article

Les jeux vidéos, sur console ou sur ordinateur, chez soi ou en salle, seul, avec des amis, ou en réseau online, peuvent provoquer une réelle dépendance chez certaines personnes.

Au même titre que les drogues, on peut parler de réelle addiction et on retrouve des troubles psychiques similaires avec perte d'intérêt et appauvrissement de la vie affective, relationnelle et intellectuelle. On peut même voir apparaitre des troubles physiques comme un amaigrissement important chez les joueurs en excédent de poids qui passent tout leur temps devant l'écran et en oublient de manger.

On parle d'addiction quand le jeu vidéo devient le principal centre d'intérêt voir l'unique, au détriment des autres activités (relationnelle, professionnelle, scolaire, loisir, sport…) La notion de repli sur soi même est d'ailleurs quasiment toujours retrouvée. Cette addiction est particulièrement préoccupante lors de l'adolescence, période importante où jeux et scolarité ne font pas bon ménage.

Les jeux les plus à même d'entrainer une telle dépendance sont les jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs (MMORPG) ou le joueur évolue dans un univers persistant, tels que Dark Age of Camelot, Everquest renommé Evercrack par certains ou World of Warcraft. Ils ont comme particularités qu'on y jouent en réseau - donc avec d'autres joueurs également « accros », que l'univers continue à évoluer même lorsqu'on ne joue pas - ce qui incite à jouer beaucoup et, surtout, ils sont sans fin - le but étant simplement de faire progresser et évoluer son personnage dans ces univers virtuels.

Tout le monde n'est pas succeptible de devenir dépendant aux jeux vidéos mais certains sont plus fragiles que d'autres. L'adolescent qui éprouve de la difficulté à accéder à l'autonomie au sein de la cellule familiale va, en jouant beaucoup, en coupant en quelque sorte les liens avec le monde réel, chercher à montrer sa différence, son indépendance, son autonomie. Mais tout cela sans réellement partir, sans claquer la porte ou sans chercher une confrontation directe comme le feraient certains.

Mode de consommation - Quelques Définitions


On distingue chez un joueur, différents modes de consommation plus ou moins importants:
  • la consommation occasionnelle
  • la consommation régulière
  • la conduite addictive
  • la conduite abusive ou excessive
  • la dépendance

La consommation occasionnelle

La consommation est occasionnelle, irrégulière, il n'y a pas d'abus, pas de dépendance. C'est une consommation dite normale.

Le joueur fait quelques parties de temps en temps, pas forcement quotidiennement. Il s'amuse en jouant mais peut s'arrêter facilement. Il joue le plus souvent avec des amis, plus rarement seul. Les jeux vidéos ne sont pas son loisir principal ou préféré. Il s'agit le plus souvent de jeux d'arcade, de jeux de combat, de jeux de simulation ou de plate-forme. Ce sont des jeux dont les parties ne durent pas très longtemps et que l'on peut arrêter à chaque instant. Ce ne sont pas des jeux simulant un monde virtuel.

La consommation régulière

Ici le joueur joue régulièrement, parfois quotidiennement, parfois même plusieurs heures par jour. Mais sans conduite addictive. Il aime jouer et les jeux vidéos sont un de ses passe-temps favoris, comme pourraient l'être la télévision, le sport ou la lecture. Il garde cependant totalement le contrôle sur cette activité, est capable de s'arrêter rapidement et peut ne pas jouer plusieurs jours d'affilé. Même si la consommation est importante quantitativement, elle n'a rien d'anormal ou d'inquiétant, et ne menace pas le fonctionnement psycho-social de l'individu.

La conduite addictive

Elle se caractérise par l'impossibilité de contrôler un comportement de consommation. Après un usage répété, une habitude se crée et peut conduire à un asservissement du sujet à une substance ou à une activité.

Si on explique l'addiction aux drogues par leur propriété entrainant une pharmacodépendance, l'addiction à une activité peut également être expliquée au niveau physiologique par une libération d'endorphines dans le sang, en rapport avec le plaisir apporté par cette activité.

