On appelle aux États-Unis Gender Studies un vaste domaine d'étude, de débat, de controverses portant sur la question du gender (c'est-à-dire du genre sexuel, différence sociale faite entre les sexes biologiques) qui s'est développé depuis les années 1970 dans les universités américaines où plusieurs universités prestigieuses financent des départements ou des chaires professorales consacrés à ce champ de recherche. Ce domaine d'étude veut montrer comment les inégalités dont sont victimes les femmes s'appuient d'une part sur une idéologie légitimant, de fait, l'oppression des femmes et d'autre part sur un ensemble de mécanismes sociaux qui tendent à présenter comme naturelle une division inégalitaire des rôles sociaux entre les hommes et les femmes, y compris dans les sociétés qui se prétendent démocratiques et égalitaires.
Aucune traduction française ne s'est imposée pour l'instant pour le signifiant Gender Studies. On trouve parfois des traductions comme « études du genre » ou « études sur le genre » mais les personnes qui écrivent dans ce champ de recherche reprennent le terme Gender Studies, éventuellement avec des guillemets ou en italique. À l'Université de Genève, il existe une Unité interdisciplinaire en Études Genre Unité interdisciplinaire en Études Genrede l'université de Genève.
Le problème de la traduction de ce concept de Gender Studies apparaît comme un exemple significatif des difficultés que posent les différences d'appréhension philosophique du monde quand on passe d'une langue à l'autre : chaque langue appréhende le monde sous un angle différent et le passage de l'une à l'autre conduit à porter implicitement l'accent sur telle ou telle approche.
Le signifiant anglais sex se traduit généralement en Français par « sexe ». Le sexe semble renvoyer alors aussi bien à l'organe sexuel qu'au genre masculin ou féminin selon l'organe sexuel dont est porteur le sujet. Cependant, dès 1968 un auteur comme Robert Stoller dans Sex and Gender. On the Development of Maculinity and Feminity avait montré les problèmes que posent cette équivalence. En faisant du seul organe sexuel le support de l'identité sexuelle, on néglige les difficultés ou simplement la part d'élaboration que présuppose cet accès à l'identité sexuelle.
Cette réflexion a été totalement reprise par les féministes américaines dès 1972 avec l'ouvrage d'Ann Oakley : Sex, Gender and Society. En effet, poser une équivalence entre le sexe et le genre a l'inconvénient de présupposer que le genre est naturel et de sous-estimer la dimension sociale de l'accès à l'identité sexuelle.
Le livre de Stoller fut finalement traduit par Recherches sur l'identité sexuelle à partir du transsexualisme. En effet, pour la langue française, la notion de sexualité recouvre un domaine infiniment plus vaste que celui du comportement sexuel : reprenant les apports de la psychanalyse les chercheurs et les philosophes font de la sexualité un ensemble complexe qui comporte au moins trois dimensions :
Si les féministes américaines se sont emparées de cette notion de Gender comme d'un cheval de bataille, c'est qu'il leur fallait faire exploser la notion de sex, qui semblait tellement massive dans la langue anglaise. En français, le genre renvoie avant tout au genre grammatical, ce qui a d'ailleurs conduit par exemple à toute une série de malentendus sur la féminisation des noms, les uns se cantonnant dans la stricte application des règles de grammaire alors que les autres voulaient se saisir, comme les féministes américaines mais dans un autre contexte, des problèmes de représentation sociale induit par ces signifiants. Le débat américain a cependant l'intérêt de nous rappeler avec force que la sexualité est aussi un rapport au langage puisque la dimension de la représentation y est impliquée, dimension que le français permet d'occulter en jouant sur certaines ambiguïtés qui lui sont propres comme le recours au neutre dont les modalités d'expressions apparaissent comme un masculin.
Cette question du passage de certains concepts d'une langue à une autre a fait l'objet d'une étude plus vaste qui expliquait comment certains concepts transposés d'une langue à une autre gagnaient une force d'impact en s'inscrivant dans un contexte socio-culturel différent.
Dans un livre très stimulant François Cusset montrait en 2003 comment le débat théorique américain s'était nourri depuis les années 1970 d'un certains nombre d'auteurs français, notamment Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan et bien d'autres auteurs importants et difficiles à lire que l'on ne peut tous citer ici. F. Cusset voulait montrer comment, depuis trente ans, par un effet de déplacement ces textes difficiles et parfois obscurs dans la langue natale de leurs auteurs avait eu un effet productif aux États-Unis, que cette « décontextualisation » qui peut leur faire perdre une partie de leur « force politique » leur donne en contrepartie une force nouvelle en les insérant dans contexte institutionnel différent.
