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En japonais, bu (武) signifie la guerre et (道) la voie (en chinois : dao ou tao, cf. le taoïsme). Les budō (武道) sont les arts martiaux japonais apparus entre le milieu du et le milieu du . Les budō les plus connus en Occident sont le judo, le karaté et l’aïkido.

Historique des budō


Les techniques guerrières (bujutsu 武術) développées durant le Moyen Âge japonais se sont transformées par trois phénomènes :

  • l’arrivée des armes à feu, rendant caduques un certain nombre de conceptions de la guerre ; les armes à feu (teppō) sont arrivées vers la fin du de Chine mais leur utilisation est restée très limitée (essentiellement utilisées par les clans Hōjō et Takeda) ; ce sont les Portugais, arrivés au milieu du , qui vont répandre les fusils, de bien meilleure qualité ;
  • deux siècles de paix interne de l’ère Edo (16001868), durant lesquels les techniques guerrières se détournent du combat de masse et évoluent vers le raffinement et les duels ; les guerriers (bushi) deviennent des fonctionnaires (samouraïs) ;
  • l’ère Meiji (à partire de 1868), qui vit la disparition du système féodal, et notamment de la caste des guerriers (samouraïs).
Vers le milieu du , certaines personnes (notamment Jigoro Kano, Morihei Ueshiba et Gichin Funakoshi) prennent conscience que, loin d’être devenues inutiles, les techniques guerrières avaient encore un rôle éducatif et de promotion internationale. C’est ainsi que les jutsu (術 techniques) sont devenus des (道 voies) : le kenjutsu (escrime) laissa sa place au kendo, le jujutsu (techniques de souplesse) donna naissance au judo et à l’aïkido, les techniques de boxe d’Okinawa donnèrent le karaté, le kyujutsu donna naissance au kyudo (tir à l’arc zen)…

Concepts communs aux budō


Chaque budō est différent. Toutefois, ils sont tous globalement issus de la même culture (même s'il y a des métissages, comme pour le karaté), et ils ont tous en commun la recherche l'efficacité martiale ; les même causes entraînant les mêmes effets, mêmes si les formes varient.

  • Kata : un kata est une forme, un enchaînement de mouvements seul ou à deux, permettant de travailler certaines techniques dangereuses ou certains savoir-êtres (postures, mouvements…).
  • Ki : on peut imager le ki comme étant la concentration ; il s'agit en fait d'un concept ésotérique plus vaste (cf. infra) ;
    • Kiai : cri permettant l'« unification du ki » ; d'un point de vue rationnel, ce cri permet la gestion du souffle au cours de l'effort et favorise aide à la coordinaiton des mouvements ; d'un point de vue ésotérique, cela consiste à « frapper l'adversaire » de son ki.
  • Ma ai : gestion du rythme et de la distance :
    • Rythme : s'accorder au rythme de l'adversaire, être « dans son mouvement », permet de le déséquilibrer ou de le frapper au moment opportun ;
    • Distance : être suffisamment loin pour ne pas être atteint (distance de sécurité), être suffisamment près pour pouvoir atteindre l'adversaire ; la distance « juste » varie selon la dscipline (contact en judo, distance d'un coup de pied en karaté, distance des sabres croisés en kendo) et selon les circonstances (si l'on se place dans un « angle mort », shikaku, on peut être très près sans rien risquer) ;
  • omote et ura : les écoles d'arts martiaux (ryū) avaient une partie publique, dite omote, et une partie privée, dite ura ; il y avait des techniques omote qui étaient démontrées en public ou aux personnes de passage, les techniques les moins efficaces, les plus directes, et des techniques ura qui n'étaient enseignées qu'aux élèves fidèles et avancés, les techniques les plus fines ;
    omote est souvent devenu un synonyme de « de face » tandis que ura a souvent pris le sens de « par derrière » ;
  • rei : salut traditionnel en inclinant le buste, voir Salut en budo ;
  • reishiki : étiquette, conventions garantes du respect entre partenaires, de l'intégrité physique et psychologique lors de la pratique ;
  • sen : pourrait se traduire par « initiative » ;
    • sen no sen : Anticipation de l'attaque adverse, contre attaque en conséquence ;
    • go no sen : le défenseur riposte avant que l'attaquant ait développé son mouvement ;
    • sensen no sen : Anticipation de l'anticipation adverse de notre attaque
  • shisei : « position juste », on cherche à toujours rester équilibrer, ce qui impose de rester le dos droit et de travailler avec les jambes (on parle souvent de mouvement de hanches, koshi sabaki) ;
  • zanshin : attention, vigilance, le fait de ne jamais se relâcher, de prendre en compte l'environnement.

