La candidature au trône d'Espagne du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, recherchée par les putchistes espagnols autour du maréchal Prim qui ont exilé la reine Isabelle en 1868, suscite l'opposition de la France de Napoléon III, qui y voit un encerclement diplomatique dangereux. Les réactions de la France impériale et les négociations avec Guillaume Ier de Prusse, chef de la maison Hohenzollern, en février 1870, aboutissent assez facilement à un retrait du prince. Mais fin juin 1870, le chancelier Bismarck réactive cette candidature et la rend publique le 2 juillet, pour pousser la France à la faute diplomatique. Le ton monte et le duc de Gramont, ministre français des Affaires Étrangères, fait un discours provocateur le 6 juillet 1870 devant le Corps législatif. La diplomatie française s'échauffe et tire sur toutes les sonnettes en Europe.
Le 9 juillet l'Ambassadeur de France, le comte Benedetti se rend à Ems, où le roi de Prusse prend les eaux et le prie de parler à son parent. Le 12 juillet le père du prince annonce lui-même le retrait officiel. Bismarck est pris à contrepied. Tout pourrait se calmer. Mais les partisans anti-libéraux de l'empire bonapartiste autoritaire, autour de Gramont et de l'impératrice, en veulent plus. Le soir même ils font demander à Benedetti une confirmation écrite de la part du roi de Prusse.
Le 13 juillet l'ambassadeur rencontre Guillaume Ier à la promenade des Sources. Il lui présente la demande de garantie écrite. Guillaume Ier est excédé mais reste poli et fait confirmer le retrait. En ajoutant «qu'il n'a plus rien à dire à l'ambassadeur». Ce qui ne l'empêchera pas de saluer cordialement celui-ci dès le lendemain, à son départ pour Berlin.
Guillaume fait envoyer le soir même du 13 juillet par son conseiller diplomatique Abeken un télégramme expédié d'Ems à Bismarck à Berlin. C'est un résumé de ce qui s'est dit. Et liberté est laissée à Bismarck d'en faire une annonce officielle, peut-être pour apaiser la France. Bismarck se saisit de l'occasion pour retourner la situation. Il condense le texte du télégramme d'Abeken de façon à transformer la rencontre en une mise en demeure et la réponse du roi en une réaction insultante.
| Abeken à Bismarck | « Dépêche d'Ems » |
|---|---|
| Ems, le 13 juillet 15h 10 | Berlin, le 13 juillet au soir |
La Gazette de l'Allemagne du Nord sort une édition spéciale le 13 juillet. Elle est à Londres et à Paris le lendemain. La presse parisienne la reprend le 15 et la présente comme un outrage.
L'« adjudant de service » met le feu aux poudres et apporte à Bismarck une aide inespérée, car il s'agit d'une mauvaise traduction, entièrement imputable à une invraisemblable ignorance de l'allemand. Adjutant dans cette langue signifie « Aide de camp » et n'a rien à voir avec un simple adjudant; en l'occurrence il s'agissait du prince Radziwill. L'information ainsi présentée à l'opinion internationale fouaille la susceptibilité des dirigeants français. Ceux-ci y trouvent la justification de la guerre qu'ils préparent déjà secrètement (mais si mal !). Les crédits de guerre sont immédiatement votés par le Corps législatif et l'ordre de mobilisation approuvé.
Ces préparatifs entraînent la désapprobation de plusieurs pays d'Europe, et la réaction nationale des États Allemands du Sud (Bavière, Bade, Wurtemberg) qui se joignent à la Confédération du Nord, les 22 Etats déjà regroupés depuis 1867 autour de la Prusse. Les partis de la guerre ont gagné partout. Celle-ci est maintenant inévitable. Elle est déclarée le 19 juillet par la France.
Guerre franco-allemande de 1870 | Histoire contemporaine de l'Allemagne
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