. Les données individuelles sont très variables autour de ces moyennes, avec une forte influence de facteurs environnementaux, des comportements et des régimes nutritionnels. Les moyennes elles-mêmes varient beaucoup selon les populations et les époques.

Les jeunes naissent avec un poids autour de 3 kg et une taille d'environ 50 à 60 cm, après une gestation de neuf mois. Totalement dépendants à la naissance, leur croissance dure plusieurs années, la maturité sexuelle survient entre 12 et 15 ans. La croissance des garçons continue souvent jusque vers 18 ans (la croissance se termine vers 21-25 ans avec la solidification de la clavicule. L'espérance de vie est très dépendante des conditions matérielles et de la disponibilité de soins médicaux. L'espérance de vie se situe aujourd'hui autour de 75 ans dans les pays les plus riches, elle est inférieure à 40 dans les plus pauvres. On connaît des cas isolés de longévité approchant 120 ans (la personne ayant vécu le plus longtemps sans doute possible est la française Jeanne Calment, qui a vécu plus de 122 ans).

Homo sapiens en images

Dès l'art pariétal, les Hommes ont commencé à se représenter sur différents supports. Ce qui est un des signes de la conscience de leur existence.

Léonard de Vinci, avec ses dessins d'anatomie, est le premier à étudier le corps humain avec un œil médical, suivi par Michel-Ange (voir par exemple le "David" ci-dessous); ses tableaux s'efforcent de représenter le corps de l'Homme avec la précision de la masse organique qui le compose. Si "l'homme de Vitruve" (en tête d'article) est le dessin le plus connu de Léonard de Vinci, et la plus connue des représentations de l'Homme dans ses proportions, de Vinci s'est également attaché à étudier individuellement les différentes parties de ce corps (crânes, mains, jambes…) dans leurs diverses structures organiques (musculaire, osseuse, embryonnaire…) et leurs différents aspects (têtes grotesque, mouvement des mains…).

Image:Cinq tetes grotesques.GIF|"Cinq têtes grotesques" Image:Crane De Vinci 1.GIF|Crâne Image:Etude des muscles du visage et des bras v.1510.gif|"Etude des muscles du visage et des bras" v.1510 Image:Dessin du torse et des bras.gif|Dessin du torse et des bras. Image:Etude de mains.gif|"Etude de mains" Image:Étude anatomique d'un homme et d'autres personnages v.1504-1506.gif|"Étude anatomique de la jambe d'un homme et d'autres personnages" v.1504-1506 Image:Dessin sur les rapports sexuels et parties génitales masculine v. 1492 De Vinci.gif|Dessin sur les rapports sexuels et parties génitales masculine v. 1492 Image:Dessin dun embryon dans luterus - v. 1510 1512 De Vinci.gif|"Dessin d'un embryon dans l'utérus" vers 1510-1512 (l'embryon au vu de son apparence serait aujourd'hui qualifié de fœtus)

L'Homme vu par les techniques modernes d'imagerie Image:Crâne photo.jpg|Photo de Crâne Image:X-Ray Skull.jpg|Le Crâne vu par la radiographie Image:Medecine Echographie.jpg|Le Fœtus vu à l'échographie

Le propre de l'Homme


Il est très difficile de définir une nature humaine qui permettrait de distinguer biologiquement ou sociologiquement l'espèce humaine des autres espèces du monde animal. Il est relativement facile de distinguer l'humain d'une autre espèce mais trouver et choisir un ensemble de caractéristiques qui le distingueraient de l'ensemble des autres animaux (d'une façon qui serait différente des règles qui permettraient de différencier entre elles les autres espèces animales) n'est pas chose aisée.

