La grotte de Lascaux est l'une des plus importantes grottes ornées paléolithiques par le nombre et la qualité esthétique de ses œuvres. Les peintures et les gravures qu'elle renferme n’ont pas pu faire l’objet de datations directes précises : leur âge est estimé entre environ 18 000 et 15 000 ans avant le présent à partir de datations et d’études réalisées sur les objets découverts dans la grotte. Elles ont longtemps été associées au Magdalénien ancien, mais les dernières études montrent qu’elles pourraient dater du Solutréen qui le précède.
Elle s'ouvre sur la rive gauche de la Vézère, dans une colline calcaire au sein de l'étage coniacien (Crétacé supérieur). Contrairement à de nombreuses autres grottes de la région, la grotte de Lascaux est relativement « sèche ». En effet, une couche de marne imperméable l’isole de toute infiltration d’eau, empêchant toute nouvelle formation de concrétion de calcite.
Après plusieurs années passées en Espagne, au Portugal et en Afrique du Sud, il revient en 1949 et entreprend des fouilles avec Séverin Blanc et Maurice Bourgon au pied de la scène du puits où il espère trouver une sépulture. Il y met au jour des pointes de sagaies décorées en bois de renne.
De 1952 à 1963, à la demande de Breuil, de nouveaux relevés sont réalisés sur 120 m² de calques par André Glory qui comptabilise 1 433 représentations (aujourd’hui, 1 900 sont répertoriées).
Par la suite, les représentations pariétales sont également étudiées par Annette Laming-Emperaire, André Leroi-Gourhan et, de 1989 à 1999, par Norbert Aujoulat Aujoulat, N. (2004), Lascaux - Le geste, l'espace et le temps, Seuil, ISBN 2-02-025726-2..
En octobre 1979, elle est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, parmi différents sites et grottes ornées de la vallée de la Vézère.
Dès 1955, les premiers indices d'altération sont constatés. Ils sont dus à un excès de dioxyde de carbone induit par la respiration des visiteurs, qui provoque une acidification de la vapeur d'eau expirée corrodant les parois. En 1957 est mis en place un premier système destiné à régénérer l'atmosphère et à stabiliser la température et l'hygrométrie. Les visites continuent pourtant à se succéder au rythme effréné de plus de 1 000 touristes par jours, dégageant environ 2 500 litres de dioxyde de carbone et 50 kg de vapeur d’eau dans une cavité dont le volume est relativement faible, de l’ordre de 1 500 m³ Roussot, A. (1990) « Breuil et Lascaux » in Lascaux, premier chef d’œuvre de l’humanité, Les Dossiers d’Archéologie, n° 152.. A. Glory, qui effectue des relevés durant cette période, doit travailler la nuit pour ne pas perturber le rythme des visites.
En 1960, la « maladie verte » fait son apparition : les émanations de dioxyde de carbone liées aux visites, une température trop élevée et les éclairages artificiels permettent la dissémination de colonies d'algues sur les parois. L’enrichissement de l’atmosphère en dioxyde de carbone génère la « maladie blanche », un voile de calcite qui se dépose sur les parois et sur certaines œuvres. En 1963, les micro-organismes continuent à proliférer malgré la mise en place de filtres à l'ozone. En avril 1963, André Malraux, alors Ministre chargé des Affaires culturelles, décide d'interdire l'accès de Lascaux au grand public.
De 1965 à 1967, l'ensemble du système de régulation thermique et hygrométrique est modifié afin de recréer les conditions de circulation des masses d'air qui avait permis la conservation de Lascaux durant des millénaires. Le principe de ce système statique de refroidissement consiste à utiliser la convection naturelle pour condenser la vapeur d'eau à un endroit déterminé.
Au début des années 1970, la réalisation d'un fac-similé d'une partie de la grotte est mise en œuvre. Elle est ouverte au public en 1983 (cf. infra Lascaux II).
