François Marie Charles Fourier né en 1772, à Besançon (sa maison natale se situe à l'angle des rues Moncey et Grande-Rue), mort à Paris en 1837, est un philosophe français, fondateur de l’Ecole sociétaire, considéré par Karl Marx et Engels comme une figure du « socialisme critico-utopique » dont un autre représentant fut Robert Owen. Plusieurs communautés utopiques, indirectement inspirées de ses écrits, ont été créées depuis les années 1830.
Le père de Charles Fourier était un notable de Besançon, marchand de draps aisé mort en 1781 ; sa mère était une femme pieuse et peu instruite, issue d’une famille de commerçants bisontins. Charles Fourier fait de bonnes études jusqu’à l’âge de 16 ans, chez les ecclésiastiques du collège de Besançon. En 1791, il entre en apprentissage à Lyon. Il combat en 1793 avec les fédéralistes lyonnais, puis il est enrôlé en 1794 au moment de la levée en masse pour passer dix-huit mois dans le Palatinat avec l’armée du Rhin. Malgré son aversion pour le commerce en particulier, il est obligé, à la suite de cruels revers de fortune apparus dès 1793, de travailler comme commis-marchand ou commis-voyageur à Lyon sous le Consulat et l’Empire. Entre 1815 et 1820, il réside près de Belley chez des parents. Après quelques années vécues entre Lyon et Paris, il s’installe dans la capitale en 1826.
Il pose en 1808 les bases d'une réflexion sur une société communautaire dans son ouvrage Théories des quatre mouvements et des destinées générales, qu’il poursuivit sous forme d’un grand traité dit de l’Association domestique et agricole. Cet ouvrage monumental est publié, bien qu’inachevé, en 1822. Dans le but d’être mieux compris, il se contraignit ensuite à rédiger un résumé de sa théorie, intitulé Le Nouveau Monde industriel et sociétaire, qu’il publie en 1829.
Il constitue l'École sociétaire avec autour de lui : Just Muiron (dès 1814), Clarisse Vigoureux (vers 1822), Victor Considérant (à partir de 1825). Le groupe des disciples, qui étaient quelques dizaines à la fin de la Restauration, s’étoffe sous la monarchie de Juillet, avec par exemple Jules Lechevalier ou Abel Transon, transfuges du saint-simonisme. Cette école publie le Phalanstère (1832). Fourier connaît un début de notoriété dans les dernières années de sa vie, mais il reste un homme solitaire.
La quête de Fourier est celle d’une harmonie universelle. Il présente sa théorie comme résultant d’une découverte scientifique dans le domaine passionnel, parachevant la théorie de la gravitation d’Isaac Newton dans le domaine matériel. Dans le cadre de cette théorie de l’Attraction passionnée, l’univers serait en relation avec les passions humaines, qu’il reflèterait. Ainsi déclare-t-il possible de s’informer sur les situations passionnelles humaines en observant notamment les animaux et les plantes terrestres, et en appliquant à ces observations un raisonnement analogique dont il donne quelques clés.
Fourier théorise beaucoup et en arrive à classer chaque type d’homme et chaque type de femme en 810 catégories exactement. Ces catégories correspondent à autant de passions, sous-passions, sous-sous-passions, etc. différentes. Sur cette base de 1620 caractères qu'il appelle une phalange, il jette l’organisation des phalanstères composés, comme il se doit, d’autant de personnes.
De fait, chaque personne au sein du phalanstère œuvre selon ses affinités, tout en accordant une place particulière à l’agriculture, ainsi qu’aux arts et aux sciences.
Il pose ainsi les premières bases d'une réflexion critique portant sur la société industrielle naissante et ses défauts les plus criants. Selon lui, pour faire cesser les vices de la société civilisée, il suffit de faire confiance aux indications données par l’Attraction passionnée, cette impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion, et persistante malgré l’opposition du devoir, du préjugé, etc… .
Charles Fourier considère ainsi que l’attirance naturelle des humains pour l’activité et la vertu est totalement entravée et pervertie par le travail, un état où l’homme s’impose à regret un supplice, et par la morale, cette mortelle ennemie de l’attraction passionnée.
Il propose donc, après mûrs calculs et réflexions, ces sociétés idéales composées d'une phalange de 1620 individus de tous âges, nommées phalanstères où chacun s’active dans de multiples groupes fréquentés successivement dans la journée. Les groupes principaux sont appelés des séries, constituées de gens réunis passionnément par identité de goût pour quelque fonction. L’intégration dans le groupe est réalisée en toute liberté et par choix réciproque, comme de nos jours se constituerait un orchestre amateur ambitieux.
Il faut savoir que chacun y est rétribué après répartition des dividendes annuels du phalanstère d’abord entre les séries, puis entre les groupes qui les composent. Vient ensuite la répartition entre les individus. La méthode est identique pour chaque échelle : le montant dépend du rang occupé dans le phalanstère. Ce rang est déterminé selon divers critères, appliqués à l’intérieur de trois classes : nécessité, utilité et agrément. Ce n’est pas la valeur marchande des produits qui entre en ligne de compte, mais leur capacité à susciter le désir de produire, et leur potentiel d’harmonisation du phalanstère (mécanique d’attraction et d’harmonie). La répartition entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif se réalise équitablement grâce à l’existence d’ intérêts croisés, du fait même de la participation de chaque individu à de nombreux groupes (effet du libre essor de la passion du changement, la papillonne). Les dividendes attribués au groupe sont ensuite répartis entre les individus qui le composent, en prenant bien soin de s’appuyer sur la cupidité en premier (accord direct), afin que la générosité (accord indirect) puisse s’exprimer ensuite. Sont ainsi constitués trois lots, 5 à 6/12e pour le travail, 4/12e pour le capital et 2 à 3/12e pour le talent (lot dont sont exclus les novices).
