Suivant la dynastie Xia et précédant la dynastie Zhou, la dynastie Shang, en chinois 商朝 (de -1767 à -1122 selon la chronologie traditionnelle, ou de -1570 à -1045 selon la sinologie moderne) ce qui correspond à l’âge du bronze en Chine marque une transition entre l’histoire légendaire et les faits archéologiques. C’est en effet la première dynastie qui ait laissé des témoignages écrits et dont l'existence soit par conséquent prouvée. Ces témoignages ne proviennent toutefois que de ses derniers souverains, à partir de Wu Ding.
On connaît 102 inscriptions sur bronze, mais surtout 200 000 oracles provenant tous de la dernière capitale des Shang, près de la ville moderne d’Anyang, au Henan. La méthode de divination utilisée s’est répandue à l’époque de la culture néolithique de Longshan (de -3000 à - 2000 environ). Elle consistait à soumettre au feu des omoplates d’animaux, originellement de cerfs, puis de moutons ou de bœufs, et d'observer les craquelures. Les Shang utilisaient aussi des plastrons (carapaces ventrales) de tortues. Là-dessus, les devins faisaient des annotations. Ce sont les jiaguwen « inscriptions sur écailles et sur os ». Voici un exemple d’inscription à caractère historique :« Le Tufang (un pays ennemi) a lancé une attaque sur notre frontière orientale et s’est emparé de deux villages ».
Par la suite, les États de Sui, de Yue, de Xuan et de Zhou devinrent ennemis. Au bout d'un certain temps, Zhou ne fut plus mentionné dans les jiaguwen, ce que l’on explique par le fait qu'il s’était déplacé vers l'ouest, au Henan, près de la rivière Wei. Son nouveau territoire allait devenir le berceau de la dynastie Zhou. Sous les derniers rois, le territoire des Shang devint de plus en plus petit. A la fin de la dynastie, il ne s’étendait peut-être pas à plus de 20 km autour de la capitale. Cependant, les rois étaient encore capables de lancer des raids à de grandes distances. On remarque alors qu’ils ne faisaient plus appel à des généraux. Ils pouvaient s’absenter durant plusieurs mois. C'est tout de même une dynastie affaiblie que les Zhou renversèrent, vers -1045.
Selon une tradition notée seulement au de notre ère, le roi Pangeng a transféré la capitale dans la cité de Yin (qui a été identifiée à Anyang) appelée Yin-hiu dans la littérature ancienne, et sa dynastie a alors pris le nom de cette cité. C'est pourquoi les auteurs modernes l’appellent parfois Shang-Yin. Les données archéologiques n'ont pas confirmé cette tradition. Le terme de Yin semble plutôt avoir été utilisé par les Zhou.
Les Shang considéraient qu’ils régnaient au centre d'une terre carrée. Ils se désignaient comme Zhong Shang, où zhong se traduit par « central ». Leur territoire était idéalement divisé en quatre parties, les « Quatre Pays » (si tu), orientés selon les quatre points cardinaux. La dynastie était divisée en lignées (zu), qui étaient des groupes d'ascendance patrilinéaire. Ces lignées fonctionnaient comme des entités politiques dont les membres étaient liés au roi par une hiérarchie de liens de parenté, de privilèges et d'obligations. Ils aidaient le roi lors des guerres ou des chasses et recevaient en échange une assistance militaire et religieuse. La lignée royale (wang zu), qui comprenait le souverain et ses fils, constituait le cœur de la dynastie. A la tête de leurs propres lignées, les princes adultes (zi) participaient aux sacrifices aux ancêtres royaux. Pourvus d'un fief, ils envoyaient au roi des hommes, des plastrons de tortue et un tribut.
Six ancêtres pré-dynastiques et 29 rois figurent dans les jiaguwen. Ils sont désignés par leur nom de temple. Depuis le début de la dynastie, il était fréquent que le frère cadet d'un roi défunt lui succède, mais après les règnes de Lin Xin et de Kang Ding (rois 24 et 25), la succession s'est faite seulement de père en fils. On ne compte ainsi que 17 générations depuis le premier roi, Da Yi. Wu Ding était le vingt-et-unième roi, et deux de ses fils ont régné, Zu Geng (roi 22) puis Zu Jia (roi 23). Durant neuf générations, il y aurait des querelles entre les frères cadets et leurs fils, pour la succession. L’importance d’une épouse royale (fu) dépendait de sa capacité à donner des fils. On a fouillé la tombe de Fu Hao, une épouse de Wu Ding, qui a été enterrée avec un faste considérable. Ces femmes prenaient part à la consécration des os et plastrons utilisés pour la divination, et leurs familles fournissaient des devins qui servaient le roi.