Il en résulte une surconsommation - un abus, qui peut conduire à une véritable dépendance psychique ou physique.

La consommation abusive ou excessive

Elle se caractérise par un excès de consommation, une surconsommation, avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne - psychique, psychologique, relationnelle, sociale et même physique - mais sans dépendance.

À partir de quand, à partir de combien d'heure de jeu par jour ou par semaine peut on parler d'abus et de consommation excessive ? On ne peut pas répondre en terme quantitatif à cette question. Il n'y a pas de limite nette entre la normalité et l'excès. Tout le monde a droit à des excès, surtout les adolescents et les jeunes adultes qui sont les premiers concernés par les jeux vidéo. Mais passer régulièrement plusieurs heures par jour à jouer, surtout si on le fait seul, est bien sûr inquiétant et certainement excessif. C'est quand il n'y a plus d’échange avec les autres qu'il faut commencer à se poser des questions.

La dépendance

Elle correspond au stade ultime de la consommation pathologique. Dans la vraie dépendance on retrouve une perturbation du fonctionnement social, intellectuel et affectif des sujets qui s'organise autour du jeu. La dépendance se décline sous 2 formes :
  • la dépendance psychique : désir insistant et persistant de jouer qui peut parfois se traduire par des manifestations psycho-somatiques. État mental caractérisé par un sentiment de satisfaction et une impulsion psychique à s'adonner au jeu vidéo afin d'obtenir un plaisir ou afin d'éliminer une tension ou un malaise.
  • la dépendance physique : état d'adaptation d'un organisme se manifestant par d'importants troubles physiques lorsqu'on suspend ou que l'on empeche l'activité. Il n'y a pas de dépendance physique aux jeux vidéos, contrairement à des drogues comme la nicotine ou l'alcool. En effet à l'arrêt de l'activité, il n'y a pas de syndrome de sevrage. Il ne faut pas confondre la dépendance physique et les troubles physiques comme l'amaigrissement qu'on peut retrouver chez un joueur qui joue tellement qu'il en oublie de s'alimenter.

On peut donc parler de réelle dépendance aux jeux vidéos, avec apparition d'une dépendance psychique et perturbation de tout le fonctionnement du joueur, au niveau intellectuel, relationnel, affectif, social, professionnel, scolaire ...

Les symptômes et le diagnostic


Le diagnostic de la dépendance au jeu vidéo se fait lors de l'interrogatoire. Il n'y a pas de consensus concernant cette pathologie Selfhelp Magazine, John Suler docteur en psychologie, , novembre 1997, Computer and Cyberspace Addiction. De nombreux auteurs ont tenté de donner des clés diagnostiques. En voici quelques unes, d'abord les critères médico-psychiatriques de l'addiction, ensuite les critères de l'addiction à l'ordinateur, puis deux propositions de critères diagnostic pour l'addiction aux jeux vidéos.

Critères d'addiction

Ils sont nombreux et varient autant que les points de vue et références théoriques qui les sous-tendent. Par exemple, et selon le modèle mécaniciste d'Aviel Goodman, psychiatre américain on décrit :

  • Impossibilité de résister à l'impulsion de passage à l'acte.
  • Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.
  • Soulagement ou plaisir durant la période.
  • Perte de contrôle dès le début de la crise.
  • Présence d'au moins cinq des neuf critères suivants :
    • Monopolisation de la pensée par le projet de comportement addictif.
    • Intensité et durée des épisodes plus importants que souhaités à l'origine.
    • Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement.
    • Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre ou à s'en remettre.
    • L'engagement dans le comportement est tel que la personne ne peut plus accomplir des gestes élémentaires (se laver, se nourrir) et le conduit vers un désinvestissement social, professionnel et familial.
    • Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, familiales ou sociales.
    • Poursuite du comportement malgré l'aggravation des problèmes sociaux et en dépit de la connaissance des conséquences négatives.
    • Tolérance marquée, c'est-à-dire besoin d'augmenter l'intensité ou la fréquence pour obtenir l'effet désiré, ou diminution de l'effet procuré par un comportement de même intensité.
    • Agitation, irritabilité et surtout angoisse si le passage à l'acte addictif est différé, empêché (voir l'article détaillé sevrage).