Les dividendes ainsi perçus viennent en positif sur le compte de chaque individu (et non de chaque famille, les enfants étant émancipés dès l’âge de 3 ans). Sur ce compte sont inscrits en négatif le revenu minimum annuel garanti à chacun dès l’âge de trois ans révolus, et le coût des biens et services qu’il a obtenus du phalanstère au cours de l’année (costumes, repas, autres fournitures et services ...). Le solde positif n’est donc distribué qu’en fin d’année, et seulement à leur majorité pour les mineurs.
Charles Fourier promeut ainsi plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches, l'une des premières tentatives de libération de la femme. Il faut insister sur la libre et sage audace de Fourier à une époque où les femmes se trouvent en position subalterne : Les progrès sociaux, écrit-il, s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre sociale en raison du décroissement de la liberté des femmes. (Théorie des Quatre mouvements).
Convaincu par son système, il tente de faire réaliser un phalanstère expérimental par quelques mécènes fortunés, mais n’y parvient pas de son vivant. Après sa mort, quelques tentatives de création de communautés utopiques ont bien lieu, mais à part le Familistère de Godin, toutes faillissent du fait de querelles internes. De toute façon, aucune n'approche le bonheur promis par le théoricien socialiste, en raison du non respect de ses prescriptions, sans doute trop libertaires pour l’époque de leur réalisation.
Quoiqu'il en soit, par sa réflexion sur l’organisation du travail, sur les relations entre les sexes, entre l’individu et la société, ... il apparaît comme un précurseur et du socialisme et du féminisme français.
De 1825 à 1835, Charles Fourier conviait tous les jeudis d'éventuels mécènes à dîner avec lui, pour leur exposer son projet de phalanstère et les convaincre de le financer. Attendant désespérément un riche industriel aussi fortuné qu'enthousiaste, il dîna finalement seul tous ces jeudis pendant dix ans...
Mais grand théoricien, il conclut sa démonstration en affirmant que quatre pommes marqueront l'histoire de l'Humanité :
· cinq passions sensuelles, tendant à épanouir les cinq sens physiologiques ; · quatre passions affectives, tendant à former spontanément des groupes : ambition, amitié, amour, famillisme ;
· trois passions organisatrices, tendant à harmoniser entre elles les neuf précédentes : cabaliste ou goût de l’intrigue et du calcul, papillonne ou goût du changement, composite ou goût pour l’assemblage des plaisirs des sens et de l’âme qui engendre l’exaltation.
Dans le cycle de l’humanité de 80 000 ans présenté par Charles Fourier, la huitième période qu’il considère comme la première phase d’Harmonie rompt avec le système de domination au profit d’un système d’association domestique et agricole. Grâce à l’abondance générée par le libre cours laissé à la productivité naturelle des humains, le Phalanstère est un lieu de vie luxueux, et en même temps l’unité de base de la production. Il comprend un immense palais prolongé par des bâtiments ruraux, au-delà de la grande route qui limite la cour d’honneur. En Harmonie, l’industrie manufacturière est subordonnée à l’agriculture, elle même réalisée en lien avec les cultures et passions locales . L’ensemble immobilier est ainsi placé dans un décor champêtre bigarré et entrelacé, en raison de la recherche du meilleur terroir pour chaque espèce cultivée. Charles Fourier nomme une telle organisation agricole l’ordre engrené pour le distinguer de l’ordre massif, celui de l’agriculture traditionnelle qui présente cultures et forêts en grandes masses séparées.
La planète est librement et constamment parcourue par de grandes bandes composées principalement de jeunes gens et jeunes femmes, accompagnés d’adultes d’âge mûr passionnés d’aventure. Ils assurent les travaux d’ampleur exceptionnelle, et leurs passages successifs dans les phalanstères de la planète suscitent en particulier les intrigues amoureuses qui rendent la vie en Harmonie digne d’être vécue. Logés au dernier étage dans les caravansérails, ils sont nourris par les phalanstériens avec les mets et préparations très gastronomiques que l’organisation en séries passionnées permet de produire en grande quantité et sans effort. Les fêtes se succèdent pendant le séjour, avec des spectacles hauts en couleur dont l’excellence est rendue possible par l’importance donnée aux arts de la scène, à la chorégraphie et à la gymnastique dans l’éducation dès le plus jeune âge.
Dans un phalanstère, les journées d’activité sont longues, les nuits sont courtes. Les phalanstériens ne connaissent pas la fatigue due à la monotonie des tâches, au non-respect des rythmes naturels, aux dissensions générées par l’absence de choix des compagnons de production et à la hiérarchie non fondée sur le talent. Bien au contraire, s’activer successivement dans de nombreux groupes passionnés est une joie de tous les jours, qui conduit la vieillesse à être belle et attirante. Ainsi la considération et l’affection des plus jeunes lui échoient-elles naturellement.
Philosophie politique | Socialisme utopique | Idéologie | Sociologue français | Philosophe français | naissance en 1772 | décès en 1837
Charles Fourier | Σαρλ Φουριέ | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | שארל פוריה | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Charles Fourier | Фурье, Шарль | 夏尔·傅立叶
This article is licensed under the GNU Free Documentation License.
It uses material from the
"Charles Fourier".
Home Page • arts • business • computers • games • health • hospitals • home • kids & teens • news • physicians • recreation• reference • regional • science • shopping • society • sports • world