Budo et spiritualité


Dans leur forme originelle, les budo sont empreints de bouddhisme zen, de taoïsme et de shintoïsme (religion animiste traditionnelle),

  • à la fois en raison de leurs origines : les écoles, ou ryu, basaient sur des principes secrets mystiques (mikkyo), notamment pour les techniques secrètes (okuden) enseignées uniquement aux étudiants les plus fidèles : importance de l’énergie vitale (ki), de la respiration (kokyu), du ventre (hara) qui est le siège du centre des énergies (seika tanden, équivalent du dantian chinois)…
  • mais aussi en raison de la volonté de leurs créateurs d’éduquer les jeunes aux valeurs traditionnelles et de respect.

Le recours à la spiritualité était également un moyen de coder les descriptions des techniques afin que les écris (sous forme de rouleaux) soient incompréhensibles par les non-initiés. Les écrits n'étaient ainsi en apparence que des élans mystiques mais étaient en fait des métaphores : le « reflet de la lune sur le lac » pouvait désigner la distance entre les combattants, les « deux sommets » pouvaient désigner les coudes…

Enfin, dans l'idéal, le samourai devait renoncer à la vie. C'était à la fois une preuve de l'engagement total au service de son maître, mais aussi une garantie de garder son calme et donc son efficacité en combat, n'ayant rien à perdre. Cette dimension métaphysique forte s'accompagnait bien évidemment d'une grande religiosité.

Le concept le plus difficile à saisir pour un européen est sans doute celui de vide (le vide est un des cinq éléments de la tradition japonaise). La vacuité dans les budo peut se vulgariser par les notions suivantes :

  • non-pensée : ne pas se troubler l’esprit pour ne pas déformer sa perception du monde, oublier la peur pour combattre efficacement ; l’esprit est similaire à un lac reflétant le ciel, s’il est agité (par les émotions), il déforme l’image perçue (d’où l’expression mizu no kokoro, le « cœur semblable à l’eau ») ;
    le combattant qui a un but, celui de frapper son adversaire, restreint sa liberté ; à l'inverse, celui qui n'a pas de but, et notamment celui qui ne veut pas nuire, est libre d'agir à sa guise, il est donc vainqueur ; c'est un autre sens de la non-pensée ;
  • non-action : ne pas s’opposer à l’attaque mais la guider, percevoir l’intention de l’adversaire sans laisser paraître ses propres intentions ; ainsi l’attaque est maîtrisée au moment même où l’adversaire la formule dans son esprit, l’action se termine avant d’avoir commencé ;
  • non-être : agir non pas en opposition avec l'adversaire et l'environnement, mais au contraire en s'unissant à eux, c'est-à-dire ne pas s'opposer à l'attaque mais la guider, et prendre en compte les contraintes de l'environnement ; d'un point de vue mystique, on ne peut vaincre l'univers ni se vaincre soi-même ! Mais en s'unissant à à l'adversaire et à l'univers, on perd son identité (non-être) ;
  • le vide est une métaphore de l'esprit, car comme lui, il est immatériel, insaisissable ; « frapper le vide » signifie donc frapper l'esprit ;
    prenons par exemple le cas d'une coupe de sabre qui s'effectuerait non pas sur l'adversaire, mais devant lui ; cette coupe provoque un réflexe de recul, un effroi, le sabre a donc frappé le vide au sens propre (fendu l'air) comme au sens figuré (intimidation) ; c'est un des sens de l'expression « sabre instrument de vie » (par opposition à l'instrument de mort) ;
  • en bouddhisme, l'existence et la non-existence sont la même chose, ce qui est caché rélève de la non-existence alors que ce qui est apparent relève de l'existence ; ainsi, dans la croyance de la réincarnation, l'être avant la naissance est de la non-existence, et la naissance est la révélation cette non-existence, qui devient alors existence ;
    dans le budo, on peut dire que l'intention est non-existence et que le geste est existence, c'est une seule et unique chose qui est d'abord cachée puis révélée ; le combattant doit donc tenter de percevoir l'existence (les mouvements de l'adversaire), mais aussi la non-existence (l'intention qui précède les mouvements) ;
De manière synthétique, un des éléments fondamentaux du combat est d'agir en fonction des événements (en « harmonie avec l'univers »), et pour cela, il ne faut pas avoir d'a priori mais être ouvert et lucide — non-pensée, non-action et non-être.

Cette dimension a dans certains cas totalement été mise de côté, notamment avec le judo de compétition et le karate full-contact. Dans certains cas, elle est au contraire fortement mise en avant encore de nos jours, notamment dans l'aïkido et le kyudo.

Voir aussi


Bibliographie

  • Les arts martiaux, E. Charlot, P. Denaud, éd. Puf, coll. Que sais-je ? n°1791, 1999
  • Traité des cinq roues (Gorin no sho), M. Musashi, éd. Albin Michel, 1643
  • Le sabre de vie (Heiho kadensho), Yagyu M.

Liens externes


Art martial japonais

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