Entier postal US 1901 Savannah-Mulhouse.jpg
Un entier postal est un support sur lequel est habituellement imprimé un timbre-poste. Ce support est investi d'une valeur fiduciaire lui permettant d'être acheminé par le service postal.
A noter que la dénomination d'"entier postal" est propre aux pays francophones et à certains pays latins, comme l'Espagne ("enteros postales"), ou l'Italie ("Interi postali"). Par contre, en allemand, les entiers postaux se disent "ganzachen" et en anglais "stationnary(ies)". Le mot "entire" existe certes aussi dans le vocabulaire philatélique britannique, mais seulement pour désigner les timbres mobiles sur lettres ("Entire Letters")
L'origine de l'entier postal
Le premier entier postal a vu le jour en mai
1840, à la suite de la Réforme postale de décembre 1839, en même temps que le "Penny Black". (cf.
Réforme postale): Il s'agit d'une enveloppe-lettre, dont le recto présentait autour de l'emplacement de l'adresse un ensemble de compositions allégoriques montrant la "Britannia" correspondant avec les continents et les populations les plus diverses. En bas au dessous de la place réservée à l'adresse, figurait l'indication de la valeur en lettres : "One penny" ou "two pence".
Ainsi ce document, inspiré par Rowland Hill, lui-même, transposait-il dans le domaine postal la technique du papier timbré. Les papiers timbrés ou entiers fiscaux, ancêtres de l'entier postal, étaient en effet déjà en usage en Europe et dans le Nouveau Monde, depuis le XVIIème siècle (cf. Papier timbré).
Mais, à la différence du timbre-poste mobile de Victoria, qui remporta immédiatement un grand succés, ce premier entier postal, baptisé du nom de son auteur, "La (ou le) Mulready", fût immédiatement critiqué par les humoristes, et surabondamment caricaturé. C'est sans doute à la suite de cet insuccès publicitaire que les entiers-postaux ultérieurs ont ensuite été présentés sous la forme plus discrète d'une figurine postale apposée sur un support généralement neutre.
Les formes et les fonctions de l'entier postal
Les supports
Depuis l'invention du port payé sous forme d'un
timbre postal en
1840, plusieurs supports ont été concernés :
- Les enveloppes;
- Les cartes postales
- Les cartes-lettres,
- Les bandes de journaux.
Les fonctions
Ces supports préaffranchis ont été utilisés pour:
- Les envois normaux
- Les journaux
- Les aérogrammes,
- Les mandats
- Les pneumatiques...
- Les collectionneurs y ont ajouté traditionnellement les Coupons-réponse et les "Prêts à poster réponse" (PAPR) "(voir plus loin)", bien -que ceux-ci ne soient pas réellement des entiers.
Les coupures d'entiers postaux
- Il est arrivé que les empreintes postales des entiers aient été séparées de leurs supports par découpage, pour être utilisées comme timbres mobiles.
Cette pratique a parfois officiellement été autorisée, comme, en 1849, pour l'entier de 5 cent. du Canton de Genève, ou dans le Royaume de Prusse, depuis 1851. Mais en d'autres cas elle a simplement été tolérée, comme, à certaines époques, en Angleterre, en France ou en U.R.S.S..
- Les figurines d'entiers ainsi découpés doivent se collectionner oblitérées sur des plis complets, de façon à attester l'emploi d'exception qui en a été fait.
Les différentes catégories d'entiers postaux
Entiers-postaux vendus au public
Depuis
1878, les postes françaises ont utilisé pour les entiers postaux presque tous les timbres d'usage courant émis. En outre et, ponctuellement avant la seconde moitié du , puis plus fréquemment par la suite, des timbres commémoratifs ont pu être utilisés.
Précurseurs
Ces entiers postaux avaient été précédés depuis 1873 par des formulaires avec timbres mobiles, vendus pré-affranchis (cartes) aux usagers.
De tels précurseurs ont aussi été émis dans certaines colonies françaises, comme l'île de La Réunion
Entiers-postaux timbrés sur commande
Outre les entiers-postaux, vendus au public dans les bureaux de poste, ont existé à diverses époques les "timbrés sur commande", réalisés par l'impression d'une figurine postale sur des supports fournis en nombre par des particuliers, à des fins d'usage courant, commémoratif ou publicitaire.
Entiers publicitaires
Certains entiers-postaux ont reçu l'impression de publicités privées multiples (comportant plusieurs annonces) et ont ainsi été vendus au public, le plus souvent au dessous de leur valeur faciale. Ces entiers-annonces ont été obtenus soit par repiquage d'entiers officiels, soit par timbrage sur commande de plis publicitaires privés.
Prêts à poster
Les "prêts à poster" mis à la mode par l'administration postale sont, par delà leur désignation publicitaire officielle, des entiers-postaux normaux.
Officiellement depuis
1995 (après des essais locaux en 1994),
La Poste a multiplié ces produits sous le nom commercial de
prêts-à-poster. Le timbre employé est souvent la
Marianne en usage, mais les
timbres commémoratifs ont également êtés utilisés.