En 2000, le matériel de gestion du climat de la cavité est remplacé. Au printemps 2001, Bruno Desplat et Sandrine van Solinge, les agents chargés de la surveillance du site, signalent l'apparition de moisissures dans le sas d'entrée de la grotte. Le sol se couvre en effet d'un champignon extrêmement résistant, Fusarium solani. Ce phénomène coïncide avec l'installation du nouveau système de régulation hygrothermique qui a été mal conçu. Les souches de Fusarium solani présentes dans la grotte sont résistantes au formaldéhyde employé depuis des décennies pour la désinfection des pieds des visiteurs. Le champignon s'est propagé aux peintures, bientôt recouvertes d'un duvet blanc de mycélium. Le champignon vit en symbiose avec une bactérie nommée Pseudomonas fluorescens, qui dégrade le fongicide employé jusque là. Celui-ci est donc désormais combiné à un antibiotique.
En 2002, le Ministère de la Culture met sur pied un Comité scientifique international de la grotte de Lascaux, qui doit gérer le problème. En 2006, la contamination est à peu près maîtrisée, mais toutes les deux semaines une équipe revêtue de combinaisons spéciales est chargée de débarrasser à la main les parois des filaments de mycélium qui réapparaissent malgré tout J. Graff, « Saving Beauty », Time, 2006, vol. 167, N° 20, p. 36-42, Lascaux toujours victime du Fusarium solani, article de Hominidés.com, M.-A. Sire, « Lascaux : la rechute » .
Quinze années de fréquentation touristique intense ont donc perturbé l'équilibre fragile qui avait permis la conservation miraculeuse de Lascaux et ont failli entraîner sa disparition.
L’entrée actuelle correspond à l’entrée préhistorique, même si elle a été aménagée et équipée d’un système de sas. L’entrée d’origine devait être un peu plus éloignée, mais son plafond s’est écroulé anciennement jusqu’à former le talus par lequel les inventeurs ont accédé à la grotte.
Pour faciliter les descriptions, la grotte est traditionnellement subdivisée en un certain nombre de zones correspondant à des salles ou des couloirs. Leurs noms imagés sont dus en partie à H. Breuil et font souvent référence à l’architecture religieuse :
Dans la Nef, la Vache se trouve sur un entablement où on a trouvé des lampes, des colorants ainsi que des restes alimentaires. Dans l’Abside, un nombre important d'objets a été abandonné (pointes de sagaies, grattoirs, burins et lampes). De nombreux vestiges ont également été découverts dans le Puits : pointes de sagaies, restes de colorants, coquillages percés et lampes, dont un exemplaire en grès rose entièrement façonné et dont le manche est orné d’un signe barbelé.
L’étude au microscope électronique des colorants découverts lors des fouilles ou prélevés directement sur certaines œuvres a montré leur très grande diversité. Les noirs correspondent à différents oxydes de fer et les jaunes, orangés et rouges à des oxydes de manganèse. Tous ont été employés purs, sans adjonction de charge minérale et sans modification thermique Chalmin, E., Menu, M., Pomiès, M.-P., Vignaud, C., Aujoulat, N. et Geneste, J.-M. (2004), « Les blasons de Lascaux », L'Anthropologie, t. 108, pp. 571-592..
Deux files d'aurochs se font face, deux d'un côté et trois de l'autre. Les deux aurochs du côté nord sont accompagnés d'une dizaine de chevaux et d'un grand animal énigmatique, portant deux traits rectilignes sur le front qui lui ont valu le surnom de « licorne ». Côté sud, trois grands aurochs en côtoient trois plus petits, peints en rouge, ainsi que six petits cerfs et le seul ours de la grotte, superposé au ventre d’un aurochs et difficilement lisible.
Il s’agit bien ici d’une scène dont les différents éléments sont en relation les uns avec les autres, et non d’une juxtaposition d’animaux ou de signes sur une même paroi, comme c’est le plus souvent le cas dans l’art paléolithique. Pour A. Leroi-Gourhan, cette scène renvoie probablement à un épisode mythologique dont la signification est difficile à établir Leroi-Gourhan, A. (1984), « Grotte de Lascaux », in L'art des cavernes - Atlas des grottes ornées paléolithiques françaises, Ministère de la culture..
La faune figurée sur les parois de Lascaux est celle que l’on retrouve dans la majorité des grottes ornées de l’aire franco-cantabrique : cheval, aurochs, bison, cerf et bouquetin dominent largement suivis d’animaux plus rares et souvent dangereux ; comme l’ours, le rhinocéros et les grands félins.
