Clovis fut roi des Francs de 481 à 511.
Le nom de Clovis vient du franc (vieil haut-allemand) Hlodowig, composé des racines hlod (« renommée », « illustre ») et wig (« combat »), c'est-à-dire « Illustre dans la Bataille », « Illustre au Combat » : il donne en français moderne Louis, prénom de la majorité des rois de France, et en allemand Ludwig, aussi latinisé en Ludovic. Fréquemment utilisée par les Mérovingiens, la racine hlod est aussi à l'origine de noms tels que Clotaire (et Lothaire), Clodomir, ou encore, Clotilde.
Nous connaissons Clovis à travers la longue description de son règne par Grégoire de Tours, un évêque gallo-romain proche du pouvoir, et dont l'Histoire, rebaptisée tardivement « Histoire des Francs » est riche d'enseignements, bien que ce texte à visée d'abord édifiante relève plus de l'hagiographie que d'une conception rigoureuse de l'histoire.
À la fin du V siècle, la Gaule est morcelée sous la domination de plusieurs chefs barbares, constamment en guerre les uns contre les autres, cherchant à étendre leurs influences et leurs possessions :
Une multitude de « pouvoirs » locaux ou régionaux d'origine militaire (des « royaumes » ou regna) avaient ainsi occupé le vide laissé par la déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476. Parmi ceux-ci se trouvait encore le royaume d'un certain Syagrius, établi dans la région de Soissons. Le « pouvoir » dont il est question n'a rien à voir avec les notions modernes de pouvoir législatif, exécutif ou judiciaire, mais couvre une relation dominant-dominé plus proche de celle d'un chef de gang avec le territoire qu'il rackette.
En 481, Clovis, fils du roi Childéric I et de la princesse thuringienne Basine, prit quant à lui la tête d'un royaume franc salien, situé dans la région de Tournai en actuelle Belgique. Le titre de « roi » (en latin rex) n'était pas nouveau : il était notamment dévolu aux chefs de guerre des nations barbares au service de Rome. Ainsi, les Francs, d'anciens fidèles serviteurs de Rome, n'en demeuraient pas moins des Germains, des barbares païens et bien éloignés par leur mode de vie des Gaulois romanisés par près de cinq siècles de domination et influence romaine.
Clovis n'était alors âgé que de quinze ans et rien ne prédisposait ce petit chef barbare parmi tant d'autres à supplanter ses rivaux, plus puissants. Néanmoins, son couronnement allait donner naissance à la première dynastie de rois de ce qui deviendrait bien plus tard la France : les Mérovingiens, du nom de son grand-père, Mérovée.
À la lumière des événements postérieurs, sa réussite, si elle est incontestable sur le plan militaire, doit au moins autant à l'expérience romaine de la guerre que les siens devaient avoir acquis – la discipline exigée de ses soldats lors de l'épisode de Soissons en témoigne, tout comme la tombe de son père, Childéric – qu'elle ne doit à son alliance avec l'Église gauloise, et à travers celle-ci, avec les élites gallo-romaines.
Aussi, le règne de Clovis s'inscrit plutôt dans la continuité de l'Antiquité tardive que dans le haut Moyen Âge pour de nombreux historiens. Il contribue cependant à forger le caractère original de cette dernière période en donnant naissance à une première dynastie de rois chrétiens et, en raison de son acceptation par les élites gallo-romaines, en créant un pouvoir original en Gaule.
Toute sa vie, Clovis tenta de conserver son royaume pour ses fils, selon la tradition germanique, et d'agrandir le territoire de celui-ci. Pour cela, il n'hésita pas à éliminer tous les obstacles : il fit assassiner tous les chefs saliens et rhénans voisins, certains de ses anciens compagnons, et même certains membres de sa famille, même éloignés, afin de s'assurer que seuls ses fils hériteraient de son royaume.
Il se lança d'autre part dans une grande série d'alliances et de conquêtes militaires, au début seulement à la tête de quelques milliers d'hommes. Plus que les armes, comme on l'a longtemps cru; celles des Francs étaient efficaces, certes; — c'est un savoir-faire au combat acquis au service de l'Empire et contre les autres barbares qui a sans doute rendu possible les succès militaires des guerriers de Clovis. Autre idée qu'il faut rejeter : à travers lui ce n'est pas un peuple germanique qui s'impose aux gallo-romains, mais la fusion des éléments germains et latins qui se poursuit. Au temps de Clovis, alors que Syagrius, pourtant qualifié de « Romain » par les sources, portait un nom barbare et ne bénéficiait visiblement pas de l'appui de son peuple, le roi « barbare » ostrogoth Théodoric le Grand, dans sa prestigieuse cour de Ravenne, perpétuait tous les caractères de la civilisation romaine tardive, tout en restant un Ostrogoth arien, un barbare hérétique aux yeux de l'Église.