La pensée, le rêve, la peur, le rire, l'intelligence, la souffrance, l'utilisation d'outils, la sociabilité, le travail collaboratif, le suicide ou l'homosexualité, entre autres... sont des caractéristiques dites humaines qui se retrouvent aussi chez certaines espèces animales (le rire a été observé chez le chimpanzé). Cependant, la conscience et, en tout cas, l'expression de la conscience de la conscience (Je pense donc je suis) et certains types de comportements n'ont jamais pu être découverts pour l'instant chez d'autres espèces animales. Par exemple :

  • la pratique d'une religion en particulier ;
  • l'inventivité technologique humaine ;
  • le cumul du savoir de manière organisée ;
  • la solidarité par identification sympathique (ponts aériens, protection d'autres espèces...) ;
  • la démarche anticipatrice dédiée aux générations futures (frères humains qui après nous vivez...) ;
  • la recherche sur sa propre existence (histoire et préhistoire) ;
  • l'apprentissage délibéré d'un autre langage et de l'élaboration volontaire d'une langue universelle (Espéranto, par exemple)

semblent être des spécificités de l'humain.

Une autre spécificité d’homo est la transmissibillité du baillement. Le « baillement contagieux » n’a pas même été observé chez les grand singes.

Selon plusieurs traditions philosophiques ou religieuses, l'être humain est un animal à part, bénéficiant de qualités particulières lui donnant le droit de se considérer comme supérieur aux autres espèces. Dans les croyances monothéïstes - Judaïsme, Christianisme, Islam - l'humain serait fait à l'image de Dieu. Dans le monde chinois, il est l'agent intermédiaire entre le Ciel et la Terre.) Ainsi l'Homme se considère généralement comme l'espèce « dominante » sur la Terre, et l'environnement est mis à sa disposition pour satisfaire ses besoins.

Selon d'autres modes de pensées et traditions, l'être humain n'est qu'un intervenant parmi d'autres dans le fonctionnement du monde. Chaque autre élément, qu'il soit végétal, minéral ou animal, a son importance et a droit au respect (respect qui passe parfois par la croyance en l'incarnation d'un esprit ou d'un dieu incarnant ces différents éléments). Cette vision humble de l'espèce humaine, qui est une espèce d'autres et qui n'a donc pas le droit de s'arroger une supériorité, est un des fondements d'une part essentielle des idées écologistes.

Pour les biologistes, l'humain est un Apex_predator, qui modifie le biotope terrestre à une vitesse qui n'a jamais été atteinte sous l'effet d'autres êtres vivants. Cependant, l'importance de cette modification est aujourd'hui encore bien loin derrière les effets d'autres êtres vivants, comme par exemple les bactéries qui ont façonné notre atmosphère.

Pour un neuro-biologiste l'Homme est un animal. La quasi-totalité de ses réactions sont liées à la perception de ses sens - dont l'odorat - et qui influe sur son comportement de façon non maîtrisée voire non consciente.

L'adaptabilité de l'Homme

Si l'on considère son aire de peuplement et la diversité des climats qu'il supporte, on peut penser que l'être humain est l'une des espèces vivantes les plus capables de s'adapter à des modifications extérieures.

Sans doute la fourmi, le rat ou les bactéries ont aussi un pouvoir d'adaptation élevé, mais à des échelles différentes. Pourtant, l'Homme est l'un des animaux les moins capables de se défendre dans la nature : il n'a pas de corne, pas de crocs, pas de griffes, etc.

Il n'a dû sa survie qu'à son intelligence et à sa faculté d'extérioriser ses moyens : alors que l'on estime que seules les mutations génétiques, rares et lentes, peuvent permettre à une autre espèce d'évoluer vers une nouvelle forme d'environnement, il suffit à l'Homme de quelques générations pour inventer et diffuser un nouvel outil servant aux mêmes fins.

Grâce à son ingéniosité technique, l'humain peut atteindre le pôle Nord et survivre dans le Sahara, gravir le mont Everest, plonger au fond des fosses sous-marines, traverser les océans, marcher sur la Lune.

Homo faber

Bien des spécialistes considèrent que le propre de l'humain réside dans sa faculté de créer des outils permettant de décupler ses forces, de mieux avoir prise sur son environnement, de mieux s'en protéger. Là encore, ce n'est pas un critère absolu car un petit nombre d'espèces, comme certains singes et certains oiseaux, connaissent et utilisent des outils.

