L'espace public de la ville (urbanisme)
- L'espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage qui soit appartiennent à tous par l'usage, soit relèvent du domaine public, en accès direct de chacun, sans restrictions.
- La définition générale ci-dessus implique que soit garantie la liberté de circulation ; elle n'exclut pas de développer dans cet article ou des articles parallèles les concepts qui précèdent l'espace public républicain (droits et servitudes de passage et d'octroi, d'entretien des berges, rivières et fossés, de récolte..) ou qui en dérivent dans les mégapoles contemporaines ou s'y subsituent dans les régimes autoritaires, etc... Par exemple :
- Dans les villes protohistoriques, antiques et jusqu'à la Révolution française
- Dans les sociétés isolées, insulaires, rurales, montagnardes, ...
- Servitude de passage public : droit de passage public existant sur fond privé ; elles ne font pas stricto sensu partie de l'espace public.
- Inclusion d'office dans le domaine public : servitude de passage dont le fond n'est pas revendiqué, et tombant dans le domaine public par prescription (à préciser).
- Simultanément, il forme la structure spatiale qui relie les parcelles privées, favorise leur densification, ou codifie leurs relations, le commerce, l'expression de la vie publique et des libertés publiques, le champ de conflits sociaux.
Comme structure, il détermine le développement naturel des villes (l'extension du damier urbain par exemple) et s'adapte au site (réseau des rues et réseau des eaux usées).
Son évolution historique est généralement le fil conducteur selon lequel est décrite l'histoire urbaine ; l'archéologie (villes proto-historiques), la cartographie comparée des villes (par ex. à travers les maquettes de Vauban), les écrits théoriques ont repéré les principaux modèles (faire ref.), par exemple :
- la ville grecque, le damier romain
- la ville coloniale romaine, française (Casablanca, Maroc), américaine (New York, USA), ...
- les figures et articulations renaissance ou baroques (trident de la Piazza del Popolo, Rome, (?))
- les réseaux de boulevards dans l'urbanisation hausmanienne, etc...
- les tracés Beaux-Arts, Art Nouveau, Art déco, ...
- auxquels s'ajoutent les spéculations sur l'espace public urbain contemporain
- L'espace public urbain est aussi un champ d'action régalien : organisation générale de la ville, interventions symboliques ou monumentales, planification, équipements urbains (ponts, rues, égoûts, etc.), police, etc. Le terme urbanisme est étroitement lié à cette acceptation du droit régalien sur la ville et de son pouvoir évolutionnel par la transformation de l'espace public.
- Simultanément il est champ de libertés beaucoup plus larges que la liberté de circuler : liberté de manifestation, etc. Ce champ se définit constitutionnellement d'une part et parfois ou nécessairement en opposition au pouvoir d'autre part : libertés, conflits et dérives de fêtes, de commerces, de s'approprier, de s'identifier, de contrôler, etc.
- Enfin, l'espace public est fortement marqué par les modes de vie et activités de ses riverains. Ce marquage est multiforme : l'ambiance, la couleur et les décorations de la rue, les marchés, les activités collectives (terrasses, étals, jeux, etc.) préservent plus ou moins le statut social et l'anonymat de chacun, avec dans les villes une très grande variétés de situations (des ghettos homogènes aux zones les plus diversifiées).
- En urbanisme contemporain, le terme est sutout utilisé :
- sous son angle politique (la politique des -, la convivialité dans les - ),
- sous son angle esthétique et culturel (typologies des -; composition des -; prescriptions d'aménagement des - ; fêtes dans l'-; ...)
- Par ex. : la rue et la place, éléments clefs de l'espace public
- Les jardins ou parcs public, les impasses et ruelles ;
sous son angle technique et gestionnel (construction, entreprises, entretien, éclairage, plantations, matériaux des -, )
- Le terme s'oppose par définition
- aux espaces privés où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, etc.) et où l'anonymat doit être levé sauf exception, tels le domicile, le siègle social, l'entreprise,
- et aux espaces où une clôture doit être franchie (porte, grille, accès, ...) et qui accueillent le public anonyme sous condition (prix d'entrée, réglement d'ordre intérieur, etc.) et que l'on dénomme parfois (en Belgique) les lieux publics, tels que cafés et restaurants, théâtres, parc d'attraction, centre commercial, centre culturel, etc. Les comportements sécuritaires et l'évolution récente des lois peuvent abolir cet anonymat.
L'espace public selon Habermas
L'espace public est une notion très utilisée en sciences humaines et sociales. Défini en premier lieu par Kant, le concept connaît un grand engouement depuis les années 1960 et la parution de la thèse de Jürgen Habermas intitulée L'espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise.
Dans cet ouvrage, Habermas décrit « le processus au cours duquel le public constitué d'individus faisant usage de leur raison s'approprie la sphère publique contrôlée par l'autorité et la transforme en une sphère où la critique d'exerce contre le pouvoir de l'État. » Le processus en question est à dater au en Angleterre (quelque trente années plus tard en France), siècle de développement de l'urbanisation et de l'émergence de la notion d'espace privé dans la bourgeoisie des villes. Habermas montre comment les réunions de salon et les cafés ont contribué à la multiplication des discussions et des débats politiques, lesquels jouissent d'une publicité par l'intermédiaire des médias de l'époque (relations épistolaires, presse naissante).
La notion de « publicité » (au sens de la large diffusion des informations et des sujets de débats via les médias) est un élément phare de la théorie d'Habermas : celle-ci doit être comprise comme dimension constitutive de l'espace public et comme principe de contrôle du pouvoir politique. En quelque sorte, l'opinion publique devient davantage visible via sa « publicisation ».
Pour Habermas, après son essor au XVIIIe siècle, l'espace public « gouverné par la raison » sera en déclin, puisque la publicité critique laissera peu à peu la place à une publicité « de démonstration et de manipulation », au service d'intérêts privés. Habermas a été croisé critiquement en ce qui concerne l'évolution de l'espace public par l'historienne française Arlette Farge dans Dire et mal dire, Seuil, paris, 1992 où elle montre que l'espace public n'est pas seulement constitué par une bourgeoisie ou des élites sociales cultivées mais aussi par la grande masse de la population. Celle-ci, dont Farge suit l'évolution à partir des mouchards répandus dans tout Paris par le Lieutenent général de police, forge par elle-mêmme les notions de liberté d'opinion et de souveraineté populaire. Pour Farge, "le peuple n'est pas qu'un ventre", mais tente de se forger une identyité en s'émancipant par la discussion politique.
Aujourd'hui l'espace public est au centre de nombreuses problématiques, notamment dans le champ des sciences de la communication. On citera notamment l'analyse de Bernard Miège (La société conquise par la communication) qui distingue, dans un retour historique sur les modèles d'espace public, quatre grands modèles de communication qui organisent un espace public élargi et fragmenté : la presse d'opinion (milieu du ), la presse commerciale (à partir du milieu du ), les médias audiovisuels de masse (depuis le milieu du ) et les relations publiques généralisées (depuis les années 1970).
Bibliographie
- Jürgen Habermas, L'espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Payot, Paris, 1997.
- Bernard Miège, La société conquise par la communication, tomes 1 et 2, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 1996 (t.1) et 1997 (t.2).
Voir aussi
Droit public | Urbanisme
Öffentlicher Raum | Public space | Espacio público | Przestrzeń publiczna | Espaço público