Dans son sens le plus largement accepté, le mot frontière désigne la ligne imaginaire séparant deux États souverains. En droit international, la frontière est inviolable, ce qui est la conséquence logique de la souveraineté des États. On peut aussi utiliser le terme frontière pour faire référence à d'autres lignes de démarcation que celles d'un territoire national.
La notion de frontière
Front/Frontière
Le terme
frontière prend forme à partir du terme
Front, au sens militaire. Il désigne avant tout des confins, une
marche, une marge mouvante au loin. Aujourd'hui, ce sens est maintenu avec l'existence des
fronts pionniers (par exemple, ceux du
Brésil et la territorialisation de l'
Amazonie ;
États-Unis ou
Canada pour qui la limite ouest est perçue comme une conquête
coloniale :
conquête de l'Ouest, entre le et le ).
Avec l'émergence de pouvoirs concentrés et le désir de main mise du Prince sur son territoire, la frontière devient petit à petit le moyen de désigner la limite séparant deux États, dans lesquels s'appliquent des juridictions, une souveraineté différente. Parallèlement, à partir de la Renaissance, l'essor de la cartographie renforce ce désir de tracer des limites, de même que le sentiment national s'affirme peu à peu.
Cette distinction se retrouve dans les terme anglais de "Frontier", au sens premier et dynamique, et de "boundary", impliquant une fermeture, où plutôt entraînant une discontinuité.
On distingue parmi les frontières/boundaries:
- Les frontières fermées, empêchant tous flux possibles entre deux entités étatiques (exemple, Corée du Nord/Corée du Sud, le Mur de Berlin).
- Les frontières barrières, permettant le franchissement de la limite, mais ralentissant fortement les flux. La frontière apparaît alors comme une discontinuité géographique.. Cette ouverture, partielle, permet ainsi le passage des flux (marchandises, humaines, capitaux) sous couvert, parfois, de la perception de droits de douane, voire d'un contrôle important des individus et des marchandises.
- Les frontières ouvertes dont le franchissement est autorisé par les législations des États. Liberté de circulation de tous ou parties des biens, des personnes ou des capitaux. (Exemple : Convention de Schengen)
Frontières naturelles/Frontières artificielles
Dans la perspective d'une construction étatique et l'affirmation d'un pouvoir, le Prince a tenté d'affirmer l'existence de "frontières naturelles" par opposition aux frontières dites "artificielles" (politiques).
Cette distinction naît sous la plume de géographes du (Lord George Nathaniel Curzon de Kedleston, Jean Bruhnes, Camille Vallaux, Éric Fischer...). Leur typologie prévoit ainsi des frontières reposant sur des arguments topologiques ou nécessitant de bornes.
- La frontière naturelle reconnaît l'existence d'accidents géographiques (marais, rivière/fleuve, lac, montagne/ligne de crêtes, océan) qui permettraient de marquer la séparation "naturelle" entre des États, voire des peuples. Exemple : en France, entre le et le , les différents dirigeants ont tenté d'affirmer l'existence d'un pré-carré français compris entre l'Atlantique, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes, le Jura, le Rhin et plus difficile à observer topographiquement la frontière avec la Belgique prend en compte une politique des enclaves des "terres pesle-meslées" (Vauban).
- La frontière naturelle "culturelle". Pour le géographe allemand Friedrich Ratzel, les frontières naturelles ne reposent pas sur une justification topographique, mais sur une césure ethnoculturelle des peuples (critères ethniques, linguistiques, culturels...).
- La frontière artificielle. D'autres géographes, à la même période, ont pris parti pour déclarer toutes frontières : constructions sociales. Pour eux, une frontière est le fait d'une négociation entre deux forces politiques, voire la cristallisation entre ces rapports de force, un statu quo. Élisée Reclus, dans l'un de ses ouvrages, dénonce ce fait :"le cas des îles mis à part, toutes les bornes plantées entre les nations sont des œuvres de l’homme". Le géographe Jacques Ancel, dans son ouvrage Géographie des frontières (1938), réaffirme cette position en définissant la frontière comme : "un "isobare politique", qui fixe, pour un temps, l’équilibre entre deux pressions ; équilibre de masses, équilibre de force", pour lui, elle est le fait de "pseudo-savants"!