L'être humain, animal social

Le fait qu'en son immense majorité l'être humain ne puisse survivre qu'en société, et que ces sociétés d'humains sont en général tissées d'un réseau complexes de rites et d'usages, a été très tôt remarqué par les penseurs, en Orient comme en Occident : Aristote a défini l'humain comme un animal social, Confucius déclare que, personne ne pouvant vivre avec les bêtes sauvages et les oiseaux, chacun se doit de participer à la société. La plupart des grandes créations humaines sont le produit d'une généalogie complexe d'influences culturelles et des efforts conjugués d'un groupe ou d'un peuple. Des pyramides aux haiku, des didgeridoo aux navettes spatiales, c'est à une société d'humains que l'on doit attribuer la créativité et l'inventivité qui marque notre espèce.

Cependant, il ne s'agit probablement pas non plus d'un critère absolu, parce que des formes de société et de culture se trouvent assez largement dans d'autres espèces. La ruche est bien une société d'abeilles, des groupes de singes se transmettent des produits culturels qui ne se retrouvent pas sous la même forme dans le groupe voisin, pourtant soumis aux mêmes conditions d'existence..

L'être humain et ses langues

Même si plusieurs espèces ont des moyens de simple communication, rien de comparable aux élaborations humaines n'a été retrouvé jusqu'à présent. Les grammaires complexes ou les concepts abstraits que chaque humain utilise tous les jours avec une facilité déconcertante ne se retrouvent nullement à l'état naturel chez les autres espèces et il faut un intense effort d'apprentissage pour qu'un dauphin, par exemple, puisse manipuler les plus rudimentaires de nos concepts abstraits.

Ainsi, selon le linguiste Noam Chomsky, un trait distinctif des humains serait l'instinct du langage, un mécanisme inné du cerveau capable d'acquérir un langage par l'observation de notre entourage.

Certains anthropologues pensent que ces traits visibles (la fabrication d'outils et le langage) découlent d'un processus mental moins accessible, et peut-être propre à l'humain : la capacité à penser symboliquement. Les êtres humains peuvent penser dans l'abstraction, manipuler des concepts, des idées. Ils peuvent se mettre en question, utiliser des raisonnements logiques, élaborer des règles morales, planifier consciemment des actions à long terme, tout cela d'une façon qu'on ne connaît chez aucune autre espèce animale, même si certaines ont montré quelques amorces de facultés dans ces domaines. Homo sapiens signifie d'ailleurs « Homme sage », « Homme qui pense ».

Il faut noter cependant que nous disposons de peu d'éléments pour appréhender les capacités cognitives des autres s du Homo, comme Homo erectus, ou Homo neanderthalensis maintenant éteintes. Leurs aptitudes au langage font encore l'objet de débats passionnés, même si Homo neanderthalensis présentait les caractéristiques anatomiques indispensables à la parole. Ils fabriquaient également des outils comparables à ceux des premiers Homo sapiens, et la supériorité de celui-ci sur son contemporain paléolithique Néandertal n'a rien de certain.

En fin de compte, la question « quel est le propre de l'humain ? » relève sans doute d'abord de la philosophie. Du point de vue de la biologie, cette question est peu pertinente. Les chats, les dauphins ou les moineaux forment des espèces distinctes, mais on ne demande pas quelle est la chose qui leur appartient en propre et les distingue de tous les autres. Découvrir d'autres espèces qui façonnent des outils, ou disposent d'un langage symbolique éclairerait peut-être notre évolution, mais cela n'effacerait pas la différence entre les humains et d'autres espèces...

La survie


  • L'homme est devenu omnivore il y a environ 3 millions d'années et a vécu de la chasse, de la pêche et de la cueillette jusqu'à une période récente où a commencé l'agriculture et l'élevage (cf. Néolithique).
  • Le feu fut domestiqué par Homo erectus il y a environ 400 000 ans.

