Le débarquement de Dieppe ou opération Jubilee fut une tentative ratée de débarquement des Alliés en France occupée, menée le 19 août 1942. Cette opération laisse un goût amer aux Canadiens car les troupes engagées furent décimées alors que la tournure des opérations aurait dû faire annuler l'opération rapidement et que l'on parle encore de second front, qui est totalement absurde à cette date. Si l'on accepte que le sacrifice résulte du brouillard de la guerre pour un coup de main en vue de capturer une station de radar et un piège pour casser la chasse allemande alors l'honneur est sauf.
Dans l'aube brumeuse d'un jour d'août 1942, une armada de 250 navires de toutes tailles se dirige vers les côtes françaises de la Manche. Elle emporte près de 10 000 hommes de troupe et marins, pour ce qui sera le plus grand raid de la Seconde Guerre mondiale. 74 escadrilles de chasseurs et de bombardiers en assureront la couverture aérienne.
Pour la première fois dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, des hommes vont se ruer à l'assaut de ce que les Nazis appellent "Festung Europa", la Forteresse Europe.
Depuis plusieurs mois, Staline insiste de plus en plus fermement auprès des gouvernements américain et britannique sur l'urgence d'ouvrir un second front à l'ouest de l'Europe afin d'obliger l'Allemagne à redistribuer ses forces et à diminuer ainsi la pression qu'elles font subir à l'Armée Rouge. Roosevelt et l'État-major américain laissent entendre à Molotov, ambassadeur de Staline à Washington, qu'un débarquement pourrait avoir lieu sur les côtes françaises au cours de l'année 1942. Churchill est très réticent à l'initiative américaine car sa vision politique du conflit le pousse plutôt à considérer qu'un débarquement en Afrique du Nord, et ensuite dans les Balkans "ventre mou de l'Europe", conviendrait mieux aux intérêts britanniques. Néanmoins, afin de donner des gages de bonne volonté aux Russes au moindre coût, car il doute désormais de leur capacité de résister beaucoup plus longtemps à la pression allemande, il accepte qu'une opération de portée limitée soit lancée sur les côtes françaises. Ce sera "l'Opération Rutter".
Lord Mountbatten, proche du roi George VI et chef du Quartier général des opérations combinées depuis mars 1942, est chargé de l'organisation de cette opération, à laquelle participeront la marine et l'aviation britanniques ainsi que quelques navires des Forces navales françaises libres. Les troupes d'assaut seront constituées par des unités du Corps d'armée canadien, commandé par le général Crerar, cantonnées depuis le début de la guerre au Royaume-Uni.
L'opération Rutter doit se dérouler début juillet 1942. Elle est annulée, en raison des très mauvaises conditions atmosphériques qui règnent sur la Manche, alors que les troupes d'assaut sont embarquées depuis plusieurs jours à bord des bateaux qui devaient les déposer sur la côte française. Pour l'État-Major britannique et pour le Général Montgomery, commandant en chef des Forces britanniques du sud de l'Angleterre, l'annulation est définitive, puisque, entre autres raisons, le secret de l'opération ne peut plus être assuré du fait que plusieurs milliers d'hommes ont regagné leur cantonnement à terre. Le succès d'une reprise de l'opération paraît, dans ces conditions, sérieusement compromis.
Tel n'est pas l'avis de Mountbatten et de ses collaborateurs du Quartier général des opérations combinées qui, avec la plus grande désinvolture et soumis par ailleurs aux pressions américaines, décident, de leur propre autorité, la reprise du raid quels qu'en soient les risques. Cette décision est d'autant plus facile à prendre que Montgomery est alors affecté en Égypte et que le contre-amiral Baillie-Grohman, commandant les forces navales de l’opération, qui avait, lui aussi, manifesté de sérieuses réserves, est remplacé par le Capitaine Hughes-Hallett, bras droit de Mountbatten.