Apogée de la frontière artificielle ?
A partir des années 1940, la plupart des géographes s'engagent dans une critique de la théorie des frontières naturelles, reprochant certaines dérives en pratique (
Gonzague de Reynold).
Toutefois, l'utilisation de l'expression "frontière artificielle" a commencé elle aussi a être critiquée dans les années 1980, voire surtout 1991, dans la mesure où elles devenaient des erreurs du passé, notamment suite aux décolonisations.
On peut s'interroger quant à l'existence d'une "bonne" frontière qui prendrait en compte de façon précise et locale des réalités sociales...
Où passent les frontières ?
Les frontières terrestres
On distingue différents types de lignes frontières terrestres:
- Certaines frontières se basent sur des éléments du relief ou de l'hydrologie ; on les a parfois appelées "frontières naturelles" bien qu'elles soient le fruit d'une réflexion humaine. Cette situation est particulièrement courante en Amérique et en Afrique subsaharienne dont les frontières actuelles ont été dessinées par les puissances coloniales.
- La frontière peut suivre un cours d'eau. Par exemple, la partie est de la frontière entre les États-Unis et le Mexique longe le Rio Grande, la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal suit le fleuve Sénégal ... Cette situation existe aussi en Europe : la ligne Oder-Neisse sépare la Pologne de l'Allemagne, le Rhin sert de frontière entre l'Allemagne et la France. Plus rarement, la frontière peut tirer son origine des limites d'un bassin fluvial, c'est en partie le cas en République démocratique du Congo (RDC).
- Elle peut aussi se baser sur des élément du relief, sur les lignes de crête par exemple. C'est à première vue le cas des Pyrénées qui séparent l'Espagne de la France. Cependant, ces frontières ne sont naturelles que vues de loin. Dans le détail, la frontière franco-espagnole ne passe pas par la ligne de crête principale. La Garonne prend sa source en Espagne (Val d'Aran en Catalogne) et le rio Segre en France (Pyrénées-Orientales).
- D'autres frontières suivent des lignes géométriques, souvent des méridiens ou des parallèles. Ce type de frontière se rencontre dans des régions peu peuplées, dans le Sahara par exemple, ou sur la partie ouest de la frontière des États-Unis qui passe le long du 49e parallèle (Traité de l'Orégon, 15 juin 1846).
À regarder sur une carte, bon nombre de frontières ne semblent pas avoir de justification évidentes, la frontière entre la France et la Belgique par exemple. Ces frontières sont souvent le fruit d'une longue histoire faite de guerres et de compromis entre les pays. Le plus souvent, elles tiennent également compte de l'identité culturelle des populations vivant près de la frontière.
Les frontière maritimes
La question de la souveraineté des États sur les espaces maritimes qui les bordent a été réglée lors de la Conférence de Montego Bay (1982).
On reconnait aux États un droit de pleine souveraineté sur les eaux territoriales qui s'étendent sur douze milles à partir des côtes. Cette zone est donc considérée comme partie intégrante du territoire national. Les navires étrangers y ont cependant un droit de passage innocent et le droit de poser des câbles sous-marins.
Jusqu'à deux cents milles des côtes, l'État possède une zone économique exclusive (ZEE), dans lequel il a un droit de gestion des ressources.
Dans certaines régions, ces règles ne peuvent être appliquées car la mer est trop étroite. C'est le cas, par exemple, en Méditerranée. Lorsque deux États sont séparés par un détroit, la frontière passe au milieu.
Les problèmes liés au frontières
Conflits frontaliers
Le mot frontière a d'abord été un adjectif dérivé du mot front. Le concept de frontière a donc d'abord eu une connotation guerrière. On constate en effet que jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un grand nombre de conflits portaient sur des questions de territoires, la plupart des guerres avaient pour origine le désaccord entre deux pays qui revendiquaient la souveraineté sur un même espace. Dans ce contexte, la région frontalière était souvent militarisée car les États devaient toujours être prêts à attaquer ou à se défendre.