Addiction à l'ordinateur selon le Computer Addiction Services

Le Dr. Maressa Hecht Orzack, directeur du service d'addiction à l'ordinateur à L'université d'Harvard, affilié à lhopital McLean, dit que l'aspect social prédomine dans l'addiction aux jeux : "Beaucoup des patients vivent seuls, en jouant ils se sentent appartenir à une communauté et parfois le jeu leur apporte les seuls amis qu'ils aient"

Les symptômes de l'addiction à l'ordinateur selon le Computer Addiction Services sont assez spécifiques http://www.computeraddiction.com/index.htm :

  • Les symptômes psychologiques
    • Sensation de bien être voir d'euphorie devant l'ordinateur
    • Incapacité à stopper l'activité
    • Passer de plus en plus de temps devant l'ordinateur
    • Négliger sa famille ou ses amis
    • Se sentir vide, deprimé, irritable quand on ne se trouve pas devant l'ordinateur
    • Mentir à son travail ou à sa famille sur ses activités
    • Problemes à l'école ou au travail
  • Les symptômes physiques
    • Syndrome du canal carpien
    • Yeux secs
    • Migraine
    • Douleur dorsale et cervicale
    • Alimentation irrégulière, repas sautés
    • Difficultés à assurer une hygiène correcte
    • Trouble du sommeil, changement de cycle du sommeil

Addiction aux jeux vidéos selon le Dr Mark Griffiths

Le Dr Mark Griffiths de l'université de Nottingham Trent est spécialisé dans l'addiction aux jeux vidéos Video games: Cause for concern?. Voici son test permettant de reconnaitre rapidement si un enfant à une conduite addictive aux jeux vidéos:

  • Il joue presque tous les jours ?
  • Il joue souvent pendant de longues périodes : 3-4 heures
  • Il joue pour l'excitation qu'il en retire
  • Il est de mauvaise humeur quand il ne peut pas jouer
  • Il délaisse les activités sociales et sportives
  • Il joue au lieu de faire ses devoirs
  • Les tentatives de diminuer son temps de jeu sont des échecs

Si on répond "oui" à plus de quatre de ces questions, alors l'enfant joue probablement trop et il existe un problème.

Addiction aux jeux vidéos selon Tejeiro RA and Bersabe-Moran RM

Critères diagnostics publiés dans Measuring Problem Video Game Playing In Adolescents. Tejeiro RA and Bersabe-Moran RM. Measuring Problem Video Game Playing In Adolescents. Addiction, 97:1601-1606, 2002

  • Augmentation du temps passé à jouer ou à y penser, ou à programmer ces prochaines parties, ou à se remémorer ses anciennes parties.
  • Mauvaise humeur, irritabilité lorsqu'on est incapable de jouer
  • Augmentation du temps passé à jouer dans les moments difficiles
  • Tentatives échouées à controler son temps de jeu
  • Dissimulation du temps passé à jouer à ses parents ou amis
  • Ecole buissonière, devoirs non fait, pour jouer davantage aux jeux vidéos
  • Coucher tardif, repas manqués et diminution du temps passé en famille ou avec ses amis pour jouer davantage

Voir aussi


Références


Liens externes


Psychopathologie | Psychiatrie | Dépendance | Internet | Jeu vidéo

 

This article is licensed under the GNU Free Documentation License. It uses material from the "Dépendance au jeu vidéo".

Home Pageartsbusinesscomputersgameshealthhospitalshomekids & teensnewsphysiciansrecreationreferenceregionalscienceshoppingsocietysportsworld