Le 19 août 1942, à 4h45, les troupes canadiennes et deux commandos britanniques accompagnés de 50 rangers américains et de quelques "Français libres" vont débarquer, sur un front de 20 km en quatre points de la côte de part et d'autre du port de Dieppe où sera porté l'effort principal une demi heure plus tard. Depuis Berneval et Puys, à l'est, jusqu'à Pourville et Quiberville, à l'ouest... une côte inhospitalière, bordée par des plages de galets que surplombent les parois verticales des falaises que l'État-major allemand a truffées de défenses de toutes sortes : batteries de canons à longue portée, mortiers, nids de mitrailleuses, bunkers bétonnés, emplacements de tir individuels. Des réseaux de fil de fer barbelé hauts de plusieurs mètres encerclent la ville et obstruent les rares ravines qui permettent d'accéder au sommet des falaises où l'ennemi s'est retranché. C'est à l'assaut d'une véritable forteresse que 5 000 hommes vont se lancer. 1 000 d'entre eux y trouveront la mort et 3 000 y seront blessés ou faits prisonniers.
120 hommes et quelques Rangers américains à bord de 6 péniches débarquent, à l'est de la position qu'ils doivent attaquer. Ils sont immédiatement cloués sur la plage par le feu des défenseurs allemands retranchés au sommet de la falaise et qui tirent comme à l'exercice. Ils luttent âprement pendant plus de 5 heures, puis, succombant sous le poids de leurs morts et de leur blessés, ils sont contraints de se rendre.
La 7 péniche dépose le Major Peter Young, 3 officiers et 17 hommes à l'ouest de la position, en face de la gorge du "Val-au prêtre" dans laquelle ils s'engagent. Ils grimpent le long de la falaise en s'agrippant aux réseaux de fil de fer barbelés et attaquent avec un armement réduit la batterie côtière de sept canons qui domine la mer et en neutralisent l'action pendant plus de deux heures.
Des tirs d'armes automatiques, des explosions d'obus et de grenades, des tirs de mortiers d'une violence inouïe immobilisent les hommes sur la plage, alors que leurs camarades sont tués ou blessés avant même d'avoir pu quitter la passerelle de leur péniche. Un enfer mais aussi une tragédie. En cinq minutes le bataillon est réduit à l'effectif de quelques dizaines d'hommes et le carnage ne fait que s'aggraver au fur et à mesure que débarquent les vagues d'assaut suivantes. À 8h30, après 3 heures de martyre, ce qui reste du Royal Regiment of Canada rend les armes.
Seuls quelques hommes, sous le commandement du Colonel Catto, ont pu dépasser la plage, grimper sur la falaise et s'emparer de deux maisons fortifiées. Mais leur retraite est rapidement coupée. Isolés en terrain ennemi, ils sont contraints de se rendre quelques heures plus tard.
Le South Saskatchewan Regiment, qui devait aussi s'emparer d'une station de radar située sur la falaise et la détruire après en avoir prélevé les instruments scientifiques, échoue dans sa tentative. Les Queen's Own Cameron Highlanders of Canada progressent de 1,5 km à l'intérieur des terres jusqu'au village de Petit-Appleville. Attaqués par le 571 régiment d'infanterie allemande arrivé en renfort, ils doivent refluer vers la plage où ils retrouvent les hommes du lieutenant-colonel Merritt qui couvrent héroïquement leur retraite sous le feu des défenses allemandes, tandis que sont coulées la moitié des péniches qui devaient les rembarquer.
Les tirs meurtriers de la défense allemande qui prennent la plage et la Promenade en enfilade sèment la mort parmi les hommes du Royal Hamilton Light Infantry . Ils se lancent à l'assaut, traversent la plage sous un déluge de feu et parviennent, après une heure de combat, à pénétrer dans le casino que les Allemands ont transformé en blockhaus et qui est très puissamment défendu. De petits détachements progressent au-delà de la Promenade et pénètrent dans l'agglomération. Celui que commande le Capitaine Hill atteint même le centre de la ville près de l'église Saint-Rémy, mais, isolés, ses hommes sont bientôt contraints de refluer vers la plage.
Le sergent Hickson et son groupe de 18 hommes dont la mission est de faire sauter le central téléphonique, traversent le casino et le théâtre, pénètrent dans la ville et attaquent, au corps à corps, un point d'appui allemand dont ils éliminent les défenseurs et parviennent à regagner la plage.
A l'est de celle-ci, l'Essex tente à plusieurs reprises de franchir le mur qui le sépare de la Promenade sans y parvenir, tant est intense le feu de l'ennemi. Seul le groupe du sergent-major Stapleton parvient à ouvrir une brèche dans les barbelés, à traverser le terre-plein de la Promenade et à progresser de maison en maison vers le port.