Aujourd'hui, avec l'importance stratégique de l'aviation, les menaces lors d'une guerre ne viennent plus forcément des frontières même si certaines lignes restent fortement militarisées en particulier le long zone de démilitarisée entre les deux Corée.
Les guerres entre États sont actuellement relativement peu nombreuses. Elles sont souvent remplacées, en Afrique notamment, par des conflits internes. Même lorsqu'il existe de fortes tensions entre deux pays voisins, elles ne tiennent pas forcément à un désaccord sur le tracé des frontières.
- Les Corée par exemple ne s'opposent pas sur la position de la ligne frontière et elles s'accordent toutes deux pour présenter la réunification comme l'objectif à terme, même si elles ne l'envisagent pas forcément de la même manière.
- L'armée rwandaise occupe une partie de la RDC, mais elle ne cherche pas à annexer au Rwanda les territoires occupés.
Un certain nombre de différends entre États liés à des questions de frontières donnent lieu à des tensions :
- Inde-Pakistan : tensions très forte sue la question du Cachemire
- Taïwan-Chine : une part croissante de la population de Taïwan ressent une identité nationale taïwanaise et rejette l'idée d'un rattachement à la Chine continentale, même dans l'hypothèse d'un changement de régime dans celle-ci. Aussi la situation en mer de Chine, qui sépare les deux territoires, est très précaire.
- Ethiopie-Érythrée : le conflit (1998-2000) s'est cristallisé autour de la frontière septentrionale, entre la région du Tigré et l'Érythrée. La ville de Badmé a été un grand enjeu dans ce conflit.
- Maroc-Espagne
- Liban-Israël : suite à l'occupation par Israël d'une large bande de territoire au Sud du Liban de 1978/82 à juillet 2000, la frontière constitue un lieu de tension. La non restitution des hameaux de Chebba (toujours occupés) représente un objet de discorde entre les deux pays.
- Israël-Syrie : le conflit se situe notamment autour de la question de l'occupation du plateau du Golan (occupé depuis la guerre de 1967 par l'armée israélienne aux dépens de la Syrie).
- Israël-Palestine : Le conflit est particulièrement sanglant et s'est trouvé relancé depuis le début de la seconde Intifada. La construction, par Israël, du mur de "sécurité", jugé illégal par la cours internationale de justice, et qui annexe de fait de nouveaux espaces en Cisjordanie est une source supplémentaire de conflit.
Problèmes liés à l'accès à l'eau
La question du partage de l'eau est épineuse dans les régions frontalières. Les fleuves qui passent sur la frontière peuvent poser différents problèmes, bien que le principe de la liberté de navigation sur les fleuves internationaux ait été énoncé depuis le traité de Vienne en 1815.
L'Iran et l'Irak se sont ainsi fait la guerre (1980-1990) pour la maîtrise du chenal de navigation sur le Chott-el Arab (fleuve né du confluent du Tigre et de l'Euphrate).
Mais la principale difficulté réside dans des conflits sur l'utilisation des eaux, en particulier pour l'irrigation et l'approvisionnement des populations. Le conflit israélo-palestinien en est l'illustration puisque la colonisation des Territoires occupés est justifiée par le besoin israélien de contrôler les nappes phréatiques de Cisjordanie.
Voir aussi
Borne frontière
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Lien interne
Liens externes
- Sur le thème des relations frontalières : "Géographie sociale et politique" *
et notamment ces pages sur http://www.geographie-sociale.org
> http://www.geographie-sociale.org/frontiere-recherche.htm
> http://www.geographie-sociale.org/travaux-publications.htm
- Bernard Reitel, article « Frontière * », Hypergéo, 2004.
- Groupe Frontières, 2004, article « La frontière, un objet spatial en mutation* », Espaces Temps, 10p.
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