Pour compter les jours, les Shang utilisaient le cycle sexagésimal. Il y a dix troncs célestes, jia, yi, bing, ding, ..., gui et douze branches terrestres, zi, chou, yin, ..., you, xu, hai. Ces appellations de « troncs célestes » (tian gan) et « branches célestes » (di zhi) sont postérieures aux Shang. Le premier jour est appelé jiazi, le deuxième yichou, et ainsi de suite jusqu'au dixième, qui est guiyou. Pour nommer le onzième jour, on combine le premier tronc céleste avec la onzième branche terrestre: jiaxu. On obtient de la sorte un cycle de 60 jours que l'on divise en six décades (xun) commençant par un jour jia et finissant par un jour gui.
Chaque nom de temple des rois défunts comprenait un nom de tronc céleste, et les Shang avaient de plus en plus tendance à leur offrir un sacrifice durant le jour qui leur correspondait : Da Jia était vénéré au jour jia (le premier jour), Da Geng était vénéré au jour geng (le septième jour), etc. Zu Jia (roi 23) paraît avoir été à l'origine cette réforme. Il décida que l'on n'effectuerait plus de divination que pour savoir si une décade serait globalement faste ou néfaste. Il ne voulait plus que l'on consultât les ancêtres pour chaque évènement (lancement d'une campagne militaire, future naissance, etc.).
Il semble avoir existé un authentique système d'archivage pour les jiagu (écailles et os). On y notait toujours le nom du devin (bu) et la date de la divination, c'est-à-dire le nom du jour dans le système sexagésimal. Les scribes étaient appelés shi. Des habitudes bureaucratiques apparaissaient déjà: on notait soigneusement les attaques ennemies, le nombre de prisonniers capturés et le butin ramené grâce aux campagnes, ou le nombre d'animaux pris lors des chasses. Un certain nombre d'officiers étaient répartis sur le territoire des Shang, tels que les «officiers des champs» (tian), qui s'occupaient de l'agriculture, les «officiers des chiens» (quan), qui intervenaient lors des chasses, les « pasteurs » ou les « gardes ». En dehors du domaine des Shang, des chefs désignés par les termes de Hou ou de Bo étaient susceptibles de devenir alliés et de verser un tribut en échange d'une assistance militaire.
A un niveau inférieur, se trouvaient les Puissances Naturelles, telles que Tu, le Sol (comme dans l'expression si tu « quatre pays »), He, le Fleuve Jaune, Ri, le Soleil, ainsi que certaines montagnes sacrées. Dans les textes mythologiques chinois, tous postérieux aux Shang, il est resté un souvenir de Tu, sous le nom de Houtu. Il s’agissait d’un dieu parfois considéré comme souterrain. Certains spécialistes ont pensé qu’il était de sexe féminin, mais sans raison sérieuse. Tu était en fait d’Autel du Sol. Il était le dieu du territoire des Shang et il avait probablement comme subordonnés les dieux du Sol régionaux et locaux. Sous la dynastie Zhou, les Chinois les ont désignés sous le nom de shi (écrit avec un caractère comprenant le caractère tu). Ils étaient alors représentés sous la forme d’un arbre planté sur un tertre au milieu d'un bois sacré. Ce culte des dieux du Sol est connu d’autres peuples d’Extrême-Orient, tels que les Thaï ou les Yi (parlant une des langues tibéto-birmanes).
En chinois, le même mot, ri, désigne le jour et le soleil. Les dix troncs célestes, qui servaient à numéroter les jours d'une décade, sont donc à mettre en rapport avec les dix soleils dont parlent les textes mythologiques. On les assimilait à des oiseaux, souvent à des corbeaux. Ils étaient perchés sur un arbre cosmique. Ces oiseaux étaient des totems. Selon le poème 303 du Shijing, qui date du début de la dynastie Zhou, « Le Ciel ordonna à un oiseau noir de descendre (sur terre) et d'y engendrer les Shang. Ceux-ci s’établirent sur la terre de Yin et y prospérèrent ».