Les 9 chars du Régiment de Calgary qui devaient soutenir l'assaut de la première vague ont été débarqués par erreur trop à l'ouest de la plage et avec 15 minutes de retard pendant lesquelles l'infanterie est privée d'appui-feu. L'effet de surprise qu'ils devaient provoquer est perdu.
29 chars au total ont été débarqués durant l'opération. La moitié d'entre eux seulement atteint la Promenade mais sans pouvoir pénétrer dans la ville. Depuis le début des combats, le Major-général Roberts, commandant en chef des opérations terrestres, ne reçoit à bord du "Calpe", que des renseignements fragmentaires et, par conséquent, inexacts sur ce qui se déroule réellement à terre car les moyens de transmission de la plupart des unités à terre sont détruits ou endommagés. Il croit que l'Essex a pu pénétrer dans la ville, alors qu'il ne s'agit que du petit groupe de Stapleton... et afin d'exploiter la situation qu'il pense encore favorable, il prend la décision de faire débarquer les 600 hommes des Fusiliers Mont-Royal. Ce qui ne fait qu'accroître les pertes en vies humaines et ajouter au drame.
A 7 heures, à bord de 26 vedettes, les Fusiliers Mont-Royal approchent sous un feu implacable. A leur tête, le lieutenant-colonel Ménard, grièvement blessé dès l'accostage, débarque avec ses hommes qui sont immédiatement cloués sur la plage.
Seuls quelques-uns d'entre eux, commandés par le sergent-major Lucien Dumais, parviennent à pénétrer dans la ville, mais harcelés par les patrouilles allemandes ils refluent vers le casino et sont faits prisonniers. D'autres avec Pierre Dubuc, traversant toute la ville, s'infiltrent jusque sur les quais du port où ils attaquent un bateau allemand. Cernés, à court de munitions, ils sont faits prisonniers eux aussi mais réussissent à s'échapper et à regagner la plage où ils rejoignent leurs camarades avec lesquels ils se défendent désespérément à l'abri précaire du mur qui borde la Promenade. Au milieu d'eux, le capitaine Foote, aumônier du Royal Hamilton Light Infantry, se dévoue sans souci des risques auprès des blessés et des mourants.
Roberts a fait aussi débarquer le Commando "A" des Royal Marines. Le colonel Phillips à la tête de sa formation s'approche de la côte sous un feu terrible et se rend compte immédiatement de l'impossibilité absolue de tout débarquement. Debout sur le pont de son embarcation il fait signe aux autres bateaux de faire demi-tour afin de se mettre à l'abri de l'écran de fumée, jusqu'à ce qu'il s'écroule mortellement atteint, sauvant ainsi la plupart de ses hommes.
Quatre heures après que les premières vagues d'assaut ont été débarquées l'échec de l'opération est total, en dépit des remarquables succès locaux obtenus par les groupes de Peter Young et de Lord Lovat. C'est aussi un désastre stratégique. Légèreté et improvisation dans la préparation, manque de jugement, dilution des responsabilités, choix désastreux du site de débarquement, tel est le diagnostic que ne manquera pas de poser l'État-major allié qui en tirera les leçons pour assurer le succès du débarquement en Normandie deux ans plus tard.
La Royal Air Force et la Royal Canadian Air Force multiplient leurs attaques tandis que s'intensifient les tirs de la "Flak", la défense antiaérienne allemande. 106 avions ne rejoindront pas leur base au Royaume-Uni.
À Vanquish, à 11 heures, la marée est basse et laisse toute la plage à découvert; les hommes vont devoir la franchir sans aucune protection pour se jeter à la rencontre des bateaux sauveteurs. Le tir incessant des armes automatiques, celui des mortiers, les explosions d'obus, le hurlement des avions qui attaquent en piqué, les cris des blessés enfin, transforment la plage en un véritable enfer et le repli en carnage.
Pendant que les rares rescapés regagnent le Royaume-Uni, là-bas, des captifs par centaines entament leur longue marche vers les camps de prisonniers. Les blessés et les morts, eux, gisent sur les plages, là où ils sont tombés, tandis que la mer montante les recouvre peu à peu.
Bataille ou opération de la Seconde Guerre mondiale
Nájezd na Dieppe | Operation Jubilee | Dieppe Raid | Dieppe inkurso | Raid su Dieppe | Diepperaidet | Rajd na Dieppe | Vylodenie pri Dieppe | Напад на Дијеп
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"Débarquement de Dieppe".
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