La protection juridique de l'espèce humaine


En droit français

La loi du 29 juillet 1994 relative au corps humain (une des lois dites bioéthiques) a introduit dans le droit français la disposition selon laquelle « Nul ne peut porter atteinte à l'intégrité de l'espèce humaine » (article 16-4 1er alinéa Code civil); cette disposition figure parmi les principes généraux devant gouverner les recherches scientifiques et les pratiques médicales (articles 16 à 16-9 c.civ.). D'importants débats existent sur la portée et à la signification pratique à donner à cette interdiction : en effet les alinéas subséquents de l'article 16-4 énoncent les interdictions de l'eugénisme, du clonage reproductif (cette interdiction a été introduite par la loi bioéthique du 7 août 2004) et de modifier les « caractères génétiques dans le but de modifier la descendance de la personne ». Ainsi le premier alinéa doit-il être interprété indépendamment des autres, ce qui reviendrait à distinguer l'interdiction de porter atteinte à l'intégrité de l'espèce humaine, l'interdiction des pratiques eugéniques et l'interdiction du clonage, auquel cas le premier alinéa demeure énigmatique ? Ou ce premier alinéa doit-il être interprété à la lumière des alinéas subséquents, auquel cas l'intégrité de l'espèce humaine serait atteinte par la réalisation d'actes d'eugénisme ou de clonage ?

Une réponse semble pouvoir exceptionnellement être recherchée dans la traduction pénale de ces interdictions : en effet ce sont les mêmes textes qui figurent dans le code civil et dans le code pénal, textes qui ont été de surcroît introduits par les mêmes lois. Protégée pénalement depuis 1994 à l'article 511-1 du code pénal, dans le livre qui protégeait les animaux des sévices graves (le Livre V du code pénal), l'espèce humaine a reçu par, la loi bioéthique du 7 août 2004 une protection renforcée, les dispositions la protégeant ayant été déplacées en partie dans le livre II, lui faisant partager à présent l'intitulé du Titre I qui réprimait les crimes contre l'humanité, soit : « Des crimes contre l'humanité et contre l'espèce humaine » , et lui consacrant le Sous-titre II intitulé « Des crimes contre l'espèce humaine » regroupant les articles 214-1 et suivant.

L'enjeux de ces dispositions est de préserver les spécificités biologiques de l'espèce humaine que sont toutes ses caractéristiques génétiques :

  • par la répression des « pratiques eugéniques tendant à l'organisation de la sélection des personnes » (article 214-1 Code Pénal). De plus le Conseil d'État, dans son rapport du 25 novembre 1999 "Lois bioéthiques : cinq ans après", précisa qu'il fallait entendre dans cette définition le caractère systématique de la sélection afin de ne pas assimiler les pratiques de procréation médicalement assistée aux pratiques eugéniques : leur caractère non systématique est apprécié par l'exigence de « choix propres par nature contingent, à des couples confrontés à l'annonce d'une maladie d'une particulière gravité ». La pertinence de ce critère est critiquée par la doctrine qui propose comme autre critère de distinction : le cadre thérapeutique ; ou encore, sur la distinction kantienne selon laquelle il faut considérer l'homme non comme un moyen mais comme une fin, distinguer la sélection motivée par le sentiment d'empathie envers l'être à naître atteint d'une « maladie d'une particulière gravité reconnue comme incurable aux moment du diagnostic » (articles 2131-1, 2131-4, 2131-4-1, 2141-2 Code de la Santé publique), de la sélection motivée par un sentiment utilitariste de cet être perçu comme devant permettre l'amélioration de l'espèce humaine.
  • par la répression du clonage reproductif (article 214-2 Code Pénal), comme portant atteinte au caractère sexué de la reproduction humaine (consistant en la rencontre de gamètes de patrimoine génétique différent), et portant atteinte, à grande échelle, à la diversité biologique de l'espèce humaine (qui est un de ses facteurs d'adaptation). Le clonage thérapeutique, consistant en la création d'un embryon humain à partir de cellules d'une personne malade, destiné à fournir des cellules souches prélevées puis cultivées pour fournir un tissu ou un organe génétiquement compatible avec le patient, ou implantées dans le corps de celui-ci pour que son organisme reconstitue des cellules défaillantes, n'est pas réprimé au titre de la protection de l'espèce humaine, mais au titre de la protection de l'embryon dans le Livre V du code pénal(art. 511-17 et 511-18 Code Pénal). Par ailleurs l'infraction de clonage thérapeutique est un délit (puni d'un maximum de 7 ans d'emprisonnement et 100 000€ d'amende), alors que l'infraction de clonage reproductif est un crime (puni, tout comme le crime d'eugénisme, d'un maximum de 30 ans de réclusion criminelle et de 7 500 000€ d'amende). Cette différence de traitement est toutefois elle aussi critiquée dans la mesure où d'un point de vue anthropologique, toujours selon la distinction kantienne, le clonage thérapeutique déclasse la perception de la vie humaine au rang de médicament (à ne pas confondre avec le bébé médicament qui consiste, pour un couple ayant un enfant malade et désirant avoir un deuxième enfant, à saisir l'opportunité que peut offrir la compatibilité génétique des cellules du petit frère pour sauver l'aîné, par le prélèvement de cellules sur le cordon ombilical, le don de sang ou encore de moelle épinière, ce qui n'entrave nullement l'accès sain à la vie de cet enfant), donc de moyen, ce qui peut apparaître au moins aussi grave que le clonage reproductif (argument anthropologique proposé par Mme Marie-Angèle Hermitte, Directeur d'étude à l'École des hautes études en sciences sociales); toutefois d'autres auteurs justifient cette différence par le caractère d'utilité publique, d'intérêt général(pour les personnes nées atteintes aujourd'hui et demain d'une maladie grave et incurable), que peut revêtir la motivation de procéder à de telles recherches, contre le clonage reproductif motivé par le seul intérêt égoïste des couples d'avoir un enfant (Mikaël Benillouche, Maître de conférence à la faculté de droit de l'université de Picardie).