Début 2006, une publicité de La Poste tire un bilan de 297 entiers postaux sous forme d'enveloppes émis par elle en 2005, nationalement ou localement, pour une valeur de vente de 255 €.
Ils peuvent être vierges d'illustration vendus aux particuliers. Les entreprises, les associations et les collectivités locales peuvent commander des enveloppes préaffranchies de différents formats illustrées de leur
logotype ou d'une illustration.
Essais et Non émis
Comme les timbres-poste mobile, les entiers postaux ont fait l'objet préalablement à leur émission de maquettes, d'épreuves, ou d'essais qui ont été adoptés ou refusés. De même, il existe des essais privés d'entiers proposés par des particuliers à l'administration.
Il faut noter, d'autre part, que certains entiers sont restés non émis
Entiers postaux d'Occupation
Différentes catégories d'entiers d'occupation
En cas d'occupation d'un Etat ou de l'une de ses provinces, il n'est pas rare que la puissance occupante dote le territoire occupé de timbres d'occupation particuliers. Il en va de même en ce qui concerne les entiers-postaux qui suivent alors le sort des timbres mobiles.
En de tels cas, les entiers-postaux d'occupation peuvent être obtenus :
- par surcharge de ceux du territoire occupé, comme ce fût le cas en 1941, sous l'occupation italienne de l'île grecque de Corfou ou de la ville yougoslave de Ljubljana.
- par l'introduction des entiers de l'Etat occupant surchargés, comme en 1915, lors de l'occupation allemande de la Pologne russe, ou en 1940, au commencement de l'occupation allemande du Luxembourg.
- par l'émission d'entiers définitifs spécifiques pour le territoire occupé, comme les Français le firent en 1949 pour les 3 landen inclus dans leur zone d'occupation en Allemagne.
Entiers d'occupation émis en France
La France a été occupée à trois reprises par l'Allemagne. Et c'est en deux de ces circonstances que furent émis sur son sol des entiers-postaux d'occupation.
- Entiers d'occupation de la Première Guerre mondiale
- En 1915 des entiers au type "Germania" furent surchargés en centimes et francs, en lettres gothiques, pour la zone des Etapes située immédiatement à l'arrière du front, en France et en Belgique.
- Certains de ces entiers, avec la mention "Zivilarbeiterpostkarte" furent émis spécialement, de 1916 à 1918, pour les travailleurs civils recrutés parmi les populations occupées. Ces travailleurs n'avaient rien de civils puisqu'ils étaient regroupés en bataillons. Mais le mot "civils" n'en justifia pas moins leur privation de la franchise militaire, et ils durent payer 10 c pour l'envoi de chaque carte. Par ailleurs le choix de l'entier comme support de leur correspondance avait l'avantage d'interdire l'envoi de toute information secrète au verso des timbres, comme celà eût pu être le cas si les Z.A. avaient eu la faculté d'utiliser les timbres mobiles d'Etapes.
(La seule liste complète actuelle des entiers d'occupation d'Etapes émis en 1914-1918 dans le nord de la France est donnée dans le Catalogue Yvert spécialisé
, tome 2 de 1982)
- Par exception, comme une partie des zones occupées de
Givet et de
Maubeuge, situées à l'arrière de la zone des Etapes, avait été rattachée au Gouvernement général de
Bruxelles, les entiers d'occupation qui y furent émis furent ceux d'occupation de la Belgique, avec le mot "Belgien" au dessus de la valeur en centimes. Seules alors leurs oblitérations font la preuve de leur emploi en France.
- Entiers d'occupation de la Seconde guerre mondiale
- En juillet 1940, la poste fût réouverte dans la région de Dunkerque-Coudekerque. Les entiers postaux français disponibles reçurent alors, comme les timbres mobiles, la surcharge au cachet à main: "Besetztes Gebiet/ NordFrankreich" (2 types).
- En août 1940, la poste réouverte en Alsace et Moselle sous l'autorité allemande fût dotée non seulement des timbres mobiles d'occupation bien connus d'Hindenburg, mais aussi d'entiers allemands au même type, surchargés eux aussi, en gothique, les uns "Elsass" et les autres "Lothringen". Ces entiers servirent jusqu'à leur remplacement en 1941 par des entiers d'Hitler sans surcharge.
- A noter enfin qu'en France, à la Libération, lorsque les timbres mobiles de Pétain furent surchargés, en maintes régions, de la Croix de Lorraine ou des lettres "R.F.", certaines cartes timbrées à l'effigie du Maréchal subirent le même sort. Mais bien entendu, l'occupation n'étant plus, dans leur cas, à l'ordre du jour, il s'agissait là d'entiers de "désoccupation".
Les entiers postaux privés
Divers entiers postaux privés ont vu le jour dans le monde, dans la mesure où leurs émissions n'étaient pas incompatibles avec le monopole postal. Il en fût ainsi par exemple de:
- Ceux des postes locales allemandes, notamment dans certaines villes d'Alsace-Lorraine,
- ou de ceux des postes locales chinoises.