Si Clovis sut s'imposer assez rapidement, bien qu'au prix de durs combats, c'est certainement parce qu'en définitive ils paraissait être un moins mauvais maître que la plupart des prétendants : au moins, auraient dit les Gallo-romains, était-il chrétien.
Peu à peu, Clovis conquit la moitié nord de la France actuelle : il s'allia d'abord aux Francs rhénans, en 484. Puis il mena des offensives vers le sud, à partir de 486. Il commença par renverser Syagrius, le dernier représentant de l'Empire déchu. Le royaume de Syagrius couvrait approximativement l'espace entre Seine et Loire. Contre ce dernier, il emporta les villes de Senlis, Beauvais, Soissons et Paris dont il pilla les alentours. C'est lors de ces campagnes qu'eut lieu le célèbre épisode du vase.
L'évêque de Reims, le futur saint Rémi, cherchait alors probablement la protection d'une autorité forte pour son peuple. Les contacts furent nombreux entre le roi et l'évêque, ce dernier incitant d'abord Clovis à protéger les chrétiens présents sur son territoire. Grâce à son charisme et peut-être en raison de l'autorité dont lui même jouissait, Rémi sut se faire respecter de Clovis et lui servit même de conseiller. Il l'incita notamment à demander en mariage Clotilde, une princesse chrétienne de haut lignage, fille d'un roi des Burgondes (ce peuple voisin des Francs était établi dans les actuels Dauphiné et Savoie). Le mariage eut lieu en 492, probablement à Soissons.
Dès lors, selon Grégoire de Tours, Clotilde fit tout pour convaincre son époux de se convertir au christianisme. Mais Clovis fut d'abord réticent : il doutait de l'existence d'un Dieu unique ; la mort en bas âge de son premier fils baptisé, Ingomer, ne fit d'ailleurs qu'accentuer cette méfiance. D'autre part, en acceptant de se convertir, il craignait de perdre le soutien de son peuple, encore païen. Néanmoins, il devait avoir plus que tout besoin du soutien du clergé gallo-romain car ce dernier avait une grande influence sur la population gauloise. Les évêques, à qui avaient échu le premier rôle dans les cités depuis que s'étaient effacées les autorités civiles, demeuraient les réels maîtres des cadres du pouvoir antique en Gaule. C'est-à-dire également des zones où se concentrait encore la richesse. Enfin et surtout, l'Église constituait la seule structure organisée, et sur des territoires plus vastes que les royaumes barbares.
C'est finalement au cours de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, vers 496, que le destin effaça les doutes de Clovis : alors qu'il luttait contre les Alamans afin d'étendre son territoire vers l'est (dans les actuelles régions d'Alsace, de Moselle et outre-Rhin), son armée était sur le point d'être vaincue. Toujours d'après Grégoire de Tours, ne sachant plus à quel dieu païen se vouer, Clovis pria alors le Christ et lui promit de se convertir s'il obtenait la victoire, comme l'empereur romain Constantin. Au cœur de la bataille, alors que lui-même était encerclé et allait être pris, le chef alaman fut tué d'une flèche, ce qui mit son armée en déroute. La victoire était à Clovis et au dieu des chrétiens.
Clovis reçut alors le baptême avec 3.000 guerriers – les baptêmes collectifs étant alors une pratique courante – des mains de saint Rémi, à Reims, le 25 décembre d'une année comprise entre 496 et 499. Ce baptême est demeuré un événement significatif pour l'histoire de France : presque tous les rois français furent, par la suite, sacrés dans cette cathédrale de Reims jusqu'au roi Charles X de France, en 1825.
Ainsi, le baptême de Clovis marquait le début du lien entre le clergé et la monarchie française, lien qui allait durer jusqu'au début du . Dorénavant, le souverain devait régner au nom de Dieu et seuls ses descendants directs pouvaient prétendre au trône. Ce baptême permettait également à Clovis d'asseoir durablement son autorité sur les populations qu'il dominait : avec ce baptême, il pouvait compter sur l'appui du clergé pour poursuivre l'expansion de son royaume.
Avec l'appui de l'empereur romain d'Orient Anastase, Clovis s'attaqua ensuite aux Wisigoths qui dominaient alors la majeure partie de la péninsule ibérique et le sud-ouest de la Gaule (la Septimanie ou « Gothie »), jusqu'à la Loire au nord et jusqu'aux Cévennes à l'est.