Les crimes contre l'espèce humaine peuvent être considérés comme le deuxième ensemble d'infractions le plus grave du système juridique français, après les crimes contre l'humanité, apparaissant en deuxième position (après les crimes précités) dans l'énonciation des infractions dans le code pénal et l'action publique se prescrivant, par exception au droit commun (10 ans pour les crimes), par un délais de 30 ans (ce délais ne commençant par ailleurs à courir qu'à la majorité de l'enfant qui serait né du clonage), l'action publique relative aux crimes contre l'humanité étant quant à elle imprescriptible. On peut par ailleurs voir dans les crimes contre l'espèce humaine le complément de la protection de l'Homme initiée par les crimes contre l'humanité : ces derniers protégeant l'Homme dans sa dimension métaphysique : le respect de son humanité : sa dignité ; les crimes contre l'espèce humaine protégeant l'Homme dans sa dimension matérielle : sa définition génétique : sa spécificité biologique.

Une question délicate doit toutefois demeurer, ce qui peut expliquer la différence hiérarchique dans la répression entre les crimes contre l'espèce humaine et les crimes contre l'humanité : si la dimension métaphysique de l'Homme est celle qui impose à l'Homme de se respecter, et si la dimension métaphysique est le niveau de réflexion qui a permis à l'Homme, à la différence des autres espèces animales, d'"évoluer", l'Homme a-t-il vocation à ne pas exploiter pour lui les connaissances qui accompagnent et engendrent son évolution ? A-t-il vocation à rester une espèce à reproduction exclusivement sexuée ? L'Homme résistera-t-il à la tentation d'organiser ce qu'il considérerait être l'amélioration de son espèce ? La protection actuelle de l'espèce humaine est-elle dictée par des principes immuables propres à la définition de l'Homme ou est-elle dictée par des principes contingents de précaution face à l'ignorance actuelle des conséquences de la modification volontaire et brutales de la définition biologique de l'Homme ? Autrement dit : l'Homme doit-il conditionner le respect qu'il doit avoir pour lui-même et la marche de son évolution à l'absence d'atteinte réalisée volontairement par lui-même à la pérennité de sa définition biologique actuelle qu'est homo sapiens ?

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