(Cf. pour plus de détails l'article : Timbre privé, en son § 4 "Les entiers postaux privés").
Parmi les entiers-postaux privés prennent place aussi les entiers postaux de grève :
Lors de deux grèves postales, 3 entiers postaux de grève français ont été émis par les transporteurs privés qui ont assuré des liaisons internationales :
- lors de la grève postale anglaise de 1971, la liaison entre Jersey, bloqué par la grève britannique, et la France (Office Lainé : 1 aérogramme) ;
- lors de la grève postale française de 1974, la liaison de Paris avec l'étranger, via Jersey ou Bruxelles (Courrier familial de Lester : 1 aérogramme et 1 "Reçu pour envoi encombrant").
Plusieurs essais de ces entiers de grève sont parvenus jusqu'à nous.
Pour les circonstances ayant entouré ces émissions de grève, voir l'article de Wikipédia
timbres et vignettes de grève postale.
Les entiers de Colis Postaux
En France, à la différence des pays voisins, le service des colis n'était pas assuré par la poste, sauf dans le cas de l'Alsace-Lorraine et des colonies, mais concédé, suivant le cas, à des Compagnies de Chemins de Fer ou de Navigation. C'était donc à ces compagnies qu'il appartenait normalement d'établir les Bulletins d'expédition de colis postaux.
Ces bulletins étaient de 2 sortes :
- ceux d'Alsace-Lorraine et des colonies autres que l'Algérie et les protectorats, qui n'avaient aucune valeur fiduciaire, et sur lesquels l'affranchissement s'effectuait par l'application de timbres-poste ;
- ceux de métropole et d'Algérie qui, à l'exception des bulletins de nos départements de l'Est, ont inclus, de 1881 à 1946, la valeur de base du transport ainsi qu'un droit fiscal mentionnés sur chaque document, en fonction du poids (au dessus ou au dessous de 5 kg) et de la destination.
Eventuellement, il pouvait s'y ajouter, en cas de demande de services supplémentaires (tels qu'apport à la gare, valeur déclarée ou livraison par exprès, etc.) ou de majoration des tarifs de base, et dans ces cas seulement, des timbres de Colis postaux spécialisés, destinés à constater le paiement de ces services de complément.
Les bulletins d'expédition des colis postaux représentent donc un chapitre très important de l'histoire des entiers postaux de France. Ils ont pourtant souvent été méconnus par les catalogues (qui n'ont pas réédité cette rubrique, depuis le catalogue Yvert de 1934). Celà tient sans doute à la difficulté de les collectionner neufs, compte tenu de leurs fortes valeurs faciales ou oblitérés puisque les exemplaires oblitérés devaient rester entre les mains de l'administration en attendant d'être détruits.
De tels bulletins d'expédition peuvent donc être associés à une collection d'entiers-postaux, aussi bien qu'être collectionnés séparément.
Les entiers postaux de Franchise militaire
Des cartes, cartes-lettres ou enveloppes de franchise militaire ont été émises lors de certains confits. (cf.Franchise militaire)
- Il en a été ainsi lors de certaines expéditions coloniales, où des cartes et cartes-lettres privées ont été créées pour les soldats et marins français en opération. Ces premiers entiers militaires ont été émis initialement pour Madagascar et utilisés sur place. Mais ils ont par la suite été surchargés sommairement pour le corps expéditionnaire du Tonkin, et sont ainsi beaucoup plus rares. C'est pourquoi pour ces derniers plis, il est bon que leur surcharges soient confirmées par des cachets.
- D'autres cartes de franchise, les unes officielles, les autres privées, ont été émises pendant la guerre de 1914, puis pendant la Seconde guerre mondiale et, dans une moindre mesure, pendant la guerre d'Algérie.
Ces documents sont très collectionnés, compte tenu de leur puissance d'évocation historique, mais les dirigeants de l'A.C.E.P. refusent de les considérer commme de vrais entiers-postaux, au motif que ces cartes et cartes-lettres de franchise n'étaient pas comptabilisées.
Bibliographie
- Jean Storch, Robert Françon et Bertrand Sinais, Les entiers postaux de France et de Monaco, Sinais Edit., 7e édition augmentée, 2004. (Ce catalogue recense les entiers postaux de ces deux administrations postales émis de 1856 à 1994, mais est incomplet en ce qui concerne les entiers postaux d'occupation des Etapes, en 1914-18).
- A.C.E.P., Catalogue des entiers postaux des ex-colonies françaises en 3 tomes, Paris 2000.
- J. Dumont, Entiers postaux de grève, L’Entier Postal n°19, A.C.E.P., Paris, 1987.
- A. Maury, Catalogue des Timbres-poste de France, Rubrique "Entiers de grève", p. 162, Paris 1980.
- Michel, Ganzachen-Katalog Europa Ost, Schwaneberger Edit., Munich, 2002.
- Michel, Ganzachen-Katalog Europa West, Schwaneberger Edit., Munich, 2003.
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