Les espèces représentées ne correspondent pas aux espèces chassées et consommées : un seul renne gravé, considéré comme douteux, a été identifié alors qu’il représente la grande majorité des restes osseux mis au jour (plus de 88 %). Un art dicté par une magie de la chasse tel qu’on le concevait aux débuts du XXème siècle peut donc être écarté.
Si elles sont extrêmement réalistes en ce qui concerne les morphologies et les attitudes des animaux, les œuvres de Lascaux ne visent toutefois pas une représentation exhaustive et naturaliste de la réalité : la flore, les reliefs et même le sol sont absents des parois de la grotte, comme c’est pratiquement toujours le cas d’ailleurs dans l’art paléolithique.
Il est indéniable que certains éléments figurés, certaines associations de signes, ont une valeur symbolique. C’est probablement le cas pour les trois paires de ponctuations que l’on retrouve au fond du Diverticule des félins et dans le Puits, aux limites des zones ornées. C’est sans doute le cas également pour les signes barbelés, les « blasons » ou les alignements de points présents sur différentes parois de la grotte.
La grotte de Lascaux est considérée par A. Leroi-Gourhan comme un sanctuaire, une sorte de monument à caractère religieux.
Un âge magdalénien fut confirmé par trois autres datations ultérieures, réalisées sur des charbons provenant des fouilles de A. Glory dans le Passage et dans le Puits. Ces datations couvrent une période allant du Magdalénien ancien au Magdalénien moyen (d’environ 17 000 ans BP à 15 000 ans BP).
Toutefois, une date d’environ - 18 600 ans, obtenue en 1998 par la méthode du carbone 14 en SMA sur un fragment de baguette en bois de renne provenant du Puits, montre que la grotte était fréquentée dès le Solutréen Aujoulat, N., Cleyet-Merle, J.-J., Gaussen, J., Tisnerat, N. et Valladas, H. (1998) « Approche chronologique de quelques sites ornés paléolithiques du Périgord par datation carbone 14 en spectrométrie de masse par accélérateur de leur mobilier archéologique », Paléo, n° 10, pp. 319-323. . Les solutréens sont-ils simplement passés ponctuellement dans la grotte ou ont-ils réalisé une partie, voire la majorité ou la totalité des œuvres ?
La datation directe par le carbone 14 de peintures ou de dessins pariétaux a été possible dans certaines grottes ornées, à condition toutefois que ces œuvres aient été réalisées avec du charbon de bois. Ce n’est pas le cas à Lascaux, où la couleur noire a été obtenue en utilisant des oxydes de manganèse. Des pigments tombés au pied des parois ont été mis au jour dans les niveaux archéologiques : ils ont permis de confirmer la contemporanéité des œuvres avec certains vestiges (lamelles de silex, pointes de sagaie, aiguilles en os, lampes à suif) mais ceux-ci ne sont pas plus caractéristiques du Magdalénien que du Solutréen.
À ce jour, aucune datation directe de l'art de Lascaux n'est donc disponible. Selon N. AujoulatN. Aujoulat, (2004), Lascaux - Le geste, l'espace et le temps, Seuil, ISBN 2-02-025726-2., il existe des arguments stylistiques et thématiques qui permettent de rapprocher Lascaux d'œuvres bien datées du Solutréen plutôt que du Magdalénien :
La société propriétaire de Lascaux se lança dans la réalisation d'une réplique d'une partie représentative de la grotte (Diverticule axial et Salle des Taureaux). Le projet fut en partie financé par la vente de l'original à l'État en 1972. Il fut suspendu en 1980 puis repris par le département de la Dordogne.
Une double coque en béton dont l'intérieur reproduit fidèlement la grotte originale fut réalisée à partir des relevés de l'IGN. Les œuvres pariétales furent ensuite reproduites par une équipe conduite par M. Peytral Soutif, M. (1983) « Lascaux II, le nouveau chef d'œuvre », Géo n° 51, pp. 42-58..
Situé à 200 m de l'original, le fac-similé, nommé Lascaux II, a ouvert ses portes le 18 juillet 1983. Quelques autres reproductions de peintures (frise des cerfs, bisons adossés et vache noire de la Nef, scène du Puits) sont exposés dans la parc du Thot, à quelques kilomètres de Montignac.
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