Venaient ensuite les Premiers Seigneurs, tels que Nao, Wang Hai ou Yi Yin. De même que Di ou que les Puissances Naturelles, certains de ces Seigneurs avaient pouvoir sur le temps, les récoltes ou la guerre. En revanche, contrairement aux ancêtres, ils n’intervenaient pas dans les affaires personnelles du roi : la divination par les jiagu, la santé ou les naissances. Les textes mythologiques chinois ont conservé des souvenirs de Wang Hai et de Yi Yin. Le dernier apparaît comme un ministre de Tang le Victorieux, fondateur mythique de la dynastie Shang. Sans doute les Premiers Seigneurs étaient-ils des officiers des premiers rois Shang, sans lien de parenté avec eux et sans nom de temple, mais auxquels un culte avait été accordé.
Les affaires personnelles du roi étaient sous la responsabilité des ancêtres pré-dynastiques (Shang Jia, Bao Yi, Bao Bing, Bao Ding, Shi Ren, Shi Gui) et des ancêtres royaux. Les épouses des ancêtres royaux en ligne directe jouaient également un rôle. Quand un sacrifice lui était rendu ou quand un oracle lui était demandé, l’âme d’un ancêtre revenait dans sa tablette funéraire, qui était placée dans un temple à la capitale. Les Puissances Naturelles et certains Premiers Seigneurs, tels que Nao, avaient également des temples.
La religion populaire comprenait certainement le chamanisme. Les chamans (shi) avaient la capacité de quitter leur corps pour se rendre au Ciel ou dans les Enfers. Ces voyages extatiques ont été conservés dans le taoïsme. Cette religion a également repris des collèges de magiciens (wu) qui existaient dès l’époque des Shang. Ils officiaient comme sorciers royaux.
Évidemment, les jiaguwen donnent beaucoup plus de renseignements sur la vie des rois et de leur entourage que sur celle du peuple. Au moins, sait-on que les paysans vivaient dans des hameaux (yi) entourés de champs (tian). Ils cultivaient principalement le millet (shu ou he) mais aussi le blé dans le Honan. Des divinités telles que Di, le Fleuve Jaune ou la montagne Yang étaient parfois accusées de faire du tort aux cultures. Des exploitations agricoles étaient contrôlées par le roi, qui les confiait à des paysans dirigés par des officiers. On disposait d’un important cheptel, au moins près de la capitale. Des centaines de bœufs, de moutons, de porcs ou de chiens étaient tués lors de grands sacrifices. Mais les éleveurs étaient-ils des Chinois ou plutôt des tribus de pasteurs avec lesquels ils étaient en relation ?
Le même mot, tian, désignait les champs et la chasse, sans doute parce que les territoires agricoles étaient aussi des territoires de chasse. On faisait sortir le gibier des forêts grâce des feux, qui ouvraient en même temps de nouveaux champs. La Chine du Nord était alors beaucoup plus boisée que maintenant. Le défrichement était l'affaire du roi et prenait des allures d'expéditions militaires. Ce travail était confié à des zhongren, à la fois laboureurs et soldats, dirigés par des officiers. Les Chinois empiétaient sur les territoires d'autres peuples, comme les Qiang. Parfois aussi, le défrichement était confié à des étrangers.
Selon une conception également connue des Indo-Européens, la chasse était considérée comme un entraînement à la guerre. Les chasses royales étaient menées comme des campagnes militaires et leur butin pouvait être impressionnant. Durant l'une d'elles, Wu Ding captura un tigre, 40 cerfs, 150 biches et 164 renards.
Il n'y a pas d'indice de l'existence d'un esclavage semblable à celui du monde gréco-romain. Les prisonniers de guerre semblent avoir été utilisés comme une main-d'œuvre domestique. Ils devenaient également les victimes de sacrifices humains, que les Shang ont pratiqués à grande échelle. Les Qiang sont fréquemment mentionnés.
La dynastie Shang compta 31 empereurs :
L’empereur Di Xin fut le plus cruel et fut détrôné par Wen Wang fondateur de la dynastie Zhou.
Les dates sont données d’après The Cambridge History of Ancient China, From the origins of Civilization to 221 B.C., M. Loewe and E. L. Shaughnessy ed., Cambridge University Press, 1999. Jacques Gernet (Le monde chinois, Armand Colin, 1990) situe la fin de la dynastie des Shang entre -1050 et -1025.
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