Les questions nouvelles que produisent ces déplacements de textes produisent un effet de réplique sur notre continent européen et conduisent à de nouvelles interrogations et formulations.
Il serait inexact et injuste de réduire le champ des Gender Studies à n'être qu'un avatar de la French Theory car il s'agit avant tout d'une évolution des questions induites par les mouvement féministes mais certaines questions, certains instruments intellectuels mis en avant par les Gender Studies ne peuvent se comprendre qu'en gardant à l'esprit le contexte général de ces déplacements de textes entre l'Europe et les États-Unis.
Elle apparaît également comme une grande figure du mouvement lesbien en France. Estimant que le mouvement féministe français ne prenait pas suffisamment en compte les thèses lesbiennes, elle part pour les États-Unis en 1976. Elle enseigne alors à l'Université de Berkeley en Californie puis dans d'autres universités américaines. Elle a fortement influencé et inspiré une tendance des Gender Studies que l'on appelle le mouvement Queer ou Queer Theory.
Pour Monique Wittig l'œuvre littéraire peut transformer le monde en devenant une « machine de guerre » qui va modifier notre vision du monde et les représentations qui sous-tendent notre compréhension du monde. Pour elle « toute œuvre littéraire importante est, au moment de sa production, comme le cheval de Troie » car « son intention et son but sont de démolir les vieilles formes et les règles conventionnelles. Une telle œuvre se produit toujours en territoire hostile. Et plus ce cheval de Troie apparaît étrange, non-conformiste, inassimilable, plus il lui faut de temps pour être accepté.» (Communication orale reproduite dans Vlasta n° 4)
Dans l'un de ses derniers ouvrages (traduit en langue française par Le pouvoir des mots) elle veut montrer comment la violence verbale qui s'exerce contre les minorités (sexuelles ou raciales) constitue un discours profondément ambivalent. Ces discours peuvent être analysés et du même coup retournés. Elle pense donc qu'il ne faut pas confier à l'État seul le soin de décider ce qui est dicible ou pas. Dans cet ouvrage elle reprend notamment la catégorie du discours performatif qu'un auteur comme John Langshaw Austin avait conceptualisée.
L'un de ses ouvrages, Saint Foucault, « analyse la manière dont Foucault a anticipé le tournant queer de la politique gay », et peut être considéré comme une bonne introduction à la compréhension des liens tissés entre ce mouvement et les thèses du philosophe français.
Certains transgenres (ils se nomment aussi « trans ») refusent les catégories du genre en général. Certains se sont fait opérer, d'autres non. Certains se vivent comme « FTM », d'autres comme « MTF » (homme vers femme). Dans tous les cas leur vie est difficile. Pat Califia décrit bien à quel point l'intégration des règles sociales concernant le genre continue à œuvrer chez chacun, y compris chez ceux qui luttent contre les catégories du genre. Les interrogations portées par les transgenres apparaissent souvent les plus dérangeantes, y compris pour les gays ou les lesbiennes, car elles peuvent remettre en question l'intégrité physique des individus.
Le seul ouvrage actuellement traduit de Pat Califia est un mélange de textes autobiographiques, de textes théoriques et de récits cliniques. Pour lui : « Si vous pouviez changer de sexe aussi facilement dans la réalité que dans le monde virtuel, et reprendre votre sexe ensuite, n'aimeriez-vous pas essayer au moins une fois ? (…) Qu'est-ce qui changerait dans vos idées politiques, vos vêtements, vos préférences alimentaires, vos désirs sexuels, vos mœurs sociales, votre style de conduite, de travail, de langage corporel, de comportement dans la rue ? »
Ce mouvement adresse des critiques sévères à la psychanalyse, et particulièrement à certains psychanalystes qui se sont posés publiquement comme les gardiens de « l'ordre symbolique ». À la suite de Judith Butler, et contrairement à la vision straight des normes sexuelles, le mouvement queer propose une conception « performative » (qui s'inspire de la catégorie du performatif dégagée par Austin) des divisions sexuelles en explorant ce qui se déploie dans la figure du drag queen, du théâtre porno lesbien, dans tout ce qui provoque et dérange le discours normé hétérosexuel.
En France, deux des figures les plus connues de cette tendance sont Marie-Hélène Bourcier, sociologue et maître de conférence à l'Université de Lille III qui anime les séminaires du « zoo », et Béatriz Preciado qui enseigne à l'Université de Princeton, dans le New Jersey.
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