Au printemps 507, les Francs lançèrent leur offensive vers le sud, franchissant la Loire vers Tours. Ils affrontèrent l'armée du roi Alaric II dans une plaine proche de Poitiers. La bataille dite, de « Vouillé », fut terrible selon l'historiographie, et les Wisigoths se replièrent après la mort de leur roi, tué par Clovis lui-même, en combat singulier.
Cette victoire permit aux Francs d'annexer tout les territoires auparavant Wisigoths entre Loire, océan et Pyrénées.
Après Tournai et Soissons, Clovis choisit finalement comme capitale Paris, en 508. Il est notable que le pacte de la loi salique est lui aussi daté d'après 507 : peut-être sa promulgation coincida-t-elle avec l'installation du roi à Paris.
Ses raisons furent sans doute principalement stratégiques, la cité ayant été une ville de garnison et une résidence impériale vers la fin de l'Empire. Elle n'eut qu'une importance symbolique : le royaume franc n'avait pas d'administration (ni d'ailleurs aucun des caractères qui fondent un état moderne), et les rois francs qui succédèrent à Clovis n'attachèrent pas d'importance à la possession de la ville.
Sous le règne de Clovis, en tous cas, et même durant l'ensemble de la période mérovingienne, la ville ne connut pas de changements majeurs : le patrimoine immobilier antique fut conservé, parfois réaffecté. Seuls de nouveaux édifices religieux donnés par la famille royale et par l'aristocratie transformèrent quelque peu le paysage urbain. Mais c'est surtout après la mort de Clovis que les premiers de ces édifices virent le jour (cf. l'article sur Clotilde).
En 511, il réunit un concile à Orléans. Clovis mourut à Paris le 27 novembre 511, âgé de 45 ans. Selon la tradition, il aurait été inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres, future église Sainte-Geneviève, qu'il avait fait construire sur le tombeau même de la sainte tutélaire de la cité, à l'emplacement de l'actuelle rue Clovis (rue qui sépare l'église Saint-Etienne-du-Mont du lycée Henri-IV).
En réalité, le monument qui accueillait les reliques de la sainte n'était pas achevé. Clovis fut plutôt inhumé, comme l'écrit Grégoire de Tours, dans le sacrarium de la basilique des Saints-Apôtres, c'est-à-dire dans un mausolée construit exprès à la manière de la sépulture qui avait accueilli l'empereur romain chrétien Constantin le Grand aux Saints-Apôtres à Constantinople (P. Périn).
À la mort de Clovis, ses fils Clotaire (futur Clotaire Ier), Clodomir, Thierry et Childebert, se partagèrent le royaume qu'il avait mis une vie à réunir, conformément à la tradition franque. Seules la Provence, la Septimanie et le royaume des Burgondes avaient résisté au premier Mérovingien.
Son royaume put donc être découpé en quatre parts conséquentes, dont trois à peu près équivalentes. La quatrième, entre Rhin et Loire fut attribuée à Thierry, l'aîné des fils de Clovis, né d'une union païenne avant 493. Elle était plus grande, puisqu'elle couvrait environ un tiers de la Gaule franque.
Le partage eut lieu en présence des grands du royaume, de Thierry qui était déjà majeur et de la reine Clotilde, selon Grégoire de Tours. Il fut établi selon le droit privé que Clovis avait fait inscrire dans la loi salique : en 511, c'est donc avant tout le partage d'un patrimoine, celui des héritiers d'un roi propriétaire de son royaume qu'on observe. On peut, à la lumière de cette remarque, comprendre que la royauté des Francs ignorait la notion de « biens publics » (la res publica des Romains) et donc d'État. La disparition de l'État, en effet, est consommée à travers le partage du royaume de Clovis.
Cette pratique est très différente des partages également pratiqué par les derniers empereurs romains : légalement, l'Empire restait un, le partage avait lieu pour des raisons pratiques, les successeurs étaient choisis parfois en fonction de leurs mérites. Même quand il s'agissait des fils de l'empereur, l'empire n'était pas découpé en autant de parts qu'il y avait de fils, et jamais l'empire n'a été séparé de la notion d'État par les Romains. Enfin, fait notable, les quatre capitales des nouveaux royaumes étaient toutes situées au centre de l'ensemble, relativement proches les unes des autres et dans l'ancien royaume de Syagrius : à partir de ce moment
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Il s'agit d'un extrait du Livre II, chapitre XXXI de l'Histoire des Francs :
A sa suite, les descendants de Clovis régnèrent pendant près de trois siècles avant de laisser leur place à une famille de la noblesse franque austrasienne : les Pippinides.
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